‹ Les correspondants de la marquise de BalleroyChapitre 40 sur 79 · M6 LES CORRESPONDANTS · texte numérisé non relu

M6 LES CORRESPONDANTS

plaisir et enjouement tout le jour, sans même être fatigué de l'opération, de sorte que, quoiqu'il y ait toujours de la fièvre, la diminution et le calme ont «été au delà de nos espérances. On Ta fait retirer à neuf heures et demie du soir ; depuis ce temps, il a dormi tranquillement toute la nuit; il y a toujours dans le pouls un reste d'ébranlement, mais il approche si fort du naturel qu'on en est étonné. »

Il est surprenant qu'une fièvre continue, accompagnée d'accidents aussi considérables avec de très forts redoublements, cède aussi vite au remède.

J'ajoute à ceci le commencement de la maladie du Roi, ce qui date du vendredi ; il fut pris le malin jeudi par un peu de froid qui lui fit demander du feu, mais qui ne l'empêcha pas d'aller à la messe, pendant laquelle son mal augmenta. Le vendredi 6, M. Bourdin demanda que l'on fît venir MM. Silva, du Moulin, Joli et Falconnet le fils et émit l'avis d'une -saignée au pied; tous quatre furent de son sentiment ; elle fut faite à onze heures et demie du soir, <3t le mal de tête, qui étoit violent, diminua sensiblement.

De Maltot.

(> août.

Les convives de la fête de Mme d'Avernes étoient le Régent, le grand prieur de Vendôme, le duc de Brancas, le maréchal et la maréchale d'Estrées, Mmes de Flavacourt, de Tilly, du Deffant; MM. de

Biron, de La Fare, de Simiane, de Grancey, de Senneterres, de Lambert, de Milton, de Clermont, de Farges. Mmes de Rohan, la duchesse d'Estrées, la marquise de Louvois ne s'y trouvoient pas, parce qu'elles étoient incommodées '.

L'ambassadeur turc partit le 3, à six heures du matin. M. de Sainctot lui porta les présents du Roi. Ils consistoient en quatre grands tapis de la Savonnerie de Ghaillot, une agrafe de diamants et d'émeraudes pour son sabre, deux grands miroirs dont la glace du plus petit a 80 pouces, deux commodes, deux espèces de bureaux, une bibliothèque avec des glaces et un grand coffre nécessaire, le tout de marqueterie, garni de mufles de lions et autres ornements en bronze doré, un fusil damas garni d'or, deux paires de pistolets semblables, deux grosses pendules, plusieurs montres, tabatières, étuis et autres bijoux d'or et d'argent, d'écaillé; une belle pendule pour le fils de Son Excellence, avec une lampe pour lire, deux fusils, deux paires de pistolets et des bijoux d'or et d'argent.

14 août.

Le jour du Te Deum de la Métropolitaine, il y eut une contestation dans le chœur de Notre-Dame

1. Cette maison de Saint-Cloud avait appartenu à rélecteur de Bavière; le parc du château fut illuminé splendidement; une foule de ca rosses remplissaient le bois de Boulogne, pour entendre les échos de cette fête, qui annonçait officiellement l'avènement de la nouvelle maîtresse.

entre M. l'évèque, duc et pair de Laon et les autres ducs et pairs, lequel prétendoit occuper la première place au-dessus d'eux; mais M. le Chancelier le fit consentir à se placer le premier dans les rangs des trente-sept évoques qui s'y trouvoient.

Le maréchal de Villars donna, le 7, un grand souper magnifique à Mme la princesse de Gonti. Il y eut une illumination magnifique avec symphonie, et à minuit le peuple fut introduit dans l'intérieur de l'hôtel et dans le jardin, où il y avoit des contredanses. Le maréchal de Villeroy donna aussi une fête le 10 dans l'hôtel de Lesdiguières.

Le 8, les pensionnaires de la Halle, la dame Desmarets à leur tête, eurent l'honneur de présenter au Roi un esturgeon de 8 pieds de long, qu'elles avoient orné de rubans et de fleurs et qui leur revenoit à 950 livres.

Le même jour, les Comédiens François représentèrent le Bourgeois gentilhomme gratis. Le soir, toute la façade de leur hôtel fut illuminée avec feu d'artifice. L'Opéra voulut en faire autant le 9, mais il réussit fort mal.

M. de La Motte, de l'Académie françoise, eut l'honneur de complimenter le Roi sur le rétablissement de sa santé le 7 de ce mois, en présence de M. le Régent, qui loua fort ses vers et les instructions qu'il donnoit au Roi.

Le sieur Gilbert, agent de change rue de Montmorency, fut conduit à la Conciergerie pour avoir

■ayé la veille une lettre de change de 400 louis en Itéré et à remarque étrangère. Il déclara les ■ reçus de deux marchands de Lille '.

Le cardinal de Mailly, qui est retourné dans son ■chevêche de Reims, est raccommodé avec son chai| les curés de cette ville. Ou assure qne ces erniers consentent à regarder leur appel comme on avenu.

Le Père Quinquet, théatin, vient d'être nommé venue de Tillopolis in pai'tibus; il doit être suptdti cardinal Dubois, à Cambray1.

Le Roi se porte tout à fait bien. II va ce matin à Notre-Dame et demain à Sainte-Geneviève. Il y a eu dispute entre la chapelle du Roi et les chanoines de Notre-Dame à qui dira la messe. Le Roi, l'entendant, leur dit : << Eh bien, j'irai à vêpres, a

La joie publique s'est communiquée aus provinces.

On fera trois classes des billets visés : la première ne perdra qu'un sixième, la seconde la moitié, et la troisième perdra tout.

La forme du tabac a été donnée à 1 300 000 li- , à condition d'augmenter tous les six mois de

1 . Lesquels furent amenés le 10 à la Conciergerie. % pfWhâïlMr de talent. Celle nouvelle était er nit cette condjutoreric.

200 000 livres. Ils ont donné 300 000 livres de potde-vin.

18 août.

Mlle d'Albret, qui devoit se marier avec le fils du duc de Boufflers, a écrit une grande lettre à son père, (jui est un chef-d'œuvre d'éloquence, pour lui demander plutôt un couvent qu'un mari. Tout le monde dit qu'il la vouloit marier à M. de Vendôme; mais je puis vous assurer qu'il n'y a pas un mot de vrai et que c'est la fille qui rompt le mariage de son chef. Le jeune Boufflers alors épouse Mlle de

Villeroy !.

Boissy.

22 août.

Le 16, le Roi, accompagné dans un môme carrosse du Régent à sa gauche, des ducs de Chartres et de Bourbon, et du comte de Clermont sur le fond de devant, du prince de Gonti à la portière gauche, et du maréchal de Villeroy à la droite, alla à la Métropolitaine, où il entendit à la chapelle de la Vierge une messe basse qui fut célébrée par l'abbé Châtelain, chapelain de semaine; M. le Régent, n'ayaut pas voulu prononcer sur le différend du chapitre de

\. Mlle d'Albret, fille du duc de Bouillon et de Victoire de La Trémoille, sa première femme, née en 4714, épousa le 27 janvier 1728 le duc de la Trémoille.

ItK i.A MARollSE DE BAUKKoV 351

Sotre-Daiiit' avec les bnmômers ci chapelains du toi, qui prétendent avoir seuls le droit de dire la icssc du Roi flans totifes les églises où Sa Majesté a trouve, aima mieux que le Roi entendit la messe ors du chœur que de chagriner les uns et les au- *es par une décision qui auroît nu tirer à consénence. Le motet, qui étoit composé par M. de Lamelle, lui chanté parles musiciens de Notre-Dame.

M. lY\éque de Soissons' fut reçu le 18 à l'Acaémie française; il flt un beau discours, auquel I. Mallcl répondit1. Le duc de Noailles donna le oir une fête magnifique, avec illumination , feu 'artifice, symphonie et bal dans sou gouvernement e Saint-iierinain-en-Liiyr.

Le montant des effets portés au visa est de 1 40 liUions et quelques centaines de mille francs; les clions rapportées, de 114 000, dont 19 000 a la iompagnie des Indes, qui sera conservée, mais avec 'autres directeurs, qui auront à leur télé MM. Paris, rozat, Bernard et autres riches négociants de ainl-Malo. Elle conservera la Ferme du tabac. La

ne des suifs est à la folle enchère sur les adjudi-

tains qui l'avoient prise à 210 000 livres, mais li n'ont pas eu assez de crédit pour faire leurs vances ni leurs fonds.

Jenti-Josopli Lmiguet île Gergy, nommé cvêque de Soisson* en 171E cl archevêque de Sens en 1730.

2. Jean-Roland Millet, dis, dit-on, d'un menuisier, premier louants m conMle (énènl, «leur de quelquet poésies et d'ou-

.i„-i> iNi]«>rl;iiits d'économie politique, nuirl en I73d.

Le chevalier de Mianes, gouverneur du château de Nantes, ayant eu il y a quelques mois des paroles vives avec le chevalier de Noviou au sujet d'une dette d'honneur, fut condamné par MM. les maréchaux de France à venir en prison dans ce même château jusqu'à l'entier payement de la dette. Mécontent sans doute du jugement, il s'en est plaint en termes peu respectueux. Sur l'avis que ces messieurs en ont eu, ils ont donné des ordres à leurs gardes, et à M. de Menou, commandant d'Arras, d'amener ici le chevalier de Mianes, qui, après leur avoir demandé pardon de son peu de retenue, sera, dit-on, mis aux arrêts dans une citadelle pour quatre années.

29 août.

Le duc d'Orléans fait venir de Rome les tableaux de la feue reine de Suède, qu'il a achetés 90 000 écus romains. Le prince de Conti a donné au Roi 160 perdreaux vivants, qu'on a mis à la Muette.

On ne parle ici que d'un empirique nommé Binache, qui a des secrets admirables1.

La princesse d'Auvergne a quitté son écuyer mari (sic) et vient à Paris dans un couvent 2.

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