M. Jauvetz; il mourut peu après avoir été ramené à la
DE I.A MAHQUISE HE RALLEROÏ 5i
eu, raisonner Itml le momie; m parla au eon-
il de régence. Son Altesse Royale eonta sur cela
mort de feu Monsieur; M la contant, il se trouva
al <-\ perdit même un instant commissanee. Il
revint peu après et retourna au Pulais:Koyal, ou
j'étois chez Mme de Nancré. Vous jugez comme
ions fûmes alarmé*. Toule la France y arriva a la
le dans la dernière consternation, tl paroi devant
nit le monde en Intime santé ; il eut pourtant te
oir 'un petit mouvement de fièvre, mais il a fort
ien passe la nuit.
Je soupai il y a quelques jours avec votre ami le
lue de Bramas chez les d'Albret, avec le poète de
constitution. C'est un chanoine de Tours, nommé
'abbé de Grécourt *. Ce n'est pas un pelit homme
icmhvme et uniquement occupé de ses vers et
i la littérature. C'est un grand diable de pnMre,
us haut que moi, bien pourvu de gueule, bien
endu de jambes, beau décrotteur de matines, beau
éjtendeor d'audouilles ; ce grand personnage ue
oune pas un poème a lire, il le récite à table, lors-
n'oii a renvoyé les valets, une bouteille vis-à-vis de
ni, qui se renouvelle au moins une fois. 11 n'a pas
'autre Façon de réciter et, si le vin s'était pas bon,
!. Jcan-Baplisir Wtlturl de Grèamrl (1(183-1713), chanoine de ttnà ire&e w<~. n rfntl Paris après avoir échoué dans ses tenia-
'■■ ■!■ ■ | rtdtMtl n i.ii-.uii trop d'allusions satiriques aux dames
le la ville. Il se 111 alors connaître par ses contes grivois. Protégé
urtet Aies d'Estrén et (FAtguHlon, H h lança dans le jansénisme,
I'Lilv dii-.iri | nui; belle ciiapeliére de la place Maubert.
au premier coup finiroit son récit. Le poème est composé de 1500 vers. On ne peut pourtant pas " dire que c'est de la poésie, c'est de la prose rimée. Mais l'ouvrage est tout aussi plaisant, aussi amusant que chose que j'aie jamais vue. Le sujet est traité avec badinage, mais est sérieux quand il le faut, et traite très théologiquement les matières. Malgré cela, je doute qu'il soutienne l'impression. Lauré, son acolyte, qu'il mène partout comme un sage gouverneur, a soin qu'il ne se mette pas sur les dents. Tous deux, depuis six semaines, ont chaque jour un grand dtner et un souper pareils à faire avec la meilleure société de France. Dieu les bénit; leur estomac y suffît. Le poète raconte que, se promenant dans la campagne, il rencontra sous un buisson quelque espèce de haillon ; que, s'étant approché, à la queue torse et aux cornes il reconnut que c'étoit Satan ; qu'il défit de son col son scapulaire et le cordon de Saint-François dont il lui passa un nœud coulant: qu'il le traîna sur le bord d'une mare, qu'il convertit au même moment en eau bénite; qu'il le menaça de l'y jeter s'il ne lui répondoit exactement vrai, qu'il lui en fît même essayer une flaquée qui fit qeehe; j'avoue que l'orthographe de ce mot est difficile à trouver. Le diable, bien tremblant, répondit à toutes ses questions; son nom était Philotan us ou Pylopode, car les deux sont employés également dans l'ouvrage, engagés dans la Société de Loyola. Il conte tout ce qu'il avoit fait à Rome avec
• pape el les cardinaux, les intrigues de la cour de tance, tes portraits des principaux personnages de ièoe;tou1 est traité dans un badmage >'i nue •essemblancc parfaite, mais le détail serait trop long a vous faire. Lorsque le pape lui remontra que parmi les 101 propositions il y a eu quelques-unes qui renversent le texte saisi, il lui représente judicieusement que ce ne serait pas grande merveille pour le Saint-Siège de faire approuver ses eonstitu-
I lions, s'il les tiroit de l'Écriture et des Pères. Mais que les contredisant eu tout, c'était là qu'éclatoit sa grandeur et qu'il ferait valoir sou infaillibilité. Cacmartin de Boissy.
f';.ris, [S mai 1719.
Ilarouet a obtenu que Poisson serait mis en prison, ce qui a été fait. Maehault a stipulé que Harouet lui écrirai) une lettre pour lui demander qu'il eu sortit; il lui a dit a peu près ce qu'il falloit qu'il lui mandat. Notre fol a écrit toutes sortes de gentillesses de sou cru dans la lettre, et ce qu'il y a de beau, c'est qu'après que Maebaull lui en eut lavé la tète, Iiaouet en a donné des copies à qui en a voulu, ce
ni Maebaull est très en colère.
Don Bernard de Montfaucon ' (avez-vous vu un
I . tiiibriel Bernard, dit le président de Rleuï, peUt-fllï du fameux Samuel Démuni, épOUSI, le 90jn)n 1719, Suzanne <ie Boulainvil- , lllle du comte de Doulainvillicrs, connu par ses écrits, el nrftUe Boraall du Marais.
roi
nom mieux doué), veuf d'une Saint-Chanan, non sans soupçon de l'avoir dépêchée, épouse une Boulainvilliers : le futur beau-père, qui lit tout courant dans les astres et qui sait que les destinées sont inévitables, a pourtant vu qu'elle étoit destinée à être veuve d'un roué. Il aime mieux qu'il soit riche.
La Ville aux Clercs * épouse une Mal oui ne, nommée Mlle de Blanpignon, autrement Baillan, à qui l'on donne 250 000 livres.
Le lieutenant général de Limoges, après boire, a frappé de trois coups de couteau un trésorier de France de la même ville. On n'a pas encore de nouvelle qu'il soit mort.
Gaumartin de Boissy.
Paris, 90 mai 4749.
Mme la Duchesse se porte mieux, et on espère la tirer d'affaire.
Mme de Berry est, à ce qu'on dit, d'une maigreur étonnante, et cela augmente tous les jours, ce qui fait beaucoup craindre pour sa vie.
On m'a assuré qu'on a fait sortir ces jours-ci de la Bastille six ou sept prisonniers, mais on n'a pu me dire aucun nom.
On m'a dit que M. le Duc sollicite vivement le
4. Conseiller au Parlement, qui avait été mis Tannée précédente en prison pour avoir parcouru les rues de Paris la nuit, afin d'arracher les placards de redit relatif aux monnaies.
Ho
poi toi
[lE LA MAByUISE DE ISALf.EKOY
retour de M. de Magui ; on dit que madame sa femme a fait depuis son départ les procédures las plus rigoureuses; ainsi, s'il revient, ils pourraient bien n'èlre pas 1 1 « ■ lionne intelligence a son retour. Le pauvre M. de lVcoil ' est mort ici il y a huit
jours. Voilà h fille encore un Meilleur parti
Une tille de l'Opéra nommée Mlle Le Itoi étOit entretenue par M. le maréchal tîhùteaurcnaud *\ elle
«■iiiii grosse de lui. Il lui a pris une jalousie Qui l'a
rté. à lui donner quelques euiips de pied dans le ntre, et elle est aoefitiohge avant tenue. Quinze jours après qu'allé I tHé ffUerie, autre jalousie : il a pris UD manche à balai, de manière qu'alla es!
morte ne sci blessures, il n'oseroii plus aller à l'Opéra.
BaLLEROY.
N'avez-vnns pas ouï parler d'une demoiselle de Mirabelle que le fils du Mont1 a épousée par amour?
Sa niainais induite M le dérangement de son
l . Natta du nqnétti qttl bissail plue de i millions. Harqult
de SepU B, il ivall i''i«ni-f Mlle Le Gendre. Sa tille. RM 1"
y> mai I7H7, ftfmua le 22 Dtttkn 1720 le duc île Brissac ; mon -•m 177e.
■>. BmiDiBaei Roanelel, merquii de Chitattraurad, lils du manVh.-il cl île Iteni'T de La l'ont' ; cîijii Imiuc l< v.-.Use.ni ;iiHi;i-17:t'.i . Il BVEll èfKHIM en 1713 une fille du duc dfl Nouilles.
S i m- de iniuri-iiuiL du Mont, capitaine de Meudon et Mm de Mme de Fiers.
mari les ont fait sortir de chez le bonhomme du Mont. Ils se sont retirés à Brie-Comte-Robert chez un M. de Farcilly. La bonne dame payoit la pension plus de son corps que de son argent. L'hôte vouloit faire le jaloux et se rendoit plus incommode que l'imbécile de mari. Elle proposa à un autre de ses galants nommé Ghavannes de l'en défaire. Ghavannes, un soir après souper, remmena au bout de son jardin et d'un coup de baïonnette dans les reins le fit rouler à ses pieds raide mort. Il revint à la maison, où il devoit coucher et demanda un cheval, disant qu'il s'étoit souvenu qu'il avoituo rendez-vous pour le lendemain matin, et, s'approchant de la dame, il lui dit bas qu'il venoit d'exécuter ses ordres. Gela fut entendu par quelqu'un quir ayant trouvé le maître assassiné et ayant remarqué l'embarras de Ghavannes, en alla avertir la justice. On dit qu'ils sont arrêtés.
Le bruit court qu'on fait l'abbé de Lorraine coadjuteur de Paris.
On est fort inquiet de Mme la duchesse de Berryr
et on dit que Chirac l'envoie aux eaux parce qu'il ne
sait plus qu'y faire.
Caumartin de Boissy.
10 juin 1719.
La lettre de M. l'archevêque de Reims à tous ses confrères ne propose pas moins, à ce qu'on dit,
DE LA MARQUISE DE BALLEROV l,|
que tic refuser le don gratuit jusqu'à ce qu'on ait accepté la constitution. Ou ne dit pas encore quel parti ou prendra contre lui. Je le crois bien heureux qu'où ne consulte pas le public là-dessus.
Il n'y a d'autre nouvelle que la mort de M. d'Effiat ' ; il avoit vendu la survivance de sa charge de premier veneur du Régent à M. de Barbançon \ Il ne reste à donner que celle de premier écuycr. Les ducs de Brancaset de La Meilleraio la demandent et
Pbien d'autres qui ne sont pas ducs.
Le second fils de Bernard, dont la femme est morte il y a environ un an, épouse Mlle de Boulainvilliers la cadette, qu'on dit avoir vingt mille écus. On fait
tla plaisanterie de dire que sou père a tiré son horoscope et a trouvé qu'elle devait faire sou mari c... dans deux mois et mourir dans trois ans. Ce qu'il y a de vrai, c'est que quand il fut question du premier mariage de ce Bernard, Boulainvilliers dit devant moi à sa fille que, sachant travailler en tapisserie comme elle, si jamais pareil parti se présentoit pour elle, il s'y opposerait de toutes ses forces, et aujourd'hui il la lui donne. Gela prouve bien que la volonté de l'homme est ambulante.
J'apprends que c'est enfin M. de Birou qui est
1. Antoine Cocflier, marquis d'Efflat, chevalier des ordres, membre du conseil de Régence, dernier de sa branche; il avait f|uolro-vin?r-un ans et passait pour avoir empoisonné hi première femme de Monsieur.
2. François du Pral, comte de Barbançon, brigadier, tlls d'un premier maître d'hôtel du duc d'Orléans qui avait été substitut au nom de Barbnnron du chef de sa bisaïeule.
écuyer de M. le Régent, mais d'une manière bien différente de M. d'Effiat, car il ne se mêlera ni des chevaux de carrosse, ni des chevaux de selle, ni des carrosses; ce sera un M. de Ploui qui aura toute*1 détail et en rendra compte directement de clerc i mattre à M. le Régent. M. de Biron n'aura autre chose à faire que de jouir de 8000 livres d'appointement et 12 000 livres de pension attachées à cette charge, un beau logement au Palais-Royal, quinze chevaux à son choix, destinés uniquement pour lui. de la livrée et des carrosses à proportion \
Balleroy .
On parle fort ici d'un mariage pour Guitaud : c'est Mlle de Chamillard de Vilate. On dit que son grand -père, M. de Lucé, je crois, lui donne 200 000 livres et que sa mère lui en assure 100. Je l'ai vu parler sur le mariage d'un ton à faire croin» qu'il ne se contenteroit pas à si peu.
M. le Régent est dans une colère horrible contre l'archevêque de Reims, et avec toute la raison possible. M. l'évêque de Soissons, ou plutôt les jésuites sous son nom, ont fait plusieurs écrits contre des chapitres qui ne sont pas de son diocèse. Le Parlement menaçoit de sévir contre lui ; on Ta retenu parce qu'ils avoient fait entendre à M. le Régent
4. Charles- Armand de Gontaut, marquis,, puis duc de Biiw en 1723, maréchal en 1734, mort en 4756, ayant eu de Marie de Bautru de Nogent vingt-six enfants.
DE LA SIARyUISE DE BAUER01 que, si le Parlement sévissoit, [mis 1rs acceptants aûoienl publier leur séparation de communion, l'archevêque de Reims plus menaçarn" que les antres. Le Régeol a jugé a propos de lui envoyer l'abbé de La Fnne lui promettre que le parlement ne diroil rien et qu'ils ne (lissent rien aussi. Su réponse a été i]ii'il iin-ivûit trop tard et que la chose étoïf taïte el en même temps il a écrit à tous les évèques du royaume une lettre circulaire toute des plus séditieuses. On croit qu'on va commencer par saisir son temporel, et bien des gens voudroient qu'on allât plus loin.
Il y a eu l'autre jour un petit combat auprès de Saint-Germain entre soixante laux-siiulniers qui veiinii'tii depuis quelque temps, armés, distribuer du sel jusque dans ce canton-la. Pour les attaquer, on a fait marcher cent archers et deux compagnies de Suisses, sans lesquelles on dit que les archers n'auroient pas eu beau jeu, et le combat a duré plus d'une heure; il y a eu cinq fau\-saulniers tués, deux Suisses el six archers aussi ; enfin ils en ont Bflimeflé quinze ou seize de vivants; les autres se ■ont sauvés. On les a vus hier arriver en plein midi ■ H trois charrettes. Ils sont au For-l'Évéque. Caimauii:* de Boissy.
3 juillet.
Vous savez que Noce a le brevet de premier gentilhomme de la chambre, mais la chambre n'y défère pas.
Le Régent se porte infiniment mieux de son rhumatisme. Il se sert de l'huile de Soldat. Avant-hier, sans le savoir, je pris la liberté de la lui recommander et lui dis l'expérience que j'en avois faite. Il me remercia et me dit qu'il avait commencé la veille. J'appris depuis que le mieux augmente. Pour Mme de Berry, elle va de mieux en mieux *.
La fureur du biribi recommence plus que jamais; on dit que les jeux vont être permis partout, sans exception d'aucuns. Je ne puis le croire que je ne le voie.
Madame la garde des sceaux se porte de mieux en mieux.
La duchesse d'Albret accoucha hier au soir très heureusement d'un gros garçon ; nous boirons ce soir à la santé de l'accouchée : on l'appelle comte de Nevers.
Boissy.
Paris, samedi 8 juillet 4749.
J'ai le cœur si serré que j'aurai plus tôt fait de vous écrire que de dicter. Dimanche dernier, la duchesse d'Albret accoucha d'un garçon après un travail de