I. Le cardinal Bernard Dovizie de Bibbiena
LES CORRESPONDANTS DE MICHEL-ANCiK
i5jo. -l't dicembre.
Compare carissimo mio. — Già molti zorni ricevei una vostra a me gratissima, la quallc vi ringrazio summamente vi havete degnato accetarmi per compare vostro ; e de le cerimonie de le donne a casa nostra non si usano. Basta a me me .^iatc compare. E per qucst' altra vi manderò V agna.
O già molti ziorni feci hatizzare el putto et oli messo nome i.uciano, eh' ò el nome di mio padre. Et de messer Domenico Boninsegni se lui vera degnare essermi compare, mi farà singular apiaccrc. perchè non voglio se non homini da bene per compari.
Oltra di questo vi fo intendere come io ho finita la tavola et olla portata in Palazzo, et più presto è piaciuta a ognuno che dispiaciuta, ecepto agli ordinari : ma non sanno che dire. A me basta che monsisignore Kcverendissimo me ha decto che io V ho contentato più di quello che lui desiderava. Et credo la mia tavola sia meglio disegnata che e' panni de' razzi che son venuti de Fiandra.
Hora havendo io facto dal canto mio apresso che '1 debito, io ho ricerchato de havere tutto el line del pagamento mio. E Monsignore Reverendissimo mi ha decto che lui vuole che secondo che convenissimo insieme e con messer Domenico, voie che voi judichate questa opera. Benché per venire presto a conclusione io la remeteva in sua Signoria llevcrendissima, lui non voi per niente. Et oli monstrato el conto del tutto; e lui ha voluto che ve lo mandi : et cusì ve lo mando, et che vedete el tutto. lOt cusì vi prego, se mai me facesti apiacere vogliate fare questo senza suspicion alcuna, perchè monsignore Reverendissimo et me liberamente la remelemo in vui. Basta che avete visto r opera principiata, et è quaranta ligure in tutto, senza quelle del paese. Et in qucst' opera gli è il quatlio del cardinale Rangonc che va a questo conto, che 1' à visto Domenico et sa di che grandezza gli è. Io non ve dirò altro. Compar mio, vi prego espeditela presto innanti che monsignore Reverendissimo si |Kirla di Roma, perchè à dirvcla a vui son al verde.
i5-20. 2)) décembre.
Au seigneur Michelange, sculpteur, à Florence.
Mon très cher Compère, il y a déjà plusieurs jours que j'ai reçu de vous une lettre, à moi très agréable ; je vous remercie extrêmement de ce que vous avez daigné m'accepter pour votre compère ; les cérémonies des femmes ne sont pas en usage chez nous. Il me suffit que vous soyez mon compère, et par une autre (occasion) je vous enverrai l'agnelle.
J'ai déjà fait baptiser Tenfant depuis plusieurs jours et je lui ai donné le nom de Lucien, qui est le nom de mon père. Si messire Domenico Boninsegni daigne être mon compère, il me fera un sensible plaisir, car je ne veux pour compères que des hommes de bien.
Outre cela, je vous apprends que j'ai fini le tableau et que je l'ai porté au palais ; il a plu à chacun plutôt que déplu, excepté aux (détracteurs) ordinaires, mais ils ne savent que dire. 11 me sufTit que Monseigneur Reverendissime m'ait dit que je l'avais satisfait au delà de ses désirs. Je crois que mon tableau est mieux dessine que les tapisseries venues de Flandre.
Maintenant avant fait de mon côté à peu près ce que je devais, j'ai cherché à obtenir la lin de mon paiement. Monseigneur Reverendissime m'a dit que, comme nous en sommes convenus ensemble et avec messire Domenico, il veut que vous jugiez cette œuvre. Quoique pour arriver promptement à conclusion je m'en remette à Sa Seigneurie Reverendissime, il n'y veut rien entendre. Je lui ai montré le compte du tout; il veut que je vous l'adresse et que vous voyiez le tout. Je vous l'envoie donc et je vous prie, si jamais vous m'avez fait un plaisir, de faire cela sans crainte aucune, car Monseigneur Reverendissime et moi, nous nous en remettons absolument à vous. 11 suffit que vous ayez vu l'ouvrage commencé; il y a quarante figures en tout, sans celles du paysage. Ce travail comprend le tableau du cardinal Rangone, qui est porté sur le même compte ; messire Domenico l'a vu et sait de quelle grandeur il est. Je ne vous dirai pas autre chose.
Cristo sano vi conservi. Raccomandatcme a messer Domenico; et a vuj mi raccomando per infinite volte. A dì 29 dicembre ih2o '. \'ostro compar fidelissimo Sebastiano, pittore in Roma.
i52i. 0 settembrio.
Char'"° Compare mio. Credo siate stracco sentir nove del vostro Pietro Urbano et di quelle non tocca a vuj non vene scrivo perchè non è profesione mia a dir male de nisuno, maximo di quelli non me ha facto dispiacere ma havendovi facto vergogna et pocco conto di vuj : per r amor io ve porto son forzato a farvi intendere parte de" suoi boni portamenti.
Primamente vùi T avete mandato in Roma con la figura aciò la finischa et la metti in hopra ; dil che sapete vuj quello ha facto et manco. Ma io vi fo intender che tucto quello ha lavorato, ha stropiato oo-ni cossa, maxime ha scortato el piede drito che si vede manifestamente ne le ditta che lui 1' à mozze, ancora ha scortate le ditta de le mane maxime quela che tiene la croce che e la drita che' 1 Frissi dice che par che lì habi lavoroto colloro che fano le zanbcle ; non par lavorata de marmo, par li habi lavorata coloro che lavorano di pasta, tanto sonno stentate : di questo non me ne intendo io, che non so a che modo se lavori el marmo ; ma io ve dico bene che a me par molto moze le ditta : questo ve dico che si vede manifestamente che 1" à lavorato ne la barba, eh' el' mio putto credo haveria havuto più descretione che par habi lavorato con un cortei che non habi ponta a fiilar quella barba : ma facilmente se li ])otrà remediarc. Ancora à moza una nara
1. Cette lettre a été publiée dans l'opuscule intitulé : Quelques souvenirs de Michcl-Angc Buonarroti, d'après les manuscrits, pour le mariage de Clément Cardinali avec .Anna Bovi. Rome, Imprimerie de Romanis, 1823, in-8", avec permission de l'autorité. (Alcune Memorie di Michelangelo Buonarroti da' Mss. Per le nozze di Clemente Cardinali con ^nna Bovi. Roma, nella stamperia de' Romanis. 1S33, in-8', con licenza de" superiori.)
L'imprimé porte i5io par erreur, au lieu de \Sio.
L'original de cette lettre appartenait il M. Woodburn, en Angleterre.
Elle a été encore publiée par Ticozzi ilans l'Appendice aile Lettere pittoriche {lomc Vili, n* .3i), mais avec une double erreur de date, comme du -ih décembre i5io. Campanari la réimprima d'apris le fac-similé donné par Woodburn, en la copiant sur l'autographe, dans son appendice à Topusculc intitulé : Ritratto di Vittoria Colonna dipinta d^i Michelangiolo Buonarroti. Londres, Molini, iS-^il', in->S*.
Mon compère, je vous en prie, expédiez la chose promptement, avant que Monseigneur Reverendissime parte de Rome, car pour vous le dire, à vous, je suis à bout.
Jésus-Christ vous conserve en santé. Recommandez-moi à messire Domenico, et je me recommande à vous mille fois. Le 29 décembre i52o. — Votre très fidèle compère Sébastien, peintre à Rome. — Au seio-neur Michelange, sculpteur, à Florence.
i52i. 6 septembre.
Mon très cher Compère. Je crois que vous êtes las d'apprendre des nouvelles de votre Pietro Urbano et, de celles qui ne vous concernent pas, je ne vous écris rien, parce que ce n'est pas mon métier de dire du mal de personne, surtout de ceux qui ne m'ont pas fait de déplaisir. Mais comme il vous a fait honte et tient peu compte de vous, l'amitié que je vous porte m'oblige à vous faire connaître une partie de sa bonne conduite.
Premièrement, vous l'avez envoyé à Rome avec la figure pour qu'il la finisse et la mette en place. De cela savez-vous ce qu'il a fait et manqué à faire ! Je vous apprends que, dans tout ce à quoi il a travaillé, il a estropié toute chose, surtout il a raccourci le pied droit et l'on voit clairement qu'il en a tronqué les doigts; il a raccourci de même ceux des mains, surtout de celle qui tient la croix, c'est-à-dire de la droite; Frizzi dit qu'ils semblent avoir été faits par un fabricant de gimblettes ; cette main n'a pas l'air de marbre, on la croirait faite par un ouvrier en pâte, tant les doigts sont raides. Je ne m'entends pas à cela, ne sachant pas comment se travaille le marbre, mais je puis vous dire que les doigts me semblent bien raccourcis; on voit bien aussi qu'il a travaillé à la barbe, et je crois que mon petit garçon aurait eu plus de jugement; on dirait qu'il a modelé cette barbe avec un couteau sans pointe, mais on y pourra facilement remédier. Il a encore mutilé une des narines ; un peu plus, le nez était gâté; ce n'aurait pas été l'ouvrage de Dieu, et je crois que Dieu vous inspira l'idée de votre dernière lettre à maître Giovanni de Reggio
3o LKS CORRESPONDANTS DE MICHEL-ANGE
del naso che pocco più era guastato el naso che altri che Dio 1" averia conzo. Et credo che Dio ve inspirò che scrivessi quella ultima littera à M° Zovane da Rezzo mio compare, perchè si la figura restava ne le mani di Pietro, indubitatamente ve la guastava.
Et più io ho facto intender a m : Metello et ditogello io che per nisun modo la lassi ne le mane di Pietro che facilmente per dispecto la poria guastare et farvi mazor vergogna di quella ha facta ; perchè Pietro dimostra esser molto maligno et maxime vedendo totalmente esser bandito da vuj : ma a me par non faci conto de vuj ne de persona che viva, et li par essert un gran maestro : ma el far li farà intender quello lui è, perchè credo el poverino mai più sapera far di quelle figure, sì haverà scordata 1" arte ; perchè vai più e zcnochii de quella figura che non vai tucta Roma.
Compare, de comcsione de M° Zuane da Rezzo et per V amore io ve porto, io ve ho scripto et factovi intendedendere [sic) quello ha facto Pietro et per 1" ultima mi havcte scripto che se "1 Frizzi voi pigliare questo assunto de finire de meter in opera questa figura, che lui gè la dia et è venuto da me et siamo andati da messer Metello con la vostra littera et M. Metello se n' à contentato et credo che "1 Frizi ve servirà con amore, perchè mi par bona persona et Y ò pregato che tocchi manco la fio-ura di quello lui polle; et siamo rimasi d' acordo che 1" abasi quasi un palmo, perchè non si vede e piedi. A me pare Pietro la metessi molto alta; de sorta credo sarete servito, perchè credo che "1 l 'rizzi vi servirà et havete a far con persona che ama 1" onor vostro et non ve maravigliate che M° Zovane ve scrisse che Piero sen' era ito, eh' el stette assai zorni eh" el non fu mai visto, perchè fuziva da la corte et credo certamente li capiterà male perche io ho inteso che lui jocha et de putane le voi tutte et fa la ninpha con le scarpe de veluto per Roma et die dar di molti bajochi : credo certo capiterà male del che mi rincresce, perciiè è pur z<nene, ma ha facto cosse che stupiresti sentirle a contare. Io non ve ne dirò altro : se a vui par che non vi habi facto cossa che sia a vostra volontà, scrivete che tanto quanto hordenarete sarete servito. Cristo sano vi conservi. Ditte al compare Leonardo che spero a la tornata sua trovarà finita la cappela et el (Capitolo da basso.
mon compère, car, si la figure était restée entre les mains de Pietro, sans aucun doute il vous la gâtait. De plus, j'ai fait comprendre et j'ai dit à Messire Metello, de ne la laisser en aucune façon dans les mains de Pietro, qui pourrait bien par dépit la gâter et vous faire encore plus de honte. Pietro se montre fort malveillant, surtout depuis qu'il se voit tout à fait renvoyé par vous ; il me paraît ne faire état ni de vous ni d'âme qui vive et se croire un grand maître ; mais à l'œuvre il verra ce qu'il est. Je crois que le pauvre garçon ne saura plus jamais faire de ces figures-là, tellement il aura oublié l'art, et les genoux de cette statue valent plus que Rome tout entière.
Compère, sur la demande de Maître Giovanni de Reggio et par l'amitié que je vous porte, je vous ai écrit et fait connaître ce qu'a fait Pietro. Vous me dites par votre dernière lettre que, si Frizzi veut assumer l'entreprise de finir et de mettre en place cette figure, je la lui donne. 11 est venu me trouver et nous sommes allés chez messire Metello avec votre lettre. Messire Metello s'en est montré satisfait et je crois que Frizzi vous servira avec zèle, car il me paraît honnête homme. .le l'ai prié de toucher le moins possible à la figure et nous sommes demeurés d'accord de la baisser d'un palme environ, parce qu'on ne voit pas les pieds; je trouve que Pietro la mettait bien haut. Vos instructions seront donc exécutées et je crois que Frizzi s'en acquittera bien ; vous avez afi'aire à un homme qui a votre honneur à cœur. Ne vous étonnez pas de ce que Maître Giovanni vous ait écrit que Pietro s'en était allé. Il a passé bien des jours sans se montrer; il fuyait la cour et je crois bien qu'il lui arrivera malheur. J'ai entendu dire qu'il joue, fréquente toutes les p..., fait le damoiseau dans Rome avec des souliers de velours et dépense beaucoup d'argent. Je suis sûr qu'il finira mal et je le regrette, parce qu'il est jeune après tout, mais il a fait des choses dont vous seriez stupéfait si vous les entendiez raconter. Je ne vous en dirai pas plus. Si vous trouvez que l'on ait omis quelque chose de ce que vous voulez, écrivez et tout ce que vous ordonnerez sera fait. Jésus-Christ vous conserve en santé. Dites au compère Leonardo que j'espère qu'à son retour il trouvera finis la chapelle et le sujet d'en bas. Vous en serez, je crois,
lo lo facio a olio nel muro, che credo vi contentarò de modo che "I non colara del muro come fano quelli de pallazo. Pregovi raccomandatemi a mcss : Pier Francesco. Addi, 6 settembrio i52i.
V™ Sebastiano pictore fidellissimo in Roma.
D"° Michelangiolo sculptori dignissimo — dd° Florentia.
i525. 2 2 aprille.
Compare mio Car""". — Io ho ricevuto una vostra a me gratissima, per haver visto V amore, et l'affectione che continuamente mi portate, che io non la merito, et duolmi che siate statto ricerco di solicitarmi con vostre littcre che io finischa presto il quadro di messer Anton Francesco degli Albici che non accadeva affanarvi per sinici cossa che forsi vi haverebeno fastidito manco a farvi fare una figura, che scrivermi la littera mi havete scritto, perchè mi pare conoscere in bona parte gli humori de le persone in questa cossa. Bastava la fede et la promessa che havcva datta a messer Anton Francescho, benché li abbi manchato di cinque over sei zorni ; non accadeva tanta manifatura, et pcrdonateme. A memi par più faticha a far una mano over un semplice panuz/o ne la nostra arte, che far tutte le scelle (:• del mondo ; et pcrdonateme se io vi scrivo di questa maniera, perchè a me pare scrivere a persona che me intende, et per questo non la pigliate in mala parte. Io ho tardato tanto per fare honor a vui, et a me, et per servir mes"" Anton Francesco che mi par persona da esser servito, benché per lui et el compare Leonardo ho lassato tutte le facende mie, come loro lo sanno. Et di questo non ve dirò altro, salvo che per infinite volte a vui me racomando, et pregovi racomandateme a mes' Anton Francesco, età mes' Pier Francesco Borgherini, et diteli che in termine de doi zorni sera finito el suo quadro. Cristo sano vi conservi. Addi 22 aprille i525. Ancora vi rengratio sumamcnte de la littera me scrivesti in favore de Jacopo del Sansovino, et fece bona hopera con el Ducca, ma jnir non ebbe T opera, eh' I Duca mi disse che bisognava atcndcre a le arme et non a marmi addesso.
L. 'unico Aretino mi ha facto acetar per haver vista la vostra littera,
satisfait, je le peins à l'huile sur le mur, de manière que la peinture ne s'en détachera pas comme font celles du palais. Je vous prie de me recommander à messire Pier Francesco. — Le 6 septembre i52i. — Votre très fidèle Sébastien, peintre, à Rome. — Au seigneur Michelange, sculpteur très digne, etc. Florence.