fr
4oo
Total : 6.343.20
Le même Curieux emportait pour 1 1 fr. 5o de cartes marines. Mais les marins éprouvés qui le montaient connaissaient les moindres recoins des côtes et les fonds : l'instinct et l'expérience leur en disaient plus long que les cartes, au moins dans ces parag-es.
Afin de parer à tout événement, on ne lésinait pas sur la dépense d'une trousse, achetée chez Leclerc, coutelier (il existait récemment encore, dans le même magasin, qui avait gardé son aspect ancien, un de ses descendants exerçant le même métier).
La trousse garnie coûtait 26 fr. :
Une paire de ciseaux droits 3 fr.
Une paire de ciseaux courbes 3
Une paire de ciseaux sur le plat , . . 5
2 bistouris 4
2 lancettes 4
Une pince anneau 3
Une spatule i . 5o
Pour la trousse i . 5o
Total : 25.00
En outre, on se munissait abondamment d'onguents, de bandes, etc..
Sparadrap de diachillon, 9 1. 10 onces. G fr.
Emplâtre diachillon, 6 magdaleons. . . . 3
Onguent de Lamere, 12 onces 3. 00
Onguent de Basilicum, 6 onces i .80
Onguent mercuriel simple, 8 onces, ... 2.40
Agaric de chône i . 5o
Poudre astringente, 2 onces 2
Liqueur d'Hoffmann, 5 onces 5.5o
Laudanum liquide, 3 onces 7.60
Sac de rég'lisse, i livre et demie 8.75
Baume du commandeur, 6 onces [\
Ammoniaque, 4 onces 5 . 5o
Cerat de saturne, 6 onces 2 . 5o
Extrait de saturne, 8 onces 2 .4o
Esprit de cochlearia, 8 onces 3 . 20
Eau vulnéraire, 8 onces 2 . 4o
Espices vulnéraires, 8 onces 2
Eau-de-vie camphrée, 2 livres 5 . 5o
Teinture canette, 4 onces 2 .4o
Colophane pulvérisée, i once o-QO
Eau de Rabel, i once 1.20
Bandes n° 20 10
Compresses, 2 livres 1/2 12
Ling"e à pansement ih
Charpie, 2 livres 7
Etui, épingles, fil, aiguil- ) ^ ^ ^^ ^^^^^ 3 5^ les, pansement \
Onguent napolitain, 2 onces 2.40
Sel nitre purifié i
Miel blanc, une livre 1.90
Sel d'Epsom, 6 onces i .80
Une seringue à injections i . 20
Emétique, 2 gros i .60
AluQ sublimé pulvérisé^ i once, ....... 0.60
Pierre infernale, i gros 3.
Racines apéritives, i livre 2 . 5o
Ciseaux 1.20
Trebuchet garni 3
Pots et bouteilles 4
Coffre, ferrures et cadenas 18
Total : 157.55
Celte pharmacie du Curieux était particulièrement
complète. D'autres se montraient moins prévoyants,
AKMEMIiNrS ET BENEFICES DES COnSAlHES 79
et n'emportaient que pour 5o à 60 fr. de drogues analogues.
Les hommes de l'équipage d'un corsaire manifestaient parfois une vivacité de caractère qui nécessitait encore l'achat d'une barre de justice et de plusieurs paires de menottes. i^Le Coureur et le Bien-- Informé, an IX.)
Toutes ces dépenses de l'armement étaient en général largement récupérées. Il arrivait bien qu'une croisière ne produisît rien, ou que les prises ne couvrissent pas les frais, ou encore que le corsaire fût saisi ou coulé par l'ennemi. Mais, dans l'ensemble, il en résultait un bénéfice énorme. Les millions que la guerre de course jeta dans Boulogne permirent à la ville de réaliser son rapide développement industriel au cours du xix® siècle, en même temps que sa population passait de 18.000 à 5o.ooo habitants, suivant la prédiction de Napoléon P^
Le 8 Brumaire an VIII, on récapitulait ainsi le résultat des croisières faites au cours des derniers trois mois par les corsaires boulonnais: 66 bâtiments, chargés de sucre, café, bois de construction, charbon, salaisons, eaux-de-vie, fer, chanvres, toiles à voile, etc. ; 557 prisonniers; 6.079.086 francs. Le Trésor public reçut 942.258 fr. 33 sur cette somme, suivant ce décompte :
Droit d'enregistrement de 2 0/0 i2i.58i .72
Demi 0/0 sur les liquidations 3o . 895 . 43
5 0/0 aux Invalides de la Marine. . . . 3o3.954.3o
6 0/0 à la douane (estimation) 364- 745. 16
2 0/0 frais d'enregistrement à l'appui
des comptes d'armement, liquidation
des cours, papier timbré, etc 1 2 1 . 58 1 . 72
Aucun corsaire ne fut pris par l'ennemi; 52 Français furent faits prisonniers à bord des prises; 9 furent tués dans les combats. La balance est de 5o5 prisonniers en faveur de la République (i).
Une autre récapitulation, allant du i^'' Ventôse an IV au i^"^ Prairial an IX, donne les chiffres suivants: i54 corsaires, d'une force de 20 à 26 hommes en moyenne) c'est vers 1 800-1 802 que les équipages sont devenus plus nombreux), sont sortis; ils ont capturé 201 prises, valant 12.989.745 livres, et comprenant plusieurs cutters et canonnières armés; ils ont fait 1.967 prisonniers. De notre côté, nous avons perdu 16 corsaires et 755 hommes. On voit que la balance en notre faveur est appréciable (2).
Le 8 brumaire an VI, on écrivait de Boulogne à Paris :
Nos corsaires font des merveilles ; des fortunes considérables s'élèvent sur les ruines du commerce anglais. La bravoure et l'audace animent nos marins. Deux petits corsaires viennent de conduire à Dieppe un navire anglais, venant de la Jamaïque, riche de plus d'un million; deux coquilles de noix ont pris à l'abordage un vaisseau de 700, armé de dix-huit canons de six livres de balles (3).
Et ces chiffres ne mentent pas. Marie-Jean-Baptiste Fourny, commandant l'Aigle, dans une croisière qui va de septembre i8i3 à janvier i8i4, fait quatorze prises, dont la vente rapporte i.i35.254 fr. Sauvage, commandant l'Alexandrine, s'empare, le 1 décembre 1809, de /a /a/ie, dont la vente rapporte 569.157 fr.i5,
[\)Mon., VIII, 163.
(2) Mon., XI, n" 289.
(3) Mon., VI, 37.
ARMEMENTS ET BÉNÉFICES DES CORSAIRES 8l
et le 25 février suivant du Maitland, qui produit 1.674.900 fr. 08. Du 9 septembre 1807 au 5 janvier 1808, Pierre-Marie Wasselin, capitaine du Grand- Napoléon^ opère huit prises qui rapportent 637.538 francs 02. Il repart le 12 janvier à bord du Grand- Napoléon n° 2, et quand il rentre, le 28 avril, il a pris six nouveaux navires, dont les cargaisons sont vendues 667.863 fr. 64.
Il serait facile de multiplier les exemples.
En août 17945 des frégates françaises prennent i3 vaisseaux dont la capture coûte aux assureurs cent mille livres sterling. Les Compagnies d'assurances avaient soin de prendre leurs précautions. Dès 1770, l'expérience des hostilités de 1705 leur avait démontré la nécessité de stipuler dans les polices souscrites en pleine paix une augmentation de prime en cas d'hostilités, représailles ou guerre indistinctement, de 25 0/0. Et on laissait aux correspondants la faculté d'augmenter ce taux s'ils le jugeaient à propos.
Toutes les marchandises qui entraient en France de cette manière payaient des droits de douanes, sérieux supplément de recettes pour l'Etat.
La seule cargaison du Jules-César, capturé en 18 10 par le Subtil, que commandait Demay, et qui s'était vendue 4io.648fr. 95, acquitta 52.536 fr. 33 de droits de douanes.
La caisse des Invalides de la Marine trouvait là d'abondantes ressources.
Même lorsque la croisière n'était pas très fructueuse, et, comme rapport, au-dessous de la moyenne, elle constituait encore un avantageux placement de capitaux.
En l'an VII, l'armateur Jean Griset arme pour une
82 LES COIlSAlKtS
croisière de vingt jours r Industrie, qu'il confie au capitaine Jean Huret. U Industrie portait huit canons de trois livres de balles, quatre pierriers, quarante fusils, vingt paires de pistolets, vingt-cinq sabres, six haches d'armes et soixante hommes d'équipage.
Les frais d'armement s'élevèrent à 61.749 fr. 11. Les quatre prises que fit le corsaire pendant ses vingt jours de mer produisirent 86.6o5 fr. 98; d'où il fallut défalquer 8.096 fr.58 de dépenses diverses. Il resta à répartir 78.409 fr. 35. Un tiers alla à l'équipage, soit 26.186 fr. 45, qui, nets de tous frais, donnèrent 1 8.062 fr. 34. Deux tiers revinrent aux intéressés, soit 61.272 fr. 90, auxquels il y eut lieu d'ajouter 12.000 fr. produits par la vente du corsaire, soit 64.272 fr. 90. Si l'on déduit de ce chiffre les frais d'armement, on trouve un bénéfice net de 2.523 fr.79 pour les actionnaires. Les Invalides de la Marine avaient absorbé 1.412 fr. 5o.
Lorsque plusieurs corsaires avaient participé à une même capture, il y avait lieu de procéder à un règlement de partage. Généralement, ils s'associaient à deux ou trois. Quand ils étaient davantage, la part de prise de chacun finissait par se réduire à fort peu de chose. Ainsi, le 19 décembre 1808, ils se trouvèrent huit à s'emparer du P/jen/^, quifutvendu6.694fr.45; tous frais déduits il ne revint à chaque bâtiment corsaire que 461 fr. 12. Les bâtiments attaqués de cette façon n'étaient pas des bateaux marchands, mais le plus souvent des canonnières ou autres navires de la marine royale.
Les batteries de la côte pouvaient prétendre à des parts de prise, lorsqu'elles aidaient à la capture d'un
vaisseau ennemi. Il y en avait alors tout le long de la Côte de Fer. Par exemple, le 17 novembre 1808, la batterie de Saint-Frieux aide le Génie, commandé par Cornu, à s'emparer du Friendship : elle a droit à 2/9 du produit de la prise.
Ces règlements de partage ne s'opéraient pas toujours à l'amiable : des contestations s'élevaient. D'aucuns prétendaient avoir droit à une part que les autres leur déniaient. Le conseil des prises se chargeait de régler ces conflits.
La liquidation de la T^r'iiie au Dispatch par l'Espoir, en I ygSjdonna lieu à des difficultés : mauvaise volonté de l'armateur, Jean Menneville, à rendre ses comptes à l'équipage et à fournir les pièces justificatives au Tribunal de commerce. Les magistrats durent prononcer un jugement, où sont portés les comptes de liquidation ; les motifs de dépenses y indiquent en toute clarté et très en détail la série d'opérations que nécessitait la vente d'une prise; le texte même du jugement en constitue le récit le plus complet.
Liquidation de la première course du lougre CEspoir, armé au port de Boulogne par le sieur Jean Menneville sous le commandement du capitaine Hardouin, commencée au mois de may 1798 (vieux style).
Ce jourd'hui 24 prairial de l'an deuxième de la Repu-, blique française une et indivisible, nous Pierre Godin, Juge Président, Hubert Ducarnoy, Laurent Augustin Bucaille et Hipolyte Noël, juges du Tribunal de Commerce du district de Boulogne-sur-Mer, département du Pas-de-Calais, nous étant de nouveau réunis au greffedu Tribunal à l'effet déterminer la liquidation demandée par le citoïen Jean Menneville, armateur du corsaire l'Espoir, capitaine Nicolas Hardouin, du compte de produit de la prise faite par ledit
corsaire dunavire ang-lais le Dispatch, de Bristol, ainsi que delà répartition des parts revenantes à l'équipag-e du dit corsaire; dans ce produit, nous nous sommes fait représenter par notre greffier toutes les pièces et comptes déposés par le dit sieur Menneville, suivant acte de dépôt du cinq germinal dernier, et après lecture et examen des dits comptes et pièces et après avoir aussi entendu le dit citoïen Menneville dans ses observations, lors et après la remise des dites pièces, nous avons formé le produit de la dite prise ainsi qu'il suit:
Premièrement de la somme de 171.905 livres deux sols, huit deniers pour le montant net de la prise anglaise le Dispatch, de Br'islo], conduit à Morlaix, suivant la liquidation particulière faite par le Juge de Paix du dit lieu en date du 29 brumaire dernier, cy 171 .906 1. 2 s. 8 d.
Le produit total revenant de la dite course est de 171.905 1. 2 s. 8 d. cy. 171 .goS 1. 2 s. 8 d.
Plus une somme de deux cents livres portée mal à propos en déduction du dit compte, attendu qu'ils ont été païées au citoïen Duchenne, à valoir sur ses parts aux prises et que l'armateur lui retiendra sur ce qui lui revient cy 200 1.
Produit total de la prise 172. io5 I. 2 s. 8 d.
De laquelle somme il doit être déduit pour les dépenses communes entres les intéressés et l'équipag^e :
1° La somme de 2.772 livres dixneuf sols sept deniers pour la commission de l'armateur à raison d'un demi pour cent, conformément à la Déclaration du 24 juin 1778 sur la somme de 184.860 livres, huit sols, un denier, produit de la dite prise, cy 2.772 1. 19s. 7d.
2° Celle de 9.243 livres 5 sols 4
ARMEMENTS ET BÉNÉFICES DES COnSAmES 85
deniers revenant au capitaine Hardouin sur le produit net de la prise cj dessus et ce pour lui tenir lieu de dédommagement du coiïre du capitaine pris, accordé en exécution de l'article 29 de la dite Déclaration et suivant convention particulière des intéressés et relatée au procès-verbal dressé par l'Etat-major du corsaire. 9.243 1. 5s. 4 d.
3° Celle de 3oo livres comptée au même pour frais et dépenses qu'il a faites et gratification au citoïen Duchenne, conducteur de la prise, cy.. 3ool.
4° Celle de 4oo livres comptée au citoïen Duchenne pour frais et dépenses qu'il a faites pendant 20 jours qu'il était resté à Morlaix pour le service de la prise et le bien commun. . 4ooI.
5'^ i5 livres païées au cy-devant prêtre de la paroisse pour la messe, cy 10 1,
60 Celle de 280 livres donnée à l'équipag-e le môme jour pour se diver-
tÏT. cy 280 1.
7° 3.245 livres dix sols pour les dépenses du voïag-e du citoïen Menneville à Morlaix pour veiller pour le bien commun à la vente de la prise et
du charg-ement 3.2451. los.
8° Celle de 1.579 livres pour le voiag-e qu'a fait le citoïen Perrier à Morlaix et à Brest pour le recouvrement d'une somme de 25.43o I., qui
était en retard, cy 1 .5^0 1.
9° Vingt-quatre livres pour un es-
près envoie de Roscof à Brest, cy 24 1.
10° Une somme do cent livres déli-
86 LES CORSAinES
vrée au capitaine Hardouin pour
compter au capitaine ang-Iais, cy. . . . loo 1.
11° Celle de 35 1 livres i4 solsG deniers pour diËPéreats frais faits pour la prise pendant le séjour à Morlaix des citoïeus Evern, Hardouin et Dutertre, officiers du corsaire, cy 35i 1. i4 s. G d.
12° Trente-cinq livres pour frais d'affiches cy 35 1.
i3° ig livres paiées au citoïen Altazin pour i3 journées de travail et 4 de g-ardiennag-e 19 1-
i4° 6 livres au tambour de ville pour publications, cy 6 1.
i5o 18 livres 12 sols pour frais de recouvrement d'un effet de i4-429 1.
5 s. qui fut protesté 18 1. 12 s.
160 18 livres lo sols pour commission 18I. 10 s.
Les dits articles formant ensemble 18.408 livres 1 1 sols 5 deniers, cy. . i8.4o8 1. 1 1 s. 5 d.
Partant reste à répartir la somme de 153.696 livres onze sols 3 deniers, cy 153.696 1. iis.3d.
Dont le tiers revenant à l'équipag^e est de cy 51.282 1. 3 s. 9 d.
Et les deux tiers aux intéressés de, cy 102 .4641. 7 s, 6 d.
Somme pareille 153.696 1. 11 s. 3 d.
Décompte des gens de l'équipage dont le tiers porte comme, cy 51.282 1. 3 s. 9 d.
Sur la dite somme de 5i mille 282 livres 3 sols g deniers, il convient de déduire cellede 870 livres pour frais de Foïhus, cy 870 I .
ARMEMENTS ET BÉNKFICES DES CORSAIUES 87
Celle de 1 80 livres pour cocardes audit équipag-e, cy 180 1.
Celle de 4o livres pour perte d'une capote, cy 4o I.
Retenue à la charg'ede l'équipante . i ,090 1.
Partant reste net et liquide au dit équipage pour son tiers la somme de
5o. 142 livres 3 sols 9 deniers 00. 142 1.3 s. 9 d.
sur laquelle somme il reste encore à déduire le sol pour livre du produit net revenant aux Invalides de la Marine suivant la loi du i3 may 1791, mais il convientd'en ôter les avances qui s'élèvent, suivant le rôle d'équipag-e, cy i3.43ol.
Il reste donc à prélever le sol pour livre sur la som.me de 36.712 livres trois sols 9 deniers, ce qui porte celle de 1.835 livres i2sols, cy i .835 1. 12 s.
Au moïen de laquelle déduction il ne reste plus que la somme de48.3o5 livres 1 1 sols 9 deniers, cy 48 . 3o6 1 . 1 1 s. 9 d .
Au paiement de laquelle somme de 48.3o6 livres 11 sols 9 deniers nous avons condamné le dit citoïen Jean Menneville, armateur, à la déduction des avances faites à chacun dudit équipage suivant le rôle de répartition qui en sera arrêté d'après le règlement des parts fixé conformément à la déclaration du 24 juin 1778, et au procès-verbal dressé le 4 germinal dernier par le capitaine et l'état-major du dit corsaire V Espoir, en ce qui se trouvera conforme à la dite déclaration, comme aussi à la déduction des frais de la présente liquidation et des droits d'enregistrement, lesquels seront supportés par l'équipage pour un tiers.
L'armateur n'ayant point déposé les pièces justificatives des dépenses de l'armement, mise hors et relâche dudit corsaire, s'élevant, suivant sa déclaration, à raison de G9.699
as LES CORSAIRES
livres trois sols, le tribunal ne peut par cette raison déterminer ce qui revient aux Invalides sur le net produit de la prise. En conséquence, l'armateur sera tenu de compter au paieur des Invalides de la Marine le sol pour livre sur le net produit revenant aux dits intéressés conformément à la loi du i3 mai 1791 et en justifiant des dites pièces.
Faitet arrêté par nous, Président etjuges sus-mentionnés, la présente liquidation les jour, mois et an sus dits et avons sig-né avec notre greffier.
Signé : ducarnoy noel, v^^ godix, l.-a. bucatlle BLANGY fils, greffier (i).
Le compte des intéressés ne figure pas dans ce document. Voici, au surplus, les règles observées pour opérer la liquidation d'une prise.
On établissait d'abord le chiffre du produit brut de la prise; puis on en défalquait les dépenses communes à l'équipage et aux intéressés, lesquelles comprenaient: 1° les frais et déboursés relatifs à la prise; 2^ les droits d'enregistrement des pièces justificatives de dépenses; 3° la commission des armateurs, soit 2 1/2 p. 100 sur le produit brut des prises conduites au port d'armement, et I 1I2 p. 100 sur le produit brut de celles conduites en d'autres ports; If 2 1/2 p. 100 sur le produit brut des prises aux capitaines « pour leur tenir lieu de dédommagement des coffres des capitaines pris, suivant l'usage de ce port, et convention verbale avec les amateurs » (ce pourcentage peut s'élever à 5 p. loo; il s'appelle aussi le « chapeau du capitaine ») ; 5° les droits d'enregistrement de la liquidation, le papier timbré de la minute, les expéditions, les droits d'enregistrement et de greffe des expéditions, Tacte de dépôt des pièces au greffe; 6° les frais d'impression.
(i) A. G. Reg. ^.,1791 à 1795, folio 116, verso.
Ces dépenses communes une fois déduites du produit brut de la prise, il restait la somme à répartir entre l'équipage et les intéressés.
L'équipage en recevait un tiers, d'où on déduisait les avances qu'il avait reçues avant le départ pour la course, le coût des règlements de parts aux prises, 5 p. 100 aux Invalides de la Marine, lo p. loo pour l'entretien des marins français prisonniers de guerre en Angleterre.
Les intéressés recevaient les deux tiers de la somme à répartir. On y ajoutait le produit delà vente du corsaire ou l'estimation de sa valeur, et, de ce total, on déduisait les frais d'armement proprement dits, ravitaillements, relâches, désarmement, etc., et les frais d'enregistrement des comptes et pièces justificatives.
Le 5 p. 100 au profit des Invalides de la Marine était perçu sur la commission des armateurs, sur les coffres des capitaines, sur le produit net à répartir aux intéressés, sur la somme accordée au conducteur de la prise.
Le 10 p. 100 en faveur des prisonniers de guerre français en Angleterre était perçu sur la commission des armateurs, déduction faite du 5 p. lOO des Invalides de la Marine, sur les coffres des capitaines, le produit net aux équipages et le produit net aux intéressés, après même déduction.
Ce dernier droit avait été créé par arrêté du Directoire exécutif du i4 brumaire an Vlll; il fut confirmé par arrêté des Consuls du 7 fructidor an VIII, mais supprimé sous l'Empire.
La fixation des parts de prise entre les hommes de l'équipage continue à se faire conformément à la loi du 24 juin 1778. Elle a lieu devant le juge de paix,
go LES CORSAIRES
etchacuuîa détermine « en son âme elconscience (i)>).
Lorsque des corsaires prennent des navires dont la cargaison appartient à la République, la mainlevée est ordonnée, comme dans le cas de l'Anna- Maria, conduisant d'Amsterdam à Nantes 80 lasts de froment achetés par le ministre de l'Intérieur, et capturée par un corsaire.
La plupart du temps, les marchandises prises sont vendues librement. Lorsqu'elles sont susceptibles d'être utilisées par la Marine, par ses ateliers de fabrication, telles que du goudron, du charbon, des planches, des cordages, etc., l'Etat les réquisitionne.
La vente des marchandises prohibées n'est plus, sous l'Empire, autorisée comme antérieurement. Voici un écho du Moniteur, du 5 décembre 1810, suffisamment explicatif :
« Les marchandises provenant de fabriques anglaises, et qui avaient été saisies à leur entrée du port, ont été brtilées ou brisées avant-hier avec beaucoup d'appareil. On faisait à mesure la vérification des objets en présence des autorités civiles et militaires, et du peuple de celte ville que ce spectacle avait rassemblé. «
Suit l'état : « 3.585 m. de bazin; 68 ici. étoffe de coton; i36 id. bège; 724 ici. indienne; 774 ici. piqué; 27 pièces perkalc; 3.179 "^* nankin, 5.o54 ici. velours; 2 pièces étoffe de soie noire; 12 id. calicot; 4.274 ni. toile de coton ; 2.838 id. mousseline ; 869 id. mouchoirs; io3 pièces de mouchoirs; 4-578 mouchoirs; 85o schalls façon cachemire ou de mousse-
(i) A. D. II, f.
line; i83 caisses verreries; 6 caisses cartes à jouer ; 1.970 paires de bas (i). »
On voit combien l'organisation de la course était régularisée. Après une lente évolution administrative sous l'ancien Régime et la Révolution, elle avait reçu, au début de l'Empire, sa forme définitive.
(i) Mon., 1810, Ro 35g.