‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 80 sur 90 · G8 LES CORRESPONDANTS · texte numérisé non relu

G8 LES CORRESPONDANTS

tements de conseiller au conseil de régence à M. do Canillac, mais il Ta refusé en disant qu'il n'étoit pas juste qu'il fût payé pour un emploi qui n'existoit plus.

Il y a eu 56 évêques qui ont fait leur mandement conforme à la dernière bulle.

M. le comte de Charolais va passer l'hiver à Munich.

13 octobre.

Votre séjour à Caen a été bien court; aviez-vous peur que l'air de ville ne vous surprît et ne vous fit désirer Paris trop impatiemment? Les plaisirs publics semblent ici occuper tout le monde. La cour et la ville se rassemblent à la Comédie et à l'Opéra. Je n'avois jamais vu tant de duchesses qu'avant-hier à Iléraclius^ qu'on jouoit au Palais-Royal; les princes et les princesses du sang pleuroient ; la cour de Mme la Duchesse y brilla beaucoup, entre autres deux personnes, Mme de Sabran et Mme de Flamarins : la première ne brilloit cpie par Téclat que M. le Duc lui donnoit, étant à côté d elle ; l'autre n'en empruntoit de personne ; tout le monde disoit même qu'elle en donnoit aux diamants dont elle étoit couverte : l'expression est un peu poétique, elle n'est pas de moi. La nuit, il y eut un bal où il y avoit 700 masques à 100 sols par masque. J'y fus environ une heure ; tous les plaisirs me furent là

procurés par M. de Beaumont, qui avoit dîné chez moi. Les mousquetaires montèrent bien à cheval et se promenèrent par Paris, le sabre à la main, M. de La Vrillière à leur tète ; le Roi les verra dimanche. On dit qu'il y a dix édits à faire passer. Le Roi a été fort incommodé des dents ces jours ici. Il a gardé le lit trois jours ; on lui en a arraché une, et il lui en est tombé deux; on dit qu'elles sont toutes pourries. Les fins politiques raisonnent, et moi je ne dis mot. On dit à rhôtel de l'ambassadeur d'Espagne que le roi son maître fait une compagnie de gentilshommes françois auxquels il donne 50 Uvres et un cheval ; que gendarmes, mousquetaires et autres y seront bien reçus, et l'ambassadeur a ordre de donner de l'argent à qui veut passer en Espagne.

Il s'est passé un différend entre les marquis d'Alincourt et de Villars; ils sont tous deux fort jeunes, surtout M. de Villars : il est fait à peindre. Le marquis d'Alincourt *, fâché d'entendre toujours louer la beauté du marquis de Villars , s'informa s'il étoit aussi bien fait qu'il paraissoit. On lui dit qu'il avoit un côté plus gros que l'autre et que son habit étoit rembourré ; là-dessus , il s'approcha du côté qu'il croyoit rembourré et lui enfonça une épingle qui le piqua vivement. Le marquis de Villars lui demanda ce que c'étoit que ces jeux-là ; l'autre lui répondit qu'il croyoit qu'il ne sentoit rien de ce côté.

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