‹ Les corsaires sous l'ancien régimeChapitre 16 sur 103 · BATAILLE NAVALE DE GUETARIA · texte numérisé non relu

BATAILLE NAVALE DE GUETARIA

Les pinasses basques et bayonnaises au blocus de Fontarabie. — Siège de Fontarabie. — Description de la ville. — Entrée de l*armée française en Espagne. — Prise de Passages. — Capture de galions. — La flotte de M. de Sourdis. — Embarquement de troupes. — Arrivée de l'escadre de Hollande. — Secours pour Fontarabie. — Evacuation de Passages. — La flotte française. -^ Le vaisseau V Intendant ^ de St-Jean-de-Luz. — La flotte se dirige vers Guetaria. — Préparatifs de combat. — Ordre de bataille. — Commencement de l'action. — Les brûlots. — Incendie e^ destruction de la flotte espagnole. — Perte des deux armées. — Récompenses aux capitaines de brûlou.

Richelieu se souvint plus tard de quel secours lui avaient été les pinasses basques et bayonnaises, et il en fit armer dix à Bayonne en 1638, afin de les envoyer coopérer au blocus par mer de Fontarabie (1).

L'antique petite ville de Fontarabie se trouve située sur la rive gauche de la Bidassoa, qui baigne le pied de ses murailles ; elle affecte une forme à peu près pentagonale, et cette enceinte est protégée par un château-fort qui tombe aujourd'hui en ruines. Prise par les Français en 1521, elle fut fortifiée avec soin par ceux-ci, lorsque, par la malheureuse capitulation du capitaine Franget, les troupes de Charles V s'en emparèrent ; on la fortifia de nouveau en y accumulant les ouvrages d'art. Percée de deux portes, au Sud la porte Santa-Maria, et à l'Ouest la porte Saint- Nicolas, la ville était défendue par un large fossé, mais n'ayant pas de chemin couvert ; les murailles, couronnées de parapets, étaient protégées par de solides tours, principalement celles de la Madeleine et de Los Cestones (2) ; deux vastes boulevards, ceux de la Reine et de Saint- Philippe, ayant de 27 à 30 pieds de large et de 60 à 70 pieds de hauteur, servaient pour ainsi dire de bastions de forteresse (3) ; enfin, un château, dont on fait remonter la construction à don Sanche Abarca, roi de Navarre, couronnait l'ensemble des défenses de la ville ; ce château était lui-môme protégé par un mur d'enceinte percé de meurtrières. Enfin, un petit fortin récemment construit défendait la rade du Figuier. Telle était la place qu'il s'agissait de prendre et dont le cardinal duc de Richelieu pressa le siège par des lettres réitérées, malgré l'avis du

(i) Arch. de Bayonne, EE, ^6. — Etat de la dépense faite pour Tarmement des pinasses expédiées par ordre de Monsieur le prince à Passages. — Voyez Pièces justificatives. (3) Gabions. (5) Dict. giogr. historico, Madrid, i8oa.

prince de Condé qui désirait auparavant Tarrivée de l'armée navale, afin d'opérer rinvestisseinent par terre et par mer. Le prince de Condé, ayant appris que le port de Passages contenait plusieurs vaisseaux espagnols qui n'attendaient pour partir que l'embarquement d'un certain nombre de pièces de canon qui se trouvaient sur le port, activa ses prJ»paratifs, et après avoir écrit une lettre pressante à Mgr l'archevôque de Bordeaux, il passa ses troupes en revue, à Saint-Jean-de-Luz ; aussitôt la petite armée française s'ébranla et, le t®*" juillet 1638, elle entra en Espagne.

Les Espagnols, commandés par le colonel de Isasi, s'étaient fortement retranchés, au nombre d'environ 1,S00 hommes, près de Béhobie ; sans répondre à leur mousqueterie, une division française, déployée en bataille, passa la Bidassoa à gué avec un tel entrain, que l'ennemi s*enfuit, lui abandonnant les positions qu'il occupait.

Les passages du Prieuré, de Biriatou, de l'Hôpital et celui des nasses furent également forcés avec fort peu de pertes du côté des Français (1).

Le 2, toute l'armée était sur le territoire espagnol, et M. le prince, ayant assis son camp à Irun, envoya le lendemain M. d'Espenan, avec 3,000 hommes de pied et 200 chevaux, avec ordre de prendre le port de Passages.

Après un court combat, les Français s'emparèrent des deux tours qui servaient de forts à la place et qu'ils trouvèrent pleines de munitions de guerre ; ils prirent en môme temps 10 beaux galions, 6 vaisseaux et près de 100 canons de fonte verte ; les vaisseaux, tenus en respect par l'artillerie des forts dont les Français s'étaient emparés, furent obligés de se rendre. Le commandement de Passages fut donné au sieur du Fresche, vaillant homme de guerre (2). On s'empara également de Renteria et d'Oyarzun, déjà abandonnés par leurs habitants, et on y trouva un grand butin.

Ainsi, les Français triomphaient partout et n'attendaient plus, pour former le blocus complet de Fontarabie, que l'arrivée de M. de Bordeaux, dont la flotte se faisait fort attendre. Or, voici ce qui s'était passé à l'armée navale (3). M. de Bordeaux était arrivé à La Rochelle le 6 juin 1638, où il attendit l'escadre du Levant commandée par M. le commandeur Desgouttes, ayant pour vice-amiral le chevalier de Montigny ; cette escadre, forte de 27 vaisseaux, était partie de Toulon et de Marseille ; elle avait fait le tour de l'Espagne sans rencontrer aucun vaisseau espagnol ; mais ayant appris que don AIqizo de Mérièze était a

(i) Mémoires de Dupldx.

(2) Dupleix.

(V ^^P' ^^ Cornsp. de Sourdis,

Barcelone avec des forces navales considérables , le commandant Desgouttes fut lui présenter le combat ; voyant que les Espagnols ne faisaient pas mine de vouloir appareiller, il remit promptement à la voile, et arriva à La Rochelle le 12 juillet.

L'archevêque de Bordeaux avait tout fait préparer pour ravitailler ces vaisseaux aussitôt qu'ils arriveraient, afin que Ton pût faire voile immédiatement ; la flotte devait embarquer les régiments de la Meilleraie, de la Couronne et dix compagnies du régiment des vaisseaux (1) ; toutes ces troupes se trouvaient en garnison dans les villes avoisinant le lieu de rassemblement des escadres.

Les capitaines Régnier et Brocq, qui venaient de transporter Tartillerie destinée à l'armée de Condé, apportèrent la nouvelle, à M. de Sourdis, que des vaisseaux espagnols se trouvaient en armement dans le port de Passages ; M. de Bordeaux fit presser à la hàle ses travaux d'embarquement, et il envoya un exprès au prince, lui disant que, s'il pouvait s'emparer des galions espagnols, il lui enverrait le nombre de matelots nécessaires pour les monter ; on a déjà vu comment ces vaisseaux tombèrent entre les mains des Français.

La nouvelle de la prise de Passages arriva promptement à M. de Bordeaux ; il fit tellement diligence, qu'il parvint à rassembler, en sus de ses équipages, 5 ou 6,000 matelots qu'il expédia aussitôt au cap du Figuier. En même temps, il dépêchait en poste un commissaire de la marine, un maître d'équipage et un maître charpentier, qui devaient aller recevoir les équipages destinés à l'armement des vaisseaux capturés.

Le commandant Desgouttes se mettait lui aussi à même de lever l'ancre, mais le régiment de la Meilleraie fit retarder son embarquement jusqu'au 29 juillet, faute de subsistances.

Sur ces entrefaites, M. de Bordeaux reçut la nouvelle d'un fait incroyable. En l'absence de M. le prince, un conseil de guerre, tenu extraordinairemement, présidé par le duc de la Valette, avait été tenu dans le golfe de Fontarabie, et il y avait proposé de brûler tous les vaisseaux qui se trouvaient au port du Passages, malgré l'extrême opposition faite par les capitaines qui devaient monter ces vaisseaux ; tout ce qu'ils purent en obtenir, fut qu'on remettrait le cas à M. le prince. Mais, en attendant, le duc de la Valette ordonna à un capitaine d'entrer dans le port avec son navire et, s'il le jugeait convenable, il devait brûler tous les vaisseaux y compris le sien, et se retirer ensuite par terre avec son équipage.

Aussitôt qu'il eut reçu cette nouvelle, M. de Bordeaux ordonna aux

(i) Ce régiment répondait à peu prés à notre infanterie de marine.

capitaines de Gange, Lachesnaye, Duquesne et Paul d'embarquer immédiatement huit compagnies d^infanterie et de gagner le Passages aussi rapidement que possible ; ils devaient jeter leur infanterie à bord des navires capturés et, avec les vaisseaux, garder Tembouchure du port, môme contre les Français.

Le 26, Tescadre de Hollande, forte de dix vaisseaux et commandée par le chevalier de Coupeauville, rallia Tamiral qui leur donna deux jours pour se ravitailler, et enfin, le 29 juillet, une petite brise de terre s*étant levée, il se mit en route avec 26 voiles ; Tinsuffisance des vents Tempècha de gagner les côtes d'Espagne avant le 31 vers le soir.

Le i^^ août, on entendit la messe à bord de tous les vaisseaux, et la flotte se rapprocha de la côte. Le lendemain 2 août, M. de Bordeaux alla, dans une chaloupe, visiter le Passages, où l'attendait le sieur de Gange avec 4 navires de guerre, pendant que le reste de Tescadre mouillait en rade du Figuier, complétant ainsi le blocus de Fontarabie. Le 3, les vaisseaux légers de la flotte aperçurent un certain nombre de chaloupes et de pinasses qui, venant de St Sébastien, se préparaient sans doute à ravitailler Fontarabie : signalées à Tescadre, quelques vaisseaux levèrent l'ancre et, donnant à cette flottille une vigoureuse chasse, les obligèrent pour la plupart à rentrer dans St-Sébaslien, tandis que quelques chaloupes allèrent s'échouer sur la côte. On apprit par les prisonniers que don Alonzo en personne avait entrepris de faire entrer ce secours â Fontarabie ; il était composé de 8 grandes barques à huniers et de 37 pinasses portant 5 à 600 hommes de guerre, du pain, du plomb en balles et force munitions ; don Alonzo lui-môme montait la plus grande barque ; le reste du convoi suivait, divisé en 7 ou 8 escadrilles. Les mômes prisonniers rapportaient que l'amiral de Caslille « ayant fait embarquer ce secours avec grand'peine et grand soin, il ne put jamais obliger 50 ou 60 chevaliers, qui étaient venus de la cour d'Espagne avec lui, à s'embarquer, disant qu'ils étaient venus pour monter sur des galions et non sur des pataches ».

L'armée navale resta à l'ancre jusqu'au 15 août ; le prince de Condé ayant donné l'ordre d'évacuer le Passages, les troupes de M. de Sourdis, qui s'étaient retranchées et qui avaient soutenu plusieurs combats brillants, se retirèrent en incendiant un vieux galion ainsi que deux vaisseaux que les Espagnols avaient pris sur les Hollandais l'année précédente.

Les trois autres galions furent dirigés sur La Rochelle pour être mis en armement. Le chevalier de Gange, qui commandait au Passages, embarqua ses troupes, détruisit ses retranchements et se rendit le 17 au matin à l'armée navale, mouillée en rade du Figuier. La flotte se composait alors de 64 voiles, dont 44 vaisseaux jaugeant depuis 400

usqu'à 2,000 tonneaux, 3 pataches et, le reste, des brûlots, flûtes, etc. On y remarquait entr'autres, parmi les vaisseaux armés dans le pays, Y Intendant, commandé par le capitaine Arpentéguy, de Saint-Jean-de- Luz, de 300 tonneaux, 22 officiers mariniers, 105 hommes d*équipage, et armé de 8 canons de fonte et de 16 en fer (1).

Le chevalier de Montigny, qui croisait dans les parages de St-Sébastien. avec 10 vaisseaux et 2 brûlots, envoya la frégate du baron de Marsay aviser Tarchevôque que Ton apercevait, à la hauteur de Guetaria, 14 grands galions espagnols. Le conseil fut assemblé aussitôt et il en résulta que M. de Bordeaux irait, avec 10 vaisseaux de guerre et 5 brûlots, joindre le sieur de Montigny, portant ainsi TeSectif de Tescadre d'opérations à 27 voiles.

Du reste, Tarmée navale ne risquait rien à se diviser ainsi, car elle laissait encore, au blocus de Fontarabie, 20 vaisseaux commandés par le vice-amiral, plus une chaloupe armée détachée de chacun des vaisseaux qui partaient.

Ces précautions étant prises, la flotte leva Tancre vers 11 heures de la nuit, et gagna la hauteur de St-Sébastien ; mais la mer, devenant houleuse, rejeta du côté de Bayonne les petits bâtiments, entr'autres celui que montait de Sourdis. En ce moment critique arriva une lettre du sieur de Montigny, demandant du secours, sans quoi les galions allaient lui échapper. Le 18, vers 9 heures du matin, un bon vent de terre ayant rassemblé les vaisseaux, Tesciaidre fit force de voiles et, Tamiral en tête, s'avança vers Guetaria où Ton trouva de Montigny et ses 10 vaisseaux observant les galions espagnols qui étaient tous mouillés dans le port. Le jeudi 19 août, l'amiral ayant donné Tordre de mouiller, l'escadre française s'avança jusqu'à une portée de canon ; pendant la nuit suivante une active surveillance fut exercée autour des vaisseaux français parles deux pataches et les chaloupes armées en guerre.

La journée du lendemain se passa en préparatifs de combat ; le vent étant tombé tout à fait, on ne put pendant longtemps empêcher les Espagnols de communiquer avec St-Sébastien au moyen de chaloupes, jusqu'à ce qu'enfin le capitaine Giron, monté sur un léger brigantin et escorté de chaloupes, mit un terme à ces communications en leur donnant la chasse, et les mit en fuite après une vive mousqueterie.

Les Espagnols employèrent aussi ce temps à se fortifier ; les positions qu'ils avaient étaient telles qu'ils se croyaient inexpugnables. Couverts au Midi par la côte, à l'Occident par la ville de Guetaria, une haute montagne les abritait encore au Nord, ne laissant ainsi qu'un passage

(i) Pap. et Corresp. de M. de Sourdis. — Pièces justificatives.

assez étroit (1). Là, ils s'étaient rangés en file, ayant Tamiral et le viceamiral en tête ; ces deux vaisseaux jaugeaient près de 1,600 tonneaux. A leur suite venaient six autres galions d'environ 600 tonneaux chacun* et de l'autre côté se voyaient cinq autres navires, le tout embossé de façon à balayer la passe de leurs 500 pièces de canon ; un certain nombre de batteries de terre les protégeaient encore de leurs feux. Le dimanche 22, au matin, l'action s'engagea par une violente canonnade ; les batteries espagnoles firent pleuvoir une grôle de boulets sur VEurope et sur le Coq, qui s'étaient un peu trop rapprochés ; le vaisseau amiral luimôme eut plusieurs tués et blessés. M. de Bordeaux, ne jugant pas le moment favorable, donna l'ordre de lever l'ancre et fit retirer toute l'armée à plus de cinq cents pas en arrière ; toute la côte était bordée des habitants du pays qui sifflèrent Tescadre française, « quoique, contre l'avis des plus intelligents en affaire de marine, qui disaient à don Lopez que ces gavaches françaises se retiraient pour mieux sauter et qu'ils étaient les plus trompés du monde s'ils ne jouaient pas de quelques traits dont ils ne se doutaient point » (2).

Vers 11 heures, le calme qui retenait les navires français dans une immobilité absolue cessa, et la houle, soulevée par le vent du large, balança l'escadre avec majesté. Les capitaines qui étaient venus à bord de l'amiral pour prendre ses ordres, regagnèrent leurs vaisseaux respectifs, et bientôt VEurope, la Licorne, le Cygne, le Coq, la Vierge et la Fortune, montés par les capitaines deMontigny, de Cangé, de Chastellur, du Mé, Cazenac et la Chesnaye, s'ébranlèrent, suivis de 5 brûlots commandés par les capitaines Mata, Molle, Collo, Bruye et Jasmin. La seconde division venait immédiatement après : c'étaient le chevalier de Senautes, Linières, Garnier, Paul et le sieur de Bois-Joly, soutenus par le baron de Conflans, le baron de Marcé et Duquesne. VEurope commença l'action : elle lâcha vivement sa bordée et toute l'artillerie des Espagnols y répondit ; les batteries de terre s'enflammèrent à leur tour, et pendant dix minutes des canonnades effroyables se succédèrent sans interruption. Cependant, au milieu de l'épaisse fumée produite par tant de bouches à feu, passèrent deux brôlots portés vent arrière jusqu'au milieu de la flotte ennemie : ceux qui les montaient s'étant retirés, ils furent s'accrocher aux vaisseaux espagnols ; la flamme, sortant de toutes parts, commonça à gagner les galions ; cette vue consterna les équipages espagnols. Un cri d'horreur et d'eflroi s'échappa de toutes les poitrines : un troisième brûlot, suivi de près d'un quatrième, vint porter le désordre à son comble : une grande partie de la flotte était en flammes. Les

(i) Pap. et Corresp. de M. de Sourdis. (2) Pap. tt Corresp, de M. de Sourdis,

pavillons, les mâts et les hunes tombaient avec fracas ; de temps en temps le feu, qui se communiquait aux soutes à poudre, faisait sauter un vaisseau et lançait en Tair, à des hauteurs prodigieuses, des débris enflammés de toute nature ; et, au milieu de cela, la flotte française continuait toujours son feu ; les boulets et les balles pleuvaient sur les malheureux galions ; les cris des matelots, les hurlements des blessés augmentaient Thorreur et TeAroi dans cette mêlée terrible ; les 3,000 soldats de la vieille milice, qui avaient été distribués dans les vaisseaux ennemis, augmentaient encore cette horrible confusion ; ces malheureux, courant sur les ponts à demi brûlés, hésitaient à se jeter à la mer, car le sieur du Croiset, lieutenant de Tamiral, les poursuivait à outrance et foudroyait les chaloupes qui essayaient de gagner la terre.

En ce moment extrême, la population de la côte, qui s'était tout entière rassemblée sur le rivage, poussa de grands cris en voyant un nouveriu brûlot se diriger vers Tamiral espagnol qui continuait encore son feu contre le sieur de Cazenac, pendant que celui-ci le foudroyait à petite portée de mousquet.

Le brûlot, plus mal dirigé que les autres, manqua d'aborJ son but ; mais, pressé par un bon vent, il mit le feu à un vaisseau proche de Tamiral ; un instant après on vit aussi l'amiral s'enflammer et communiquer son feu à un vaisseau dunkerquois qui le soutenait : alors toute Tescadre fut embrasée ; Tincendie gagna le môle de la petite ville de Guetaria, réduisit en cendres les pinasses, chaloupes et autres petits vaisseaux ; la montagne elle-même prit feu et brûla pendant plus de 6 heures ; la mer et le rivage étaient couverts de débris, et pendant plus de dix jours on recueillit des épaves à demi-brûlées jusqu'à Saint- Sébastien.

Le capitaine de Chastellus prit un drapeau dunkerquois ; ce fut le seul, les autres capitaines espagnols « s'étant enveloppés dans leurs pavillons au lieu de suaire ». L'amiral et le vice-amiral jaugeaient 1,700 tonneaux et étaient montés chacun par 700 hommes d'équipage ; ils avaient été joints par don Lopez, qui se trouva pendant le combat dans le vaisseau amiral et qui manqua d'y périr ; il réussit pourtant à se sauver.

Le combat ne dura que 3 heures. En ce court espace de temps, l'Espagne vit se consommer la ruine de 14 beaux galions et 4 frégates ; il ne resta qu'un vaisseau échoué et rasé de coups de canon. Les pertes furent estimées à 7,000 hommes, y compris 3,000 soldats des tercios de Castille, environ 300 canons et une grande quantité de munitions.

Les Français ne perdirent que 300 matelots ou soldats. Les vaisseaux les plus maltraités furent la Fortune et la Magdeleine, car le chevalier de Senautes, qui les commandait, subit pendant plus de deux heures tous les

feux des ennemis, n*ayant ni vent ni chaloupes qui lui permissent de sortir du mauvais pas où son impatience Tavait mis (1).

Les historiens sont unanimes à accorder à Mgr de Bordeaux Thonneur de cette victoire, par Tordre et la sage tactique qu'il déploya pour combattre l'ennemi ; cet honneur fut aussi partagé par le chevalier de Montigny, qui sut contraindre les Espagnols à se réfugier dans le port de Guetaria, sans même leur permettre de communiquer avec St-Sébastien et attendit ainsi l'arrivée de Tamiral. Les Espagnols auraient voulu éviter cette bataille, car ils attendaient 12 vaisseaux et 6 frégates dunkerquois ainsi que plusieurs autres vaisseaux de Lisbonne avec 3,000 combattants, pour les jeter à Fontarabie (2). Toutes ces flottes réunies auraient pu offrir un grand danger pour la flotte de Sourdis.

Enfin le premier corps de bataille français se conduisit si vigoureusement qu'il n'eut même pas besoin de l'arrière-garde qui arrivait pour le soutenir (3).

Les capitaines commandant les brûlots furent tous présentés au roi par Mgr de Bordeaux, et reçurent chacun du cardinal de Richelieu une chaîne en or et des lettres de capitaines entretenus, aux gages de cent livres (4).

(0 Ross. St-Hilaire, Hist. d'Espagne^ t. xi, p. 14. (2) Mémoires de Dupleix.

(5) Pap. et Corresp. de M. de Sourdis.

(4) Voir aussi, sur cette bataille navale, Touvrag^ de M. Chabeau-Arnaud, Études historiques sur ta Marir; militaire de France. — Bataille de Guetaria {Rev. marit, etcoloniaUj août 1886).

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