Angrand, maître de requêtes
4 Beaussons Saint-Aubin, maître des requêtes.
sites. Lorsque Mgr le prince de Conti a été chez lui, il n'a pas voulu aller au-devant de lui jusqu'au bas de l'escalier, comme il le doit aux princes du sang et comme il avoit fait à Mgr le duc de Chartres, qui dans la vérité n'a point d'autre rang. Le prince a attendu quelque temps et a envoyé savoir si l'ambassadeur ne viendroit pas au-devant de lui jusqu'au bas de l'escalier. Le comte de Stairs a répondu que. s'il avoit fait plus à l'égard du duc de Chartres, c'est qu'il l'avoit bien voulu et qu'il ne vouloit pas faire la même chose à l'égard du prince de Conti ni des autres princes du sang ; qu'il avoit des ordres sur cela *. Il a demandé depuis à voir Mme la princesse de Conti, qui a refusé sa visite jusqu'à ce quH ait rendu aux princes du sang ce qu'il leur doit. Gomme depuis il a été éclairci que les ambassadeurs venoient au-devant des princes du sang et que le comte de Kœnigseck y est allé, le Stairs s'est rejeté sur d'autres propos et a prétendu que le prince de Conti avoit manqué à quelque chose lorsqu'il étoit allé le voir. Le fait est faux, et d'ailleurs rien ne pourroit excuser un ambassadeur de ne s'en être pas expliqué auparavant et d'avoir laissé venir le prince jusque chez lui pour lui manquer de respect, en rendant sa visite inutile et l'empêchant de monter après
1. Stairs avait « subjugué », dit Saint-Simon, le Régent et soi entourage ; il se crut tout permis : le duc d'Orléans intervint faiblement, mais la persévérance des princes du sang triompù* de cette insolente innovation.
DE l,A MARU.UISE DE BALLERuY \i\
être descendu de sou carrosse. Mais les iusolences de col Anglais ue doivent point étonner.
IJ'ai grande impatience de voir à quoi cela aboutira.
Caumàrtin de Boissv.
in I7W.
Le pape a refusé tout net les bulles de votre évèque et d'un mitre, à qui il avoit échappé de dire que, dès qu'ils les auraient, ils feraient leur appel pour la constitution, ce qui es! venu à M. le Nonce, qui le manda à Rome. Le Pape a voulu en donner à d'autres, et le Régent a dit qu'il n'en vouloit pour aucun ou pour tous ensemble.
Depuis le carême, il s'est fait plusieurs mariages. M. Deslouche-Chanereux, un de mes anciens camarades, épouse Mlle Mire, fille des consignations, avec 2i0 000 livres ; M. Destiaux-Croizet a épousé Mlle M;u'ville-r"eydeau; M. de Poutcarré, Mlle Jassaud, fille du président. Le carnaval s'est [tassé sans beaucoup de choses remarquables. Souvent, au bal l'Opéra, il s'est trouvé fort peu de monde, sauf x derniers jours,
M. le marquis de Bénac a eu un démêlé avec de Jussac, dont la mère est au Palais-Royal, de Béuae a eu un coup d'épée considérable; endaut il a guéri par la poudre de sympathie, et de Riom l'avoit retiré au palais du Luxembourg,
comme son parent. Cette affaire n'aura pas de suite.
On ne parle plus du tout de ceux qui ont été arrêtés. On dit que le frère de M Le Blanc aura l'évêché de Périgueux. M. l'abbé du Bois a encore eu une grosse abbaye. On dit que M. de Torcy lui a dit des choses fort vives en présence de M. le Régent au sujet de la manière dont il menoit les affaires étrangères , et une personne m'a dit tenir de M. de Torcy que ces bruits étaient vrais.
Il y a une femme de soixante-dix ans, il y a un mois, qui a accouché d'un enfant qui n'étoit pas parfaitement formé.
On disoit hier une chose extraordinaire, qu'on alloit rembourser toutes les rentes en billets de banque.
Une nouvelle de ce matin, c'est que Turmony lM trésor royal, a été enrôlé par La Noue et Colombe!, qui commande le régiment de Gonti, pour dix louis. A l'Isle-Adam, étant à table, il dit qu'il s'enrôlerait bien pour dix louis et qu'il boiroit à la santé du Roi. Colombet ne les ayant pas, La Noue les tira de a poche et lui donna ; on fit son enrôlement, on k désigna et il fut signé par les présents. On dit que, do temps du feu Roi, un conseiller au Parlement fit k même chose et qu'il alla le lendemain en robe de-
4. Maître des requêtes et intendant de province avant de succéder à son père comme garde du Trésor royal ; intetli^cat, honorable et très estimé. 11 mourut jeune encore, en 1722, ne laissant qu'une sœur, mariée à M. de Montmorency, comte de Ltf4 après avoir épousé M. de La Rochefoucauld, marquis de Bayas-
mander son congé au Roi, qui lui répondit que, ayant change d'état, il n'appartenoit qu'au capitaine de lui donner, el il donna 1500 francs pour l'avoir. H y a apparence que celte aventure finira par quelque chose de semblable.
Je ne sais si je vous ai mandé la lettre du maréchal de Bi'iivnin au prince de Conti. 11 loi un billet, sans mettre le Monseigneur en tMe de l'épltre, et il met ce mot dans la ligne; point de A. S., point même de simple Altesse ni dans le corps de la lettre ni dans la suscription ; la signature point détachée. 11 marque au prince qu'il lui demande part dans ses bonnes grâces, qu'il l'espère daulant plus qu'il a toujours été fort ami de moniciir Bon père. Vous pouvez juger que pareille lire a offensé Mgr le prince de Conti; quelques hanls esprils croisai que l'Anglois, qui n'est bien curieux de l'avoir dans son armée, n'a t-être pas été fâche de les brouiller à l'avance. L;i querelle avec le Comte de Stairs sur la récep- » qu'il lui a faite n'est point encore terminée, comte attend des ordres d'Angleterre. Le public infiniment attentif ;l cet événement et à voir rimer l'insolence de ce diable d'Angtois. Il a rd dit que ses instructions lui défendoient de re ces cérémonies avec les princes du sang;
34 LES CORRESfOff DAMTS
qu'il étoit vrai qu'il avait bien touJu le faire avec Mgr le duc de Chartres pour des considérations particulières, quoiqu'il n'eût que le simple rarç de prince du sang, mais qu'il n'a voit pas voûta le faire à l'égard des autres ; ayant des entres contraires, on l'auroit blâmé. Depuis, il a été obligé d'abandonner cette défense, parce qu'il a été établi que milord Portland étoit venu au-devant jusqu'au carrosse, et même l'ambassadeur de l'Empereur. 11 s'est rejeté sur des plaintes personnelles du prnof de Conti, sur ce qu'il ne l'avoii reconduit que jusqu'au milieu du vestibule et point jusqu'à la dernière marche du perron, comme il devoit. Il conwnoit bien que les ducs de Chartres et de Bourbon or l'avoient reconduit que jusqu'à la porte de lev appartement, mais qu'ils lui avoient dit, Tua fil étoit dans la maison de son père, et l'autre du* celle du Roi. Cette seconde excuse ne vaut pas mie© que la première. J'ai vu des gens présents à la «te que lui fît le comte de Stairs et qui disent qu'il* reconduisit jusqu'au haut du perron qui àestfd dans la cour.
U court beaucoup de bruits de duels estaitgants. On dit que Mme de Polignac s'est battue ai combat singulier avec Mme de Nesle à coups k couteau et que toutes deux sont assez grièvement blessées, surtout la Polignac '.
1. La marquise de Nesle était fille du duc de Maxario etb* sœv de la maitpûae de PoUgiac; elle» se bottiraU è CM*
DE LA MARyOtSE DE BAUEROY 3J
On a conté encore un très beau combat enln' un Gascon et un homme de ce navs-ei que le Gascon a j.'lr snr le carreau. Il lui écrivit qu'il le prinîl très instamment de ne point passer dans une certaine nie, parce que, se sentant en colère contre lui, il ne pourroi) s'empêcher de l'attaquer. Cette lettre, comme TOUS l< ■ juges bien, étoit un appel narquois. Celui qui l;i reçut M manqua pas d'y aller et attrapa son palpât I ni dit que. la lettre ayant été trouvée dans les pOCCMM du mort, nn l'a remise entre les mains dn procureur général, qui veut lui faire son procès,
ais que le Gascon soutient que ce n'est pas défi, nais un conseil sage qu'il a voulu donner.
Le marché de Lass est enfin achevé pour la terre ■ Tancarville à 8 600 000 livres. Il achète l'hôtel
I Nevers pour la Banque, et l'hôtel Mazarin pour i personne.
Vous jugez l'ien qu'il ne s'accommodera pas des 'etlans gothiques qui y sont.
II est exact que le roi d'Angleterre s'est échappé i trompant avec les trois chaises envoyées en avant
ar lui. Ou dit que la princesse Sobieska s'est échappe et est avec lui. Presque tout le monde est conaincu que cela se fait d'accord avec l'Empereur,
Mm. oui i. mi. nfan (|urli|iu's-mii. de Richelieu. Le duel eut lie* u Prè-jux-Clercs,eL après des paroles plus que vives, elles s'a-saiià coups de couteau et se ftlMMH mèes sans nnlerremion de fens, Mme de Nesle Tut blessée au sein, Mme de Polignac mpe ei en plusieurs endroits ; elles fureal exilées pendant utfqw temps ponr ce bel exploit.
que Ton sait qui a fait son traité avec l'Espagne. On croit que le duc d'Ormond s'est embarqué sur une flotte que le roi d'Espagne avoit armée à Cadix, composée de huit vaisseaux et d'un grand nombre de transports qui doivent être suivis par quatre autres gros vaisseaux; les bâtiments ont été armés sur le pied d'un armement pour la Sicile.
On croit aujourd'hui que c'est pour faire une descente à Bristol : ils emmènent sept bataillons espagnols, un régiment de dragons et un de cavalerie avec des armes pour 30 000 hommes ; on ne doute pas que le prétendant ne s'y joigne. Ne trouvez-vous pas que l' Alberoni est bien extravagant de prétendr? conquérir par mer l'Angleterre et d'y envoyer des troupes, dans le besoin qu'il en a pour sa défense, dans le temps où nous sommes, à la veille d'entrer en son pays? Il faut pour ses projets, que Tonne comprend pas, que ce soit le plus grand homme du monde ou le plus extravagant.
Le pauvre Bénac est mort de sa blessure ou, pour mieux dire, de ses chirurgiens, à cause des incisions qui lui ont été faites à l'insu du garde du corps qui lui avoit donné de la poudre de sympathie. On devroit faire une justice exemplaire de ces misérables et plus rigoureuse que de ceux qui assassinent sur la grande route.
Le mariage du cadet Destouches 4 fait ici grand
1. Fils d'André des Touches, surintendant de la musique du Roi et inspecteur général de l'Académie royale de musique.
DE LA MÀRQtllSE DE BALLEROY
bruit : il a épousé Mlle Miré, avec 230000 livres. Tout le monde les blâme tous deux. Pourquoi la Famille de Mlle Miré marie-t-elle une fille de dixsept ans, a. qui l'on donne 230 000 livres , à un homme qui n'es! plus jeune, qui a quitté le servira ci que tout le monde croit qu'il a autant et plus «soin du grand remède que quand il y a passé? Son
■ère le Canon ' en est audesespoîrel le quitte. Voici
• qui a donné lieu au mariage :
Un jt'iir qu'ils l'iiiicnt ii l'Opéra, le Canon dit au
jidet : « Où soupez-vous, mon frère? voulez-vous
enir chez Mme de Vérue? » Le cadet répondit : « Il
■st bien triste, avec 80 000 livres de rentes dont nous
ouïssons, de n'avoir pas une ordinaire fondé (sic),
l'être obligé d'inviter à souper, ou d'aller demander
on souper en ville. » Il étoit résolu à se marier, si
3 Canon ne vouloit pas le faire. Sur cela, il se passa
beaucoup de temps; le Canon répondit toujours qu'jj
résolu de n'en rien faire, qu'il étoit sur de
imver toujours en ville bonue compagnie ou de la
; venir chez lui, qu'il ne vouloit pas avoir d'autre
me que lui, qu'une qu'il prendrait étrangeroit
ut-étre leurs amis ou ne leur conviendrait pas et
s feroit même enrager. A tous ces discours, le véné-
ble Chavereux répondit que, si son frère ne vou-
; pas se marier , il se marieroit. Le Canon lui
vpumlit qu'il pouvoir faire ce qu'il voudrait, mais
. itinal nommé parce qu'il êiail colonel-lieutenant du régiment s IwmbnrdiiTS ; cordon roagc efl !"--J.
qu'il lui demaudoit eu grâce de ne point prendre une femme trop jeune ni de basse naissance, qu'il ne s'arrêtât pas au bien, mais surtout qu'il ne prit point une personne dont les biens fussent mal acquis. 11 y a quelques jours que le Chavercux vint souper ebea Mme de La Panoze, à laquelle il dît qu'il avoit vu une petite tille dans une loge avec sa mère et Mme Pallu ; qu'elle lui avoit paru assez jolie, que, pour peu qu'elle ait de bien, il la prioit d'en parler à Mme Pallu et de lui faire épouser. Cette grâce a été exaucée. Il a cinquante ans. M. Miré est un avocat qui a gagné son bien dans tes consignations. Destouches, mécontent de la naissance et de l'origine des biens, a résolu de s'en séparer ; il n'a voulu ni assister au mariage ni signer au contrat. Voilà un article bien long, mais il faudrait le recommencer pour le faire plus court; vous m'en dispenserez.
Grand procès entre les disciples de saint François et ceux de Loyola : les premiers prétendent que les seconds leur ont volé une chapelle dans l'Ile de Scio; il est pendant au Conseil de la marine, il est bien mal aux laquais de plaider contre leurs maîtres.
Le factum que j'ai commencé me fait grand plaisir; il est fort biea fait.
A propos de Jésuites, l'Empereur a fait parler au pape à propos de la persécution qu'il fait au cardinal de Nouilles. Sa Sainteté a répondu qu'il lui paraissoit bien extraordinaire que l'Empereur,
DE Là MÀBQUISE DE RÀLLEROY 33
après l'aToir presque dépouillé de sa puissance temporelle en Italie, voulût encore se mêler du spirituel. Le comte de (iallas lui répliqua assez sèchement qu'il avoit ordre de son maître de lui faire savoir ses volontés et point d'ordre de lui demander de réponse. I ht prétend que cet office a fort servi le cardiual auprès de la cour de Home, dont vous connaissez la timidité quand un lui parle haut et l'insolence quand ou la craint. On dit que l'archevêque de Vienne, a qui la cardinal avoit écrit, lui a rendu ce bon office auprès de l'Empereur, mais plus que huit cela le prince Eugène. Le Père Le Tellier, pendant qu'il a été à Amiens, a voulu tracasst.1 r en Flandre au sujet de la constitution à l'aide du Sabatier. Le prince Eugène l'a mandé à l'Empereur, qui lui a fait donner l'ordre par le Régent do s'en aller k La FlcHic.
Presque eu même temps, l'Université a envoyé au prince Eugène ses décrets contre la constitution, nomme R M diinie Aèm de son corps, orué de la qualité de maitre es arts, ayant commencé avec applaudissement sa théologie dans ses écoles. La lettre du i.vi.'ui' éteJI écrite ea bon latin et très (laiteuse. L'éloquence du pédant a flatté le prince et l'a concilié au parti de la vérité. On prétend que c'est lui qui a obtenu de l'Empereur la protection qu'il a fait douner aux appelants par sou ambassadeur.
Je vous avoue que qui connaîtrait les ressorts qui iiwil jouer les plus grands événements s'en éton-
neroit tous les jours. Un pédant crotté, enflé desoo latin, qui se croit le premier homme du monde, s avise d'écrire au prince Eugène. Un homme de bon sang qui seroit arrivé dans sa chambre lui auroit dit : « Où diable, monsieur le Recteur, allez-vous imaginer que le prince Eugène, qui, quand il étoit à Paris, se battoit les fesses de sa Sorbonne, s'aille fourrer dans vos tracasseries de constitution ? » Cependant cela tombe dans des circonstances où ce prince, fâché contre les Jésuites et touché par d'autres motifs que nous ne connoissons pas, excite l'autorité de l'Einperur et arrête peut-être un schisme en France qu'il souhaiteroit par la suite d'avoir fomenté.
Gacmartin de Boissy.
Je vous dirai seulement que l'histoire de l'enraiement du Gourcollet est vraie dans toutes ses circonstances; que l'engagement a été signé par huit ou neuf personnes, en présence du prince de Conti comme témoin. Nointel assure qu'il gardera l'argent; La Noue dit qu'il le fera enlever, et il est homme à le faire.
Nouvelle contradictoire pour le roi d'Angleterre. On dit qu'il restera en Espagne avec sa femme pour lui faire des enfants et ne passera en Angleterre que quand le duc d'Ormond aura fortifié son parti.
D'autre part, on ne sait pas positivement si la reine
icelle s'est sauvée d'Iuspruck. Enfin l'arrivée de la >tto à Bristol n'est pas vraie. On sait seulenu-ni l'un Malouin qui venoit d'un voyage au long eours rencontré la Hotte à la hauteur de Lisbonne. Cacmabtin de Boissi.
Les affaires d'Espagne et d'Angleterre sont moins laîrcies que jamais. On dit aujourd'hui blanc, deain noir. Il passe pour constant qu'à Londres il u'v ;i tint le plus petit mouvement : cela ne nous dit pas nirtant que dans huit jours tout ne sera pas en feu. m Altesse Royale a dit hier que le duc d'Ormond lit parti le 12 du port du Passage avec quatre frètes chargées de quatre compagnies de grenadiers de beaucoup d'armes, niais que cela ne paroissoit is suffisant pour conquérir l'Angleterre. Mme de Polignac est séparée de corps et de biens ec son mari, qui lui donne 12000 livres de penon.
Caumàrti\ de Boissï.
l 'u dit qu'on entend force coups de canou dans Manche, vous devez le savoir mieux que nous. Le due de Richelieu fut arrêté hier et mis à la astille par le prévôt de la eonnétablie. Il est presque rlaiii que c'est pour des cancans avec le cardinal
4* LES CMRKSTONMNTS
Alberom. Mâchant a mis tes scellés sur tons les papiers &.
Je yeux tous conter une bonne action que je fe hier. Noos condamnâmes à mort un pauvr* diable qui a voit volé, le 12 de ce mois, trois serrures pour toutes choses dans le pavillon neuf des Tuileries, celui dont on refait le dedans devant le pont Royal. Il en avoit laissé deux par terre et avait défait les vis de la troisième et Favoit empochée. On le trouva saisi du vol. Comme il y a une ordonnance du feu roi qui enjoint aux juges de condamner h la corde tous cera qui sont convaincus du moindre vol dans les lieux où le roi habite, nous prononçâmes tous d'une voix sa condamnation. Le grand prévôt et moi allâmes trouver le Régent chez Mme de Beny. Je portai h parole, dis qu'en obéissant à la loi qui nous avoit para dore, nous avions espéré que la clémenœ l'adoucirai: que le juge avoit été obligé de s'y conformer, qocfc prince seul pou voit faire grftce. Il me demanda à quoi je croyois que pût être commuée la peine. Je hn proposai en celle des galères perpétuelles. 11 accorda la commutation et auroit même fait plus encore, si je n'avois pris la liberté de lui montrer la nécessité de l'exemple.
J'oubtiois de vous dire que Jaillac fut encore mis hier à la Bastille. Il s'est plaint avec hauteur de
1. H avait pris, dît-on, des engagements formels avec Àlbérooi; soa régtaeftt était en garnison à Bayonne. U n'en sortit qm I» 30 septembre.
DE U MARQUISE DE BALLEflOÏ 43
n'avoir point été fait brigadier. Le Régent lui a répondu que, tant qu'il auroit le pouvoir eu uiaiu, il ne nommerait ni les poltrons ni les escrocs. Ce discours, quoique 1res vrai, avoit offensé Jaillae : il s'est lâché eu mauvais propos, qui lui out attiré un mauvais gîte.
Je soupai hier avec la jeune duchesse d'Estrées, qui nous dit que le duc de Richelieu lui avoit souvent dit qu'il devoil ètiv mis trais lois à la Bastille, que les deux premières il eu sortirait, que la troisiéme lui seroil fatale; d'autres gens avec qui nous soupàmes lui ont ouï dire la même prédiction '. Caumartis de Boissï.
Il r a huit jours que j'ai vu M. de La Boulaye à ténèbres ; VOUS savez qu'on les court à l'instar du baJ; je les courrai doue. Je trouvai M. de La Boulaye lixe à l' Assomption, fixe pour l'amour de Dieu, fixe pour celui de Mme île Sabiues ; les ténèbre* ItiMis. je l'emmenai aux Tuileries.
La maladie de Mme de Berry a occupé tout Paris pendant huit jours; elle se porte mieux heureusement. Elle est d'hier à Meudon. Les portes du Luxembourg sont ouvertes; elle est vouée au blanc pour six mois. On chante partout des Te Dewm pour son heureux rctablisseuieut; elle a promît* & ce qu'oc 1 . 11 y fui mis en effet irois fois.
dit, de ne plus veiller, de ne plus tant boire, de ne plus tant prendre de tabac et autres choses nuisibles à la santé. La santé de madame la Duchesse est aussi meilleure; le peu d'amendement qu'on y trouve est attribué à un rêve, une révélation, je ne sais pas bien distinguer cela, tant il y a que voici le fait. Madame la Duchesse, éveillée en dormant, entendit une voix qui lui dit : « Si tu veux guérir (voix peu polie, comme vous voyez), délivre trois prisonniers et élève auprès de toi un enfant trouvé. Surle-champ elle conte cela à Mlle de Gharolais, qui va délivrer trois prisonniers et lui amène un enfant. Elle se porte un peu mieux.
On arrête ici tous les jours du monde, depuis MM. de Richelieu et du Saillant *. On a arrêté M. de Carignan * hier au matin ; on dit qu'on Fa conduit sur la frontière ; vingt gardes du Roi et un exempt en ont l'endosse. 'Le guet et la maison du Roi, sans pourtant que la guerre soit déclarée entre eux, en viennent souvent aux mains. Aujourd'hui les gardes du corps, demain les mousquetaires. Le chevalier Dagran ville fut cause d'un
4. Le marquis de Lasteyric du Saillant, arrêté pour les mêmes causes que le duc de Richelieu ; son régiment était également i Bayonne. 11 sortit pleinement justifié le 4 mai 1719.
2. Fils du prince muet et petit-fils du prince Thomas : H épowi la fille du roi de Sicile et de Madame de Verrue et mena unette de joueur et d'agioteur; à la fin de mars 1719 une lettre de cacfaet l'exila dans une de ses terres. Il fut seulement menacé de la Bastille ayant refusé de partir et fut recueilli à Chantilly avec ontre d'y rester.
assez grand tapage avant-hier; il n'avoit pourtant pas tort; il y a trois archers du guel de tués, une porte du commissaire Labbé enfoncée, les vitres cassées, sa fille blessée; je ne sais ni le commencement ni la fin.
On jette des billets dans le carrosse du comte de Stairs, où il y a écrit : Remède contre les descentes.
Si TOUS avez quelque curiosité de lire le compliment que je voulois faire aujourd'hui à monsieur le garde des sceaux, le voilà. Si vous voulez Bavoir celui que je lui ai fait, il a élé tout différent; j'ai usé de prudence; je serais demeuré tout court. Lorsqu'on est jeune, il est plus aisé de composer que d'apprendre; je le composai avant-hier en une demiheure; je le lus hier malin à mes frères, qui l'approuvèrent; je partis pour aller au conseil et ne revins que le soir assez tard. Je voulus l'apprendre eu arrivant; je crus y être parvenu. Ce malin avanl
■ partir, j'ai voulu le répéter, et j'ai trouvé que je le savois pas; sur cela, j'ai pris une généreuse -«•solution et marmottai quelques paroles; cela vuloil bien mieux que rester court.
La duc de Richelieu est, comme vous le savez, à la
istille, accusé d'avoir voulu livrer Bayonne à PEs- II y avoit eu des lettres de sa main inter-
ptées; il a tout avoué tout d'un coup sans se faire
prier. Son procès n'est pas difficile à instruire, comme vous voyez. La seule excuse est que le Régent, qui est naturellement bon, le regarde comme un fol et aime mieux donner un exemple de clémence que de justice.
L'affaire du duc d'Albret sera jugée demain. Je crois que le mariage sera déclaré abusif; il y a eu une terrible cabale contre lui, mais ce seroit trop long à écrire dans une lettre, et puis il y a bien des choses qu'on ne peut y mettre, à cause de la Poste f.
Mme de Berry est très mal; je tous en manderai demain des détails ; il a paru ce matin quelque rayon d'espérance. Le pauvre premier président n'est pas bien non plus ; il y a plus de deux mon que je l'ai vu avec des yeux qui ne disoient rien de bon.
Lundi matin. — Mme de Berry étoit hier au soir presque hors de danger; cette nuit, elle a paru beaucoup mieux ; je le souhaite plus que je ne l'espère.
Mme de Maintenon est morte.
Ce pauvre curé d'Orléans est mort à la Bastille, dans le temps que son innocence étoit vérifiée ou autant vaut. Le Roi a gracié l'auteur de la lettre.
Il se fiait des pertes horribles au biribi. Il en a coûté 1800 louis d'or neuf à M. de Villequier en trois jours.
Gauhartin de Boissy.
1. Le conseil jugea le mariage non valablement ftrtt, mais «a déclarant nulles toutes les oppositions de la taûlte de faites ou non faites ; le mariage fut recélébré immédiatement.
DE LA MARQUISE DE IULUIloY
A regard de L'expédition de Silly ', il est vrai qu'il a souffert quelques désertions, mais sou entreprise a réussi. Chose incoucevable que l'indolence Espagnols et qui marque en mênie temps que
lberoni u'est pas un si gr'aud personnage que bien geus le croient! Il y a quatre mois que l'on sait ;î que Silly doit aller brûler six gros vaisseaux que les Espagnols bàtissoient au bord du Passage. Ce port eal défendu du côte de la mer par un fort assez bon qu'ils y ont bâti. Les Espagnols ne l'ont pas défendu ; il a été emporté par les quatorze bataillons de Silly, qui a brûlé les vaisseaux tout à sou aise.
On ne sait encore rien de la flotte. Ou dit le prétendant prêt à s'embarquer à lu Corogne.
Il arrive un courrier de Home qui apporte des brefs fout plein contre les appelants, mais on ne is ouvrira pas. Nous devrions bien imiter messieurs
Allemands, qui mènent toujours cette prêtraille à
iups de bâton. C'est le seul moyen de n'en être
,s opprimé.
Madame la Duchesse tourne à sa fin.
On parle beaucoup de désunir Saint-Denis de
int-Cyr. Monsieur le Duc demande cette abbaye
i UmUttnl yénéra! charge iTmfWw te» hostilités mO ii aiiaquanl le for( d<' BfeMo, sur ta Birtassoa.
pour le comte de Clermont, et vraisemblablement 0 l'aura.
Vous avez ouï parler de la querelle du prince de Gonti avec le comte de Stairs. Il avoit proposé à monsieur le Duc de se joindre à lui, la cause étant commune. 11 y a deux ou trois jours que monsieur le Duc alla chez l'ambassadeur avec un cortège pompeux. Le prince de Gonti, se voyant peu soutenu, recourut au Régent. Son Altesse Royale lui dit que le comte de Stairs lui ferait des excuses et qu'il falloit qu'il l'allât voir après. Le prince aurort souhaité que c'eût été chez lui ; cependant cela s'est fait au Palais-Royal.
Le Régent lui dit que le comte de Stairs étoit fâché de ce qu'il avoit fait, n'étant pas bien instruit du cérémonial. Voilà l'affaire finie. Le prince est retourné faire sa visite.
Gaumartin de Boissy.
3 mai 1719.
Le jeune d' Argenson se marie, comme vous sai^ à Mlle Larcher 1 ; lundi le père en donna part à ses proches. Le mariage se fait à la Madeleine ', où 1* future demeure jusqu'à ce qu'elle ait l'âge pourli consommation. Madame la garde des sceaux, qui s'y fait ajouter un appartement, ne sait pas grand
1. Fille de M. Larcher, seigneur de Pocancy, conseiller au P* lement, et de mademoiselle Hébert de Duc.