‹ Les correspondants de la marquise de Balleroy (volume 2)Chapitre 9 sur 90 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

avait appartenu à la compagnie. Novion aborda enfui la question franchement avec lui, en le priant de se désister de sa prétention, afin de mettre fin k ces contestations. Gaumartin répondit « que, étant de la même commission que MM. les conseillers et ayant Thonneur de la présider sans contestation, il ne troubloit pas Tordre de la justice et ne faisoit aucun tort aux juges de prétendre de les présider en son absence ; qu'il seroit bien malheureux d'entreprendre sur les droits du Parlement, où il a eu l'honneur d'être assez longtemps et pour lequel il conservera toujours tout le respect et toute la déférence qu'il doit; mais qu'il croyoit que la cour cèderoit à la raison, à l'exemple et à l'autorité du roi, et que messieurs, qui jugent si bien tant de choses, donneroient eux-mêmes un bel exemple de justice en recevant un ordre qu'un roi si juste et $i grand leur envoie, bien loin de s'obstiner à ce refus; que la cour s'étoit déclarée en sa faveur sans beaucoup de sollicitations de sa part ni de celle de ses amis ; que l'arrêt et la lettre avoient été expédiés si promptement après son arrivée qu'on n'avoit pas eu le loisir d'importuner les ministres, et qu'il étoit aisé de croire que ce n 'étoit pas son ambition ni son empressement, mais le choix et la délibération du prince. » Gaumartin prolongea son discours, pour insister sur ce point « qu'il n'avoit nullement brigué

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cet honneur, pour se montrer très peiné de lutter avec des personnes qu'il estimoit très particulièrement, mais aussi pour affirmer sa résolution inébranlable de faire exécuter la volonté du roi » .

Les choses traînèrent cependant, et M. de Novion assurait que Ton n'y pensait même plus à Versailles, quand au moment de descendre dans son salon, où il donnait ce jour-là bal et comédie, il reçut de Colbert une lettre absolument impérative. Laissant là violons et invités, Novion rassembla à la hâte ses collègues et, au plus chaud de la discussion, M. de Oaumarfin survint. Les invités arrivèrent sur ces entrefaites ; la contestation continua devant eux et jeta un grand froid au milieu de la fête. Gaumartin se retira, en comprenant que sa place n'était pas là en ce moment. Le lendemain, ses collègues lui firent mille excuses, en lui demandant la permission de ne plus aller chez lui. On en était convenu la veille, pour faire croire à la cour qu'il existait entre eux une dissidence par laquelle on aurait expliqué la résistance au sujet de la vice-présidence. « M. de Gaumartin, de son côté, leur témoigndit en riant que c'étoit un état malheureux que d'être retranché de la plus douce société qu'il y ait au monde, et que cette excommunication politique le touchoit fort, mais qu'il se consoloit sur son innocence, quand il voyoit que son seul crime étoit d'être maître des

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requêtes et eux conseillers. » La noblesse du pays, heureuse d'une scission qui se produisait si maladroitement au sein de la commission chargée de rinquiéter, prit naturellement parti pour M. de Gaumartin . Sa position en grandit considérablement, et bien plus encore quand son avis prévalut dans Taffaire du comte de Montvallat, car en cette circonstance les conseillers opinèrent favorablement surtout pour montrer à Gaumartin la confiance qu'ils avaient en son jugement. Tout se tendit de nouveau quand, sur une lettre de cachet formelle, Tavocat général Talon reçut l'ordre du roi de procéder sans aucune remise à l'enregistrement des fameuses patentes. Les conseillers résistèrent cependant encore, en décidant qu'avec toutes les formules imaginables de respect on prierait le roi d'adresser son arrêt au Parlement. En même temps, Talon cherchait à peser sur son collègue, en lui faisant croire au mécontentement du roi et aux dangers auxquels son obstination exposait le Parlement. Gaumartin maintint son droit, mais il se montra le plus raisonnable en déclarant qu'il serait fâché que l'autorité du roi fût commise en sa considération et que Sa Majesté exerçât contre eux des sévérités qui leur fissent tant soit peu de peine ; que, pour lui, il aimait mieux recevoir quelque expédient raisonnable qui ne lui fût pas désavantageux ni à sa compagnie et dont Sa

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Majesté fût satisfaite. Les conseillers persistèrent à prier le roi de soumettre la question de l'enregistrement au Parlement. Gaumartin ne souleva aucune opposition ; les Grands Jours se terminèrent sans solution, mais aussi sans que M. de Novion eût manqué un jour à présider.

Gaumartin se vengea seulement en faisant écrire par Fléchier le journal de ces Grands Jours. Rien ne lui échappait des ridicules ni de la morgue de ses collègues, de môme que rien n'échappait à Mme de Gaumartin des différents travers, des airs guindés et évaporés de « ces dames », de celles même venues de Paris et qui n'étaient pas tout à fait de son monde. « Fléchier, a dit Sainte-Beuve, touchera tout cela dans le goût de ses patrons, qui est aussi le sien, avec finesse, avec un air d'indulgence et d'une griffe légère. » Mais ses patrons n'ontils pas aussi parfois dicté plus d'une de ces pages?

Nous avons dit que Gaumartin s'était remarié avant de partir pour l'Auvergne . Mlle de Verthamon était une riche héritière, fille d'un membre du Parlement de Paris devenu plus tard conseiller d'Etat, et appartenant à la noblesse parlementaire de Bordeaux. Fléchier, qui était entré en 1662 chez M. de Gaumartin pour entreprendre l'éducation de son fils, alors âgé de neuf ans, célébra ce nouvel hymen par une longue élégie dans laquelle l'Amour

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