EXPÉDITIONS DE FLOTTILLES
Dernières expéditions de flottilles. — G?Ières armées par Saint-Jean-de-Luz. — Les Capbretonnais dans la rivière de Bordeaux. — Vaisseaux armés à Saint-Jean-de-Luz contre les corsaires rochelais. — Les capitaines et le tonnage. — L'île de Ré. — Elle est assiégée par une ftotte anglaise. — Demande de secours. — Les pinasses de Bayonne et de Saint-Jean-de-Luz. — Le capitaine Valin commande la première flottille. — Nouvelle demande d'une escadrille de pinasses. — Formation et composition de la flotte de ravitaillement. — Le capitaine Dandouins. — Combat naval. — Le passage est forcé. — Prise d'une chaloupe de La Rochelle. — Ravitaillement de l'île de Ré.
Avec la fin de la domination anglaise, les expéditions de flottilles ou de navires formés en escadres disparurent presque complètement. Cependant un certain nombre de vaisseaux sont encore armés à diverses reprises pour secourir les flottes des rois de France. C'est de ces expéditions organisées par les villes et les ports de la côte que nous allons nous occuper ici.
Nous avons déjà vu qu'à la fin du XV« siècle des galères, armées par Saint-Jean-de-Luz, accompagnèrent Charles VIII, pendant son expédition d*Italie. Pendant les guerres de religion, en 1570, cent cinquante marins de Capbreton partirent avec six pinasses a pour garder la rivière de Bordeaux contre les protestants. Sur ce nombre, trente d'entr'eux périrent en combattant (1).
La Rochelle était le boulevard des huguenots, l'inexpugnable citadelle d'où ils bravaient la colère et les vengeances royales. Fiers des richesses de leur ville et de leurs libertés séculaires, les Rochelais s'étaient rendus peu à peu comme indépendants du reste du royaume et, se portant même à des actes d'hostilité déclarée, ils avaient, à plusieurs reprises, lancé leurs navires en écumeurs de mer le long des côtes françaises, et pillé et rançonné les fidèles sujets de Sa Majesté Très Chrétienne.
Dès 1621, Saint-Jean-de Luz sollicite et obtient l'autorisation de réprimer leurs violences. Quelques-uns de ses navires s'arment et s'équipent en guerre, et deux barques rochelaises, enlevées de haute lutte, sont la môme année ramenées victorieusement dans son port.
En 1625, des lettres patentes de Louis XIII « donnent mandement au bayle et aux habitants de construire et équiper quatre vaisseaux pour la
(i) Gabarra, Quelques mots sur Capbreton.
protection de leur commerce en Terre-Neuve » et la sûreté des côtes. Ces quatre bâtiments, d'une jauge officielle de î)00 tonneaux, mais d'une grandeur et d'une masse bien autrement considérables, furent construits rapidement sur les chantiers de la Nivelle. Ils représentaient, pour l'époque, des vaisseaux de second rang, et peuvent servir à faire juger combien les facultés spéciales de la ville et les conditions de son port différaient grandement de celles de nos jours. François de Lohobiague, Jean d'Aretche, Martin de Hirigoyen, Joaquinde Haristéguy furent leurs capitaines commandants, élus par les habitants, confirmés et commissionnés par le roi. Munis d'une forte artillerie, montés par une jeunesse ardente et énergique, deux des vaisseaux de Saint-Jean-de-Luz prirent le large en 1(527, en faisant flotter au vent, à côté du pavillon blanc fleurdelisé, le pavillon rouge et noir aux armes de la ville, déjà bien connu et redouté sur l'Océan. Ils accomplirent leur mission de surveillance et de protection et, après la conclusion du siège de La Rochelle, ils furent, ainsi que les deux derniers, acquis et retenus pour le service royal, car nous les voyons figurer dans un inventaire de la flotte dressé par le sieur d'Infreville en 1029-31 (1).
La première expédition navale dans laquelle nous voyons paraître une petite flottille de pinasses bayonnaises est relative au siège de l'île de Ré en 1627.
Nous n'avons pas à faire l'historique de ce siège, sur lequel il a été tant écrit, mais nous devons cependant parler de l'état des assiégés, au moment où l'autorité royale se décida à les secourir. Le fort de Saint- Martin de Ré, étroitement bloqué par la flotte anglaise, n'avait été commencé que depuis treize mois environ, et il était, au moment mômedu siège, dans un tel état de délabrement, que 30 hommes pouvaient entrer de front par la porte : enfin, quoique le roi n'y eût pas épargné les dépenses, les parapets n'étaient pas encore revêtus, et les vivres et les munitions manquaient presque totalement. Toiras (2) fit avertir le roi de son dénuement ; le cardinal fit faire des préparatifs pour un prompt ravitaillement. Il écrivit à M. de Gramont et le pria d'acheter à Rayonne et à Saint-Jean-de-Luz jusqu'à 30 pinasses. Un mémoire, inséré dans les lettres, instructions diplomatiques et papiers d'Etat du cardinal de Richelieu et contenant quelques mots de la main du cardinal, propose le ravitaillement de l'île de Ré ou par « chaloupes ou barques » ou par
(i) Documents sur THistoire de France. — Correspondance de //. de Sourdis.
(2) Jean du Caylar de Saint-Bonnet, maréchal de Toiras, né à Saint-Jean de Gardonnenque, dans les Cévennes, le i«c mars 1585 ; il n'était que maréchal de camp lors du siège de Saint-Martin de Ré, qu'il défendit contre toutes les attaques des Anglais avec une très faible garnison. — Nicolas de Coulas, dans ses Mémoires publiés par Ch. Constant, éd. de V Histoire de France^ réclame, pour le duc d'Orléans, l'heureuse idée d'avoir fait appeler pour le ravitaillement des pinasses basques et bayonnaises.
petits vaisseaux ollonois de « cinquante tonneaux » qui tirent peu d^ead et soient bons voilliers, ou « par gallères, galliottes et pinasses, et enfin par une armée puissante. » Ce dernier moyeu fut repoussé, et il fut convenu qu^on tenterait de secourir Saint-Martin au moyen de navires d*un faible tonnage. Les trente pinasses que le cardinal de Richelieu demandait à M. de Gramont furent réduites à quinze, et il donna Tordre de les conduire de Bayonne et Saint-Jean-de-Luz aux Sables-d*01onne, où elles devaient être mises sous les ordres du duc d'Angoulême ; un grand nombre d'autres navires furent rassemblés de tous côtés, depuis les côtes d'Espagne jusqu'en Hollande.
Les Anglais avaient construit une estacade défendant les approches de la citadelle et, à l'aide de deux ou trois carcasses de vaisseaux, ils élevèrent une sorte de fort armé de plusieurs pièces de canon; enfin, une quantité de gros câbles, soutenus à la surface de la mer par des barriques vides, fermèrent tous les passages permettant d'arriver à la citadelle. Toiras, voulant faire prévenir le roi, fit choix de trois habiles nageurs qui se hasardèrent à faire la traversée ; le premier se noya ; le second, épuisé de fatigue, alla se rendre aux ennemis, mais le troisième réussit à passer « persécuté des poissons pendant près d'une demilieue. » (1). Bientôt après arriva aux Sables-d'Olonne le capitaine Vallin avec les pinasses de Bayonne et de Saint-Jean-de-Luz (2). Les habitants de cette dernière ville avaient répondu avec empressement à l'appel qui leur avait été fait. Ils armèrent quinze pinasses de ce genre et chargèrent de vivres et de munitions vingt-six flûtes, organisant ainsi une flottille imposante. Un seul de ses négociants, Joannot de Haraneder, fit spontanément don au roi de deux navires munis d'artillerie et dignes de figurer dans son armée navale. L'escadrille de Saint-Jean-de-Luz, commandée par le sieur d'Ibaignette, joignit cello de Bayonne, dirigée par le capitaine Vallin. Ce nom, que nous avons retrouvé chez tous les historiens et dans tous les mémoires qui parlent du siège de l'île de Ré, est absolument inconnu aux Archives de Bayonne, du moins nous a-t-il jusqu'à présent été impossible de le retrouver, quelques recherches que nous ayons faites.
Quoi qu'il en soit, à la tête de quinze pinasses chargées chacune de cinquante tonneaux de farine, pois, fèves, biscuit et morue, vingt barils de poudre grosse et dix de menu plomb, mèches, etc., il mit à la voile le 5 septembre 1627, avec sa petite escadre, et passa si près de la flotte
(0 Mémoires de Richelieu^ éd. Michaud et PoUjouUt, t. i.
(2} Diaprés Ouvoisin, la flottille de Hendaye était commandée par Jean Pellct, ancêtre du célèbfe Corsaire dont nous aurons à nous occuper plus tard. Une médaille a'or, distribuée par le roi aux chefs de ces escadrilles, resu longtemps en leur possession.
ennemie qu'il essuya ses volées de canon qui ne lui causèrent heureusement pas de très sérieux dommages. Il passa, grâce à la rapidité d'allure de ses pinasses et à leur faible tirant d'eau, au-des$usdes câbles de Testacade, et il alla aborder près du fort Saint-Martin, vers 2 heures du matin, ou son secours rendit le courage à la garnison affaiblie par toute sorte de privations. Il repartit deux jours après, ses pinasses chargées de malades et de blessés. Le roi récompensa ce beau fait d'armes par l'envoi d'une chaîne d or et de mille écus au sieur Vallin et mille trois cents écus aux matelots (1) ; enfin, deux capitaines basques, dont les mémoires n'ont pas conservé les noms, eurent chacun une chaîne d'or. (( Les matelots qui ramèneront les pinasses auront, oultre les cent escuz qu'on leur a donnez, deux cens escuz par pinasse au retour du premier voyage qu'ilz rentreront dans Ré. »
Cependant ce secours ne devait pas suffire. Toiras fit bientôt savoir au cardinal qu'il n'avait de vivres que pour quarante jours, et il fut convenu qu'on tenterait un dernier effort. M. de Gramont reçut la lettre suivante, datée du 20 septembre 1627 :
(( Le Roy désire que M. de Gramont lui envoie cent ou six vingt matelots basques, pour trois ou quatre mois, avec douze ou quinze pinasses. Sy on peut en avoir jusqu'à vingt et deux cents matelots, ce seroit un grand coup. Ceux des matelots qui voudront demeurer pour toujours auront les entreténements que M. de Gramont arrestera.
« La despence qui sera faite pour envoler les pinasses et les susdits matelots sera remboursée à l'instant que M. de Gramont escrira ce à quoy elle montera. Sy ce secours est envoyé avec diligence. Sa Majesté en aura un grand ressentiment.
« Fait ce 20« septembre 1627. » (2).
A cet appel, la ville de Rayonne s'empressa d'armer dix pinasses dont le commandement fut remis au sieur d'Andoins ; il arriva le 6 octobre aux Sables-d'Olonne, rendez-vous général de la flotte de ravitaillement. Une foule de flibots, traversiers et barques, montés de 400 matelots, 300 soldats et gentilshommes, formaient une escadre commandée par les capitaines Desplan, de Reaulieu, Persac, Launay, Ravilles, Cahusac, d'Andoins et plusieurs autres. Le 7 octobre, elle mit enfin à la voile vers dix heures du soir et par une nuit des plus obscures.
Nous laisserons parler un mémoire du temps, qui nous donne sur cette affaire les détails les plus circonstanciés :
« Le capitaine Maupas, grandement entendu à la marine, bien cognoissant les terres comme estant du pays et ayant passé et repassé
(I) Mémoires dt Richelieu,
(a) Mémoires deRicMieu^ t. il, p. éij-
depuis huîct jours dans une seule barque au milieu des ennemis, avec Monsieur le marquis de Grimaud, mena Tavant-garde à la droite, Messieurs de Persac etRavilly, et avec eux dans leur barque les sieurs . Danery, La Gaigne, Roquemont, le commissaire Calottis ; à gauche, les sieurs de Brouilly, capitaine au régiment de Chappes, et de Cusac, Griboval, Ravigny, La Roque-Foulîers, Jonquières et plusieurs autres gentilshommes volontaires; et après eux les quatre barques que Monsieur le cardinal avait faict équipper par le capitaine Richardière père, conduites par les capitaines La Treille, Odoard, Pierre Masson et Pierre Martin, tous bons pilotes.
(( Suivoit après le corps de bataille, composé de dix pinasses, outre les quinze précédentes que Monsieur, frère du Roy, avoit faict venir de Rayonne par Saint-Florent, conduittes par le sieur Dandouyn, leur général, à la teste, et le sieur Tartasse, son lieutenant. A la queue, autour desdites pinasses, y avait douze traversiers comme plus forts et plus grands.
« En Tarrière-garde estoit le phlibot du sieur de Marsillac, bien armé et munitionné, sous la conduite du capitaine Cantelou, et portoit le jeune Beaumont, nourry page de Monsieur le cardinal, avec paroles de créance tant au sieur de Toiras que autres capitaines et volontaires de la citadelle. Après luy estoit sa chaloupe et cinq grandes barques d'Olonne, dans lesquelles estoient quantité de gentilshommes volontaires, et par Tordre exprès de Monsieur le cardinal, qui avait aussi lettres et chiffres, le sieur de Lomeras, gentilhomme de Languedoc, enseigne au régiment de Champagne, pour avoir passé et repassé desja une fois avec le sieur de Valin.
€ En cet ordre, le plus près qu'ils pouvoient les uns des autres, ils alloient costoyans la grand terre pour n'estre point veus ny descouverts par les vedètes des ennemis, qui n'estoient qu'à une lieue des Sables.
« Or, il arriva que, comme cette flotte alloit singlant à plaines voiles et que Ton croyoit estre desja devant Saint-Martin, Dieu fit cesser le vent tout à coup, en telle sorte qu'il fallut demeurer près de deux heures «ans pouvoir aller ny à droite ny à gauche. Alors chacun tout estonné, et croyant demeurer à la mercy des ennemys si le jour les surprenoit, se mirent à prier Dieu, le prieur sur tous, faisant vœux et prières et se recommandant à la Vierge, luy faisant vœu au nom du Roy de luy faire bastir une église sous le nom de Nostre-Dame de-Bon-Secours, en mémoire de cette journée, s'il luy plaisait envoyer le vent favorable. Soudain, ils •furent exaucez, car le vent se rafTraîchit et les rendit fort gaillard ; en telle sorte que, chacun ayant repris sa piste et son ordre, en moins de demie heure ils virent le feu que Monsieur de Toiras faisait laire en la citadelle, et à terre ceux que Richardière père faisait faire
vis-à-vis Tencogneure qu'il falloit traverser. Et là, quittant la coste de la Tranche, chaque pilote regardant sa boussole, ne pensant plus qu*à passer courageusement, entrèrent dans la forestdes navires des ennemis. Les premièries sentinelles les ayant laissé passer sans dire mot, après que tout eut passé, ils commencèrent à les envelopper et canonner si furieusement que Ton eust dict que c*estoit de la gresle.
(( Cependant les chaloupes et galliotes des ennemis vindrent après pour les agrafîer, en sorte que ceux qui estoient à la grande terre croyaient tout perdu, comme aussi il y avoit de Tapparence ; au contraire, Monsieur de Toi ras, espérant tousjours bien du bonheur du Roy et de la France, oyant le bruit de tant de canonnades de part et d'autre, fit redoubler les feux sur les bastions et, comme un second Josué, prie Dieu de faire arrester la mer qui s'en retournoit, de peur que son secours ne périst. Et de faict, il estoit en grand danger, car un coup de canon emporta le chirurgien du capitaine Maupas, entre Monsieur le marquis de Grimaud et le sieur prieur de Brémont, qui estoit au milieu de la barque, la croix en main ; un autre emporta la nupaine ou mast de devant, qui tomba sur le dit marquis, et un troisième persa la barque et luy fît prendre Teau. Dans ce péril, ledit marquis, sans s'estonner, jette son manteau sur le corps du chirurgien, descend à fond, allume une chandelle avec de la mesche, et voyant doù venoit le mal, avec un linceul et autres linges qu'il rencontra, bouche le trou. Cependant, le prieur travaille à vuider Teau qui estoit à la poupe. Le quatriesme coup de canon leur emporta cependant un matelot; et incontinent quatre chaloupes et un heu d'Angleterre vindrent aborder la barque. Le marquis estant remonté joint le capitaine Maupas, lequel ayant disposé ses mousquetaires et piquiers, donna Tordre à ceux qui dévoient tirer ses pierriers et canons et jetter les feux d'artifice, fit tenir chacun à son poste et défendit qu'on en tirast qu'il ne l'eust commandé. Aussitôt les ennemis abordèrent crians : a Amène ! amène 1 » Maupas, son pistolet d'une main et le capabod de l'autre, crie : « Tire ! » Laschantson pistolet, alors toute son artillerie deschargea. Après on vint aux mains, et feux d'artillerie furent jettez de part et d'autre. Le sieur de Grimaud, chevalier de Montenac et de Villiers, sur les deux costez de la barque, un sergent sur le derrière et le prieur partout, se défendant si vaillamment, qu'après un long combat les ennemis se retirèrent avec beaucoup de perte et peu de ceux du Roy. Et croyans emporter plus d'avantage furent attaquer les pinasses où ils trouvèrent à qui parler ; car Dandouyn coupa la main d'abord à un Rochelois qui luy vouloit ravir son gouvernail.; un coup de pierrier luy fit voler en mer son contre-mast et blessa légèrement deux matelots. A mesme temps toutes les chaloupes des ennemis, au nombre de cent cinquante, vindrent fondre, qui d'un costé, qui de l'autre, sur
toute la flotte. L*oq demeura longtemps aux prises sans que les ennemis peussent entrer dans pas une barque du Roy, en sorte que s'estans retirez, les nostres croyant estre hors de tous périls et s'exhortans à courage les uns des autres, voicy que d'autres difficultez se présentent : car les ennemis tenoient des grans masts de vaisseau en vaisseau attachez les uns aux autres, et force grands bois et cordages de vaisseau en vaisseau pour empescher les passages. Mais au lieu de perdre courage, chascun se mit la main au coutelas pour couper les câbles, et avec piques et hallebardes faire enfoncer les masts et bois qui les empeschoient. Et par malheur, Coussage, contremaître et lieutenant de Maupas, ayant coupé avec son tarrabat un grand câble qui empeschoit le passage de leur barque, ce câble tomba et s'embarrassa dans le gouvernail de la barque de Rasilly et, par une secousse de mer d'une grande impétuosité, l'entraîna contre la ramberge où ce cable estoit attaché, ou soudain il fut accrochez et investy par une douzaine de chaloupes ; et après un grand combat, qu'il luy estoit impossible de plus résister, commanda plusieurs fois qu'on mist le feu aux poudres pour ne pas tomber entre les mains des ennemis, à quoy on ne voulut obéyr. La Guette, gentilhomme nourry page de la Reyne d'Angleterre, fendit un de ses ennemis auparavant que de se rendre. Enfin, il fallut céder à la force et prendre la composition que les ennemis offrirent, sçavoir : dis mil escus que Monsieur de Rasilly leur promit pour luy et ses compagnons. Les sieurs Damery, Calottis, Roquemont et La Gaigne firent des merveilles en ce combat ; d'abord, quelques-uns furent tuez, mais point de noblesse.
« Or, cependant que les ennemis estoient acharnez à ce butin, vingtneuf barques arrivèrent heureusement à la citadelle, entre trois ou quatre heures du matin. Aussitost, la sentinelle qui estoit sur le bastion de la Reyne, criant : Qui vite ! il luy fut respondu par quantité de voix esclatantes : Vive te lioy ! ce qui mit au cœur de ceux du dedans une grande allégresse.
« Là, une chaloupe de La Rochelle s'estant glissée parmy les vaisseaux du Roy, comme si elle eust esté de la troupe, pour brusler cette flotte, fut recogneue à leur jargon parle sieur Dandouyn, qui s'en douta ; mais à cause de l'impatience de Monsieur de Toiras, fit sauter tout le monde à terre et demeura avec ses mousquetaires dans la pinasse pour remédier à ce qui pourroit arriver, demanda le mot et le contre-mot à la chaloupe rochelloise, ce que ne sçachant, fit cognoistre qui elle estoit ; et à l'heure la chargea si furieusement que plusieurs furent tuez et estropiez et beaucoup faictz prisonniers.
« Monsieur de Toiras, voyant un si beau secours inespéré, courut aussitôt jusques dans Teau embrasser la fleur de ses amis et tout le reste ensuitte. Après les premiers complimens, chacun fut conduit à la
hutte de quelque soldat, pour se sécher, ayant esté constraints de descendre dans Teau jusqu'à la ceinture. i> (1).
Après divers combats, les Anglais se rembarquèrent. Le capitaine Dandouins, comblé de caresses et d'éloges par le roi et par le cardinal» s'empressa de faire parvenir à la ville de Bayonne son rapport de mer, dans lequel il rendit compte de la mission qui lui avait été confiée (2).
Les pinasses de Bayonne et de Saint-Jean-de-Luz assistèrent au siège de La Rochelle, car on les voit dans les estampes qui furent gravées par Callot.
(i) Relation du siège de La Rochelle (162S), — Archives curieuses de rfiistoire dt France^ par Cimber et Danjou, 2« série, t. m.
(2) Vo^ez Pikts justificatives.