Mis en liberté le 16 mai
sa maiu, à quoi Ton dit qu'il a répondu que Mme du Haine lui avait donné en Espagne pour le traduire
.■il François, parce qu'il le sait.
Le président de Rlamont est à Séez eliez l'évoque, son bon anâ; il reviendra incessamment. Le Parleineut parait fort de concert avec. M. le Régent '.
M. de Chastelier, qui étoit chambellan de M. le Régent, est mort, et sa charge est donnée à M. du Plouy, qui étoit ci-devant écuyer de Mme de Berry et à qui la première vacance avoil été promise, quoique M. de Ségur l'ait fort demandée, qui a épousé une fille naturelle du Régent, tille de la Desmares,
M. de Pluveaux, qui avoit un brevet de premier gentilhomme de la chambre, et auparavant étoit mattre de la garde-robe de Son Altesse Royale, est mort aussi il y a quelque temps. M. de Baleine, écuyer ordinaire de Madame, qui avoit épousé Mlle de Chàteauiviianl. est mort aussi '.
M. le Régent a fait chef du conseil de la guerre M. île Chartres, ce qui n'a pas plu à M. le Due, qui l'étoit, et a en même temps donné à M. de Conty 25 000 livres d'augmentation de pension et le commandement de la cavalerie de l'armée de Catalogne.
1. Le Ré^eni avait autorise M. île Blamnni, à la (In de décembre, à revenir habiter une de ses lerres. sur les inslances du premier présidenl. Saint-Simon iwmis apprend qu'à son retour il devint t un pigeon privé du Répent t : ce qui, quand on le découvrit nu Parle ■(, ie lit meilre complètement à l'index.
2. Remplacé par M. de Vîntes : celle place valait W00 livres. avec un logement au Palais-Royal,
Mme la Duchesse, qui avoit reçu tous les sacrements et qui étoit abandonnée des médecins, un chimiste Ta entreprise depuis quelques jours, et elle ne meurt pas \
Le prince Eugène doit être ou doit arriver à Bruxelles avec 15 000 hommes desmeilleures troupes impériales ; on dit qu'il va prendre possession des Pays-Bas en qualité de vicaire général.
Le prince de Dombes et le comte d'Eu sont à Eu avec un officier qui les accompagne et à qui Ton donne 1000 écus de pension, et qui mangera avec eux. Ils ont six lieues pour pouvoir chasser.
Les bals de l'Opéra ont commencé après Noël. Il y a eu des jours où il a fallu rendre l'argent, n'y ayant presque personne.
Le prince d'Harcourt est mort \ On va prendre ici le deuil du roi de Suède.
Girardin.
18 février 1719.
Pour répondre d'abord à monsieur le marquis, jetai dirai que personne, depuis le plus grand jusqu'au plus petit, ne tient bonne table que le principal plat ne soit fourni par sa libéralité. Lorsque le duc de
1. Elle ne mourut qu'au mois de mars 1720. Elle était fille de Mme de La Vallière, dite Mlle de Nantes.
2. Alphonse-Henri de Lorraine, petit-fils du duc d'Elbeuf ; il servit avec distinction toute sa vie et alla même guerroyer à Nègrepont et à Corinthe ; il avait épousé la fille du comte de Brancas.
Bnuicits a eu quelques petits mécontentements avec .Mme la duchesse d'Orléans, une des plus terribles menaces qu'il ait pu lui faire a été de ne plus lui faire part de ces excellents pâtés de M, de La Cour. Sou Altesse Royale en a tremblé. Il n'y a rîeu qu'elle n'ait fait pour calmer la colère d'un homme prêt à la priver d'un si grand bien. Le dernier pâté qu'a reçu le duc d'Albret a dépassé, selon lui et scion nous tous, tout ce que nous connaissions de pièces de four. Un mélange aimable de poulardes avec des canetons nous a paru une des plus industrieuses inventions du monde pour flatter le goût et perdre l'estomac.
Je ne puis in'empécher de dire à monsieur le marquis qu'il traite la robe avec un peu trop de mépris. La crainte qu'il a qu'on ne le prenne pour un ancien maître des requêtes blesseroit trop les anciens serviteurs qu'il a dans le corps. Qu'en diraient des Boulanger, des d'Aunay,desduGrie,etc? Sait-il bien que de ce corps sortirent des Martanges, des Barberye, les plus jolis petits Turgots du monde, tant de rares merveilles qui gouveruent ou sont prêtes
gouverner les plus belles provinces du royaume.'
Les couslitutionnaires et les anticonstitutiouuaires sont plus endiablés que jamais : une moitié du clergé va excommunier l'autre.
Le petit prêtre Breleuil ' m'a raconté la burlesque
1 . Charles Le Tonnelier de Breleuil, abbé de Deuil, grand maître de la chapelle du Roi, èvêque de Rennes en 17-23, mort en 1732.
colère du baron contre ses gens, qui sans préparation lui sont venus annoncer la mort de sa sœur, morte d'un catarrhe suffoquant dans le temps qu'il étoit affligé, à ce qu'il parait, d'un mal pareil. Moins touché de la perte de la maison de son voisin que de la crainte de perdre la sienne, son propre intérêt étouffa la douleur, qu'il compensa en criailleries contre le peu d'affection de ses gens.
On a peint un ex-voto de Mme de Ventadour qui voue à Dieu le petit roi.
Le maréchal, qui prétend que le tableau ne le dépeint pas bien, dit qu'il le fait vieux comme le vieux baron.
Je ne sais si je vous ai mandé à quel point a brillé dans les bals de l'Opéra un sénateur normand. Il se nomme le président de Folleville. vêtu d'or antique, justaucorps rouge, orné d'une très vieille broderie où l'or ne paraissoit presque plus; la tête ornée d'un chapeau bordé un peu retroussé, perruque carrée mise en devant avec un peu de poudre. Il a fait les délices du carnaval et a dansé comme un perdu avec toutes les princesses et tout ce qu'il y avoit de plus aimable à la cour. Il n'y en avoit que pour lui; mardi, une soi-disant Mme de Brancas vint de la part de Madame pour lui faire un compliment et lui fit présenter une carafe d'orgeat. Après elle se présenta une autre soidisant Mme de Villars; elle baisa le magistrat d'une manière très immodeste et le pria à diner pour le
I>£ LA MiRiJCKE H ULLEB0T
lendemain. Le président, qui crut tout cela de h meilleure foi du monde, alla pour j dîner et u'\ dîna pas. On le jouoîl eomme d'un ballon dus la salle du bal. Cela alla si loin qu'un ru—ai vint lr rtir de la saUe. de peur que cela ne fit du desordre. Mais le président ne voulut rien faire . et il assura qu'il entendoit très bieo la raillerie et qu'il ne se fàchoit jamais, qu'il avoit reçu des amitiés de tout le monde et que, dans un vovage qu'il veo.it «le faire en Angleterre, il lui en étoH arrivé bien d'autres. Tout auroit été à merveille si. dans une bafloUade un peu outrée, le pied ne lui avoit manque et si toute la compagnie ne lui avoit dansé sur le ventre. L'histoire vous paraîtra un peu outrée, mais vous avez trois neveux, qui tous trois me l'ont contée.
Le UiEVALIEH d'Argcxsov.
Il y a une lettre du cardinal de Bissv excellente. 11 mande aux évéques de sou parti tout ce que Rome va faire et leur marque de s'arranger sur cela. Il leur marque que le parti du cardinal de Noailles a fait certains écrits dont il leur envoie les litres et leur propose de les condamner sans les avoir vus, sur sa parole. La proposition n 'est-elle pas bien épiscopale? Je vais souper ce soir chez son confrère pour la première fois ; nous sommes à
merveille, mais je lui ai demandé la liberté de ne pas abjurer.
A Tégard du livre dont vous me parlez, mes amis voisins du Temple, comme vous le croirez aisément, en ont été fort blessés. Je puis vous assurer que ceux de la maison du héros n'y ont aucune part. Ils en sont aussi fâchés qu'on puisse être. Ils offrent même une lettre ou à mon frère ou à la partie intéressée, que Ton rendra publique et que Ton imprimera, si Ton veut même de la faire ajouter aui livres qui sont en blanc chez l'imprimeur. Peuventils rien faire de mieux? Et peut-on les soupçonner de s'être voulu exposer de gaieté de cœur à une amende honorable? Vous savez qu'ils avoient lâché pareils discours sur une maison puissante et qu'ils n'ont jamais voulu en démordre. Pour ce nouveau fait, je puis assurer qu'il n'a pas fallu les pousser : au premier discours que nous leur en avons fait ils se sont jetés à corps perdu dans le désaveu et se sont proposés à toutes sortes de réparations. Le petit marquis est content ; sa femme fait son métier de pisse- vinaigre. Ne vous souvenez-vous pas de l'abbé La Fayette quand il disoit : « Gomment voudriez-vous que cette bête ne fût pas de mauvaise humeur? Elle ne ch... point. »
Tout se prépare pour la guerre d'Espagne. Les officiers généraux ne sont pourtant pas encore nommés. Je voudrois que Balleroy eût demandé à servir, quoique le régiment où il est ne serve pas;
mais il faut aller où il y a de la guerre, si l'on veut cheminer. Mgr le Régent donne à M. le prince de Conti deux cent mille livres d'argent comptant pour f'iiire ses équipages et mille deux cents marcs d'argent pour son argenterie, dont il n'a pas. Il laisse, dit-on, sa femme en partant dans un
couvent.
Il y eut jeudi un bal d'enfants à l'hôtel de Sully. Rouillé y arriva donnant la main à Mme de Béthune. Le duc de Noailles étoit dans un coin. Le Coudray fut auprès de lui avant qu'il l'eût aperçu. 11 se mit à rire et lui dit : a Dei/s nobis hase otla fecit. »
Toute la compagnie se mit à rire, hors le Rouillé, qui fut déconteuancé '.
Voilà bien du griffonnage; mais il auroit fallu trois heures pour mieux écrire.
Ce 19 février (suite de la précédente).
Je dînai hier chez le cardinal de Robau et fus
us content de lui et de sa race que je ne puis
, le due. Il me dit que le Gzar avoit écrit ou
écrire à l'Académie des sciences qu'il étoit
aux côtes de Russie un vaisseau d'une
uclure bizarre, avec des hommes tous vêtus de
oie, dont l'on n'entendoit pas la langue; que l'on
du GoadfXj avait éié le bras droit du 'lue de Soaille-* r les finances et avait quitté les affaires iW lui.
dit que c'étoit une pirogue du Japon. Si cela étoit, cela pourroit donner des éclaircissements sur la géographie.
Je reprends la plume en rentrant de la ville. N'estce pas une chose très ridicule de souper chez soi tout seul le dimanche gras? Cela m'arrive pourtant ce soir, quoique prié en deux bonnes maisons; mais j'ai refusé pour aller dans une troisième, où j'ai trouvé visage de bois, et de honte je suis revenu tout seul ici comme un hibou.
Bénac et Jussac se sont battus en duel ces joursci, à midi, dans la rue Dauphine. Bénac a été blessé à mort, à ce qu'on croit ; il ne rétoit pourtant pas encore ce matin. Jussac s'étoit masqué avec une barbe à croc ; il l'a quittée à cent pas de là et a été reconnu par plusieurs personnes !. Le Parlement a décrété hier. Nous verrons ce qu'il en résultera.
Il court d'étranges bruits du petit roi d'Angleterre; on disoit qu'il y avoit une flotte en Espagne, prête de le mener en Ecosse aujourd'hui; entre la couronne et la prison, on ignore son sort. Ce seroit sur cela que j'aurais besoin de vous faire une longue lettre. Si vous savez qu'un président à l'audience est comme un curé à l'offrande, j'avoue pourtant à ma tante que j'aimerois mieux l'offrande si Ton donnoit de grosses pièces. J'en avois le loisir, mais
1. Le marquis de Bénac mourut peu de jours après, sans avoir voulu nommer son adversaire ; il paraît qu'il s'agissait d'une affaire <ie jeu.
I»E U HUQDISB DE BALLEROY J7
j'ai la rage d'aller juger. Le bruit s'est répandu que le roi d'Angleterre avoit été arrêté à Milan, passant en Espagne, pour le projet dont je viens de vous parler. M. Le due d'Orléans le eroyoit même avant-hier. Les mieux instruits le Broient embarqué. Je vis le comte de Croissy chez Mme de Maillebois, l'abbé Pomponne, M. Amelot et beaucoup d'autres gens, avec qui j'ai soupe chez le prince de Hohan, qui tous pensèrent de même. Voici cependant ce qui m'a été dit par l'abbé de Ryom, Irlandais, aumônier de la l'eue reine d'Angleterre, fort anii de M. de Vannes. Il m'arrêta hier dans la rue, fondant en larmes, et m'assura qu'il venoît de recevoir des lettres de Home par lesquelles on lui maniloil qu'il étoit arrivé un courrier chez le Roi, qu'on n'nvoit pus voulu lui faire parler; que cet homme, après avoir bien insisté, s'étoit fait connaître AU Roi par une lettre qu'il lui écrivit sur-le-champ; qu'ils restèrent plus de deux heures en conférence ensemble, après quoi le Roi alla chercher !<■ cardîal Otloboni, à qui il dit qu'il étoit obligé d'aller • un petit vmagc de quatre ou cinq jours a la npagne, dont il lui demanda le secret; qu'il le [ea d'une lettre pour le pape, dont on ne sait le contenu ; qu'il ordonna à ses gens de ne parler absolument de son départ, qu'il ordonna même qu'on donnât un dîner le lendemain a des gens qu'il avoit priés et qu'on leur dit qu'il avoit une migraine qui l'empêchoit de se montrer;
que cependant le Roi, après avoir fait son petit arrangement, étoit sorti de Rome le plus secrètement qu'il avoit pu, pour aller trouver trois chaises à deux qui avoient été préparées pour son voyage; qu'il étoit monté dans une avec le comte de Mars, le courrier et trois Anglais dans les autres ; que cependant l'ambassadeur de l'empereur, ayant appris qu'il n'a voit pas dîné avec ceux qui étoient conviés, avoit dépéché des courriers par toutes les routes qu'il avoit imaginées que le Roi avoit prises, avec ordre de l'arrêter sur les terres de l'Empereur; qu'on l'avoit joint dans le Milanais et qu'on l'aval arrêté. Si cela est vrai, comme il y a toute apparence, je ne crois pas qu'il en sorte plus tôt que sa femme d'Inspruck. Les Béthune le disent embarqué surh côte de Florence. D'autres disent que la nouvelle de l'abbé est vraie dans toutes ses circonstances, boit l'arrêt de la personne du Roi ; qu'il a fait partir te trois chaises de poste, qu'il a suivi à cheval à quelque distance, que l'on a arrêté ceux qui étoient dedans et que lui a gagné Gênes, où il s'est embarqué pour l'Espagne. C'étoit hier le sentiment lf plus commun. Cette façon de faire pour d'autre gens que l'on pût prendre pour lui est assez dans son goût ; vous savez qu'il en a déjà usé comme ce lorsqu'il est parti de Lorraine; ce qu'il y a d'étonnant, c'est que chacun donne ses doutes pour la chose du monde la plus assurée.
Caumàrtin de Boissy.
J'attends aujourd'hui des goutteux à souper; en attendant, je vous écris : les présidents de Luzan et Dodun ', MM. de Hauteroche, Larablin, Keydeau*. Hangran 3 et Beaussons * viennent ici prendre leur réfection, pour me servir de la phrase de M. de Thuisy.
Je vous manderai peu de nouvelles, parce qu'il n'y en a guère. Vous ai-je mandé le combat de Bénac et de Jussac? Les chirurgiens avoient abandonné Bénac; Le Dran ne vouloit pas seulement le panser; il étoit sans connaissance, les extrémités froides; le sang s'épauchoit dans la poitrine ; on lui a fait venir un garde du Roi qui l'a pansé avec de la poudre de Saimpatisfstc). Les chirurgiens, quand Us ont vu que tout alloit bien contre leur espérance, ont fait des incisions qui l'ont remis à la mort. Le garde revint le trouver et demanda en grâce ou que l'on chassât les médecins ou qu'on lui permit de se retirer. Les chirurgiens out été chassés, et le malade îst en très bon train de guérison. Ne devroit-on pas raire justice de ces canailles?
Depuis l'entrée du comte de Stairs, il a été voiries rinces et les princesses, dont il a après reçu des vi-
, (ius|>artl Dodun, marquis |d'IIcrbaull, contrôleur général n 17»
â. Conseiller au Parlement.