‹ Les correspondants de la marquise de BalleroyChapitre 16 sur 79 · S0 LES CORRESPONDANTS · texte numérisé non relu

S0 LES CORRESPONDANTS

n'étant pas sujet à diminution ni à mille autres inconvénients, il est bien sûr qu'il vaut mieux que l'argent. On a promis encore, lorsqu'on portera des billets de banque pour avoir de l'argent, de les payer en espèces sur le même pied que ces espèces auront cours dans le public; c'est que jusqu'ici on payoit en écus sur le pied de 6 livres, pendant qu'ils n'ont •cours dans le public que sur le pied de S livres '13 sols et 6 livres.

Mais, à propos d'actions, M. de B en a retiré

pour 600 000 livres ; il sollicite actuellement les Pères de Saint-Denis pour leur prêter 500 000 livres au denier 45, et ils se font prier. Personne n'en profite plus joliment que M. d'Argenson l'aîné; il vient encore d'acheter une terre sur le chemin de Réveillon,

qui est sa principale acquisition.

Ballbroy.

£6 février i720.

Il se fait ici beaucoup d'épigrammes et de chansons. Tous savez que c'est la consolation dans la douleur, et vous savez aussi que je n'en suis pas le distributeur.

L'amendement des affaires de la constitution va son train, et l'on espère que cela finira bien. Mlle de Bouillon et Mme d'Harrouis ! gémissent pour des

^1. Vcuto du trésorier des États de Bretagne, grande amie de Mme de Sévigné, très spirituelle, dit Saint-Simon, aimable et extrêmement janséniste.

DE LA MARQUISE DE BALLEROY 1 il

lolifs différents : l'une dit que le jansénisme M Ûéiiu'i' l,t mû PSËgrân bu Prenee, ['«ntre. mie la W-

li'ssr du ranimai de Noaîllcs lui fait tout craindre. .'est dommage que la religion et la politique sniml méritées par de pareilles létes,

ta âensôèna ren&eiriatioti de la pièce d'Harouet Mien réussi qae la première; il dit toutes les sotises du monde au maréchal de Villeroy sur m qu'il .niloit qu'un la rejouât devant le Roi. Il veut absolument la raccommoder encore et se met eu fureur xntre quiconque lui propose de la faire rejouer. Caimartin de Boissy.

I tu assuir qiirles]iapitTsvouf dt'vrnir si bous qu'il 'y aura rie» de meilleur; en attendant, îmns nepouous nous en aider sans perdre infiniment dessus. >n eroyoit tout perdu pour raccommodement des iiirvs âfl la constitnfion ; la ebase paroissoit d'auant plus vraisemblable que les constituants n'en mit criaillement aucune envie. Cependant les négociaons sont renouées, et le Régent veut absolument

r cette guerre iotwttte,

IL r.dilie du Bois, à qui le public destine l'archeéché de Cambrai, fui hier promu à l'ordre de pré-

ise, à Trie!, qui dépend de l'archevêché de Rouen, luit jours auparavant, il avait été sous-diacre et iacre.

Il court ici un livre nouveau des conversatioi d'Ariste et de Philarotte sur les affaires présentes. J n'ai pu l'avoir qu'un demi-jour ; je le fais chercher

Les écus valent ou vont valoir 8 livres et les loin 48 livres. Les pièces de 20 sols 30, les vieux loui 70 livres, les vieux écus 10 livres. L'arrêt n'est pois encore publié; mais on les reçoit dans la rue Qui* cainpoix pour le prix.

Gaumartin de Boissy.

9 mars.

L'argent est à présent à 80 livres le marc; toutk monde dit que cela ne peut pas durer trois mois, d qui que ce soit n'en achète à ce prix-là; les orfèvres croient que cela ne peut durer, et dans cette situati» je prends le parti d'employer ce que nous avons <t vaisselle d'argent à faire d'abord les principaux plat? et les plus nécessaires, et à retrancher quelques-u* pour fournir aux autres, et, dès que l'argent serais venu à un prix raisonnable, nous ferons faire ceqœ nous manquera.

Voilà l'or fort enchéri, car les derniers louis raient 48 livres, et il court un bruit qu'on va les pousser jusqu'à 100 livres. Ainsi, si vous pouviez me mandff à peu près ce qu'il faudra de fil d'or pour achetf l'habit brodé, je me dépêcherai de l'acheter.

L'abbé du Bois reçoit des compliments pourlfr

chevêche de Cambrai.

Balleroy.

DE LA MARQUISE DE BALLEROY IJ.i

11 mars.

Le concile œcuménique assemblé dine aujourd'hui chez le cardinal deRohan. M. du Bois y tient son coin. J'y tiendrai le mien ce soir, et j'ajouterai demain à ma lettre le résultat de la conférence. Ce même demain est le jour de la signature. Je ne la croirai que lorsque je l'aurai vue, car il est certain (jiie les Ignatiens font tout ce qu'ils peuvent pour rompre un accommodement où ils perdront autant. Bien des gens prétendent que le cardinal de Noailles en son particulier n'y gagnera pas, et que s'il accepte, à quelque condition que ce puisse (Hre, les curés de Paris ne publieront pas son mandement. Boileau !, de l'archevêché, que je crois cousin du flagellant, dit assez plaisamment que la formule de l'acceptation doit être : « Je reçois respectueusement l'erreur par rapport à la vérité, dont je ne me so cie guère. »

Caumartin de Boissy.

1. L'abbé Boileau exerçait une grande influence sur le cardinal de Noailles, dont il était le bras droit et pour lequel il prit plusieurs fois la plume. Disgracié à la fin, il mourut chanoine de Saint- Honoré, à Paris. Il était originaire dWgen et n'avait nulle parenté avec Despréaux. Voir de curieuses lettres publiées par M. Tamizoy de La Roque (in-8, Paris, Aubry, 1878), que complètent celles de dom Thierry de Yiaixnes', publiées par M. Hérelle, et celles de l'abbé de Bcaufort, publiées par nous, deux brochures in-8, Paris, Menu, 1880.

Mercredi matin.

Je n'allai point hier chez le cardinal deRohan, de peur qu'il ne crût que je ne venois que pour écumer ce qui se disoit, ce qui n'est point de mon caractère. Je ne voulois y aller qu'au cas où les choses prissent un bon tour, ce que j'ignorois. Je n'ai su ce qui s'est passé que sur les dix heures du soir. La matinée fut employée à la lecture du corps de doctrine; une partie resta à dîner dans La maison;, l'autre s'en retourna et ne revint que sur les quatre heures. On lut encore quelques autres pièces, après que le Bissy, qui n'avoit pas paru le matin,. entra un moment avant que l'on commençât à opiner. Le cardinal de Rohan exposa que le corps de doctrine étoit examiné, qu'il n'étoit question que de l'approuver pour que le cardinal de Noailles après acceptât la constitution ; qu'il ne s'agissoit que de donner la forme à l'approbation que Ton étoit convenu de donner au corps de doctrine : si on le feroit par un acte ou par une lettre ; que pour lui il étoit d'avis de le faire par un acte en forme, que c'étoit l'approbation la plus authentique et le meilleur moyen de se rapprocher de bonne foi sur des choses qui avoient séparé l'épiscopat. Ceux qui opinèrent après furent du même avis. La parole vint à l'évoque de Chartres, qui, comme un sot qu'il est, laissa voir le venin de son parti. Il dit qu'il trouvoit l'acte une

approbation trop authentique, qu'il étoit; d'avis: d'une simple lettre, parce que cela serait moins lié avec le corps de doctrine. Les avis qui suivirent. ballottèrent la chose ; cela vint à l'évêque de Nîmesv qui, comme, grenadier, de la constitution, dit qu'il, n'étoit d'aw& que de la lettre, qu'il trouvoit encore que c'était trop, que le corps de doctrine mériterait plutôt la condamnation que d'ôtre approuvé. Le cardinal de, Rohan voulut plusieurs fois lui imposer silence.. II. lui dit toujours qu'il n'étoit plus question d'examiner les ouvrages, que tout le monde avoit convenu da l'approuver, lui comme les autres, qu'il falloit faire de bonne grâce ce dont on étoit convenu, sans vouloir aigrir une affaire qui ne l'avoit été que trop. Le Bissy, qui s'étoit mis hors de rang, parla comme un sanglier, toujours avec fureur, et ne dit aucune raison. Il dit qu'il ne vouloit pas de l'acte, que la lettre même étoit de trop; que ce serait tout au plus ce à quoi il pourrait consentir, mais qu'il falloit. bien en peser les termes; qu'il avoit mille bonnes raisons pour cela, sur lesquelles il ne s'expliqua point cependant. Un méchant esprit, qui sait qu'il n'a pas la parole à la main, lui dit : « Mais, monseigneur, vous nous devriez expliquer les raisons qui peuvent nous faire revenir. » Le cardinal, plus rouge de visage que de calotte, le regarda d'un'air furieux et quitta l'assemblée.

C'est ce matin que le jour est pris pour signer. Vous voyez que les choses sont bien avancées. Ce

sera un beau miracle si cela se fait. Je vous prie

que cette lettre soit pour vous seule. H y a même

bien des petits détails que je n'ose vous mander. Je

crois que quelques évoques, du nombre desquels

est le vôtre, porteront ce matin une approbation

en forme signée de cinq ou six qui sont nouveaui

dans la chose, n'ayant ni accepté la constitution, oi

appelé. Dieu veuille que cela donne aux autres uo

exemple qui les rapproche; mais je crains que, m

lieu de cela, cela ne les irrite, car rien n'est si difficile

que de raccommoder des gens qui ne veulent pas

l'être1.

Gaumartin de Boissy.

15 mars 1720.

Dimanche dernier, M. dcBlois, sortant de la mes* d'un prêtre grec, fut reconduit par un minime à qui il dit en badinant : « N'est-ce pas l'aumônier de l'ambassadeur turc? » Le Père lui répondit sur le même ton qu'il étoit vrai. Cela fit une nouvelle dans le quartier. On dit qu'il alloit apparemment se convertir, puisqu'il avoit un aumônier.

Votre amie Mme de Ganillac alla le voir l'autre jours et l'attaqua de conversation en turc. Vous pouvez juger comme cela réussit. Café, sorbets et parfums furent prodigués à elle et à sa compagnie.

d . Dangcau nous apprend que, le 21 mars, le Régent fit embrasser tous les cardinaux dans son cabinet; et ils s'embrassèrent dit-il, de bonne grâce et d'un air de sincérité. '

Je n'apprends pas cependant que la libéralité se soit étendue jusqu'à un fichu. On ne cite que Mme de Ségur qui en ait été gratifiée.

Caumartin de Boissy.

20 mars.

Bienheureux qui sait ce qu'il a et qui peut compter dessus; pour nous, c'est ce que nous ignorons. Nous sommes plantés sur le haut d'une pique à regarder de quel côté vient le vent, mais nous n'y sentons que la bise la plus cuisante ; pas le moindre petit zéphir doux et bénin. Hier, La Cour soupa chez moi avec le frère du feu président de Luzan. Il n'a pas tenu à moi que je ne l'aie fait plaider contre sa bellesœur. La guenon s'est fait donner par force par son mari mourant sa terre de Plainville et toute la vaisselle et les meubles à d'Orville, son beau-frère. Elle vit scandaleusement avec lui, brouillée avec Mme d'Orville, sœur de l'une et femme de l'autre. Le scandale de leur vie auroit fait casser le testament, si le frère du président avoit eu le courage de soutenir son procès ; mais il aime la vie douce et aime mieux se contenter de ce qu'on lui veut donner que de plaider.

Caumartin de Boissy.

20 mars.

Le cardinal de Mailly vit hier le Roi, qui lui donna la calotte ; il signera comme les autres le corps de

doctrine ; mais on doute fort que cette besogne, <p Ton a eu tant de peine à terminer et que je cron» encore qui ne finirait pas le jour que Ton s'issenfc chez le Régent, produise une paix bien solide dus l'Église. Il se trouvera toujours quelques appela* qui ne signeront jamais la lettre, quelques eiptotions que Ton puisse y donner. Il y aura des prtisans des Jésuites qui ne signeront jamais le coq» de doctrine, et, parmi les curés de Paris etlecorp des docteurs, tout s'est si fort révolté contre l'archevêque que vous n'avez jamais rien vu de paraL L'acceptation n'est pas bien ancienne, et l'on répul déjà des écrits très forts par lesquels on prouve que, suivant le mandement du cardinal, il n'a jamais pa ni dû accepter. Sa belle-sœur la maréchale lui alffi la tête, que rien n'y a manqué.

J'avoue que la dernière phrase n'est pas bè française, mais je ne travaille pas à un outrage académique.

Je crois vous avoir mandé un discours de Iabk Boileau de l'archevêché, qui m'a paru assez plaisant Il dit que la forme de l'acceptation devroit être coaçue en ces termes : « J'accepte l'erreur masquée sous les apparences de la vérité, dont je ne me souc* guère. »

On vole ici et on assassine beaucoup. Il y a dcui jours que, soupant chez moi, j'envoyai mon cochera l'autre bout de la ville sur mon cheval. Il fut arrttf par quatre hommes qui lui demandèrent ses papiers; il

dit qu'il n'en avoit pas, et, comme mon cheval est vigoureux, il s'en dépêtra. C'était dans la rue aux Ours, entre neuf et dix heures du soir. Ils avoient arrêté d'autres gens et se retiraient dans un cabaret à boire, où le jour les prit. Mais le commissaire, ayant su que c'étaient des enfants defamillle, traita cela plutôt comme suite d'ivrognerie que comme un dessein de voler et les fit relâcher ; on trouva qu'il avoit fort mal fait; de pareilles douceurs sont déplacées dans Le temps qui court.

Mme la Duchesse va très mal, et Ton ne croit pas cette fois qu'elle en réchappe '.

Gaumabtin de Boissy.

22 mars.

On n'a l'esprit rempli que d'inquiétudes sur l'état présent des fortunes et d'horreur sur ce qui se passe tous les jours. Un valet de chambre de M. de Busca * avoit disparu avec les effets de son maître. On a trouvé au bout de quelques jours dans la rivière le corps coupé en morceaux, le visage dévisagé, de façon que l'on n'a. pu le reconnaître qu'à une loupe fort remarquable qu'il avoit à la tête. On n'a pu encore découvrir les assassins.

4. Elle mourut le lendemain. Marie-Anne de Bourbon, fille du prince de Conti et de Marie-Thérèse de Bourbon-Condé, mariée, le 9 juillet 1713, à Louis-Henri de Bourbon, duc de Bourbon, puis prince de Gondé, premier ministre après le Régent.

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