‹ Les corsaires français au XVIe siècle dans les AntillesChapitre 2 sur 11 · Navarrete Bibliotheca maritima espanola^ I, p · texte numérisé non relu

Navarrete Bibliotheca maritima espanola^ I, p

derniers n^entendent pas respecter Tarticle du testament d'Adam qui leur défend Taccès du Brésil, les premiers, forts de ce qu'ils considèrent comme leur droit , tombent sans hésiter sur les bâtiments français, les coulent ou les brûlent et massacrent leurs équipages. Les deux couronnes, pour mettre fin à cette guerre sauvage réunissent à Bayonne et à Fontarabie, au mois de mars 1537, des commissaires qui sont chargés de régler ces différends.

Si les Français et les Portugais essayaient d'arriver à la solution amiable de leurs querelles, il n'en était pas de même entre Français et Espagnols. Une pétition, par laquelle un certain Diego Ferez de Séville * demande qu'on lui concède un écu d'armes pour avoir défendu la ville de Santiago contre un bâtiment français, nous prouve que les hostilités continuaient aussi vives, que nos corsaires étaient aussi entreprenants.

Il n'y avait à cette époque ni un canon, ni un grain de poudre à Santiago, et si le navire la Madeleine^ commandé par Diego Ferez n'eut été dans le port, nul doute que cette ville n'eut subi le sort de la Havane, elle eut été mise à sac et brûlée. Après s'être emparés d'un brigantin sorti du port et qu'ils avaient pillé, les Français, au nombre de plus de 80 hommes d'équipage, avaient pénétré dans le havre. Diego Ferez dont le navire, chargé de sucre et de cuirs, était heureusement pourvu d'artillerie, le rangea contre la muraille, débarqua ses canons, lutta pendant un jour et une nuit si vaillamment et si heureusement, qu'après avoir eu huit ou dix tués les Français se retirèrent. Deux ans plus tard, un navire français revient bombarder la ville qui résiste et lui cause assez d'avaries pour le forcer à la retraite.

Une dépêche datée de 1539, nous apprend que ce même corsaire avait bombardé et brûlé la Havane sans rencontrer grande résistance. Il en est ainsi pour le port de la Plata dans nie Espagnole. En apprenant ces événements F. de Soto prescrivait, de la Floride, de hâter à Santiago de Cuba

1. Documentos ineditos de ultramar, Cuba, t. IIIi pp. 23 et suivantes.

la construction d'un boulevard et d'un bastion sur lequel devaient être montés quatre canons *.

Les craintes que causaient ces tentatives réitérées qui menacent dans leur source les richesses que l'Espagne tire d'Amérique, se font jour dans une dépèche de l'ambassadeur d'Espagne en France, datée de 1541. Il signale à son gouvernement les armements maritimes qui se font aux frais du roi de Navarre, de l'amiral de France, du cardinal de Tournon et de M™® de Tampes (Etampes). Ils prendront la mer, dit-il, après février, et l'on a tout lieu de croire qu'ils sont destinés à s'emparer des vaisseaux de Sa Majesté qui viennent des Indes.

Il a appris, ajoute-t-il, que le corsaire — il voit partout des corsaires — Jacques Cartier est sorti du port de Saint- Malo ; il est allé aux Terres-Neuves de Portugal et il y est resté dans un port gelé jusqu'au beau temps. Le capitaine Roberval doit bientôt partir avec 8 ou 9 navires en course contre les habitants des Indes de Sa Majesté ^.

Si l'ambassadeur se trompait en ce qui concerne Jacques Cartier et Roberval, il avait raison de mettre son gouvernement en garde contre les incursions probables des Français. D'ailleurs les Espagnols avaient organisé en France, en dehors même de l'ambassade, un merveilleux service d'espionnage afin d'être bien au courant des armements qui s'y préparaient. Au Groisic, écrit en 1541 un espion envoyé par le Conseil des Indes, s'équipent deux bâtiments, l'un de 130, l'autre de 120 tonneaux, bien pourvus d'artillerie et de munitions avec 180 hommes, mais il n'a pu savoir leur destination. Il donne également des détails sur l'expédition de Jacques Cartier. A Morlaix, Brest, Quimper-Corentin, continue-t-il, il y a deux navires et deux galions bien fournis d'artillerie et de munitions, armés par des gentilshommes du pays, pour la côte du Brésil, disent-ils, et le Rio de la Plata, ils doivent partir avant Pâques fleuries. A Honfleur et Harfleur se préparent quatre galions très bien armés qui doivent, penset-on, se joindre à ceux de Saint-Malo.

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