I. Pour le congrès de Cambrai
des chevaux, à qui il mangea la tête, quoi qu'on fit pour les séparer. Il vint le lendemain chez M. de la Houssaye, où nous dînions, nous conter la mort malheureuse de son Bucéphale.
A propos de combats d'animaux, le maréchal de Villars en conta l'autre jour un fort beau chez le Régent. Le roi Sobieski avoitun aigle et un faucon privés qui avoient longtemps vécu en bonne intelligence. Quelquefois ils faisoienten l'air les plus beaux tours du monde. Uu jour, le faucon fut tenté du diable et voulut prendre un air de supériorité sur son maître. Il s'enleva au-dessus, sans faire mine de rien, et, se plaçant sur le dos de l'aigle, il le fît descendre à terre. Le roi des oiseaux ne fit qu'en rire et ne fit semblant de rien ; mais une autre fois, le faucon ayant voulu récidiver, il se mit suf ses gardes, s'éleva au-dessus, le saisit dans ses griffes, l'entraîna à terre et lui arracha jusqu'à sa dernière plume. Le faucon, humilié, déplumé, médita sa vengeance en attendant le retour de ses plumes; Dieu les lui ayant renvoyées, il s'exerça pendant assez longtemps à passer par un trou qui étoit à son mur en volant à tire d'ailes; les spectateurs ne comprenoient rien à cet exercice. Un jour , comme l'aigle ne songeoit à rien, il lui donna un grand coup de bec, gagna la muraille et passa par son trou : l'aigle voulut le suivre et se prit dans le trou. Le faucon revint et à sou tour pluma son ennemi tout de plus belle.
Si le fait que ces messieurs racontent est vrai, que diront MM. les Cartésiens avec leur opinion de la machine?
Caumartin de Boissy.
1er février.
La duchesse de Sully mourut d'hydropisie le 30 janvier, à quarante-sept ans '. Le Régent donna un prieuré de son apanage de 3000 livres de rentes à M. de Beau lieu, parent de Mme de Froiteville, religieuse de Ghelles *.
On écrit d'Orléans, du 26 du mois passé, que l'évéque de cette ville 3, en camail et rochet, précédé de deux huissiers, suivi de ses deux aumôniers, du doyen et de quatre laquais de sa livrée, dont l'un portant un bénitier, alla pour la seconde fois visiter un chanoine de Sainte-Croix nommé le sieur Georges, qui étoit malade à l'extrémité. « Eh bien, monsieur Georges, en l'état où vous êtes présentement, ne voulez-vous pas rentrer dans le giron de l'Église ? » Le moribond ne répondant rien, le doyen dit qu'il falloit prendre acte de son consentement tacite, qui devoit être une preuve qu'il acceptoit la Gonstitu-
1. Armande de Cambout, 011e du duc de Coislin el de Marie du Ilargouet, mariée en 1689, sans enfants.
2. Mme de Fretteville, celle des religieuses en qui Tabbesse, fille du Régent, avait le plus de confiance.