H 4 LES CORRESPONDANTS
toujours quelque chose pour cette compagnie mutine que Ton veuille bien se souvenir qu'elle existe.
Deux ambassadeurs des Allegonquins et un fils du prince de Lacota ou Patocha rendirent hier visite à ma mère. Les deux ambassadeurs avoient le visage barbouillé, suivant l'usage de leur nation, et parloient français comme nous. Ils paraissoient avoir bien de l'esprit et beaucoup plus que le bon missionnaire qui les conduit. Ils nous parlèrent du bonheur de leur vie et combien ils la préfèrent à la nôtre. Je convins des préférences, et je les trouve cent fois plus heureux que nous. L'enfant qu'ils menoient avec eux avoit été pris à 5 ou 600 lieues de leur pays. Le missionnaire qui l'amène au Roi le dit fils de prince. Les bons Allegonquins ne me parurent pas beaucoup insister sur la principauté; c'est un très plaisant petit polisson ; il a les oreilles larges comme ma main, percées à cinq ou six endroits chacune; elles sont très hautes à proportion et retombent en entier. Il paroît d'une nation absolument différente par la conformation de son visage. Le Roi le prend et le va faire entrer au collège avec les houssards et le jeune Indien. Pour les Allegonquins, ils retournent incessamment dans leur pays, où ils ont une grande impatience de se retrouver. Ils chantent et dansent la victoire et la mort. Leur danse et leur musique n'ont rien que de très déplaisant et ridicule.
CHANSON SUR LE LIEUTENANT DE POUCE (Sur Y Air de Joconde.)
Dargenson, ton air gracieux West point fait pour ta place.
11 y faut fermer les deux yeux Et faire peu de grâce.
Gomment défendras-tu l'amour D'une rigueur extrême ?
Tu ne peux passer un seul jour Sans l'inspirer toi-même.
8 février 1720.
Je devrois encore moins, ma chère tante, être à vous remercier de votre compliment, car il est écrit de la façon la plus gracieuse. J'ai vu ce matin M. de La Cour, qui m'a dit où en étoit le sujet de compliment que j'ai à vous adresser à mon tour. Je chan gérai volontiers de style suivant que les affaires me paroitront d'un différent point de vue et qu'elles vous plairont. Il me semble que les conditions sont devenues meilleures qu'on ne les supposoit d'abord. Vous vous trouverez une fille de grande naissance dans votre maison, et à son arrivée elle accommodera mieux vos affaires. En vérité, c'est là un sujet de compliment que je vous écris de tout mon cœur. Vous m'avez parlé d'une chose qui ne sortira pas sitôt de ma tête. Ce seroit, quand vous vous trouverez à Paris, d'aller jusqu'à mon intendance. Je me fais fort que vous vous y plairez plus qu'à Caen, car
vous saurez que je ne m'en tiendrai pas à Maubeuge: j'établirai mes pénates à Valencienoes, et demandez si ce n'est pas une ville de ressources. J'ai bien enrie que vous exécutiez d'aussi beaux projets et que nous puissions assez vous plaire, ma femme et moi. pour que nous vous fassions autant désirer eu Normand» et à Paris que la Normandie vous a gardée de temps.
On ne dit rien que la paix, dont on ne sait pas trop les conditions. M. le duc d'Orléans est médiateur; on dit que le traité se fera à Paris. M. de Lauz© est revenu d'une maladie désespérée. M. d'Orsay i épousé en secondes noces Mlle de Saint-Abre la cadette, et en faveur de ce mariage M. de Saint-Ate déshérite les aînées et donne tout à celle-ci. flseM quatre mariages à la fois chez les Farges ; M. Farçe
père épouse Mlle de La Marck l'aînée ; M. de
la cadette; M. de Saint-Pierre Mlle Farges; j» oublié le quatrième, le Mercure y suppléera.
Vous savez que les diamants ne sont pas tout à fait défendus; avec la permission du Roi, onpouffl en acheter, mais Son Altesse Royale marquera pff son exemple à n'en point porter que c'est dépto que d'en avoir. Il en sera de môme de la vaisselle.
Comte d'Argenso*.
9 février.
Je crois vous avoir mandé la situation du pau* abbé de Mesmes ; accablé d'apoplexie depuis loof
temps, il baisse de jour en jour. Depuis quelque temps, il devient souvent dans des états si terribles, que pris d'une rage il jette tous ses habits dans le feu, prêt à s'y jeter lui-même.
L'état du premier président me fit plus de peine que je ne puis le dire. Je crois fort que nous le conserverons peu longtemps : ce sera une perte.
Le duc d'Albret a depuis trois semaines une goutte des plus violentes avec de la fièvre; mais ce qui me fait le plus de peine, c'est un furieux fond de mélancolie. L'ennui du célibat en est la principale cause. Mais le chagrin, de quelque part qu'il vienne, est mortel aux hommes. On ne parle plus qu'anglais chez lui. Piqué des rigueurs de Mlle de Pienne, qui, je crois, n'en veut pas, pour trop vouloir un aventurier nommé M. Quanche (?), il s'est jeté dans une belle passion pour la fille du duc de Richmont; elle est de la religion de son pays : cela suppose un mariage ; l'âge de notre ami ne donne pas grande espérance pour un concubinage.
Le bruit de la vente de la charge de M. le Premier (écuyer) au chevalier de Pezé s'est beaucoup répandu : la plupart des gens sensés n'y vouloient pas croire, mais on le dit si fort de tous les côtés que je commence à y ajouter foi *.
4. M. de Pezé, d'une famille de petite noblesse du Maine, produite à la cour par l'intimité existant entre sa mère et le maréchal de Tessé ; il épousa une fille du marquis de Béringhem, premier écuyer, et fut tué lieutenant général à Guastalla en Tannée 1735. Au mois de mai 1720, il eut une scène avec le Roi, qui le frappa à la
Le Roi a dansé dans la dernière perfection, mais le claveau s'est mis dans tous ceux qui dévoient être du ballet, de sorte qu'ils ont presque tous manqué 1 . La santé, la force, la gaieté, tout augmente tous les jours en bien chez lui. Le jeu du claquoir avec de grandes feuilles de papier est fort à la mode dans la cour ; dès que M. de Louvigny arrive, tout le monde court au-devant de lui et claque de force en criant : Voilà le vilain Monsieur 5.
M. de Lauzun se tire d'affaires. Comme l'on dit, il revient de loin. Dans le temps qu'il étoit le plus mal, Gontaut et Gastelmoron ne le quittoient pas d'un moment. Le bon petit bonhomme dans ses vraies ou fausses rêveries offroit son âme à Dieu, lui demandoit pardon de ses péchés, et disoit qu'il vouloit donner tout son bien aux pauvres pour expier ses péchés 3.
On a cru la paix de l'Église faite; Rome s'y prétoit, mais Meaux et son évêque ne s'y prêtent pas. On dit que le Régent a parlé au Bissy avec une cordialité peu obligeante. 11 a redoublé à l'abbé du
figure. Villeroy força l'enfant à formuler des excuses, ce qu'il fit, mais en conservant pour M. de Pczc des sentiments hostiles qui ne changèrent jamais.
1. Ce n'était heureusement que la rougeole, qui sévissait alors. Le fils de Law, Gondrin, Torcy, La Vrillièrc ne purent paraître à ce ballet, qui fut très brillant cependant et où le Roi dansa très bien.
2. Antoine de Gramont, colonel général des dragons, lieutenant général, puis duc de Gramont et maréchal de France. Gendre du maréchal de Noailles.
3. Le duc de Lauzun fut administré le 4; il ne mourut qu'en 1723.
Bois, dont il espéroit plus de consolation, et lui a parlé sur le même ton, peut-être même encore plus fort.
Les Tessé se repentent bien d'avoir vendu leur maison au grand prince; il y fait faire un bâtiment sur la gauche, que Ton dit qui lui coûtera 100 000 écus. L'abbé de Chaulieu, à la fleur de son âge, fait bâtir une maison pour lui dans le voisinage f.
Caumartin de Boissy.
Versailles, 10 février 1720.
Les nouvelles nous viennent si tard ici, madame, que je crois que ce n'en sera plus une pour vous que de vous dire ce que j'ai appris hier au sujet de ce qui s'est passé au conseil de Régence qui se tint dimanche dernier pour les actions. M. le Contrôleur général y parla à merveille et proposa, entre autres moyens pour l'arrangement des finances, de supprimer toutes les actions qui, après un examen très exact, ne se trouveroient pas venir du propre de ceux qui les possèdent. M. le Régent goûta cet avis et dit qu'il est prêt à en remettre 10 000 qu'il avoit. M. le Duc dit qu'il en avoit pour 4 millions, qu'il étoit prêt aussi de remettre. M, le prince de Conti dit que tout ce qu'il avoit de gain consistoit
1. H mourut le 27 juin s .rivant. Le peu orthodoxe abbé avait 81 ans.
en la terre de Mercœur et qu'il étoit prêt de la remettre au Roi ou de lui payer les pensions ou autres revenus, si Sa Majesté vouloit lui faire la grâce de la lui laisser. M. d'Antin, qui est un de ceux qui a le plus gagné, alla un peu plus avant et dit qu'il rendroit volontiers toutes les actions, pourvu que M. le Régent rendit aussi tout l'argent comptant qu'il avoit pris depuis cinq ans. On ajoute qu'après cela il y eut de grosses paroles entre M. le Régent et M. le Duc, et môme quelque chose de plus. Le public est si prévenu à leur avantage, que l'on leur fait souvent dire et penser des choses auxquelles ils n'ont pas pensé. Ce que l'on assure s'être passé entre le prince et M. le Chancelier peut bien être de ce nombre. Je ne saurai pourtant m'empêcher de vous le dire. On dit donc qu'il envoya chercher M. le Chancelier et qu'il lui dit : « Il faut que je vous fasse part d'une chose que j'ai faite cette nuit, comme de la chose du monde qui m'a le plus fait de plaisir. » Le chancelier, qui crut qu'il étoit question de quelque chose de plus sérieux, fut fort étonné quand il lui dit qu'il avoit été la nuit de Paris à Versailles en poste. Vous pouvez vous figurer la surprise où fut un personnage aussi grave.
Il y a trois bureaux pour l'examen des billets de banque et des actions, composés de deux conseillers d'Etat et dix maîtres des requêtes. MM. Bignon et Ferrand en ont un; MM. deMachault et.... en ont un autre, M. Fagon le troisième.
Les choses allèrent si loin au conseil dont je viensde vous parler entre M. le Régeut et M. le Duc, que M. le maréchal de Villeroy fut obligé de leur dire : « Messieurs, vous oubliez que vous êtes devant votre maître. »
Paris, 10 février.
Le mariage de Mme de Modène se fait demain et fait quitter le deuil pour le reste des jours gras La défense des diamants, perles et toutes sortes de pierreries est passée au conseil de Régence; on en peut porter jusqu'au 1er mars; mais, passé ce temps, personne n'en pourra porter que le Roi, les évoques et les châsses des saints, et aussi sur les ornements d'Église où il y en a.
J'ai été obligé de quitter ma lettre, madame ma très chère mère, et je la reprends. Le mariage de Mme de Modène se fît avant-hier, qui étoit le mardi gras; il fut beaucoup pleuré, et le reste de la cérémonie se passa fort tristement : pas le moindre bal, pas le moindre repas; chacun se retira chez soi ; le Roi, en la voyant remonter en carrosse, dit au cocher : « A Modène !. » Elle sortit par la porte de la Conférence et rentra par la porte Saint-Honoré. Voilà le cérémonial fait; elle partira tout de bon lundi. On croit que M. le Régent ira la conduire
1. C'était un usage toujours observé. La mariée était censéepartie, aussitôt après la messe, pour sa nouvelle résidence.
jusqu'à Fontainebleau; le duché de Modène seroit, à ce qu'on dit, encombré de ce qu'elle emporte d'habits. L'envoyé de M. de Modène disoit l'autre jour à M. le Régent qu'il pouvoit l'assurer que son maître avoit son pucelage. M. le Régent ne put que lui souhaiter d'en avoir deux.
Le lieutenant de police consomma il y a deux jours avec sa petite moitié la sienne chez Mme Talon, à un souper; cela a furieusement l'air de bonnes fortunes.
Chevalier de Balleroy.
10 février.
Quant aux plats, on attend tous les jours l'arrêt de leur défense. Je crois qu'il faut l'attendre pour voir les restrictions qu'il y aura. Cependant, s'il est encore huit jours sans venir, j'y ferai travailler. On parle aussi de défendre les galons d'or et d'argent.
Balleroy.
Paris, 17 février.
Nous soupâmes hier avec La Cour chez le duc d'Albret, que nous trouvâmes assez gaillard, malgré sa goutte. Il gagne 8 ou 500 000 livres au Mississipi. Il m'assure qu'il étoit bien décidé à ne pas employer 30 sols au payement de ses dettes, mais que Dieu aidant il mangeroit et boiroit.
Le comte d'Evreux et le prince d'Auvergne n'en vtint pus de même; ils ne cherchent qu'à acquérir et former l'un et l'autre une bonne maison dont leurs neveux profiteront,
La princesse d'Auvergne nous rendit hier une visite après souper. La Cour, qui ue la conuaissoit pas, en fat charmé. La vérité est qu'elle est de très aimable compagnie et fort gaillarde. Elle disputa avec le duc d'Alhrel sur la préférence de l'homme sur la femme; chacun soutint son sexe. Depuis la fameuse dispute du comte de Fiesque et de feu H, de La Feuillade sur les longs et sur les courts, je n'ai point entendu une plus belle. La sainte Ecriture n'y fut point oubliée. Le duc d'Albret soutint la thèse sur la création de la femme et de la tentation du fruit défendu. L'Anglaise le suivoit dans le raisonnement et s'acharna comme un doyen de son pays; elle soutint que l'homme créé de boue et de binon, Dieu tira de ses os, qui étoit la matière la plus parfaite et la moins susceptible de corruption, la femme, comme une quintessence, laissant l'homme comme le capnt mortuum; que pour ce qui est du fruit défendu, le serpent, comme le plus subtil des animaux, ne s'attacha qu'à persuader la femme, sûr qu'elle le serviroit. Elle mènerait par le nez son imbécile de mari, à qui ce serpent ne prit seulement pas la peine de parler.
Le pauvre Baronet eut hier une mauvaise réussite à sa nouvelle pièce. L'on croit qu'il ne la fera
pas rejouer. Le premier acte fut fort applaudi; le? autres furent siffles en plusieurs endroits \
Les affaires de la rue Quincampoix ue vont pis fort bien. On a cessé de les prendre aujourd'hui 920 à la Banque. Elles sont tombées dans la rue i 800. Elles remontent ce soir un peu et font 9ML Mais les grands politiques prétendent qu'elles serra* dans quatre jours à 1000. Surtout il est difficile i faire des horoscopes bien justes. Les braves veutaJ tout garder et les poltrons tout vendre.
Quelque peu que les La Cour père et fils w|
écrivent, je ne doute pas qu'il ne vous aient marà |
la consommation du mariage de leurs proches; a©
je ne vous en manderai point le détail. Le beaufff
maréchal les enferma après souper dans la chamtaj
où il avoit eu soin de faire mettre des draps 1
à son lit. Le mari croyoit, quoiqu'il n'eût pas étéœl
dans la confidence, ne devoir pas reculer; nousn*
savons pas d'autre détail, si ce n'est que la p*
femme, à qui sa belle-sœur aînée demanda le leoH
main si cela lui avoit fait du mal ou du plaisir, i
que tout lui étoit bon, pourvu qu'elle changeai *|
domicile 2.
Caumartix de Boissy.
1. La tragédie d'Artemise ; après quelques changements^! (aire la fit rejouer le 22, et elle réussit cette fois à peu prés.
2. Depuis plusieurs mois, M. de Balleroy poursuivait à P»*1 négociation du mariage de son fils Augustin avec une fifl*1 maréchal de Matignon-Gacé. Marie-Elisabeth, dont la mère* Marie Berthelot, fille d'un secrétaire des commandements délai11 phinc, mourut à Balleroy, le 19 mars 174S, à soixante-seize i*
19 février.
Malgré tout cela, je ne veux rien faire qui vous déplaise. Ainsi je souscris au marché. Mais en y souscrivant je suis bien aise de vous dire, ma chère sœur, que sur vos deux épaules vous portez une tête aimable par l'esprit et par la figure, mais d'une humeur quelquefois un peu aigrelette.
20 février.
Le Roi est entré au conseil de Régence ; on dit qu'il y a été comme auroit fait Louis XIV, mais sans parler.
Mme de Modène, qui est actuellement à Paris incognito sous le nom de Mme de Reggio, a la rougeole, et Mme la Duchesse, qui l'avoit, se porte bien.
Balleroy.
21 février.
Mlle de Valois devoit partir aujourd'hui pour aller trouver son cher époux ; la maladie de Mme de Villars avoit retardé son départ. La fièvre la prit ellemême hier soir, et il fallut la saigner au pied !.
1. Le départ eut lieu le 11; la princesse se disait malade; elle était en réalité désespérée de quitter la France. La duchesse partait pour accompagner au nom du Roi la fille du Régent, honneur réservé jusqu'alors aux filles et petites-filles de France.
La duchesse de Villars fait suivre une litière, so qu'elle soit véritablement malade, soit qu'elle! fasse. C'est dommage qu'elle ne passe pas pari» cantons ; les parents ne seraient pas mécontents i l'équipage avec lequel elle marche ; elle mène 50 efe vaux et mulets pour ses voitures.
Gomme on a prévu qu'elle ne pourrait pas fa* tout le voyage, on lui a adjoint Mme de Simiane'. Mme de Bacqueville • fera la quatrième dans le carrosse. Mme de Beauvau, qui est fort de la cour, fr voit y aller; au lieu d'elle, on y envoie uue de se tantes nommée Mme de Goyon 3, sœur de Mme it Fesnes; son mari, qui est aujourd'hui écuyerduRâ Tétoit autrefois du comte de Brionne. Comme die» sera pas dans le carrosse, elle n'ennuiera pas t princesse ; c'est une des sottes bégueules que je coqnaisse, qui, ne croyant rien de si grand qu'une charp d'écuyer cavalcadour du Roi, ne dit pas mot sans parler de récurie. Elle vint un jour chez M. i: Longpré, où j'étois; elle répéta mille fois ce mot, qui déplaisoit autant à l'autre qu'il lui faisoit de plaisir. Le contraste m'en divertit, et je soulageai fort b
1 . Fille de M. de Grignan et de la fille de M. de Sévigné veuftà premier gentilhomme du Régent, dame de la duchesse d'Oriétë
2. Fille de M. de Chàtillon, premier gentilhomme de feu *fr sieur, mariée au fils du premier président de la Chambre* Comptes de Rouen, intime amie de la princesse et qu'on duifc* partir pendant le voyage.
3. Fille de Mme des Bordes, gouvernante des enfants cl prtîssenfants de Monsieur, mariée à un cousin de M. de Matignon, écuyfl de la grande écurie.
maîtresse de la maison en tombant un peu sur le corps de l'autre lorsqu'elle fut sortie.
Mme de Roquelaure *, liée par l'agiotage avec Mme de Villars depuis les Compagnies d'Orient et d'Occident, est devenue si fort sa complaisante depuis qu'elle a été chargée de sa conduite, que vous n'avez jamais rien vu de pareil.
L'affaire de la constitution pourra bien s'accommoder. Vous savez combien j'ai été jusqu'à présent incrédule à tous les mouvements qui se sont faits pour elle. Le cardinal de Noailles et la plupart de son parti s'y sont toujours bien montrés. Le cardinal de Rohan va même train. Il a fallu des coups de bâton au Bissy pour l'approcher. Quelque renouvellement de bastonnade achèvera la chose.
Le Roi a été ces jours-ci au conseil de Régence. C'est une chose étonnante que l'application qu'il a donnée aux affaires dont on y a parlé. Lorsqu'il n'entendoit pas, il questionnoit tout bas le Régent avec attention et compréhension. C'est une chose étonnante que le goût qu'il a pour tout ce qui dépend du raisonnement. Dans les mathématiques, il va plus loin que l'on ne le veut mener.
Je crois vous avoir mandé la mauvaise réussite de la pièce d'Harouet; elle tomba dès le premier jour si prodigieusement que lui-même dit qu'il la trouvoit plus mauvaise que personne et que jamais il ne la
1. Marie de Laval-Lezay, mariée au maréchal duc de Roquelaure.
laisseroit rejouer. Depuis, Madame a voulu absolument la revoir !. Aujourd'hui, il la fera rejouer; mais il fait sa protestation que, quoiqu'il y ait beaucoup de changé, il n'a pas encore changé assez; <pï faudroit plus d'un mois pour faire les changements nécessaires et que jamais il n'en peut rien faine k bon. Un auteur ne peut mieux se rendre justice.
Autre propos sur l'Opéra. Vous savez les tracas- ■séries qu'il y a eu entre M. le prince de Contietk nouveau contrôleur général. Son fils est uneesptf de petit seigneur, que l'on n'aime pas beauo* parmi ceux qui approchent la personne du Roi. Il* trouva l'autre jour dans le balcon à l'Opéra lorsq* le prince de Gonti y entra. Ils étoient six, qui eW tout ce qui peut y tenir sur le premier rang. In te six se leva et donna sa place ; le jeune Lass ne b» gea pas. M. le prince de Gonti lui dit que, sortant* la rougeole, il ne devoit pas venir parmi tout ^ monde, que lui-môme craignoit peu cette mala* pour lui, mais qu'il n'oseroit pas retourner chérie Roi s'il avoit passé l'Opéra côte à côte d'un hontf* <jui relevoit de cette maladie. Gomme le petit gare* restoit toujours, le prince lui ordonna de sortir1.
Le pauvre duc d'Albret reprend ses brisées ptfi