‹ Les corsaires sous l'ancien régimeChapitre 17 sur 103 · LES EXPÉDITIONS DE LAREDO ET DE BORDEAUX · texte numérisé non relu

LES EXPÉDITIONS DE LAREDO ET DE BORDEAUX

Nouvelle campagne de M. de Sourdis. — Tentatives sur la Corogne. — Laredo. — Les galions de Galice. — Débarquement des troupes. — Prise de Laredo et capture du vaisseau amiral. — M. de Sourdis offre quatre drapeaux à la cathédrale de Bordeaux. — Les pinasses bayonnaises devant Bordeaux. — Guerre de la Fronde. — M. de Maubec, sieur de Peillicq. — Les capitaines bayonnais. — Deuxième expédition. ~ Le capitaine Guyot.

M. de Sourdis ne devait pas arrêter là ses beaux exploits de mer. L^année suivante, il commença une nouvelle campagne et sa flotte, composée de 40 vaisseaux de guerre, 21 brûlots et 12 flûtes chargées d'artifices et de troupes pour les descentes, mit à la voile le 18 mai 1639 et séjourna à Belle-Ile jusqu'au l^^ juin, à cause des vents contraires. Après une tentative sur la Corogne, Tarmée navale revint à Belle-Ile, ayant eu à lutter contre une très forte tempête. Le désordre fut réparé, et les vaisseaux ayant été pourvus de tout ce qui leur était nécessaire, ils sortirent de nouveau pour revenir à la Corogne.

Mais en mer on reçut l'avis qu'il y avait 9 galions dans la rade de St-Oigne, près de Laredo, en Biscaye, et qu'ils étaient prêts à mettre à la voile. La flotte s'y rendit le 13 du même mois. Aussitôt arrivée, elle apprit que sept des galions étaient déjà sortis et qu'il n'en restait plus que deux dans la rade. C'était V Amiral de Galice, de plus de mille tonneaux, et un autre de huit cents, qui s'étaient abrités derrière un amas de sable, sous le fort de St-Oigne, défendu par diverses batteries et par deux mille hommes bien retranchés, sous le commandement de don Juan Reion de Silva. On résolut de les attaquer ; l'infanterie fut mise à terre avec les chaloupes et les bataillons formés sur le sable avec une grande diligence, tant par le général que par le maréchal de camp. Quatre bataillons ennemis, qui avaient fait mine de vouloir s'opposer à la descente, voyant qu'ils allaient être assaillis, ployèrent et se mirent en fuite. Ils furent si chaudement poursuivis par les Enfants-Perdus, commandés par Saint-Etienne et Montoutre, que la ville même de Laredo, quoique fermée de murailles et défendue par des redoutes bien munies d'artillerie, fut enlevée de vive force en moins de demi-heure.

Ces fortifications ayant été démolies et les canons embarqués, l'infanterie reçut l'ordre de descendre du côté de Saint-Oigne, ainsi que quelques vaisseaux, frégates et chaloupes, afin d'attaquer les dçux

galions. Ceux-ci furent plus difTiciles à sauver qu*à emporter, car leurs matelots se jetèrent à la mer après y avoir mis le feu. Le plus petit fut entièrement brillé, mais celui qui portait le pavillon d'Espagne fut préservé par le capitaine de vaisseau de Cazenac qui, un des premiers à bord, enleva le pavillon et, avec Taide du commandeur Desgouttes, le fit mettre à la voile.

En même temps, le fort fut si vivement attaqué, que la ville fut prise d*emblée et les retranchements forcés Tépée à la main. La ville de Laredo et le bourg de Saint-Oigne furent pillés, et le roi y gagna un galion aussi grand que V Amiral Français et cent cinquante pièces de canon.

Au mois de janvier suivant, les quatre drapeaux gagnés sur les Espagnols par Tarchevéque furent portés dans la cathédrale de Bordeaux par quatre soldats et devinrent le sujet d'une imposante cérémonie (1).

Les guerres de la petite Fronde allaient voir aussi les pinasses bayonnaises employées au service de l'autorité royale ; on connaît cette époque de troubles sur laquelle il a été tant écrit et qui, malgré l'abondance des matériaux, attend encore son historien.

Lors de la première tentative faite par l'armée royale sur Bordeaux, le sieur de la Vrillière écrivit à la ville de Bayonne (2), lui demandant une escadrille de pinasses, afin de pouvoir contrebalancer les forces navales que les Bordelais avaient à leur disposition, sans y comprendre toutefois la flotte qui leur avait été promise par l'Espagne (3). Une délibération du Corps de ville, datée du 28 juillet 1650, accorde au roi les dix pinasses demandées.

Promplement armées et équipées, elles furent placées sous le commandement de M^ de Maubec, sieur de Peillicq. Les noms des capitaines de ces petits navires étaient : Douslious, Jacques Doubail, Arnault de Biane, Jean de Maignon, Dupuy, Dulay, Lafargue, Martin de Biane, Magire et Coulonque (4). La ville emprunta une somme de 3,600 livres pour l'armement de cette flottille.

Le rapport de mer du sieur de Maubec, qui nous a été conservé, donne

(i) Cleirac nous offre de curieux renseignements sur ces drapeaux. Il y avait deux étendards royaux, Pun du grand mât, l'autre de poupe, et trois bannières.

Le premier portait les armes royales d'Espagne couronnées, entourées du collier de la Toison d*or, les deux colonnes et la devise plvs vltra.

Celui de poupe était chargé des armes de Castille et de Léon ; à côté se trouvait l'image de Notre- Dame del Pilar. Le côté opposé représentait saint Jacques à cheval, patron de l'Espagne.

Le troisième était la bannière de la nation, en drap d'argent, portant en son centre l'image de la Vierge, mère de Dieu.

Le quatrième était la bannière de combat, de gueules avec les armes de Castille sans aucun ornement; le cinouième, un gaillardet d'argent.

(2) voyez Pièces justificatives.

(3) Arch. de la Gironde, t. iv, p. ^44.

(4) Arcb. de Bayooae, BB, 24, p. 147.

quelques détails curieux sur sa traversée, ainsi que sur sa présentation au roi, à la reine et au cardinal (1).

On sait ce qui se passa : la cour entra bientôt à Bordeaux, 5 octobre 1650, où elle (ut reçue plus que froidement, et elle n'y resta que peu de jours. Mazarin était pressé de revenir vers Paris, où l'appelaient les plus graves intérêts. L'Espagne était redevenue maîtresse de la Méditerranée et la Fronde faisait de nouveau de grands progrès. 11 est probable que la petite flottille basque et bayonnaise revint dans son pays, mais nos archives n'en font pas mention.

Au second siège de Bordeaux, les pinasses bayonnaises furent encore appelées à former le blocus par mer de la ville rebelle. Bordeaux possédait de son côté une flotte assez importante et qui allait être bientôt renforcée par une escadre espagnole. César de Vendôme demanda encore une fois le secours de la ville, et le sieur de Guyot fut chargé du commandement de cette flottille qui parait avoir été composée du môme nombr de navires que l'envoi de 1650 (2).

Après diverses négociations, la Fronde bordelaise fut abattue, deux des principaux meneurs périrent sur Téchafaud, et le roi ordonna la reconstruction du château Trompette et du château du Hâ : la France était définitivement pacifiée.

(i) Voyez Pièces justificâtivei, (2) Voyez Pièces justificatives»

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