CHARLES DUNAND I
la Flotlille. II recevait le grade de i''" classe, avec un aide-major et trois lieutenants sous ses ordres.
i8r2. — Le i8 janvier, il suivit ce corps sur le Niémen, où il rejoignit la Grande Armée, et fut réuni aux marins de la Garde et au corps de pontonniers placés sous les ordres du général Eblé.
Et voilà comment Dunand fit la campagne de Russie. 11 assista en bonne place à la bataille de la Moskowa. Entré à Moscou le 1 4 septembre, il traversa la ville et le Kremlin ; et tandis que les marins établissaient leur bivouac sur une petite place traversée par la route d'Asie, ils aperçurent un convoi russe escorté par des dragons et qui s'éloignait rapidement.
Le Général Eblé nous dit: (.( Messieurs les officiers montés, courez après ce convoi et tâchez de le prendre. » J'avais une excellente jument de Vile delà Noga (autre affluent de la Vistule) ; nous partîmes onze officiers à fond de train. Ma petite bête, d'une rapidité remarquable, me porta à la tête de la colonne, je dépassai mes compagnons et j'arrivai sur une calèche conduite par un dragon. Je lui portai un coup de pointe d'une épée que j'avais achetée à Calais lors de mon passage par cette ville, la pointe porta sur la bouffleterie et la lame se trouva recourbée sur la coquille. Le dragon, voyant que j'étais désarmé, me porta sur la tempe un coup de sabre court à peu près comme celui de nos fantassins, le sang jaillit abondamment, mais je pressai ma monture de l'éperon et m'approchai du cavalier, je le saisis par le cou, je l'enlevai de cheval et le précipitai à terre en lui indiquant qu'il pouvait se sauver. Je pris la bride du cheval et mis la calèche en travers sur la route. Cette manœuvre arrêta le convoi, la troupe qui l'escortait, effrayée par l'arrivée de mes camarades, prit la fuite et le convoi, chargé de provisions et d'habillements militaires, fut ramené à notre campement. Le général Eblé me dit : « Doc-
LES COUSAinES
leur, pour première récompense gardez la calèche et je demande la croix pour vous ».
Malgré cette promesse,Dunand ne fut décoré qu'un peu plus tard.
On voit, par ce trait, que les marins, et même leurs médecins, se conduisaient aussi bravement à terre que sur mer. Ils rendirent à la Grande Armée les plus précieux services. Ils n'ont pas oublié cette glorieuse tradition terrienne lors du dernier siège de Paris.
Moscou flambe. Dunand, en passant par le Kremlin, entre à l'arsenal et éciiange sa mauvaise épée contre une excellente. Le i8 octobre, la retraite commence. Et c'est la succession des douloureuses étapes, Maloiaroslawetz, Viazma; Smolensk, Krasnoë, Orska, la Bérésina, Vi!na, Grunbina. Le 4® équipage de la Flottille regagne Danlzig; il coznptait i.5oo hommes au départ, il en compte i5 au retour!
Dunand est autorisé à rentrer à Paris. Il retourne aussitôt à l'Ecole de Médecine, et, le i3 décembre, se fait recevoir Docteur en médecine.
A ce moment, le contre-amiralcomte Basle, nommé général du 2® régiment desMarinsdela Garde, obtient pour lui le grade de chirurgien-major de ce régiment. Mais Dunand apprend que M. Malgant, le praticien le plus en vogue à Boulogne-sur-mer, vient de mourir; il pense à en reprendre la clientèle. « Je fis part de mon projet au général, qui l'approuva. Il me dit que les affaires publiques prenant une marche sombre je ferais mieux de me rendre près de ma femme et de mon fils pour remplacer ie chirurgien qui venait de mourir. »
Dunand n'avait pas vingt-huit ans. Il avait pris sa
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part des « grandes choses » qui s'étaient accomplies pendant la période épique de notre histoire moderne. II avait conquis concurremment ses grades universitaires et ses galons de chirurgien-major, en même temps qu'une certaine aisance. Il continua une vie si glorieusement commencée en exerçant avec succès sa profession de médecin jusqu'à sa mort, survenue en i864; il avait près de quatre-vingts ans.