‹ Les correspondants de Michel-Ange;Chapitre 8 sur 25 · novembre · texte numérisé non relu

novembre

Mon très cher Compère, jai reçu de vous une lettre, qui était la réponse à Tavant-dernière que je vous ai écrite, et j"ai compris le tout; mais elle est arrivée trop tard, parce qu"on ne peut faire ce dont m'avait chargé le compère Leonardo. Notre Maître, aussitôt après avoir fait l'office des Morts, partit à cheval; je crois qu'il restera quelques jours absent et, quand il reviendra, je ferai aussitôt votre commission.

Le présent porteur est un gentilhomme vénitien, qui désire vous connaître, au moins vous voir, et m'a prié de vouloir bien vous écrire pour avoir l'occasion de vous connaître. C'est un homme d'excellentes manières, fort lettré surtout et qui aime beaucoup les arts. Si vous jugez à propos de lui montrer quelque chose, faites-le; je ne veux vous astreindre à rien contre votre volonté. Vous savez comment sont faits les gens qui aiment les arts, ils sont insatiables quand il s'agit de voir, et cela vous pouvez facilement le lui pardonner. Pas autre chose. Jésus-Christ vous conserve en santé. Le 4 novembre i52o. — Votre Sébastien, peintre à Rome. — Au seigneur Michelange des Bonarotis, sculpteur rarissime, etc., etc. Florence.

/j)2o. 7 novembre.

Mon très cher Compère, aujourd'hui môme, j"ai reçu de vous une lettre, écrite le 3 du présent mois, et j'en ai tout compris. Je suis bien étonné que vous, connaissant mon compère Giovanni de Reggio, comme vous m'en avez parlé une fois dans la Traspontina, vous confériez de vos affaires avec lui. Cela m'a bien étonné; quoique maître Giovanni soit un brave homme, un homme de bien et qui vous aime, il ne me semble pas homme à conduire une de vos affaires. Il crie un peu trop, la nature l'a fait ainsi. Mais nous avons eu du bonheur, car ni lui ni moi n'avons fait aucune démarche, ayant tout d'un coup reçu votre lettre avant cette dernière. J'allai au palais pour faire ce qu'il fallait, et Notre zMaître était parti avec ce camérier que je voulais

non dubitate d'haverne scandalo nesuno, perchè non è statto cerchato niente di quello voleva m" Zuanni se non al modo che vi ho scripto a vui et al compare Leonardo, che inanti venissi m° Zovanni io ve scripsi r animo de nos™ Signore.

A la tornata de Sua Santità tutto quello intervenirci vi darò aviso et secondo le cosse che acascarano vui ve moverete et se io posso parlare a n'° S. un' altra volta, come spero di' parlarli, io farò el blsoo-no come mi comesse el compare Leonardo : ma a me parerla vui desti una volta insino a qui per veder le cosse vostre come vanno perchè faresti più di 4 servicii "n un colpo et sariave licito.

Io ho trovato m° Zovanni : li ho cridato eh" ci vadi un pocco più temperatamente : Lui me rispose eh' el non haveva facto altro se non che ha solicitato li danari de la figura del Cristo et hammi decto che e "è mal hordene et che non mandate la figura insino che non havete havuti v" denari : a questa cossa è statto bono ma lui va dicendo una cossa che mi despiace clf el dice che vui non havete facta quella figura che r à facta Pier Urbano. Advertitc che bisogna che la paia di mano vostra, aciò eh' e poltroni et cichaloni crepino.

De novo si dice che mons. R'"" Santa iMaria in Portico è morto. De la teribilità vostra che me replichate, io per me non vi tengo teribile et si non ve ho scrito circha questa partida non ve maravegliate, perche non me parete teribile se non ne 1' arte cioè el mazor maestro che fusse mai : cussi pare a me : se io son in eror, mio danno. Non ve dirò altro. Cristo sano vi conservi. Addì 9 novembre i520. Racomandateme al compar Leonardo et a m. Pier Francesco. \'° fedellissimo compar Bastiano pictor in Roma. Domino .Michclagniolo de Bonarotis sculptori dignissimo, Florentic.

voir. Cela nous a empêché de faire ce dont nous étions charriés. Ne craignez pas qu"il en résulte aucun désagrément pour vous; il n'a rien été fait de ce que voulait maître Giovanni, sinon comme je vous l'ai écrit à vous et au compère Leonardo, car, avant l'arrivée de maître Giovanni, je vous ai écrit les intentions de Notre Seigneur.

Au retour 'de Sa Sainteté, je vous donnerai avis de tout ce qui surviendra, et, suivant ce qui arrivera, vous vous mettrez en route. Si je puis parler à Notre Seigneur une autre fois, comme je l'espère, je ferai ce qu'il faudra, comme me l'a dit le compère Leonardo, mais il serait bon, je crois, que vous fissiez un tour par ici, pour voir comment vont vos affaires, car vous en feriez d'un seul coup plus de quatre et sans difficulté.

J'ai été trouver maître Giovanni, je lui ai crié d'aller un peu plus doucement. Il m'a répondu qu'il n'avait pas fait autre chose que de solliciter le paiement de la figure du Christ, et m'a dit qu'il y a du désordre, et que vous n'envoyiez pas la figure avant d'avoir reçu votre argent. Il a bien mené cette affaire, mais il va disant une chose qui me fâche ; il dit que ce n'est pas vous qui avez fait cette figure, qu'elle a été faite par Pietro Urbano. Prenez garde qu'il faut qu'elle paraisse de votre main, pour faire crever les fainéants et les bavards.

On dit de nouveau que Monseigneur Reverendissime Santa Maria in Portico est mort'.

Quant à ce que vous me répétez de votre terribilité, je ne vous crois pas terrible, pour mon compte, et si je ne vous ai pas écrit à ce sujet, n'en soyez pas surpris, car vous ne me paraissez pas terrible, sinon dans l'art, c'est-à-dire que vous êtes le plus grand maître qui ait jamais été; c'est là mon avis; si je me trompe, tant pis pour moi. Je ne vous dirai pas autre chose. Jésus-Christ vous conserve en santé. Le 9 novembre i52o. Recommandez-moi au compère Leonardo et à messire Pier Francesco. — \'otre très fidèle compère Bastiano, peintre à Rome. — Au seigneur Michelange des Bonarotis, sculpteur très digne. Florence.

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