Gaston Fleuriau d'Armenonville, nommé en 1707, mort en
tion et révoquoit son appel. Un neveu du malade, nommé Pichart, chanoine de Saint-Àignan, dit : « Mon oncle, il s'agit ici de rendre hommage à la vérité, vous y êtes obligé en conscience. » Enfin, le bonhomme parla à haute et intelligible voix et dit que sa conscience ne lui avoit jamais rien reproché au sujet de son appel, et qu'il étoit résolu de mourir dans les mêmes sentiments, espérant que Dieu lui feroit miséricorde.
On compte actuellement près de quarante à quarante-cinq charges de conseillers au Parlement à vendre sur le pied de 450 à 500 000 livres comptant tout au plus.
On assure aujourd'hui que Lass est à Rome.
10 février.
La réception du duc de Brissac ayant été remises au 6 de ce mois, M. le Duc y vint avec un très petit, cortège, le prince de Gonti avec plus de quatre cents personnes, dont beaucoup d'officiers de distinction.
La maréchaussée de Besançon a conduit ici le duc de***, qui a été, à ce que l'on assure, pris parmi une troupe de voleurs de grand chemin qui faisoient beaucoup de désordre en Franche-Comté. On l'a envoyé à la Bastille. On dit qu'il pourra s'en tirer, malgré les apparences, ayant été pris de force et contraint de demeurer avec eux.
M. Le Pelletier de Souvy ! ne voulant plus s'occuper que de l'affaire de son salut, et pour se retirer dans sa terre, a remercié le Régent de sa place de membre du Conseil de régence. Son Altesse Royale l'a remplacé par son fils, M. des Forts f.
Le lundi 3, les syndics des marchands, munis d'ordre, se transportèrent aux Grands-Augustins avec un commissaire des archers, sur l'avis qu'ils avoient reçu qu'il y avoit dans plusieurs salles de cette maison un dépôt considérable de toutes sortes de marchandises. En effet, ils en ont trouvé pour des sommes très grosses, que l'on dit monter à près d'un million : on assure que ces marchandises appartiennent à un gros seigneur mississipien qui en avoit fait emplette il y a plus de six mois. Il y a cependant un marchand qui les réclame en son propre et privé nom ; mais le seigneur dont on vient de parler sollicite fortement pour ce marchand.
On a eu avis que trois vaisseaux venant de la mer du Sud et appartenant à la Compagnie des Indes doivent arriver au port de Lorient dans le mois d'avril, avec 8 millions en piastres, qui en produiroient près
4. Michel Le Pelletier, seigneur de Souvy, cadet de Le Pelletier de Rosambo, intendant de province, conseiller d'Etat, directeur général des fortifications, mort doyen du Conseil, le 10 novembre 4725, marié à Marie Guérin des Forts, fille d'un conseiller au Parlement.
2. Michel Robert, né en 467b, conseiller au Parlement, maître des requêtes, conseiller d'Etat, contrôleur général en 1726, ministre d'Etat en 1729, mort en 1741, d'où descendent les Le Pelletier de Saint-Fargeau.
de 50 millions sur le pied où sont nos espèces : suivant toutes les apparences, comme la Compagnie est redevable au Roi, cet argent reviendra dans ses coffres.
L'ambassadeur turc s'est embarqué à Béziers sur le canal de Languedoc, qui le conduira à Toulouse et de là à Bordeaux, où il fera quelque séjour ; au delà, il continuera sa route par terre dans le carrosse du Roi ou à cheval.
Le chevalier de Ganilly ira le recevoir à Orléans.
M. Courtin, banquier à Paris, a offert de remettre par forme d'avances tous les mois dans les coffres du Roi 8 millions en échange de l'abandon de tous les deniers des recettes provinciales. On dit que cela a été accepté.
Le Roi continue à être enrhumé; mais on n'en est pas inquiet.
La contagion continue à Aix : on calcule^ que de la population un tiers a péri ; un autre tiers est sorti de la ville.
Les vingt-deux docteurs molinistes exclus des assemblées de la Sorbonne y sont rentrés ces jours passés par lettres de cachet.
Le duc de Luynes a été attaqué d'une maladie extraordinaire, causée par le vif chagrin de la mort de sa femme.
On compte jusqu'à quatre-vingts docteurs qui ont renouvelé leur appel.
La cour a envoyé une lettre de cachet à dom
[>E LA MAHO.IJISE DE BALLEROV 267
Thierry, qui etoii prieur de l'abbave de Vienne eu Champagne, avec ordre de sortir du royaume : les
eligteui deeettonûon ouf ête disperse* eu diverses m&woa de l'ordre, pour avoir renouvelé leur appel desuii l;i défense Guto '.
Ponts-Dacnerre [? , gendre de IL de Cordan ? .
attaqua il \ h quelfijUB jour* de conversation en plein Palais-Royal le grand-duc de Louviguy. A lui dît : ■« Monsieur, comment vous portez-vous? Il fanl que votre santé soit bien mauvaise; vous acceptez tous i«-s jours des rendez-vous de moi, et vous ne vous y trouvez jamais. Il faut que vous vous portiez mal. I ■oui' finir la chose, il faudra que je voua parle en y»leine rue: je suis bien aise de vous le dire devant
». Doin Tliifrry Familier da ViaUnoS était itls d'un secrétaire roi de CliâlriNS-sur-Marne ; élevé chez les Jésuiles, il enln IB77 dans la congrégation de Saint-Vanne cl fut ordonné par Mgr de Noaiilea après de très fortes éludes. Il se lil «lire comme prédicateur et ses doctrines le firent enfermer -Michel : il prit parti pour l< icessive vigueur, cfl qui le fil enfermer pendant a Vincennea : il ne s'en montra que plus violent ensuite al formula avec une grande hardiesse son appel contre la bulle : ■"ni remis a Yjncennes en 1711 et y resta jusqu'à la mort de \1\ '. De nouvelles violences le firent HÛV da FtaBM (mai ^^l) ! elles, puis en Hollande et iimut.;
: 1735. — Le gaxettiera invente ce prieuré de , . — Voit une eicellenle étude sur Dom Ttiicrr; Je Yiaiines , ' * " An. Hérelle, dans la Revue de Champagne, tome VII, p. 101.
tous ces messieurs. » Jamais discours n'a été plus marqué ni poltron plus interdit.
Le malheur tombe sur les grands du royaume, car qu'y a-t-il de plus grand que les pairs? Les marchands ont déféré au lieutenant général de police un magasin qui étoit aux Augustins. Il s'y est transporté; il a trouvé pour 10 et 12 millions de marchandises des plus précieuses des Indes qu'il a saisies. On a informé. Il s'est présenté un nommé Dorient, comme propriétaire. L'interrogatoire, joint à de bonnes informations, a démasqué M. le duc de la Force pour le véritable propriétaire. Sur cela, le procureur du Roi a requis le renvoi au Parlement, le lieutenant de police l'a ordonné. On a nommé deux rapporteurs, c'est un privilège des pairs en matière criminelle : MM. Ferrand et de Paris. On a convoqué les pairs pour ce matin. Plusieurs d'entre eux dévoient hier au soir donner une requête à ce que leur confrère fût privé de toute fonction de pairie pour sa vie, comme indigne. Le duc a l'insolence de vouloir dire que ces marchandises ne sont pas à lui et qu'il n'a fait que prêter son nom au Régent. Il est bien sûr qu'il dit faux. Il est sûr que, s'il le vouloit, l'affaire auroit été étouffée '.
Caimarïin de Boissy.
i. Saint-Simon et la duchesse d'Orléans ont longuement parlé de cette affaire déplorable, dont on trouve toutes les pièces dans les Mémoires de la Régence, tome III. Personne n'était moins estimable que le duc de La Force, qui depuis son abjuration poursuivait avec acharnement les protestants.
16 février.
L'affaire du magasin d'épiceries que le duc de la Force avoit dans les Grands-Augustins, dont j'ai déjà eu l'honneur de vous dire quelque chose, fait plus de bruit que jamais. Il y a quelques jours que huit gros marchands épiciers le furent trouver et lui proposèrent d'acheter ce qu'il avoit tout ce que cela pouvoit valoir, lui disant qu'eux-mêmes, qui entendoient en débiter, n'étoient pas souvent trop habiles pour n'être pas trompés et perdre par conséquent dans de pareils détails; que sûrement, le faisant faire pardes gens point accoutumés à ces sortes de choses, il n'y trouveroit pas son compte. Le duc se défendit quelque temps de rien avoir, mais enfin, persuadé de la bonne foi apparente avec laquelle ces huit marchands lui parloient et plus encore par la crainte de perdre, leur dit : « Je vois bien que vous êtes de bonnes et honnêtes gens qui y allez rondement; je suis bien aise de faire affaire avec vous. Voici un homme à moi qui va vous faire voir les marchandises et vous mener dans mon carrosse où elles sont. » Les marchands répondirent : « Monseigneur, nous sommes huit, et nous avons deux fiacres, dans lesquels nous allons devant, pendant que l'on mettra les chevaux pour celui que vous enverrez. Ils sortirent et s'en allèrent le plus promptement qu'ils purent ôter six des huit qu'ils étoient et substituer à leur place
un commissaire et quelques archers, tous vêtus eu manteaux pareils à ceux qu'ils avoient chez le duc. Comme on ne les avoit pas fort examinés, celui que le duc envoya ne s'aperçut pas du changement et les introduisit dans les Grands-Augustins, où étoient les magasins; dès qu'ils y furent, chacun reprit son caractère. Le commissaire jetta son manteau, sous lequel étoit sa robe ; les archers firent de même, et Ton verbalisa dans les formes. L'affaire fut portée d'abord devant le lieutenant de police, puis au Ghàtelet, où le procureur du Roi dit qu'il ne lui étoit pas permis de connoître d'une affaire où un duc et pair de France avoit intérêt, et qu'ainsi il falloit que l'affaire fût portée au Parlement. Le duc de la Force, en étant informé, alla trouver M. le Régent et le pria de lui donner des commissaires du Conseil ; tous les ducs en corps s'y sont opposés et dirent qu'un pair ne peut être jugé que par la cour des pairs. Voilà où en est l'affaire, qu'on ne croit pas qu'il y ait une fin heureuse pour M. de La Force, tous les ducs étant déchaînés contre lui.
De Maltot.
!C février.
Il se juge ce matin uue grande affaire en la Graude Chambre entre Sailly et son beau-frère Créquy, au sujet du mariage des deux sœurs que Sailly avoit
épousées Tune après l'autre *. Comme, par une donation que la seconde avoit faite à Sailly, il emporterait par là tous les biens de cette branche de la maison de Créquy, le frère veut faire casser le mariage.
On vient de nommer d'Argenson cadet intendant de Touraine à la place de Legendre, qui revient. J'en conclus deux choses : l'une, dont j'étois déjà persuadé, qui est que le garde des sceaux est bien avec le Régent; la seconde, que Ton ne le destine pas à en faire grand usage, puisque l'on envoie à Tours celui de ses enfants dont on sait qu'il aimeroit le mieux se servir si on le replaçoit.
L'affaire du duc de la Force occupe fort le public. Je vous ai mandé dans un billet fourré dans ma dernière lettre qu'il avoit été décrété et assigné pour être ouï. Landais de Saint-Malo * l'a été d'ajournement personnel ; le maître d'hôtel de M. de la Force, nommé Bernard, et son beau-père du Parc, de prise du corps; l'affaire sera menée vivement; les confrères sont les premiers à dire qu'il faut qu'il soit libéré ou condamné, qu'il y va de l'honneur du corps. Je crois que c'est aujourd'hui qu'il doit être interrogé debout, sans chapeau et sans épée.
Caumartin de Boissy.
1. François de Créquy, baron de Froham, avait épousé en 4642 Louise de Sailly et s'était remarié en 1653 à Donne de Créquy- Langles.
2. Marais rappelle le chevalier Landais, parce qu'il était décoré de Tordre de Saint-Michel.
18 février.
On a eu des nouvelles de M. Lass; il est arrivé à Venise avec M. son fils, et il y doit passer le carnaval, pendant lequel on préparera à Rome le palais qu'un fameux musicien italien qui étoit ici Tannée passée lui a acheté 80 000 écus romains.
On a tenu à Rome, depuis peu, une congrégation du Saint-Office, dans laquelle on a examiné le mandement de monseigneur le cardinal de Noailles sur la constitution Unigenitus et l'enregistrement du Parlement de Paris. Mais on n'y a encore pris aucune résolution. On attend, avant de rien décider, l'arrivée du cardinal de Rohan.
Le marquis de Riron, guidon des gendarmes d'Anjou, a été fait enseigne des gendarmes du Dauphiné par la démission du marquis de Nérestang; M. le chevalier d'Aguesseau, le fils du chancelier, a remplacé M. de Riron.
La princesse de Pons vient d'accoucher d'un Ois, au grand contentement de la famille1.
L'ambassadeur turc va arriver le i. Parmi les présents qu'il doit faire au Roi, il y a un petit harnois de cheval dont les boucles seront d'or enrichi de diamants. *
1. Elisabeth de Roquelaure, fille du maréchal, mariée en 1711 à Charles-Louis de Lorraine, prince de Mortagne, sire de Pons, lieutenant général. Leur fils, titré comte de Marsan, brigadier des armées, mourut avant son père, en 1743, sans hoirs de Marie de Kohan-Soubise.
19 février.
M. de la Force et M. le prince Charles feront aujourd'hui le sujet de votre attention ; jamais capucin n'a mieux divisé son sermon.
Hier, sa maison fut investie de sbires pour faire perquisition de son intendant et de son beau-père. Il courut au Palais-Royal. Je crois qu'il fut peu satisfait de la réponse du Régent. Il a toujours demandé à Son Altesse Royale de le tirer du Parlement et de lui donner des commissaires, ou du moins de certifier que tout s'étoit fait par ses ordres. Il n'a réussi dans rien de ce qu'il a entrepris. Point de commissaires, point de certificat qu'il eût eu des ordres de faire venir ces marchandises et de les vendre pour lui. Je crois que le Régent a d'autant moins d'envie de le secourir qu'il avoit cru le forcer à prendre son parti et rendre la cause meilleure en faisant répandre le bruit que c'était pour le compte de Son Altesse Royale. Il faut convenir que, s'il l'a fait dire sous main, il mérite que le prince l'abandonne, comme il fait. Livré à la haine du Parlement, contre lequel il a voulu toujours aigrir les choses, et même à celle de ses confrères qui sont au désespoir qu'il ait si fort avili sa dignité, il ne trouve que des ennemis dans ses juges et nulle protection.
Le peu de gens qui veulent prendre son parti
disent que les choses dont on prétend qu'il a fait
magasin sont toutes inutiles à la vie et ne peuvent servir qu'au luxe. Mais cela ne se trouve pas absolument vrai, car dans son magasin il y a beaucoup de drogueries, comme quinine, salsepareille, etc., qui sont venues à un prix excessif depuis la peste de Marseille.
Je crois qu'on l'interrogera demain.
M. de Lauzun, dont vous connaissez la bonté, dit qu'il est de même maison, mais non de même boutique.
M. le Duc dit qu'il n'y a qu'à dégrader sa noblesse et à lui laisser sa qualité de duc, qu'il sera comme quelque autre; on devine de qui il veut parler; mais il y en a plusieurs à qui ce discours ne plaît pas.
Ce discours me conduit trop naturellement à Mme de Saint-Sulpice pour ne pas vous conter son malheur, quoiqu'il ne tombe pas dans la division des points de mon sermon.
La scène étoit chez lui. Le feu a pris au cul de la pauvre diablesse. De savoir de quelle manière, c'est ce que l'on ne connoît pas précisément; elle s'habilloit pour le bal ; d'aucuns disent qu'elle se chauffoit à nu le postérieur; d'autres disent que pour badiner le prince lui avoit attaché un pétard au derrière. Quoi qu'il en soit, le feu grégeois n'a jamais eu un effet plus soudain ni plus terrible : panier, jupe, jupon, chemise, tout fut consumé, et les pauvres cuisses ont été si fort mises à la tor-
ture, que l'on ne croit pas qu'elle en puisse reve-
nirf
Vous avez deviné les masques de l'histoire du duc ; ce sera lui qui recevra le principal fruit de la faveur de la femme ; car pour les 50 000 livres du marché fait, la voisine du jardin du Roi en a mangé la plus grande partie. La vérité est qu'elle en a fait bon usage. Je crois toujours qu'elle aura fait des cercles avec une baguette et que, substituant le manche à ballet à Pégase et le sabbat au Parnasse, elle va s'élever par la cheminée. En effet, sans cet art magique, sa parure, sa laideur et ses nouvelles grâces auroient-elles pu lui attirer les embrassements suivis d'effet du plus grand prince du monde?
Venons à M. le prince Charles. Il y a trois jours, il vint chez le duc de Noailles. Il commença la harangue à peu près en ces termes : « Beau-père, je ne sais où j'avois l'esprit lorsque j'ai épousé votre fille. Il faut que la tête m'ait tourné ; moi ivrogne, moi chasseur, que voulois-je faire d'une jeune femme? Reprenez-la, beau-père, et vivons en paix. Voilà 800 billets de banque que vous m'avez donnés, il n'en manque pas une obole, gardez-les et votre fille avec;
i. Voir, pour cette triste histoire, Barbier (tome V), Madame (II, 307), Maurepas, Boisjourdain. Maurepas, qui était son conseil et son ami, présente l'accident très convenablement; mais la vérité malheureusement est qu'il fut provoqué dans un souper. Le comte de Senneterre se brûla grièvement en cherchant à éteindre le feu, entretenu par la dureté des baleines du panier. Fille de Ragot de la Coudraye, intendant de Ponchartrain, elle était veuve d'un intendant de la marine ; jeune, riche, elle était très galante.
oublions le passé, vivons en bons amis. » Le duc lui demanda s'il étoit mécontent d'elle, qu'il sauroit bien ranger sa fille à son devoir. Le prince lui répondit qu'il en étoit bien content, mais que l'état de ménage avoit quelque chose de trop arrangé pour lui: que sa femme avoit trop d'esprit pour lui, qu'il ne lui connaissoit d'autre défaut, mais qu'il ne pouvoit s'accoutumer quant à présent à être marié ; que par la suite, lorsque sa santé ne lui permettroit plus de boire et de chasser, il la lui redemanderoit peut-être, mais que quant à présent il ne pouvoit pas rester avec elle. Le duc lui demanda deux jours pour délibérer et pour prendre conseil dans sa famille. M. le Grand lui dit qu'il avoit pris seul son conseil, qu'il n'avoit qu'à faire de même, qu'il connaissoit Véloquence de la maréchale, les discours que le cardinal pouvoit lui tenir sur les devoirs du mariage, mais que tout cela étoit inutile, ayant pris son parti. Il revint le lendemain sans attendre l'expiration du erme des deux jours et ramena sa femme, qui n'a pas voulu rentrer chez son père, mais alla dans un couvent *.
Sur cela, chacun raisonne à sa mode et soutient l'un ou l'autre; le bruit commun est qu'il y a de la jalousie du chevalier de Lorraine, fils du comte de Brionne. Mais les gens bien instruits disent que le duc, qui lui faisoit la rente de 800 000 livres promise
1. Charles de Lorraine, comte d'Armagnac, grand ècuyer do France, avait épousé, en 1717, Adélaïde de Noaillcs.
au contrat en attendant l'emploi, a voulu s'acquitter en papier à la veille du décret; que M. le Grand en a été tout aussi piqué que Ton peut l'être ; mais, sachant qu'on le pouvoit forcer à recevoir, il n'a rien dit pour lors, résolu dès ce temps à faire ce qu'il vient de faire. Vous me direz que l'on ne peut aujourd'hui forcer personne à recevoir des billets de banque; j'en conviendrai avec vous; mais, si le duc lui refuse, sur quoi aura-t-il recours? La principauté de Charles ne produit rien que des hypothèques bien assurées, et le prince tire toute sa force de sa faiblesse.
Voilà un bon commencement de lettre de fait ; quand on devroit en rester là, ce ne seroit pas temps perdu.
21 février. — Admirez la vertu des dames ! Mme de Maillebois, qui aimoit le prince Charles, sans désavouer son goût, dit publiquement qu'elle a aimé et aime encore de tout son cœur le prince, mais qu'elle ne croit pas que son honneur lui permette de le voir lorsqu'il donne un pareil scandale au public et qu elle ne le re verra de sa vie. 11 n'y a rien de plus beau que cela, si ce n'est pas un prétexte pour en prendre un nouveau tout à l'heure. Qu'elle soit quinze jours sans en reprendre, nous la déclarerons une héroïne de vertu.
Je ne puis me résoudre à relire ma lettre pour voir si je vous ai mandé deux incidents qui arrivèrent avant-hier dans l'affaire de M. de La Force.
Un commissaire se transporta chez lui à la tête des sbires pour faire perquisition des deux hommes à lui qui avoient été décrétés. M. de la Force se prit de paroles avec le commissaire du Ghâtelet et lui arracha son ordre. Le soir, il devoit subir interrogatoire devant les deux commissaires du Parlement délégués ; il prétendit qu'un pair devoit répondre l'épée au côté. Gomme cette prétention parut nouvelle aux commissaires, il n'y eut pas d'interrogatoire. La cour des pairs vient de s'assembler; il n'a été question que du premier fait de rébellion, et celui de l'épée n'a point été abordé. Presque tout d'une voix il a été décrété d'ajournement. L'évêque de Metz a été le seul des pairs qui vouloit joindre cet incident au procès. Le pauvre duc, qui étoit présent lorsque les gens du roi sont entrés, avoit préparé une belle harangue ; je ne sais si à l'usage des Anglois il avoit préparé des gants blancs ; mais les pairs lui ont dit que, ayant des commissaires, il pouvoit leur dire ce qu'il jugeroit à propos, mais qu'il if avoit pas de harangue à faire en plein Parlement. Le premier président a dit : « Huissier, ayez soin qu'il sorte de la chambre, » ce qui a été exécuté. Il est sorti, pleurant comme une Madeleine, et le peuple, qui le voyoit accompagné d'un huissier, disoit tout haut qu'on le conduisoit en prison .
Caumartin de Boissy.
20 février.
Nous sommes dans une crise d'aventures bien extraordinaires. Le prince Charles, grand écuyer de France et qui a épousé la fille aînée de M. le duc de Noailles, belle, bien faite, et sage, et si jeune qu'il n'y a que six mois qu'on l'a mise dans la maison de son mari, alla dimanche soir faire un compliment au duc de Noailles fort singulier. Il lui dit qu'il le prioit de reprendre sa fille, parce qu'il n'avoit plus de quoi nourrir et entretenir l'équipage d'une femme; et, sur ce que le beau-père lui représenta que le bien qu'il avoit eu d'elle et qui n'est pas encore dissipé étoit plus que suffisant pour subvenir à une bien plus grande dépense, il lui dit que, de quelque manière que ce fût, il ne vouloit plus avoir de femme, et que, s'il ne la reprenoit pas, il la mettroit hors de chez lui et lui permettroit d'aller où bon lui sembleroit; et le lendemain, dès le matin, malgré les pleurs et les prières de cette aimable enfant, il la fit monter en carrosse, et elle alla descendre aux Filles Sainte- Marie du faubourg Saint-Germain *, d'où elle écrivit sur-le-champ à sa famille. Si cet exemple autorise les maris à en faire autant, nous verrons bientôt revivre en France le divorce des Romains.
Aujourd'hui le duc de la Force fut au Palais pour
4. Rue du Bac, sur remplacement de la rue dite passage Sainte- Marie.
se faire interroger, et, n'ayant pas voulu ôter son épée pour l'être, il ne le fut pas. Il est allé parler au Régent ; les gens du Roi y furent aussi ; le Régent dit qu'il falloit rechercher les exemples; les chambres s'assemblent pour cela.
J'apprends ce soir que le Parlement vient de donner ajournement personnel au duc de la Force, à cause de la rébellion qu'il fit pour ne point ôter son épée ' .
21 février.
Le 15 de ce mois, le Roi, qui entroit dans sa douzième année, reçut les compliments des princes du sang, des ministres étrangers et des seigneurs de sa cour; on ne représenta pas le ballet, comme on l'avoit fait espérer, parce que le maréchal de Villeroy jugea qu'il faisoit trop froid pour exposer la santé du Roi, qui n'étoit pas encore parfaitement guéri de son rhume ; on assure cependant que l'on donnera une ou deux représentations avant la fin du carnaval. Le 14 de ce mois, le Parlement envoya à tous les ducs et pairs une lettre circulaire conçue en ces termes :
« Isabeau, secrétaire de la cour, invite M. le duc de à se trouver demain 15 février à huit heures
1. Cotte lettre, adressée au baron de Breteuil,à Limoges, — l'auteur le traite de c mon cher élève », — est retournée à Mme de Balleroy.
du matin, à la grande chambre, pour assister à une affaire importante concernant le duc de la Force. »
Le 15, le prince de Conti se rendit à la grande chambre à sept heures et demie et y arriva le premier, avec une suite de soixante gentilhomme s ou environ. M. le Duc et le comte de Charolais s'y rendirent ensuite, ainsi que tous les pairs ecclésiastiques et les deux tiers des pairs laïcs. La cause fut plaidée à huis clos, et on fit sortir de la salle tous ceux qui n'y a voient pas séance. Après le plaidoyer, M. le Premier Président prit les avis : il s'y trouva 22 pour décréter le duc de prise de corps, 33 ou 34 pour l'ajourner personnellement et 133 pour l'assigner pour être ouï. Le maréchal de Villars, en donnant son avis, fit un grand éloge des ancêtres et de la noblesse de la maison de la Force, du talent, des mérites et des vertus de ce seigneur; il assura qu'il ne pouvoit ajouter foi aux calomnies qu'on débitoit contre lui, et qu'il n'y avoit rien de plus raisonnable que de suivre l'avis du plus grand nombre, afin de donner les moyens au duc de La Force de se justifier sur les faussetés déposées par les parties saisies. Outre l'assigné pour être ouï, l'arrêt prononce encore un décret de prise de corps contre l'intendant et le valet de chambre du duc.
Le Roi a fait grâce à MM. de Liscoët et de Kerlotin, qui avoient été exempts de l'amnistie *.
i. Pour la conspiration des gentilshommes bretons.
4er mars.
Ma chère sœur,
J'en viens à votre ami le duc de la Force : il a été célébré d'une grande force. Vous n'aviez, je crois, guère encore vu de remontrances portées tant au nom du Parlement que des princes du sang et des pairs. Le premier président a représenté avec beaucoup d'éloquence et de vigueur (j'aurois dit force, mais vous auriez dit : En voilà trop !) que l'affaire étoit de conséquence; qu'il s'agit de l'intérêt de l'État et d'un des plus importants privilèges des princes du sang et des pairs, qui est que de n'être jugés que par le Parlement. Il est venu au fait et ensuite a fait voir le droit, la possession et le très grand intérêt que Ton a de les maintenir, et que, si M. de la Force y renonçoit, les autres n'y renonceroientpas. Le chancelier a répondu que le Roi, sachant qu'il y avoit différents avis entre les pairs sur la forme dont on devoit les exécuter, avoit voulu les prescrire et pour cela voir un peu de quoi il étoit question, mais qu'il n'étoit pas dit que l'affaire ne seroit pas renvoyée au Parlement. En voilà assez, car, pour peu que je vous en mandasse encore, vous en sauriez autant que moi, qui m'y suis morfondu.
Caumartin de Saint- Ange.
Évêché de Blois, 4er mars.
Il y a les plus belles choses du monde qui se passent à l'occasion de M. le duc de la Force : scission dans les ducs, arrêt du Conseil qui évoque, remontrances du Parlement cette après-dîner. Toutes choses considérables, mais moins touchantes et moins réelles que la satisfaction dont vous jouissez et M. de la Cour et tous tant que vous êtes.
L'évêque de Blois.
I) mars.
Ma mère me dit il y a quelques jours que vous étiez accouchée fort heureusement d'un enfant qui se porte bien. Quelque peu timide que je sois, je tremble pour l'honneur de mon ami La Cour : je n'ajusterai pas temps de la conception avec la date de ses voyages !.
On disoit hier que la grillade de la Saiut-Sulpice alloit fort mal et qu'il y avoit toute apparence qu'elle n'en reviendroit pas *. Voici une chanson sur l'air :
1. C'était une pure plaisanterie, car le mariage de M. de Balleroy avec Mlle de Matignon remontait au 9 juin 1720.
L'évèque, dans la lettre précédente, dit : i Je ne sais si Mme de Balleroy n'auroit pas besoin de s'aider d'une année bissextile pour trouver son concept. Apparemment, cela n'a pas traîné. Je vous en fais mon compliment, ma chère sœur, sans vous embarrasser trop de la chronologie. »
2. Elle guérit; mais une de ses jambes demeura raccourcie. Pendant qu'elle était encore en danger, on lui fit signer un certificat constatant que sa brûlure était purement accidentelle, pour mettre à couvert les princes et Mme de Prie.
Il a battu son petit frère
Le grand portail de Saint-Sulpice Où Ton a fait tant de service Est brûlé jusqu'au fondement.
Chacun s'étonne avec justice Que les Condés pour passe-temps Ayent détruit un tel édifice.
Il n'y a pas moyen d'écrire en province sans parler de l'affaire des ducs, puisque dans Paris même on ne peut parler d'autre chose : de toute façon, M. de la Force n'a eu que ce qu'il mérite. On prétend que c'est de lui qu'est venu le bel écrit qui a couru dans le public sur ce qui s'étoit passé au conseil de Régence entre le Régent et le duc de la Force. Dès qu'il a su que l'affaire de son magasin commençait à se remuer, au lieu de prier le Régent de l'en tirer, ce qu'il auroit fait apparemment par bonté pour lui, il a voulu faire le petit vigoureux et dit que, si on le poussoit, il montrerait ses ordres par écrit : à cela le Régent a répondu non seulement qu'il le pouvoit, mais môme qu'il le lui conseilloit. Comme les ordres ne disoient rien moins que ce qui se fait, il n'a fait que lui ôter la protection du maître sans lui fournir aucun secours. De là est venu tout ce que vous avez vu au sujet de la procédure qui s'est faite au Ghàtelet, du renvoi au Parlement, de la convocation des pairs, du décret d'assigné pour être ouï, converti depuis en ajournement personnel, à cause de la rébellion qu'il y fit ; de la belle
harangue qu'il voulut faire au Parlement, où on refusa de l'entendre et d'où on le fit sortir honteusement; de la scission des ducs en deux bandes, l'une de 9, y compris le cardinal de Mailly, l'autre d'abord de 18, aujourd'hui de 22, y compris les princes du sang, chez M. de Luxembourg. Les Maillistes avoient donné une requête par laquelle ils avoient demandé l'évocation devant le Roi pour être jugé par les pairs et les commissaires que le Roi voudroit choisir. Comme ils se voient en moindre nombre que les Luxembourgistes, ils jugèrent à propos de faire signer la requête par le cardinal seul au nom de tous les pairs. Sur cela, arrêt du Conseil d'en haut qui évoque l'affaire pour être jugée à son Conseil par les pairs et les commissaires choisis parle Roi.
Cette requête ayant été signifiée au procureur général, il en rendit compte sur-le-champ à la cour, qui convoqua à l'instant les pairs et les princes du sang; les princes surtout la prirent avec une extrême vivacité. La scène se passa vendredi dernier, et les remontrances furent faites le samedi 1er de ce mois. Je viens de demander à M. de Blois, qui m'envoie les suivantes, des nouvelles d'aujourd'hui. Hier, les pairs adhérant au Parlement s'assemblèrent chez M. de Luxembourg pour délibérer s'ils donneroient requête, mémoires, écritures : il fut conclu à ne rien donner, de peur qu'on ne leur fasse accroire qu'ils ont un procès et qu'on se prétende fondé à les juger; ils
ont donc donné une espèce de je ne sais quoi qui n'a que dix lignes, qui tend à dire qu'ils n'ont point de procès ni de contestation, qu'ils n'entendent pas mettre en question leurs droits les plus sacrés et les plus réels, et qu'ils ont une trop grande connaissance de la justice de Son Altesse Royale pour appréhender qu'elle veuille y porter atteinte. L'évêque de Laon, le duc de Sully, le maréchal de Villars et le duc de la Feuillade doivent présenter au Régent cette déclaration, signée de 22 pairs. Vous ne sauriez croire combien ceci attire l'attention et combien le pas paraît délicat à cette heure ou de déférer à ces instances ou d'y résister. Je recommence maintenant à dicter.
M. le Duc, qui est devenu dans cette affaire au moins aussi vif qu'un autre, prit l'autre jour le Chancelier à partie sur l'arrêt d'évocation, qui avoit été donné sans qu'on en eût entendu parler au Conseil de régence. Le Chancelier lui répondit que c'étoit un arrêt de propre mouvement, que ces sortes d'arrêts se donnoient souvent sans que le Roi en fît parler au Conseil. M. le Duc lui répondit fort sec que c'étoit bon tout au plus dans le temps de la majorité, mais que dans une minorité, quand il y avoit un Conseil de Régence, ces matières majeures dévoient y être délibérées.
Le prince de Conti, qui a toujours été le plus vif sur cela, prit l'autre jour à partie Saint-Simon sur son assemblée chez le cardinal de Mailly. Saint-
Simon lui répondit avec son petit filet de vinaigre : « Pourquoi ne nous assemblerions-nous pas chez le cardinal, puisque vous vous êtes assemblés tous les jours chez M. de Luxembourg? » Le prince trouva que c'étoit plus tôt fait de répondre par un démenti et de dire que des visites chez un malade étoient fort différentes d'une assemblée en forme. Vous voyez qu'il y a passablement d'aigreur dans tout cela.
J'oubliois un bel événement d'hier et bien digne d'occuper une place dans les lettres extravagantes que je vous écris.
Il y avoit un tiers parti parmi les ducs, formé par le duc de Rohan tout seul, rougissant comme un coq, ouvrant ses naseaux. Il disoit le diable des Maillistes et des Luxembourgiens, que c'étoit tous des fous, dont aucun n'entendoit ses véritables intérêts, et il avoit toujours refusé d'aller aux assemblées. Son neveu de Melun et le petit Richelieu son voisin excitèrent hier le duc de Sully à le mener pieds et poings liés à l'assemblée de M. de Luxembourg. Ils l'enlevèrent hier entre deux à trois heures de relevée, le campèrent dans le fond du carrosse avec M. de Sully, les petits ducs devant. Durant tout le trajet, ces petits messieurs ne firent quel'opiniàtrer; le vieux duc dormoit comme un verrat et ne faisoit quasi que balbutier. Ils trouvèrent plaisant de lui soutenir qu'il s'étoit enivré tête à tête avec sa femme et le conduisirent ainsi jusqu'à la porte de M. de Luxembourg. Vous jugez de l'état tranquille
dans lequel il y arriva; aussi commença-t-il par injurier l'assemblée et spécialement le maître de la maison. 11 lui dit qu'il étoit un plaisant homme pour vouloir conduire les autres, qu'il entendoit vraiment bien l'intérêt de sa maison, qu'il avoit commencé par vendre Danguy, qui est une belle terre en Normandie ; que depuis il avoit troqué Ligny, qui est . une terre magnifique, contre du papier; qu'il ne lui restoit plus que Marlon, que c'étoit à peu près comme s'il vendoit sa terre de Bretagne pour fonder sa maison sur son château de Bercy. Ses deux petits acolytes demandèrent excuses pour lui et dirent : « Ne voyez-vous pas que c'est un duc très dévot, qui jeûne exactement le carême et se prend de vin au seul repas qu'il fait. » (Il me semble que je les vois tous.) M. de Sully lui dit : « Comme il me semble que nous sommes venus pour parler affaires, il faudroit que M. le duc dît son avis ou le laisse dire aux autres. » Sur cela, M. deRohan traita fort scientiûquem ent les privilèges de la pairie depuis le déluge ; il en auroit eu pour huit jours au moins à parler, quand M. de Noailles lui dit : « Permettez-moi, monsieur, de retrancher de ce que nous avons à dire aujourd'hui les temps où les rois avec leurs pairs assis au pied d'un grand chêne rendoient la justice à leurs sujets. Il leur a plu depuis de les assembler en un lieu fixe dans leur palais ; ils ont réglé le nombre des juges et la forme de procédure. Ces juges depuis ont été augmentés, les pairs l'ont été pareille-
ment ; mais voilà la règle sur laquelle nous vivons depuis tel temps. » Il déduisit sur cela les exemples avec la plus grande précision et la dernière netteté. M. de Roban demeura statue de sel au commencement du discours de M. de Noailles, lui donna une audience très paisible et s'écria à la fin qu'il souscrivoit à tout et qu'il voyoit bien qu'il étoit un ignorant, reconnaissant à son confrère tout l'esprit, toute la capacité et toute l'érudition imaginables; qu'il avouoit qu'il avoit eu tort de les croire incapables de gouverner les finances, comme il l'avoit toujours cru ; qu'il ne croyoit pas au monde homme plus capable de gouverner un État; qu'il lui devoit cette justice, qu'il la publieroit partout; qu'il convenoit
qu'il n'étoit qu'un vieux radoteur * .
Gaumartin de Boissy.
Valenciennes, 6 mars.
Hier passa par ici pour aller en Hollande M. Crozat le pauvre, avec une cassette légère pleine de diamants, à ce qu'on dit, bien escorté par la maréchaussée. Je lui ai continué une escorte depuis ici jusqu'à Bruxelles. Vous voyez que je vous dis le plus secret
4. Les ducs qui s'assemblèrent chez le duc de Mailly étaient ceux qui avaient refusé d'aller au Parlement, à cause du fameux bonnet dont le premier président ne voulait pas les saluer : c'étaient le cardinal, Saint-Simon, La Rochefoucauld et Chaulnes, qui demandaient la cessation de toute procédure contre le duc de la Force, non par intérêt pour lui, mais comme contraire « à la forme de pairie ».
des affaires; n'en parlez pas, car je serois un intendant perdu. Je crois qu'il va emprunter de l'argent sur des diamants du Régent pour en payer des tableaux d'Italie qu'a achetés Son Altesse Royale.
Comte d'Argenson f .
Paris, 40 mars.
Il court ici la plus jolie estampe que j'aie jamais vue ; elle est parfaitement bien gravée ; mais récrit qui est au-dessus n'est pas d'une orthographe bien parfaite. On y a écrit : « Admiré la Force, etc.. » Le crocheteur gémit sous le poids de sa charge : elle est composée de savon, pains de sucre, bougies, chandelles, thés, cafés, rhubarbes, etc. Chaque paquet différent a son écriteau très lisible. De la Force énigmatique pour remplir l'idée de pairie et de force est un petit Hercule coiffé de la peau du lion de Némée qui déborde par-dessus son chapeau et descend un peu plus bas que le justaucorps ; il s'appuie sur ses masses. Ce que je trouve de plus beau, c'est qu'il est botté des Colonnes d'Hercule. Ne sommes-nous pas bien heureux, nous autres gens du monde, d'ôtre au milieu de toutes ces gentillesses, pendant que de vils provinciaux comme vous autres ne savent les fêtes que quand elles sont passées.
1. Dans cette lettre, d'Argenson félicite sa tante de sa nouvelle dignité « de grand'mère ». « Vous avez été bien servie : il me semble que les mois sont justes ; qui continueroit ainsi assidûment, au bout de huit ans vous auriez douze petits-enfants. »
J'avoue à ma honte que je voudrais bien être en lieu où l'on ignore môme ce qui est marqué dans la gazette.
Je vais risquer de vous répéter peut-être une histoire que je vous ai déjà contée; mais aussi, si je vous la laissois ignorer, comment parattrois-je à la vallée de Josaphat devant ma chère sœur? Vous savez que, lorsqu'on reçoit un officier de cour souveraine, il faut une information de vie et de mœurs, preuve du catholicisme et par conséquent du baptême ; le sexe est encore nécessaire, mais l'extrait haptistaire le prouve ordinairement. Les bancs de pairs ne sont pas faits comme la chaise papale depuis la papesse Jeanne. Il fallut l'autre jour savoir si M. de Richelieu, que l'on alloit recevoir, avait été baptisé ou non. Les registres de Saint-Paul faisoient uniquement foi de l'ondoiement d'uu enfant de M. et Mme de Richelieu; à force de se rappeler ses idées, ou se souvint dans la famille qu'il avoit été baptisé dans la chapelle de Versailles; on chercha les registres du cardinal de Coislin, qui marquent qu'un tel jour un enfant de M. de Richelieu avoit été tenu par le Roi sur les fonts, sans marquer le nom de la mère ni le sexe de l'enfant. Gomme cela ne parut pas suffisant au procureur général, il a fallu une preuve par témoins ; Colline a été un des quatre choisis; quelle douleur pour Charmout de n'avoir été un des trois autresl M. de Chartres et M. le Duc honorèrent la réception de leur présence.
Vous qui êtes physicienne, raisonnez un peu sur les phénomènes qui courent ; vous savez apparemment la trinité de soleil qui a paru dans le ciel pendant ces grandes gelées et l'arc-en-ciel sans pluie. Ce fait certain est attesté par mille gens de bonne foi. Bourgueville, qui écrit cette lettre, en a été témoin oculaire.
M. de Joreau, notre parent, qui demeure près de Saumur, m'écrit que le soir du lot mars, sur les dix heures, il a vu une clarté suffisante pour pouvoir ire, avec infiniment d'exhalaisons voltigeant en l'air comme des dards.
Ce n'est rien que tout cela. Mais, à propos de rien, il s'allume un feu grégeois sous les jupes des dames qui leur brûlent les cuisses, le ventre et ce que vous savez. La pauvre Sainte-Sulpice a été la première à qui ce malheur est arrivé ; la pauvre La Carte se faisant faire une fumigation a été presque de même; deux ou trois autres en sont aux abois. C'est une punition divine, comme l'Ancien Testament nous rapporte des plaies d'Egypte. Est-ce une cause naturelle et physique? Pour moi, plus je raisonne sur cela, plus je regarde la chose comme facile à expliquer. Tous les instruments travaillent à la fois, tous sont montés sur le plus haut ton. Les cordes des violons qui se trouvent à l'unisson cassent quelquefois; nous voyons des verres pleins d'eau se rompre lorsque deux voix fort justes chantent auprès. Pourquoi n'expliquerions-nous pas de même ce surprenant phénomène? Caumartin de Boissy.
J'oublioia de vous dire que le Hoi avoit envoyé er une déclarai ion an Parlement par laquelle il invoie le procès de M. de lu Force pour y é-tre struit et jugé, sauf le Roi à décider par la suile i-s contestations. Le Parlement enregistra hier la éclaratiuii sans préjudice, etc.
Il y a une bulle du Pape, à ce que l'on dit, par aquelle il gronde ses ouailles du peu de respect qu'ils ont pour ses ordres et qui leur apprend en néine temps que c'est à eux à obéir aveuglément it sans raisonner. Je vous avoue que de tous les lystcres, quelque peu croyables qu'ils soient, le loins compréhensible est celui de la docilité francise au joug romain.
Cacmabtin de Boissy.
L'entrée de l'ambassadeur turc l'autre jour fut rt fêtée. Le Roi et tous les princes et princesses nul a la place Royale. Il n'y avoit dans tout la de magnifique que l'équipage du maréchal Estrées : pages, laquais, palefreniers et autres ns de livrée étoient, je crois, plus de cent, maliBquement velus, la plupart avec de belles harpes et des bas à coin. Il avoit douze chevaux de ain, superbement enhaniachés, avec des couver-