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LA TACTIQUE ET LES EQUIPAGES DES COUSAIRES II

Les Espagnols, pendant leur séjour ici, nous donnaient des coups de stylet en sortant de la messe.

Je ne vous ferais pas part de cette anecdote, si elle ne peignait d'un seul trait les hommes et les préjugés (^i).

Mais pendant l'action les corsaires étaient terribles et d'une audace inouïe.

Le 28 frimaire an VI, Duchenne, commandant V Espiègle^ sort de Calais ; il rentre en rade le soir même ; le lendemain il a connaissance du Rusé, commandé par J.-O. Fourmentin, mais les vents contraires les obligent à revenir encore une fois en rade. A minuit, ils repartent, rencontrent un brick, le hèlent et font feu de toutes leurs pièces et do leur mousqueterie, puis viennent à l'abordage. Ils s'aperçoivent alors que le brick est fortement armé; de plus, un second bâtiment arrivant vent arrière élonge l'Espiègle et lui lire plusieurs coups de canon et de pierriers; le Rusé, qui facilitait l'abordage, riposte si vivement que ce second bâtiment est obligé de fuir. L'Espiègle parvient à jeter sur le brick quatorze hommes ayant à leur tète le lieutenant Tack, de Dunkerque. Ils ont à lutter contre quarante adversaires; Tack reçoit un coup de sabre dans le flanc, puis un coup de feu au cou, mais il n'est que blessé. Le capitaine anglais Hollingsworth a la cuisse coupée. Après trois quarts d'heure de combat, il doit se rendre. Les corsaires mettent trente hommes sur la prise, et le i'^"" nivôse au matin, ayant connaissance d'une frégate ennemie à environ deux lieues, donnent l'ordre au capitaine de prises de faire vent arrière. Ils échappent à la frégate, rejoignent la prise,

(1) Mon., Il, 223.

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en prennent l'équipage anglais à leur bord, et le lendemain rentrent au port de Boulogne.

Le brick dont ils venaient de s'emparer ainsi était une canonnière royale, le Growler, armée de douze obusiers, dont dix de dix-huit livres de balles et deux de trente-six.

Les deux héros de cette affaire reçurent peu après la lettre suivante :

Le ministre de la Marine et des Colonies, aux citoyens Duchesne, commandant le corsaire l' Espiègle, ei Fourmentin, commandant le corsaire le Rusé, de Boulogne.

D'après le compte, citoyens^ que j'ai rendu au directoire exécutif de l'enlèvement fait par vous d'une canonnière anglaise portant du 3G et du ïS, après trois quarts d'heure d'un combat mémorable, il m'a chargé de vous témoigner toute son estime. Il n'avait point oublié, car dans les Républiques le mérite et les servicesnes'oublientjamais, que vous vous étiez déjà distingués, vous, citoyen Duchesne, comme capitaine en second à bord de r Unité, qui enlevâtes à l'abordage le cutter anglais Lesuan, d'une force bien supérieure à celle de l'Unité; et vous, citoyen Fourmentin, par votre brillante croisière de l'année dernière. A ces témoignages de satisfaction delà part du gouvernement, je m'empresse, braves marins, de joindre les miens. Continuez démériter de plus en plus de la République, en portant de nouveaux coups au commerce de l'ennemi, et en concourant à tenir la mer libre au vainqueur de l'Italie, et bientôt de l'Angleterre.

Le ministre de la Marine.

Si(jné : i'léville-lepeley (i).

Voici comment A. Mariette conte un des exploits du capitaine Lanlonne :

(i) Mon.,yi, 101.

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