‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 75 sur 90 · Fille du conseiller d'Etat · texte numérisé non relu

Fille du conseiller d'Etat

2. Louis de Thomassin, ancien coadjuteur de Godeau, nommé en 1682. U avait quatre-vingt-trois ans.

3. Etienne Baluze était né à Tulle en 1630; depuis ses malencontreux travaux sur la maison d'Auvergne, il était en pleine disgrâce et ruiné par la confiscation de ses biens.

les donner par écrit , étant l'intention du Régent. Quelques-uns de ces messieurs allèrent au maréchal de Villeroy savoir si cela ne causeroit point quelque peine au Roi ni à sa santé, à cause du grand chaud, parce qu'elles dévoient tenir une petite heure. Il fit réponse que non et que le Roi avoit toujours plaisir il écouter le Parlement. Il fut délibéré au Parlement si on les donneroit par écrit ou de vive voix. Il y eut HO voix contre 14. Elles furent très fortes, ayant rapporté au Régent tous les discours qu'il avoit tenus lorsqu'il avoit été demander la Régence, qu'il * vouloit être le maître de faire la grâce et vouloit avoir les mains liées pour faire le mal ; qu'il étoit conseillé par des courtisans ignorants et avides d'argent ; qu'il étoit bien étrange qu'on violât les lois que le Roi majeur devoit jurer à son sacre sur les Evangiles. Le Régent parut piqué à la sortie de ce panégyrique.

Pour ce qui est du roi Jacques, l'on tient toujours très sûre la ligue du Nord pour le rétablir. Il est cependant toujours à Urbain. L'on dit que le czar, le roi de Suède et le roi de Prusse veulent enti^er dans les Etats de Hanovre et s'en emparer, prétendant qu'ils ne doivent pas souffrir que cet électeur devienne si puissant en conservant le royaume d'Angleterre, et l'on tient que le czar avoit fait dire k M. le duc d'Orléans de s'expliquer pour qui il prenoit parti : ce qui vient d'être décidé par le traité d'alliance avec l'Angleterre, et Stanhope étoit ici

pour cela, et, le traitfl' ayant élè signé, il est repaili pour aller en Espagne. On a dit qiie l'on s'obligeoit par ce traité de donner 1 300 000 francs par mois. On prétend que l'anibassiideiir de l'Eiupcreur, pour en presser la signature, avoit fait partir un courrier, qui affecta d'arriver effectivement, qui lui marquoit que la paix de l'Empereur avec le Turc étoit fort avancée, et l'on dit que ce n'étoit que pour faire conclure ce traité, quoique depuis l'on prétende les choses encore fort éloignées. Il n'y a que les gens dévoués à M. le Uégent qui l'ont signé ; le maréchal d'Huxelles dit qu'on lui couperoit plutôt la tête que de signer un pareil traité et d'autres '.

Les Etats de Bretagne assemblés, qui ont accordé le doD gratuit, ne veulent plus continuer leurs assemblées et les Etals, à moins qu'on ue fasse revenir les gentilshommes exilés, et mAme veulent qu'ils reviennent aux Etats.

On a fait payer i» tous les premiers présidents leurs brevets de retenue.

Quelques-uns disent que l'on marie le duc de Chartres avec la fille du prince de Galles.

Le comte d'Évreux, qui avoit eu de sa dot eu partie le comté de Tancarville pour 330 000 livres, vient de le vendre a. M. Lass pour 660 000 hvres argent comptant, dont il va faire bâtir une maison faubourg Saint-Honoré avec la moitié, et l'autre

.1 . M signa cppriKlant . VdI "~ ttU't H ses amis. ln-8. Diiloi, iWJ.

^ olume La mai'qiti»''

restera en hypothèque sur la terre pour tenir lieu de remplacement à cause de la dot. M. le duc d'Orléans a îiccordé à M. Lass et à sa femme l'entrée de leurs carrosses dans sa cour, aussi bien qu'à M. Foucault, chef du conseil de Madame.

On dit ici que l'excommunication contre monseigneur le Cardinal étoit arrivée et que la cour de Rome vouloit absolument presser l'affaire, ce qui ne laissoit pas d'être très embarrassant pour M. le Régent.

L'évêque de Beauvais a engrossé une petite fille fort jolie * ; comme cela faisoit bien du scandale à Beauvais, l'on tient que son chapitre et sa famille l'ont fait enlever. Il est venu ici la redemander à M. le duc d'Orléans, qui lui a tenu là-dessus des discours fort plaisants. Il étoit encore avant-hier chez le Régent; tout le monde a été fort surpris. On prétend que c'est les jansénistes qui ont fait cela.

M. de Blair nous assura hier que Lass, avec une compagnie qu'il fera, va avoir toutes les fermes générales du royaume.

Un jeune étranger, homme de considération, s'est cassé la jambe en tombant de phaéton sur la roue; cela n'en diminue pourtant pas la mode.

1. François, fils du duc de Sainl-Aignan, nommé on 1713, abdiqua en 17t28. Il avait d'abord donné l'exemple de la meilleure conduite. Saint-Simon raconte qu'il voulut confesser et que cela le perdit. Malgré cet éclat et les efi'orts de sa famille, il continua une vie de désordre. On lui enleva enfin son évêché, et il fut confiné à Clairvaux.

15 août.

Nous sommes fort tranquillisés au sujet de M. d'Argenson; il n'a eu nulle part au remerciement de MM. Ferrand, Pucelle et Mainguy; ces trois messieurs s'étoient trouvés par hasard à dîner chez le président Portail ; quelques jours après, il y eut des remontrances; on a regardé ce diner comme une assemblée de cabale; on les a remerciés tous trois de leurs services dans les conseils K

Le Parlement a rendu ces jours-ci un arrêt; M. le Régent en est choqué, et avec raison, car on dit qu'il fait tort à la banque de Lass. Parmi les courtisans de M. le Régent, M. de Senneterre prend le dessus, à ce qu'on dit*; il vient d'être fait lieutenant général. On dit M. de Broglie disgracié.

Balleroy.

17 août.

Il est arrivé ces jours-ci un grand malheur chez Mme la comtesse d'Estrade. Une personne entrant à onze heures du soir — on dit que c'étoit M. le comte d'Estrade — donna au portier de quoi payer le fiacre qui l'avoit amenée. Le portier ou suisse parloit avec le fiacre soit pour disputer sur le payement

1. L'abbé Pucelle, du conseil de conscience; les deux autres, du conseil du dedans.

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