Villenauxe est un bourg de l'Aube
tant qu'il eut un vomissement de sang, qui pourra l'emporter tout à fait.
Gaumaatin de Boissy.
23 novembre.
Toutes les marchandises qui sont à Marseille et à Toulon vont être mises à l'air dans les îles d'Hyères, et après quarante jours on les rendra.
Les dames de Paris ont porté à la Monnoye pour 5000 marcs d'argent pour avoir des robes dorées au bal.
Cartouche a été fort malade. Il ne sauroit être encore jugé que dans un mois.
23 novembre 1721.
Le i7 de ce mois, M. le Prévôt des marchands et les Echevins de cette ville allèrent en corps rendre visite à Mlle de Montpensier ; ils la complimentèrent sur son mariage avec le prince des Asturies et lui présentèrent les présents de la ville, qui consistoient en six grandes corbeilles couvertes de voiles de taffetas blancs et remplies de flambeaux de bougies et de confitures sèches.
Une heure après, MM. les ambassadeurs du roi d'Espagne allèrent lui rendre visite.
La duchesse d'Orléans, la princesse de Gonti, première douairière, et la duchesse du Maine, ne se
trouvèrent pas dimanche dernier à la signature du contrat, pour cause d'indisposition ; mais elles envoyèrent leurs gentilshommes faire leurs excuses.
Le 18, sur les dix heures du matin, Mlle de Montpensier partit pour Madrid dans un des carrosses du roi, escortée par un détachement de dix-huit gardes de Sa Majesté, ayant à leur tête un trompette/commandé par un lieutenant, deux exempts, deux brigadiers. M. le duc d'Orléans étoit à la droite de la princesse, le duc de Chartres à une des portières; la duchesse de Ventadour, la princesse de Soubise, la comtesse de Ghiverny étoient aussi dans le même carrosse; dans les carrosses de suite étoient les officiers et les dames de la maison de l'Infante. Lorsque la princesse fut arrivée au Bourg-la-Reine, le duc d'Orléans, son père, se sépara d'elle et revint à Paris dans sa chaise de poste, qui l'attendoit; le duc de Chartres accompagna mademoiselle sa sœur jusqu'à Châtres, présentement nommé Arpajon.
La dot de cette princesse est de 500 000 écus d'or, sans compter les diamants et bijoux et cequ'oD appelle vulgairement le trousseau. Il y a une clause de restitution de tout ce que la princesse apporte en mariage, en cas qu'avec la permission ou dispense du Pape il y eût dans la suite dissolution d'icelui. Cette clause est d'usage.
Le prince de Rohan a remercié M. le Régent des 50 000 écus que Son Altesse Royale avoit offerts pour les frais de voyage. Le Roi lui a donné en échange le
privilège de présenter les ambassadeurs étrangers « l'audience de Sa Majesté, comme les princes de la maison de Lorraine.
Le niHiHîjnur 18, les comédiens François donnèrent au public la première représentation de la tragédie à'Égiste; mais, comme celte pièce n'a pas réussi, le publie ne saura qu'avec peine si M. Seguinot et M. Pralart en sont auteurs séparément et s'ils l'ont fait en société. On dit cependant que, trois jours
iivuni qu'elle l'ût jouée, M. Pmlart uoit&il assignez \1 . Seguinot pour l'obliger à prendre qualité '.
Le P. Folarl a, jésuite, professeur de rhétorique au collège de Lyon, veut être en licence avec le nanti GorwSUe et M. Arouet de Voltaire : il a fait un Œdipe avec des beautés que l'on dit être neuves.
M. le procureur général se transporta, le 28 au matin, avec un greffier et un médecin, à !a tour de Mongoiumery, pour faire visiter Cartouche, que l'on trouva avec une grosse fièvre : ce criminel est actuellement aux bouillons et à la gelée.
Les fermiers généraux ont emprunté une somme Se I 200 000 livres à M. Samuel Bernard, pour commencer le payement de leurs avances.
i. Celle tragédie ne fui pas imprimé.'. Pralart, qui n'écrivit que cela, était (Us d'un libraire de Paris. -Kéguinoan, avocat distingua, n'a également que celte médiocre pièce à son actif. Il mourut par
vidnii m 1722, ùquaranle-cinq ans.
2. Le P. Melchior de Follard, frère du chevalier si justement pfVêcM par BU éludes militaires 11088-1739); il proftaM jv<-
rtlBClioB 'h"/. lr-s lésailM, DUh il avait aussi un goût prononcé
iur le Uièùlre : Il composa A(/nppy, fEMpt •■< 'A.rmïfocfc.
Votre nouvelliste a soin de vous informer des nouvelles du temps; mais je suis persuadé qu'il ne vous a point encore parlé d'une que j'appris hier, qui est encore cachée et que je vais vous raconter telle qu'on me l'a contée.
Mme de Valgrand, belle-sœur de Mme de Choisy, se heurta ces jours passés contre le carré d'un bureau dans sa chambre : elle ressentit peu de temps après des douleurs extraordinaires dans le côté ; on appela les médecins, qui furent présents à l'arrivée d'un enfant d'environ six mois, mort, dont Mme de Valgrand accoucha, après avoir des maux surprenants; les spectateurs ne le furent pas moins d'un événement aussi extraordinaire. Il fut résolu que l'on enverroit cet enfant à M. Thibaut à l'Hôtel-Dieu, pour en savoir ou deviner la cause. La femme d'un Vaillant qui avoit demeuré chez M. Aubry, et qui demeure à présent chez Mme de Valgrand, fut chargée de cette commission, dont elle s'acquitta tout aussitôt^ et présenta cet enfant au sieur Thibaut, qui ne remarqua rien de particulier et dit à la veuve Vaillant que cet enfant étoit en apparence sorti d'une femme qui avoit son mari, et que, lui étant arrivé quelque accident, l'enfant, que l'on pouvoitencore reconnoître pour un garçon, étoit venu mort; qu'il n'y avoit rien en cela qui ne fût arrivé fort souvent. La Vaillant convint de la chose, mais elle dit à M. Thibaut qu'il y avoit une petite bagatelle qui faisoit quelque difficulté et qui rendoit cet accouchement surprenant :
c'i'loit soixante-dix ans et plus lionl il avoit plu au Seigneur gratifier la bonne .Mme de V&lgraad, qui tonoit d'accoucher malheureusement avant ternie de «t enfaut. A Ce discours, M. Thibaut change de lan âge et fit tout aussitôt assembler les médecins et plus fameux chirurgiens, qui opinèrent qu'il n'y avoit lans tout ceci rien d'impossible; que l'on en avoit néme déjà vu quelques exemples, mais à la vérité issez rares ; que cet enfant avoit été conçu dans la fin du temps que Mme de Val grand étoit en âge d'avoir des enfants; que la nature n'ayant pas secondé ses intentions, celui-ci étoit demeuré mort dans son corps, iana l'étal imparfait où on le voyoit, sans rien statuer ur la question de savoir si cet enfant a pu se conierver si longtemps sans se corrompre. La Vaillant aissa l'enfant et s'en retourna rendre compte de la dérision de la faculté à sa maîtresse, dont on a eu grand soin de cacher le nom, afin que la chose ne
ivtat pas à la connoissance de sou mari, qui étoit pour lors en Picardie. .Mais elle renvoya chercher l'enfant par la même personne et l'a fait ensuite enterrer f.
1 . LmriM de Bragelonguc, Mie de Thomas, premier ptttMent do parlement de Meu, et de Marle-tieeUr de Marte, née en I6W, morale 3ii janvier 1730. Elle épousa Pierre Gruyn, seigneur de Valgrand, mort doyen du Grand Conseil le 23 février 1728; il était llls de Roland Untyri, Miu'iuui ilo Valgrand, secrétaire du Roi. et de Anne de Qoiler. Leurs déni Qlfl moururent sans alliance, conseillers du Grand Conseil, en I71IÎ et en 1710.
24 novembre.
Je vis, il y a quatre ou cinq jours, à l'hôtel de Bouillon une des plus jolies créatures que j'aie jamais vue : c'est la fille de Sonning l , qui a épousé le fils de Mme de Garactot, nommé M. de ou du Faur; on ne sauroit voir une plus aimable femme. La plus belle taille du monde, quoique grosse de quatre mois; des couleurs naturelles plus belles que l'on ne peut vous le dire, de jolies mains, un air de finesse. Malgré tout cela, Mirepoix la quitte pour Mme de Sabran. Il dit pour ses raisons qu'il ne la voyoit pas commodément, qu'il ne pouvoit y entrer que la nuit, etc. Ce fut elle qui avertit le mari que le perfide exploitoit sa femme sur un degré pendant le bal. Le mari vint battre sa femme, et elle peigna (sic) l'infidèle.
L'inconstance de Mme d'Averne ramena d'Alincourt à sa femme. Il convint que, si c'étoitla femme d'un autre, il la pourchasseroit ; mais sa propriété lui rend la cohabitation impossible. Sa femme et ses deux belles-sœurs ont été les seules en robes au bal du Roi. Le maréchal de Villeroy n'a jamais voulu consentir qu'elles y allassent autrement.
Le prince d'Epinoy a envoyé 15 000 livres à son ami Fimarcon pour passer dans les pays étrangers. Tout le monde loue la noblesse de ce procédé pour
I. André de Sonning, receveur général de la généralité de Paris, de 1692 à 1732.
l'homme qui est le plus déshonoré qui ait jamais été. Le prince de Rohan, avec qui je dînai hier, ne part que le 10 du mois prochain pour aller en poste rejoindre Mmes de Ventadour et de Soubise f. La commission est d'autant plus agréable qu'il n'y avoit jamais eu que des princes de la maison de Lorraine et de Savoie qui eussent été chargés de pareilles fonctions. Le Régent lui a offert de l'argent; il l'a refusé *. Il y fait partir 1 2 de ses gens et 1 13 chevaux, 20 pages, 24 laquais, 24 palefreniers à cheval, 30 gentilshommes, etc. Je ne sais encore quand le cardinal reviendra ; mais il compte que ce sera à peu près vers le jour de l'an.
Gaumartin de Boissy.
24 novembre.
Une plume de cygne comme est celle avec laquelle je vous écris coûte trois sols. J'avoue que c'est un peu cher; mais on se paye de l'argent lorsqu'on écrit. Si je pouvois n'aller pas si vite, ce seroit un plaisir de lire mes lettres. Je me servirais volontiers de mon ami Florestan pour vous envoyer des livres lorsque j'en aurai; mais j'ai tout envoyé à Boissy.
1. I) accompagnait Mlle de Montpensier, fiancée au prince des Asturies.