NavarreUe, BihU marit. esp,, 1, p
A Dieppe, il apprend que déjà sont partis de ce port quatorze ou quinze navires ou galions pour la Malaguette et le Brésil, probablement aussi pour le Rio de la Plata ; enfin, il constate que se préparent cinq navires dont certains ont jusqu'à 150 tonnes, les uns pour se joindre à la flotte ci-dessus, les autres pour tenter, lui a-t-on dit, certaines découvertes. Tous ces navires, ceux déjà partis et ceux qui se préparent, sont armés par un particulier, très riche armateur qu'on appelle le vicomte de Dieppe.
Ces renseignements si précis causèrent une vive émotion au Conseil des Indes qui demanda à son espion des détails complémentaires, car on craignait que les navires de Saint- Malo ne fussent en réalité destinés à un établissement dans la Floride d'où il serait facile de- bloquer le canal de Bahama et de s'emparer des navires partis du Mexique pour l'Espagne.
Non content de pousser le roi d'Espagne à s'unir à celui de Portugal afin que les navires français soient traités en ennemis, le Conseil des Indes envoie Francisco de Soarez avec une caravelle pour s'informer de la route prise par les Français. Il apprend, en septembre 1541, le passage de nombreux bâtiments pour la côte de Maniguette et il se met à la poursuite de quatre navires qui se dirigent de l'île de Mayo dans l'est, afin de savoir si c'est le Maranon ou les Antilles qui est le but de leur voyage. La tempête l'ayant forcé à gagner Puerto-Rico, il y apprit qu'un corsaire français s'était emparé au Cap de la Vêla d'un navire, puis d'une caravelle chargée de perles. Il rentrait en janvier 1542 à San Lucar *.
L'Espagne tint compte de tous ces avis dans la mesure ordinaire, c'est-à-dire que, comme d'habitude, on remit au lendemain ce qui aurait dû être fait de suite. Néanmoins des ordres furent donnés aux officiers de la Casa de contratacion d'envoyer à la Havane des armes en quantité suffisante pour permettre aux habitants de se défendre '.
1. Buckingham Smith. Coleccion de varias documentos para la historia de la Florida y tierras adjacentes. London, Trûbner (s. d.), in-4o. Le tomç !•' a seul été publié.
2, Doc. inéddç ultr,^ Cuba III, p. 170,
En 1541, on résolut d'envoyer à Nombre de Dios 150 arquebusiers et un capitaine qui devait résider dans ce port afin d'empêcher les Français d'arriver à Panama où se trouvaient l'or et l'argent appartenant au roi d'Espagne ; à Saint-Jean de Puerto-Rico un autre capitaine avec 50 arquebusiers; à Santo Domingo de l'île Espagnole 100 arquebusiers commandés par un capitaine et à la Havane 50 arquebusiers avec un officier du même grade*.
Le 20 août 1542, une cédule royale était adressée à l'alcalde de la forteresse de Cuba, l'informant de la rupture de la paix avec la France et de l'apparition probable des corsaires ^ ; en même temps on lui ordonnait de visiter la forteresse et de la pourvoir d'artillerie et de munitions. Peu après, l'évêque de la Havane, Diego Sarmiento, donnait de sa poche une somme de 400 pesos pour servir à la défense de la ville ^ Une lettre de cette année 1543, nous apprend que le rempart de terre et de bois avait été construit aux frais de la ville et que les fauconneaux ainsi que les autres armes que le roi avait ordonné à la Casa de Contratacion d'envoyer d'urgence, n'étaient pas arrivés et cependant deux navires pillés par les Français, l'un au cap de la Vêla, l'autre au cap Tiburon, étaient venus annoncer l'attaque prochaine des ennemis *.
Ce n'étaient là que jeux d'enfants, auprès de ce qui venait de se passer à Carthagène. Le 24 juillet 1543, avant le lever du soleil, 300 Français se précipitaient à l'assaut de cette ville, s'en emparaient après une courte résistance, la mettaient au pillage et se retiraient en emportant 3,500 pesos d'or et d'argent ^
Sont-ce les mêmes corsaires, ceux montés sur cinq navires, dont parlent, dans une lettre au roi, les habitants de Cubagua * réfugiés à l'île Marguerite rendant compte de la prise,
1. Coleccion de varias documentos para la historia de la Florida,,, Londres, Trûbner (s. d.), in-4o, p. 103.