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CROISIÈRES ET COMBATS

Ducasse prend le commandement de la frégate la Tempête. — Croisière sur les côtes d'Afrique. — Menées des Hollandais. — Destruction d'un comptoir français. — Projet d'expédition contre Surinam. — Ducasse en reçoit le commandement. — Impossibilité de l'attaque. — Prise de la Berbice. — Projet de descente au Mexique. -~ Expédition et reprise de l'île Saint-Christophe. — Conquêtes des Espagnols à Saint-Domingue. — Brillante croisière de Ducasse. — Il est nommé gouverneur de Saint-Domingue.

Ducasse ne tarda pas à être désigné pour aller remplir une mission fort délicate, celle d'aller protéger sur les côtes d*Afpque les intérêts du commerce en souffrance.

Des forbans arboraient le pavillon français et, à la faveur de ce subterfuge, se livraient à des actes de pillage, rançonnaient les côtes de la Guinée, enlevaient les nègres qu'ils allaient revendre à Saint-Domingue.

Ducasse reçut le commandement de la frégate la Tempête et se dirigea vers le littoral occidental de TAfrique. Parvenu à la côte d'Or, dans la partie septentrionale du golfe de Guinée, il apprit que le commandant hollandais de ce pays répandait partout le bruit qu'il était un forban ayant l'intention d'enlever tous les nègres qui s'aventureraient à son bord. Et, pendant qu'il courait des bordées le long des côtes, cherchant à faire prévaloir sur le littoral la prédominance de sa patrie, l'officier général qui commandait au nom des Etats Généraux bataves le comptoir hollandais dela.Mina, mit en œuvre tous les moyens imaginables pour empêcher les relations entre Ducasse et les noirs, menaçant les indigènes d'une guerre d'extermination s'ils recevaient les Français.

L'année précédente, les Français s'étaient établis au village d'Aquitany, sur la côte d'Or. Le roi de Commendo, à qui appartenait ce point, leur en avait fait la cession. Le drapeau delà France ayant été arboré, les agents de la compagnie du Sénégal commençaient à y élever des habitations. Les Hollandais, ne pouvant les en empêcher, voulurent obliger le roi de Commendo à révoquer cette concession. Sur le refus de ce prince d'obéir à leurs injonctions, ils lui déclarèrent la guerre et amenèrent le roi d'Aden, son voisin, à s'allier avec eux ; le premier, à la tête d'une armée considérable, avait envahi l'état de Commendo et, le succès ayant couronné son agression^ il fit mettre à prix la tête du prince allié des Français.

Les maisons que la Compagnie du Sénégal avait fait construire furent brûlées par les esclaves des Hollandais avec les marchandises qu'elles renfermaient.

Ducasse rétablit la colonie au nom du roi, fit rebâtir les maisons et y installa les agents de la Compagnie ; mais dès qu'il se fut éloigné, deux vaisseaux hollandais vinrent s'embosser devant Aquitany, canonnèrent le village et s'opposèrent à la pêche, qui faisait subsister tout le pays.

Passant devant Tacovary, son navire la Tempête se trouva manquer d'eau. Lé lieutenant, le chevalier de Sainte- Marie, fut envoyée terre pour remplir les futailles. Aussitôt qu'il fut entré dans le village, un grand nombre de nègres armés se précipitèrent sur lui et sur son escorte, firent main basse sur le canot, menèrent l'équipage à la forteresse de Mina. Le commandant batave le fit jeter en prison et mettre aux fers pendant la nuit. Le lendemain, cet officier renvoya l'équipage français en faisant dire à Ducasse que, lorsqu'il voudrait descendre à terre, il aurait à lui en demander la permission.

Le commandant de la Tempête, étonné de la réception faite à ses hommes et de la mission dont ils avaient été chargés pour lui, monta dans sa chaloupe ; tandis qu'il s'approchait de la rade où flottait le pavillon hollandais, il ne tarda pas, sans que rien pût le faire prévoir, à essuyer deux décharges de mousqueterie.

Il revint alors à son bord, résolu à tirer de cette nouvelle insulte une vengeance éclatante. Mais, réfléchissant qu'avec son seul navire il aurait à soutenir une lutte trop disproportionnée contre les forces de terre et de mer des Provinces-Unies dans ces parages, il appareilla et mit à la voile pour l'Amérique, ainsi que le lui prescrivaient ses instructions.

Le 16 juin 1688, il arriva à la Martinique. Il y resta peu de temps, puis il mit à la voile pour la France, ayant hâte d'informer son gouvernement de ses démêlés avec les Hollandais. Après avoir fait son rapport sur les péripéties de son voyage, il le porta au ministre et profita de son audience pour insinuer à Seignelay qu'il serait utile à la France de saisir l'occasion d'une révolte qui venait d'éclater dans la Guyane hollandaise pour s'emparer de cette colonie.

D'autre part, une Compagnie ayant offert au roi de faire tous les frais d'une expédition destinée à enlever la colonie hollandaise, Louis XIV voulut fournir quatre bâtiments et quatre cents hommes, tant matelots que soldats. Seignelay, se rappelant que l'idée première de cette expédition avait été suggérée par Ducasse, proposa au roi d'en confier la direction à cet officier, bien qu'il ne fût que lieutenant de vaisseau.

Le 13 février 1689, Ducasse quitta La Rochelle, suivi de sa flottille. Pendant la traversée, il fut joint par un navire flibustier.

Fort aimé des flibustiers, qu'il avait déjà associés à ses entreprises

dans plusieurs circonstances, Ducasse fit souvent profiter la marine royale de son influence sur eux, en les employant comme troupes de renfort dans ses expéditions.

Le 6 mai 1689, Ducasse, ayant sous ses ordres seize bâtiments de diverses grandeurs, arriva près de la rivière de Surinam, où il apprit que la situation avait changé du tout au tout en faveur des Hollandais.

La garnison indigène était rentrée dans le devoir et avait été renforcée de troupes européennes. En outre, quatorze bâtiments ennemis (dont un vaisseau de 60 canons) étaient en mesure d'appuyer la défense de la colonie.

Néanmoins, Ducasse ne voulut pas renoncer à l'entreprise. 11 fit ses dispositions d'attaque. Mais l'impossibilité de trouver un point favorable pour l'atterrissage le décida bientôt â abandonner une alTaire impraticable. 11 se borna pour l'instant à se porter sur une petite colonie batave, dite de Barbice, qu'il mit à contribution. Ce léger avantage n'était pas, pour notre intrépide marin, une compensation à la non réussite devant Surinam ; il conçut le hardi projet d'une descente au Mexique. 11 se rendit avec cette intention à la Martinique pour se procurer des soldats. Mais, lorsqu'il voulut lever des hommes, le comte de Blénac, gouverneur de la colonie, s'y opposa formellement.

Ayant l'intention de faire lui-même une expédition contre l'île Saint- Christophe, l'une des petites Antilles, et voulant employer à cet eilet deux des bâtiments de l'escadre Ducasse, il se trouvait naturellement opposé pour le moment à toute tentative sur le Mexique.

Ducasse fit à ce sujet un long rapport au ministre, dans lequel il lui exposa son projet. Son intention aurait été de prendre 1,500 flibustiers à Saint-Domingue et d'opérer avec eux une descente soit à la Vera-Cruz, soit à Carthagène. Les prétentions que les flibustiers élevèrent sur leurs parts de prise portèrent Ducasse à abandonner son projet sur le Mexique.

Ayant mis trois de ses bâtiments à la disposition du comte de Blénac, le gouverneur de la Martinique partit avec deux autres vaisseaux et un navire flibustier. Notre marin, toujours disposé à servir utilement son pays, accompagna de Blénac.

En moins d'un mois, le comte de Blénac et Ducasse, aidés par la partie française de l'Ile Saint-Christophe, forcèrent la colonie anglaise à capituler.

Saint-Christophe pris, Ducasse, incapable de rester inactif, jugeant sa présence inutile, songea à retourner en France. 11 y arriva sans avoir été attaqué. Son premier soin fut de se rendre auprès du ministre pour lui faire le récit exact des expéditions de Surinam, de Berbice et de Saint-Christophe.

Il ne resta que fort peu de temps à Paris. A la fîn de décembre 1690^

îl reçut la mission de porter des dépêches importantes aux gouverneurs des îles d'Amérique et d'escorter un grand nombre de vaisseaux marchands, équipés à Nantes et à Bordeaux.

Malheureusement, mille entraves étaient apportées à l'exécution de la mission de Ducasse par la lenteur des négociants dont il devait escorter les navires en Amérique; aussi fut-il autorisé, par arrêt du S mars 1691, à rompre tous les engagements et marchés qui, en retardant son départ, lui sembleraient de nature à compromettre les intérêts de l'Etat.

A ce moment arriva en France une nouvelle qui justifiait les, craintes qui faisaient hâter ces préparatifs de départ. On connut la prise par les Espagnols du cap Français, la ville la plus importante de Saint-Domingue, la défaite et la mort du comte de Cuny, gouverneur de l'île, tué sur le champ de bataille.

Depuis dix ans, Ducasse travaillait à l'accroissement et à la prospérité de Saint-Domingue. Sans la connaissance parfaite qu'il avait de cette colonie, il craignit que la cour ne se rendit pas un compte exact de la gravité de la situation et il écrivit au ministre : (( C'est l'affaire la plus importante que puisse avoir Sa Majesté hors de son royaume par rapport aux avantages du commerce de l'Amérique, de la situation de cette île et* des entreprises qu'on pourrait former dans la suite contre l'Espagne. »

A sa lettre, Ducasse joignait un mémoire où il dit que la perte du Cap entraînerait inévitablement celle de l'île Saint-Domingue, ainsi que celle de la Tortue et par suite de toutes les colonies françaises des Antilles, si l'on n'y apporte remède. 11 indiqua au ministre le moyen de reprendre le Cap.

Le 25 mars 1691, Ducasse reçut de nouvelles instructions, et peu de jours après il mit à la voile. Il arriva sans encombre au Fort Royal de la Martinique, le 8 mai 1691.

Apprenant que la Guadeloupe était armée par l'escadre anglaise de l'amiral Codrington et que Tîle de Marie Galande avait déjà succombé, Ducasse n'hésita pas, malgré l'infériorité de ses forces, à se porter au secours delà Guadeloupe. 11 cingla vers celte île et le 22 mai parut en vue des Anglais. Il manœuvra si habilement, profitantdu vent, attaquant séparément chaque vaisseau ennemi, qu'en moins d'une semaine il força l'amiral Codrington à battre en retraite.

Peu de jours après, Ducasse parvint à joindre deux bâtiments ennemis restés en croisière à la Barbade ; il les força à se retirer comme le reste de l'escadre anglaise. Ainsi se trouva délivrée l'île de la Guadeloupe. Cette affaire fait le plus grand honneur au commandant des navires français.

Ducasse était, en 1691, simple capitaine de frégate.

Ayant réussi devant la Guadeloupe, il revint à la Martinique pour

conférer avec le gouverneur sur la situation de la colonie. Mais tandis que la flottille de Ducasse était mouillée au Fort Royal, une épidémie se déclara à la Martinique et commença ses ravages sur les vaisseaux français.

Ducasse se décida alors à quitter ces parages avec ses navires et, le 12 août 1691, il aborda au port de Paix, à Saint-Domingue.

11 sut alors qu*une flotte anglaise menaçait Leogane et le Cul-de-Sac, parties les plus fertiles et les plus riches de Tlle ; il s*y rendit immédiatement avec son escadre pour protéger les colons français.

Ducasse trouva à Léogane des lettres de service le nommant gouverneur de Saint-Domingue.

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