‹ Les correspondants de la marquise de BalleroyChapitre 17 sur 79 · Maréchal de camp · texte numérisé non relu

Maréchal de camp

On brûla hier deux hommes à la Grève, après leur avoir coupé la langue et le poignet. Les malheureux étoient condamnés au Mississipi, et dans la prison du Ghâtelet. On mit dans la même chambre un jeune ecclésiastique que Ton avoit trouvé dans la rue avec des filles. Ces deux bons messieurs le vidèrent pendantla nuit, et, ayant trouvé sur lui un scapulaire, ils firent des blasphèmes si épouvantables et si nouveaux, que les juges qui les condamnèrent disent que jamais on n'a rien entendu de si terrible. Trois d'entre eux qui auroient voulu qu'on les étranglât sur le bûcher ont été retenus par tous les autres qui auroient voulu qu'on eût pu imaginer un nouveau genre de supplice terrible. L'un avoit vingt-un ou vingt-deux ans, l'autre dix-huit. Le plus âgé regardoit à droite à gauche pendant qu'on préparoit le bûcher, comme s'il n'avoit été que simple spectateur. Le jeune n'étoit pas si ferme.

Il y a deux jours, le chevalier de Brissac *, frère du duc, passoit dans son carrosse devant chez M. le Premier. Son laquais descendit pour faire ranger un charretier, qui battit le laquais ; celui-ci se réfugia à la portière de son maître; le charretier le poursuivit, se jeta sur lui et l'étrangla. Le chevalier descendit et fut saisi de même par le charretier, qui pensa l'étran-

1. Jean-Paul-Timoléon, second fils du duc de Brissac et de Louise de Béchameil, né en 1698, chevalier de Malte, maistrede camp de cavalerie en 1720, après avoir fait la campagne de Catalogne. Il devint duc de Brissac à la mort de son frère aîné sans enfants mâles, le 17 avril 1732, et maréchal de France en 1768.

DE LA MARQUISE DE BALLEBOÏ lil

gler. Le baron de Cbftteauneuf, qui ètoil avec lui.

Nantis qui passoit et tout ce qui se Irouvoit dans la rue, travailIoie.nl à coups de plat d'épée et de bôton

le charretier, qui n'en serroil que plus fort le chevalier, qui tiroit la langue d'un pied «I'1 long et qui étoit devenu tout violet, et il cul élé complètement étranglé si un de ces messieurs n'eut pusse son èpée au travers du corps du charretier, qui mourut sur-le-champ. Le peuple loua lu conduite de ce monsieur et trouva qu'il avoit bien fait.

Autre aventure d'aujourd'hui, plus vraie que vraisemblable :

Deux hommes de condition avoient envoyé un émissaire demander une forte partie d'Occident. Deux agioteurs lui ayant dit qu'ils en avoient pour ISO 000 livres, les deui soi-disant acheteurs les ont conduits dans un cabaret qui donne sur un petit cul-de-sac qui ne perce pas jusqu'à la rue Quincampoix. Les messieurs, après avoir fait tirer les actions du portefeuille et faire un bordereau, l'un donne un coup de poignard ii un des agioteurs, dont il l'a tué sur place; l'autre n'a fait de son poignard qu'une blessure au second, qui s'enfuit, sautant les marches quatre à quatre en criant au meurtre. Ces messieurs ont pris le parti de sauter dans le cul-de-sac par une fenêtre de plus de 25 pieds de hauleursans se blesser. Les gens du cabaret se sont doutés qu'ils se pou voient sauver par là; ils les ont vus sautant, et ont crié au peuple de les arrêter. On 1rs a joints auprcsdeSaint-Eiistache et conduits

chez le commissaire. L'un d'eux a reconnu un tonnelier qu'il avoit vu chez le prince d'Isenghien; il l'a appelé par son nom et lui a dît d'aller avertir ses amis de son malheur. Croiriez-vous que cet assassin se nomme le comte de Horn, de la maison de Montmorency1. Quand il fut chez le commissaire, il demanda la permission d'aller aux lieux; il s'enferma dedans ; quelques vauriens dirent : « Mais cet homme sautera petrt-être par la fenêtre, comme 3 a fait par l'autre. » On accourut, et on entendit qu'il jetoit quelque chose dans le privé. Le commissaire sur-le-champ a fait ouvrir la fosse, et on a retrouvé le portefeuille bien parfumé, que Ton a reconnu pour celui du défunt. Pour l'autre 5, trouvez bon que je ne vous le nomme pas, n'en étant pas oertain. On dit que c'est l'aîné d'une famille dans l'épée et dans la robe à qui le père a Ôté tout ce qu'il a pu pour

1. Paul-Joseph-Maximilien, fils cadet du prince de Bornes, grand d'Espagne, lieutenant général des armées catholiques, <pri servit brillamment dans nos troupes, et de la princesse de Ligne; capitaine de cavalerie, baron de Lesdain. On sait que le Régent ne voulut écouter aucune prière et que Homes fut roué avec fts des complices, le Piémontais Mille; l'autre, nommé Lestang, parvint à se sauver. Saint-Simon blâme beaucoup, non la condamnation capitale, mais l'exécution infamante, qui blessa profondément la noblesse des Pays-Bas.

Les Hornes ne tenaient qu'accidentellement aux Montmorency : Jean, comte de Hornes, prévôt de Liège, grand veneur héréditaire de l'empire, se trouvant sans enfant, adopta Philippe et Floris de Montmorency, fils de sa Xemme Anne d'Egmond et de M. de Jii*eHe, son premier mari.

2. Dangeau le nomme Lestanc, et une similitude de noms avec quelqu'une des familles nobles de Lestang aura sans doute frappé d'abord le public.

le donner an cadet, qui est fort As mes amis. Cumprene/-vnus qui' des gens qui emimiettenl de si grands crimes choisissent pareil lieu et pareille

leure?

Mme de Resmond, qui ne vous est pas. je (.'nus, inconnue, soupoit il y a deux jours avec deux dames très aimables, plus grandes par leur naissance que par leur taille, toutes deux nièces d'un cardinal, l'une veuve, l'autre belle-sœur d'un autre a pareille calotte. Ces lionnes dames, après avoir soupe BBW2 long entre elles, dans la gaieté du vin poopMèma) d'aller voir le géant de la foire, géant de tonte E&$00, plus par ce qu'on ne voit pas toujours que par 00 qui s'apereoil, et très renommé pour sa linve. Bittes choisirent l'heure de midi, parce que le monde n'y vient que le soir, et résolurent d'y aller en nacre de place et sans laquais. Elles alleiviii psendïe but le midi la Resmond, qui a voit bien fait la sainte-nitouebe pendant le souper sur la partie; elles ne la trouvèrent pas et s'en allèrent chez le géant, qui leur fit dire très impoliment qu'il ne pouvait les voir, une diable de femme l'étoit venu trouver sur siq.l heures An malin, qu'elle ne venoit que sortir, qu'il étoit las des femmes et qu'il n'm uloit voir de la journée. Les deux Samos, qui

Vloinil pas modestes en paroles, firent un tapage terrible à la porte, nommèrent leur amie et dirent : >< Ah ! la vilaine, nous allons bien dire partout

u'elle a mis le géant sur les dents. •> Toute l'envie

qu'elles avoient de tenir leur partie secrète a cédé à la satisfaction de raconter la chose à qui a voulu

l'entendre.

Caumartin de Boissy.

22 mars 1720.

Mon petit frère vient d'être nommé, ma chère tante, lieutenant de police, le tout avec bien de l'agrément1. C'est un choix : on espère qu'il fera mieux qu'aucun autre. Le Baudry est cinquième intendant des finances, car on a rétabli ces charges sur le pied de 300 000 livres de finances; MM. des Forts et Pelletier sont conseillers de régence avec 20 000 livres de pension en attendant que l'on refasse un conseil royal. M. Hérault, procureur général du grand conseil, va intendant à Tours.

Comte d'Argenson.

24 mars.

On dit que le supplice de M. le comte de Home en pourra bien attirer d'autres et qu'il a nommé une grande clique, parmi laquelle il y a bien des gens de condition. Je le sais de très bon endroit; mais pour leurs noms, je les ignore. Celui qui a été

4. C'est un des avantages que le garde des sceaux sut retirer de sa démission opportune du contrôle général des finances. Saint- Simon trouva ce choix exorbitant, à cause de Page du titulaire.

PE LA MARQUISE DE BALLE ROI ils

exécuté avec lui s'appelle Mille. Je crois que ce n'est rien ou bien peu de chose.

An sujet des curés et des docteurs de Sorbonue pour l'acceptation du cardinal, je vous dirai que le cardinal, homme sage, doux et modère, a cru voir que tout le monde se lassoit de la querelle des évéques; que si les choses demeuroient en l'étal où elles étoîeat depuis longtemps, lorsque la majorité arriveroit, les Jésuites auraient plus beau jeu qu'aujourd'hui; que le Régent n'éloit même plus aussi favorable à nos amis, qu'ils n'avoient aucun secours à espérer du Parlement, trop abaissé pour pouvoir soutenir les appelants.

Plusieurs gens de son parti, persuadés et gagnés, De lui préchoient que l'accommodement; ils lui ont conduit votre évèque et l'abbé Couet; ils en ont le principal honneur; ce sont ces deux messieurs plus que tons les autres qui doivent être congratulés sur tout cela, si la besogne est bonne, et je ne doute pas qu'ils n'en tirent récompense. Ce sont eux avec le cardinal qui ont composé le corps de doctrine; tes cardinaux du parti contraire l'ont approuvé. Cet ouvrage, à ce que j'ai ouï dire, est plus fait pour fixer les sentiments orthodoxes de l'Église sur les matières DOOteatieusee que pour marquer le mauvais sort des propositions du P. Quesnel et pour le condamner. Voilà les motifs, je croîs, qui l'ont embarqué principalement dans la signature. Celui qui y gagne le le Saint-Père, dont on approuve la constitu-

tion, quoique très peu approuvable. Ceux qui y perdent le plus, ce sont les Jésuites : tout ce qu'ils avoient fait du temps du feu roi pour élever le molinisme est par là détruit; le corps de doctrine fixe ce que Ton peut croire ou ne pas croire sur le sens des propositions; ceux qui voudraient soutenir la grâce efficace ou la promotion physique auront beau jeu, pourvu qu'ils ne veuillent rien outrer. Les sectateurs marqués de Pelage ne l'auront pas de même; laissez donc triompher les Molinistes autant qu'il leur plaira. Ces gens fiers et présomptueux chantent leur triomphe lorsqu'ils sont battus ; si leur doctrine souffre, ils veulent au moins que leur autorité ne paraisse pas abattue, et se soutiendront toujours et persécuteront l'autre autant qu'ils pourront. Leur principal manège a été de faire approuver le corps de doctrine par une lettre plutôt que par un acte, parce que cette approbation est moins authentique ; ils n'en font pas la petite bouche. De vous dire ce qui arrivera parmi les curés de Paris et dans la Sorbonne, c'est assurément ce que j'ignore ; tous ces messieurs murmurent infiniment, ainsi que tous les appelants, qui font corps de communauté. On doute fort que la plupart reçoivent et publient les mandements dans leurs paroisses ; savoir si on les voudra forcer. Je doute fort de cela; je crois qu'il feroit bien mal, et tous ceux à qui j'en ai parlé pensent de même façon ; lorsque je vous parle ainsi, c'est après en avoir raisonné avec ses plus familiers. A l'égard des évè-

ques, je croîs que beaucoup ne signeront pas. Les Jésuites, quoi qu'ils vous disent, empêcheront de ligner le corps de doctrine par tous ceux qu'ils pourront La plupart des évêques appelants irrifagnmiil

de recevoir la Constitution, sur quelques appticatîous que se [misse être, et j'en couuois qui ont reçu et qui depuis ont appelé, et d'autres qui, sans avoir encore fait leur appel, sont appelants dans le cœur et très iiH'LOiitents de ee que le cardinal a fait ; ils M tiennent sur les hauteurs et voient venir. Je doute fort de la paix véritable; je crois le fou sous la cendre. Ou avoitfait arrêter quelques ecclésiastiques qui avoient fait des écrits sur les affaires présentes. Le cardinal les a fait relâcher, niais il a eu bien de la peine à y réussir; d'autres y resteront peut-être plus longtemps.

<aiMinTi.v de Boissï.

La nouvelle de la famille est que le lieutenant de oiiee étant il y a trois jours chez sa belle-mère, où étoit sa femme, qu'on y a laissée passer les jours gras, fa détournée dans uue chambre, s'est cul'cnin avec i'lle, et enfin que le mariage s'y est consommé, ce qui a fait que le jour môme on les a mis entre deux draps ensemble. Ou dit qu'il y a grand dtagea pour elle si elle devient grosse.

Balleroy.

29 mars.

Il est certain que M. de Home en mourant a

nommé beaucoup de complices de plusieurs grands

crimes qu'il a commis. On ne les nommera pas,

comme vous le croyez bien, jusqu'à ce qu'on les ait

arrêtés. On prétend qu'il y a des gens de condition

dans ce nombre. On dit que c'est lui qui avoit tué,

pour le voler, le maître de musique de Saint-Germain-

l'Auxerrois, grand agioteur. Le jour même qu'il a été

exécuté al dispetto de la roue, d'autres ont enlevé

un limonadier nommé Saumanoize, qui demeuroit

rue de la Harpe, Au Grand Régent. On n'a retrouvé

ni le corps ni un portefeuille de 300 000 livres avec

lequel il étoit sorti pour aller agioter. C'est une

chose horrible que la quantité de gens que l'on

assassine tous les jours.

Caumartin de Boissy.

30 mars.

Il n'y a rien de changé à notre affaire, et je compte toujours qu'elle sera finie immédiatement après les fêtes; il est certain que dans ces jours-ci on ne peut jouir de personne; tout le monde étant occupé à faire ses dévotions, je comptais aussi faire les miennes aujourd'hui ; mais, étant obligé de me donner du mouvement pour le chevalier de Dampierre, je les remets à lundi.

Balleroy.

Les lettres de Bretagne arrivèrent hier au soir.

anli dernier, pendant que le comte de Horne représentoit en Grève, une autre tragédie se passa dans le cbiHeaii de Nantes. Les juges se mirent en place il quatre heures dumatin. Les opinions Définirent qu'à cinqheiiresdu soir. Ponteallec, uuïalhouet H.Montlouis furent condamnés a avoir la tète tranchée, avec un quatrième dont je saurai le nom dans un moment, dès que j'aurai parlé à M. de Blois, qui vient de nie le mander par un valet de chambre. Le jugement fut exécuté sur les dix heures du soir, les portes du château fermées et les troupes sous les armes. Deux fugitiTs ont été pareillement condamnés à perdre la tète. Salum, beau-frère du procureur général, n'est condamné qu'à garder la prison pendant un an, Je ne comprends pas cela, car, suivant la loi, la prison n'est pas une peine que l'on puisse ordonner.

Les actions remontent, et il y a toute apparence que l'on aura le loisir de se retourner. Il ne s'en est guère failli que je n'aie fondé à bon prix.

Je suis persuadé que votre évèque ' ne perdra rien par la suite de la bonne opinion que l'on a d'abord prise de lui. Des mœurs douces, simples et unies, un cœur vrai et honnête sont de bonnes

1. Louis-Armand de Lorraine, (il* du eomle d'Annognac et de Mlle de Villeroy, nommé en 17IS tvâque de Bayeui, mort en

qualités à la longue et qui se font même goûter aux Normands.

Le comte de Horn est de l'ancien Horn; il n'y a rien de plus grand. Son camarade de supplice s'appeloii Mil : il étoit officier dans les troupes; personne n'a pu encore dire qui il étoit. Le troisième? qui avoit sauté par la fenêtre avec Mil et qui s'est sauvé, s'appeloit le chevalier de Lestappe. C'est le fils d'un très riche marchand du côté de Lille. Ce jeune homme, n'ayant pas voulu suivre le commerce de son père, étoit venu à Paris, où il menoit la vie la plus libertine et se faisoit appeler le Chevalier.

Les curés de Paris et les docteurs de Sorbonne et plusieurs communautés qui avoient appelé étoient dans une grande colère contre le cardinal : ils vouloient renouveler leur appel. Cependant il parott que les choses se radoucissent : le cardinal sera censuré par le corps des docteurs chez un des grands vicaires sans déplacer; ils en paraissent être contents et retirent leur appel renouvelé.

MM. de Montpellier et de Boulogne 1 avoient refusé de prendre communication du corps de doctrine et avoient même écrit une lettre très vive. On s'est jeté entre eux. Ils vont prendre communication du corps, et puis ils l'approuveront sans recevoir la

1. Pierre de Langles, évèque de Boulogne en 1099, mort en 1724. Mgr Colbert du Croissy, évêque de Montpellier en 1697, mort en 1739. Us reçurent Tordre de retourner dans leurs diocèses, le 21 avril, à cause de leur opposition anticonstitutionnaire.

DE U MAIti.iUlSE DE BALLEROY loi

constitution. Ce scroit le mieux qu'ils puissent faire ; ou ne pourrait pas leur reprocher que leur orej huit se dès qu'ils signeront ce que du» le monde on signe. Du reste, on ne pourrait les obligée a recevoir la constitution qu'ils prétoodoienl ■iViiv pas assez claire....

Cil MARTIN" DE BOISSÏ.

3e no doute pas qu'on ne vous ait conté la tragique aventure du comte d'Home, mais à tout hasard la voici. C'étoit un homme de vingt-deux ans, beau et bien l'ail, mais qui dès sa leudre jeunesse s'étoil tourné a mal; il a été lui troisième dans la rue Quineampon chercher a acheter, disoit-il, beaucoup d'actions de différentes espèces ; un agioteur des mieux assortis s'est offert de lui en vendre; ils lui oui demandé de «nù* déjeuner dans un cabaret voisin; c'éloit à dut heures du matin. L'agioteur a donné dans le panneau; ils l'ont fait boire peu de temps et tout d'un coup se sont joies sur lui et l'ont poignardé; au bruit de la chute de son corps et de sa chaise, le maître est accouru, et, apercevant un corps ensanglanté par terre, au lieu d'entrer, U a tiré la porte sur lui et l'a fermée à double tour et a proniptement couru appeler ta garde, car c'étoit tnprè de la rue Quincampoix, et il y en a toujours une. Pendant ce temps-l;i, ces messieurs, se voyant

pris, ont tous trois sauté par la fenêtre ; le comte

et celui qui vient de lui tenir compagnie sur la roue

ont été si blessés de ce saut qu'ils n'ont pu aller plus

loin et ont été pris sur-le-champ. Le troisième s'est

sauvé et court encore. Ce camarade de roue s'appe-

loit Tampe et étoit, à ce qu'on dit, un vagabond

originaire de Lille ; tout le public a fort applaudi à

la rigueur de M. le Régent, car toutes les grandes

maisons du royaume se sont intéressées au comte

d'Horne.

Balleroy.

C avril.

A l'égard de la manière dont je suis avec toute la famille, la voici : Fort bien avec madame votre mère, qui se porte comme le Pont-Neuf. M. de Gaumartin me caresse quelquefois fort un jour et le lendemain point : c'est sa manière. M. de Boissy m'embrasse toujours à m'étouffer. Monseigneur de Blois m'aime toujours comme un crapaud; le chevalier ne sauroit me pardonner le ridicule mystère qu'il me fait des affaires de madame votre mère.

Balleroy.

Valenciennes, 7 avril.

J'apprends avec beaucoup de joie, ma chère tante, que le contrat de mariage de M. de Balleroy avec Mlle de Matignon est sur le point de se signer. Je

vous crois persuadée de toute mon amitié et de mes ouhaits sincères pour votre satisfaction sur cela et elle de mon cousin. J'apprendrai sans doule au plus tôt uu peu plus de détails : les moindres inconstances m'en seront très sensibles. Mai-- l'y buroît-il pas des voyages a Paris dans Unit cela? J'y ai non intérêt. Je suis sur «pie je vous prierai tant que ous viendrez ici ; ma maison u'est pas mauvaise : ousla trouverez même, quoique naissante, au-dessus de celte classe-là. Il vient un opéra à Valenciennes ; nous avons un très joli lansquenet, uu bon piquet, uadrillfl et même brelan, une calèche, cet été des promenades à choix si vous voulez voir un pays tout nouveau pour vous, les villes des environs. Enfin, que vous dirai-je? voir des personnes qui vous aillent fort, quoique je parle d'une qui ne vous eounoit pas encore, mais pour laquelle je vous demande votre amibe. Vous m'avez écrit quelque chose qui ne m'éloigne pas de l'espérance de réussir. Je vous <épète les assurances d'être plus charmé que periiiiue de l'établissement de Balleroy ; on dit que mérite y est au-dessus des éloges : c'est trop avec la naissance qu'elle a.

Comte d'Argenson.

.!'■ vnulois, ma chère sœur, laisser amasser uu peu de uouvelles pour vous les mander toutes à la

fois ; mais il faut toujours tous faire part de la naissance d'une petite nièce Golandre que vous avez d'avant-hier en bonne santé, aussi bien que sa mère. Le baptême se fit hier, et j'en puis rendre témoignage, car j'y étois. G'étoit M. de Bordeaux qui étoit parrain et Mlle Pecoil marraine, représentée par Mme de Fumechon.

On est dans l'attente de la manière dont sera reçu au Parlement redit qui défend aux notaires de passer dorénavant de contrat qu'au denier 50 ; ou a observé de ne point lui donner un effet rétroactif.

On prétend que le pape n'est pas content de raccommodement : sa constitution étoit si claire qu'elle n'avoit pas besoin de toutes ces explications, sous prétexte de prémunir. Ma mère se porte à merveille; cela lui fera grand plaisir de vous revoir et à nous tous. Je remets à vous faire un compliment plus au long sur votre mariage dès que cela sera signé, quoique ce soit bien chose comme faite * . Vous trou-

1. Ce mariage avait subi toutes sortes de vicissitudes, dooi M. de Balleroy a rendu longuement compte à sa femme. Durant tout le mois de mars, il eut à se donner infiniment de mal, d'autant, dit-il le 30, qu' t en ce temps de semaine sainte tout le monde est occupé à faire ses dévotions : je contois aussi faire les miennes aujourd'hui, mais, étant obligé de me donner du mouvement, je les remets à lundi. » Les Matignon avaient au dernier moment cherché à réduire les avantages pécuniaires de la fortune. Le chevalier de Dampierrc et surtout le maréchal de Tessé soutenaient vivement les Balleroy; M. de Gacé et le chevaHer de Matignon « buvoient tout bas à la conclusion de l'affaire, cela est beau et bon; mais ils ne s'en mêlent pas du tout » (28 mars). A deux reprises, on fut sur le point de rompre, à cause des articles du contrat.ro nouvel atermoiement se produisit encore; il n*y avait rien de fait fe

rez chez les Aulede on brelan à perpétuité,

d'Aulède ne pouvant plus s'en passer, non plus

ne de boire et manger ou même de poh'tîqaar.

TODfl '/liez ici demain, vous verriez Banni repa*

tttteé&MOinna.Je voua embrasse, mt chère mur,

t mou neveu, en attendant que je «ma félicite.

En qualité d'historiographe fidèle, l'un de vos plus proches parents écrivit à l'abbé de Robïeu, rrand vicaire de Vannes, ce qui s'était passé au plus uste dans l'assemblée chez le cardinal de Rouan qui ut la veille des signatures; ce que les zélés conslituionnaircs dirent n'y fut pas peu flatté. Il Bfiiasoit par marquer ipie le Bissy avoit scandaleusement dit, etc. Le bon abbé de Robien, sans mauvaise intention, mais pour instruire ses compatriotes, laissa tirer des copies de la lettre a qui en voulut. Il en est revenu i ce pays-ci : vous jugez de la colère du parti et urtout du glorieux petit Rouget. Le maître de la naison étoit bien traité dans la lettre, c'est tout ce i me console. Un homme à qui nous devons dé-

10 avril. ■■ Je galope M. do Tes se tous les. jours, écrit lialleroy ù .'■de date, sans pouvoir le Joindre. J'espère que Mis ne durera > Li' soir même, Tessé lui communiquait an* Invitation du HiéChft] dp Matignon, « disant qu'il serait à propos de le voir. » Le h- maréchal vint chez H, de Balleroy, dont le Mis ètuii ujours prudemment prés de sa mère, et le marquis annonçait te foie i n femme que ce (ut j toujours continuation d'honnêteté t d'amitié »,

férence pour l'âge et la proximité est d'avis que celui qui a écrit fasse diligence pour se raccommoder ; je suis d'un avis contraire. Je trouve que ce seroit bassesse sans utilité, qui n'aboutiroit qu'à le faire mépriser sans le faire moins haïr. Les épltres ne se pardonnent point, parce que rien n'offense comme la vérité. Il faut gémir de son imprudence et tâcher d'éviter pareil inconvénient. Je ne me pique ni d'austérité dans mes mœurs, ni de la foi du centenier, mais je sais que, si j'étois honoré du sacerdoce, je serois plus ferme dans mon appel qu'aucun des quatre évêques.

Revenons à la constitution : le feu ne s'est pas éteint par tout ce que l'on a fait. Il y a dans Paris plus de 1200 appels renouvelés. L'abbé de Frontières triomphe de la fermeté de ses confrères, pendant qu'il gémit sur la pusillanimité de son arche v£que.

On m'écrit de Valenciennes qu'on a imprimé en Hollande le grand poème de Philotanus orné de tailles-douces, et que l'on va me l'envoyer. J'en demande un second exemplaire pour vous.

Cadmartin de Boissy.

24 avril.

Le roi eut une faiblesse il y a trois jours * ; il se porte bien présentement. Nouvelle des plus extraor-

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