‹ Les corsairesChapitre 21 sur 35 · CH.\Î\LES DUNAND · texte numérisé non relu

CH.\Î\LES DUNAND

francs. La distribution de cette somme fut ainsi divisée :

Un tiers à l'Etat ;

Un tiers aux armateurs ;

Un tiers à l'équipag-e.

Ma qualité de chirurg-ien à bord me donnait droit à quatre ijarts, mais Tétat-major et les marins composant le Conseil me votèrent quatre parts en plus, et comme les parts étaient de 3. 200 fr., je reçus 25. 600 fr. C'était une fortune pour moi.

Le capitaine Demay, qui venait d'être lieutenant de CEglé et qui avait pu apprécier mes services à bord, me proposa d'embarquer avec lui comme second sur un corsaire de Dieppe, qu'il commandait, avec 10 parts. Il m'offrait de réunir mes 10 parts aux 12 qui lui revenaient avec 5o 0/0 sur les prises. Nous en faisions un bloc et nous devions partag"er ég-alement. Après la croisière, il m'abandonnait le commandement du corsaire. Si j'avais accepté, j'aurais eu 80.000 fr. pour ma part. Demay avait eu l'occasion de m'apprécier dans la croisière que nous venions de faire.

Pendant une violente tempête au milieu de la Manche, non loin de l'île de Wig-ht, nous fûmes chassés par un brick de 18 canons, il cherchait à nous gagner au vent afin de nous tenir constamment sous sa canonade et fusillade. Il était à environ 10 brasses (5o pieds) de notre corsaire les brisants des deux navires se mêlaient. Un officier armé d'un fusil de chasse m'adressait opiniâtrement son feu. Moi avec un fusil de munition je ripostai, mais .sans succès, car je le voyais toujours au bout de mon fusil. Enfin il m'adressa une balle qui heurta le haut de mon bras gauche, traversa mes vêlements et ma chemise, et, sortant par le col, toucha le capitaine Pollet placé derrière moi. Il tomba. Nous le portons dans la chambre et là je le pansai. Je remontai sur le pont et là Pollet fils (aujourd'hui capitaine de port à Calais) et moi voyant que nos voiles étaient criblées et la lutte trop inégale nous décidâmes de faire descendre

l'équipag-e dans la cale avec la recommandation de porter au vent afin de conserver l'équilibre du bâtiment pour no pas couler à fond.

Demay et moi nous primes le g-ouvernail. Pollet fils assis sur le pont surveillait la grande écoute pour la filer dans le cas où le bâtiment viendrait à sombrer. Demav et moi pendant une heure nous restâmes au g^ouvernail ; nous étions le point de mire de la fusillade ang-laise : les balles pleuvaient sur nous.

Enfin par notre persistance nous parvînmes à nous éloigner du bâtiment ennemi.

Le désarmement terminé à Calais, je revins à Boulogne. J'hésitais à embarquer avec le capitaine Demav, lorsque M. Gaillaud, médecin en chef de la Marine, qui s'intéressait vivement à moi, me proposa de reprendre du service en m'offrant son appui pour me faire obtenir le grade de deuxième classe aux appointements de 2.20a fr. par an. Je devais être chargé du service de santé des ouvriers de la marine et chirurgien major des ouvriers militaires du génie commandés par M. Jarrigues, colonel des constructions navales ; les capitaines Tayac, Rigault, de Grenouilly Rigault de Genouilly], Gilbert, tous hommes du plus grand mérite.

Cette proposition flattait mon amour-propre, je possédai un joli capital qui devait m'aider à obtenir plus tard le titre de docteur en médecine. Ce service, tout en occupant amplement mon temps, ne m'empêcha pas d'entrer dans le monde.

Je fis connaissance de M''® M..., appartenante une famille de négociants, et je l'épousai en 1808.

Le mariage n'empêcha pas Dunand d'accompagner son bataillon d'ouvriers militaires à Anvers ea 181 1, puis, à peine rentré à Boulogne, de partir pour Dantzig prendre le service de santé au 4™*^ équipage de

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