‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 73 sur 90 · Le petit Renaud · texte numérisé non relu

Le petit Renaud

DE LA MARQUISE DEiBALLEROY 325

15 juin 1718.

La grande nouvelle du jour est le débarquement (le la flotte d'Espagne partie de Barcelonne ; plusieurs lettres de province disent l'avoir vue passer. (3n dit qu'ils ont débarqué près de Gênes; elle étoit composée de 48 vaisseaux de ligne, 250 de charge et 25 galères. Il est débarqué 25 000 hommes , 6000 dragons, et 15 000 Suisses qui les doivent joindre presque aussitôt, qui ont été levés en Suisse, sans que pas un prince en ait été averti. On s'en est voulu plaindre aux cantons ; ils ont répondu qu'ils étoient en possession de vendre des hommes pour de l'argent ; que le roi d'Espagne leur avoit envoyé 6 millions ; que si on vouloit leur en envoyer le double, ils fourniroient 30 000 hommes. Ils ont débarqué 70 gros canons de 24, des balles et 250 pièces de campagne, avec des outils, pioches et fascines en grande quantité. Il y a apparence qu'ils iront à Mantoue pour se rendre maîtres du Milanais et de l'Italie. On tient que les princes d'Italie et les peuples les attendent ; c'est une entreprise qui a été secrète et qui fait bien voir que le cardinal Albéroni est ministre ; le Grand Seigneur a fait dire aux Anglois et aux Hollandois que, s'il paraissoit dans la Méditerranée autres vaisseaux de leur part que ceux nécessaires pour escorter leurs vaisseaux marchands, il feroit arrêter tous les convois que ces nations

s» WES COBBESPONDANTS

AToirnt dans ses Etats, et qu'il feroit couper un bnet une jambe à tous ceux de ces nations-là qui sr tnmveroient dans s*^ [K>r1s. L'Espagne va reprendnnotre ancien pied, et nous allons redevenir l'Espagne:

cela fera porter le roi d'Esjwigiic bien haut : aussi ok dit qu'il avoil t^cril au Rêgenl que. s'il continuoît à vouloir ruiner le niyaume, il viendra en personne lui eu demander raison.

M. iiilU'rt des Voisins, lieutenant aux gardes, est mort de la petite vi^role '. M. le Grand est fort mal â Hoj-aunionl, dont on n'attend plus rien '.

On ne parle plus ici (|ue des retraites et nM^dîta- (ioiis de Mme de lierrv. Il y a quatre jours qu'elle %int an Cours avec ses calèches et son beau carrosse, avec tontes les dames de sa suite, qui (^toienl toutes habillées d'une (^tnlTe uniforme de couleur d'nveiiliirine avec des rubans jaunes et des écharpes jaunes, et elle étoittout de mt'^me aussi.

Balleroy.

16 juin.

Messieurs du Parlement ont envoyé prier la Chambre des comptes et la Cour des aides de venir à la chambre de Saint-Louis conféreravec eu.\ surla nou-

1. Fils du marquis de Vilennes, présidenl au Parlement, el dv Geneviève Doiigois, fille du gretller du Parlemeni, dont la tnètr élail scL'ur de Boileau.

2. Louis de Lorraine, comte d'Aiinsgnac el de Cliarny, grainl ècuyer, mort le 13. Il élait gendre du duc de Villeroy.

velle monnaie ; ils ont aussi envoyé quérir les six corps des marchands et les banquiers pour savoir leurs griefs. La Chambre des comptes et la Cour des aides ont répondu qu'ils iroient recevoir les ordres de M. le Régent, qui n'est pas content du Parlement.

Il est certain qu'il y a un traité entre le roi d'Espagne et le prince Ragotzki pour le rétablir en Transvlvanie.

Les duchesses de Montfort * et de Mortemart * se

meurent.

Balleroy.

20 juin.

Messieurs du Parlement, après bien des assemblées sur la monnoie, envoyèrent avant-hier les gens du Roi prier M. le Régent de suspendre la fabrique de la monnoie et de leur envoyer ledit édit à examiner. Il leur répondit qu'il écouteroit volontiers leurs remontrances. Hier matin, le premier président, le président d'Aligre et dix conseillers eurent audience de Son Altesse royale et lui tinrent le même discours. Il leur dit qu'après bien des examens il n'avoit pas trouvé de meilleur moyen pour payer la dette de l'Etat et qu'il ne changeroit rien, et, sur ce que le premier parla des cours souveraines, il l'interrompit par ces paroles : « Dites, monsieur, des cours supé-

1. Fille de Dangeau, mariée en 1694 à Honoré d*Albret, fils du duc de Luynes, titré duc de Montfort, mort le 26 juin.

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