EXPÉDITION DE CARTHAGÈNE
Evacuation de 1^'le Sainte-Croix. « Projets de Ducasse. — ^expédition de M. de Pointis. — Brouille entre Ducasse et de Pointis. — Caractère hautain de ce dernier. — Sa lutte avec les flibustiers. — L'expédition est destinée contre Carthagène des Indes. — Composition de la flotte de Pointis et du corps expéditionnaire. — Prise du château de Boca-Chica. — Bombardement de Carthagèae. — La tranchée est ouverte. — Couronnement de la brèche. — Prise de la ville. — Capitulation. — Immense butin fait par les Français. ~- Pointis joue les flibustiers. — Ceux-ci ravagent la ville. — Fin de l'expédition. — Surprise du Petit-Goave par les Anglais. — Brillante conduite de Ducasse. — Ducasse est appelé à la cour.
La colonie française eut fort à faire pour réparer les perles éprouvées. A ce moment, le roi, voulant augmenter la richesse et la puissance de Saint-Domingue, fit transporter dans cette ile tout ce qui se trouvait dans celle de Sainte-Croi.x, Tune des petites Antilles au Sud-Est de Porto- Rico Cette île avait été successivement, et en Tespace de moins d'un siècle, entre les mains des Hollandais, des Anglais, des Espagnols, et seuls les Français avaient pu s'y maintenir quelque temps au prix de grands efforts ; mais il était évident qu'elle ne pourrait jamais se défendre seule contre les attaques extérieures.
Ducasse prit les dispositions nécessaires pour recevoir et caser le mieux possible les nouveaux colons. Ils furent tous installés dans la plaine du Cap Français que cet accroissement de population rendit en peu de temps très florissante.
Telle était l'énergie que Ducasse avait déployée que, moins de deux mois après le départ des Hispano-Anglais, il ne craignait pas de solliciter de nouveau la conquête de la partie espagnole de l'île de Saint-Domingue, ne demandant au roi pour cette expédition que peu de renforts. Mais la France avait alors à combattre une coalition européenne, et il ne fallait songer à distraire ni soldats ni argent. On se contentait d'aider de simples particuliers à s'enrichir aux dépens de l'ennemi.
Le 26 septembre 1696, Ducasse reçut, par la frégate le Marin^ une lettre du ministre Pontchartrain, qui lui mandait que le roi avait agréé le projet d'un armement considérable que faisait le baron de Pointis pour une entreprise dans le golfe du Mexique. Lorsqu'il reçut l'ordre de seconder Pointis dans son expédition contre Carthagène, il manifesta hautement au ministre, dans sa lettre du 4 février 1696, sa désapprobation
de ce projet et il fit ressortir Tavantage qu'il y aurait eu à attaquer la partie espagnole de Saint-Domingue, dessein qui renfermait la mortification de la monarchie espagnole et qui eût donné à la France la clé de toutes les Indes.
Par une seconde lettre de janvier 1697, Pontchartrain lui prescrivit de réunir tous les flibustiers et de les retenir dans la colonie jusqu'au 15 février. C'était beaucoup exiger des aventuriers que de vouloir les maintenir dans l'inaction pendant deux mois avec interdiction de course. « Tout autre que Ducasse n'en serait point venu à bout », dit le P. Charlevoix. Pointis n'arriva pas au jour fixé. Le mois de février se passa sans qu'on eût de ses nouvelles à St-Domingue. Les flibustiers murmuraient, menaçant de se débander; le gouverneur dut a\oir recours à toute son influence sur eux, à toute son adresse, pour les maintenir. Enfin, le 1*' mars Pointis parut.
(( Sauf la prise de Barcelone, l'année 1697, qu'un événement considérable devait illustrer en Amérique, n'offrit dajis les mers d'Europe aucun combat qui mérite d'être rapporté. » Nous empruntons à YlJistoire Maritime de la France le récit de cette expédition de Carthagène, célèbre dans les fastes de la marine française, et qui intéresse notre ouvrage par le grand rùle que Ducasse y a joué :
« L'armement, dont la conduite était confiée à de Pointis, avait cela de particulier que c'était une Compagnie d'armateurs qui en faisait les frais, à la condition d'avoir les profits de Texpédition comme elle en courait les risques. Cette escadre avait mis à la voile de Brest, le 9 janvier 1697, dans le but de s'emparer de quelque place importante de l'Amérique espagnole. Carthagène des Indes, ville fameuse par sa situation et ses richesses, préoccupait surtout le chef de l'expédition. Jean-Bernard Desjeans, baron de Pointis, arriva le i^^ mars à Saint- Domingue. C'était un homme de valeur, d'expérience, et qui ne manquait pas d'habileté nécessaire pour se distinguer dans la guerre. Il avait de la fermeté, du commandement, des vues, du sang-froid et des ressources. Il était capable de former un grand dessein et de ne rien épargner pour le faire réussir. Mais, si l'on peut juger de lui parce qu'il en fit voir dans toute la suite de l'action la plus marquée de sa vie, il avait l'esprit un peu vain, et l'idée qu'il s'était formée de son mérite l'empêchait quelquefois de reconnaître celui des autres.. Il n'avait jamais passé jusque-là pour être intéressé ; et pourtant, il est vrai que, dans l'expédition de Carthagène, l'intérêt parut sa passion dominante et qu'il lui fit commettre des actes qui ternirent l'éclat de sa victoire. Ce qui servit encore à fair ressortir le mauvais côté du caractère de Pointis, ce fut la conduite si opposée à la sienne du gouverneur Ducasse, que tout d'abord il voulut humilier et dont il se montra indignement jaloux. Dès leur première
eùtrevue, ces deux personnages commencèrent à se brouiller. Ducasse avait ordre de donner des secours à Texpédition, mais d*avoir soin de concilier ses services avec la conservation de sa colonie.
Pointis n'avait point été prévenu de cette clause ; et il sentit qu'elle le mettait à la merci d'un homme à qui déjà il n'avait pas donné trop de sujet d'être content de lui. Mais Ducasse, comprenant que l'expédition projetée serait en danger d échouer sans l'aide de Saint-Domingue, n'était point homme à abuser de la liberté que la cour lui laissait. Il rassura sur-le-champ Pointis en lui protestant que, sans rien stipuler pour sa personne, il se livrerait à lui, persuadé qu'il aurait égard à son caractère. Pointis répondit d'un ton hautain à Ducasse que le plus beau caractère qu'il lui connût était sa commission de capitaine de vaisseau et qu'il fallait accepter la condition de servir comme tel, suivant son rang d'ancienneté, ou ne point s'embarquer. Ducasse hésita un moment devant une façon d'agir si impérieuse. Mais, sur ces entrefaites, le bruit se répandit que les gens de la cùte de Saint-Domingue refusaient hautement de suivre Pointis qui, sur-le-champ, la canne à la main et levée, entra en lutte avec eux. Ducasse, pour ne point donner d'ombrage au chef d'escadre, s'elïaça complètement. Le fier de Pointis, voyant qu'il ne réussissait à rien et que les choses s'aigrissaient de plus en plus, s'humilia un moment, quitte à se redresser bientôt, et supplia Ducasse d'user de son influence pour apaiser la révolte. Le gouverneur parut devant les flibustiers exaspérés, qui écumaient et hurlaient de rage autour du baron de Pointis ; il leur dit deux mots et soudain ils baissèrent la tète comme on voit un chien qui, prêt à dévorer un passant, se couche et baisse les oreilles sous le bâton que lui montre son maître. Il ne fut question après cela que de s'embarquer. Ducasse, avec ses flibustriers, suivit Pointis comme volontaire. C'était décidément sur Carthagène que l'expédition se dirigeait.
« A son arrivée sur les côtes de la Nouvelle-Grenade, l'escadre française se composait de sept vaisseaux de guerre, depuis 60 jusqu'à 84 canons ; de trois frégates, depuis 28 jusqu'à 34 canons ; d'une galiote à bombes, d'un brigantin de 4 canons, de deux flûtes et de quatre traversiers, petits bâtiments servant d'ordinaire à la pèche et que l'on avait armés chacun d'un canon et d'un mortier. Cette escadre portait deux mille cent matelots, dix-sept cent cinquante soldats, cinquante-cinq gardes de la marine et cent dix officiers. Indépendamment décela, l'armement de Ducasse et des flibustiers se composait de sept petites frégates, depuis 8 jusqu'à 24 canons, et la côte de Saint-Domingue avait fourni seize cents hommes, parmi lesquels il y avait deux compagnies de nègres. L'armée navale s'avança du côté de l'entrée du port de Carthagène, dont le nom espagnol Boca-Chica (bouche petite), disait assez le peu de largeur; elle était
défendue pai" un château. Deux lieues plus loin et du même côte, on trouvait le fort Santa-Cruz, dans une position presque inaccessible ; et enfin, à une lieue encore de là, sur une île sablonneuse, au bord d'une baie formée par la merdes Antilles, s'élevait la ville même de Carthagène ou Cartagena de las Indias, divisée en deux parties, haute et basse, auxquelles commandait également le fort San Lazaro. Le 15 avril 1697, à midi, le signal fut donné de commencer la descente à Boca-Chica. Ducasse, avec les flibustiers et des nègres, marcha le premier à la reconnaissance, d'abord pour voir s'il n'y avait pas d'embuscades dressées par l'ennemi, et ensuite pour couper les communications entre le fort de Boca-Chica et la ville. Pointis le suivait à la tète d'un corps de grenadiers. A mesure que les bataillons se formaient, on les faisait défiler pour gagner un bois par lequel on pouvait approcher du fort sans être aperçu, et où l'on se fraya un passage avec des serpes. Enfin, on trouva un sentier qui conduisait du fort à la ville. Pointis y fit avancer cent grenadiers et les alla poster à une portée de fusil du fort, dont l'épaisseur du bois les tenait à couvert; il fit ensuite plusieurs détachements à droite et à gauche, pour empêcher les surprises et les sorties. Pendant qu'on s'établissait ainsi à terre, le Saint-Louis, capitaine de Lévi, se tirant un peu au large, commença sur les trois heures à canonner le châleau de Boca-Chica ; le Sceptre, vaisseau-amiral, commandé, pendant que Pointis était à terre, par l'ancien capitaine de brûlot Gillotin, et le Fort, capitaine de Coëtlogon le jeune, suivirent cette manœuvre; la galiote et deux traversiers jetèrent quelques bombes. Cela dura jusqu'à minuit sans que les ennemis répondissent autrement que par un feu très faible. Les troupes de descente se logèrent dans un village qu'elles avaient trouvé abandonné et d'où Pointis et Ducasse purent examiner à loisir la place.
« Le 16 avril, à la pointe du jour, il parut une grande pirogue espagnole qui nageait pour gagner le château de Boca-Chica et y jeter des secours. Les flibustiers s'en emparèrent et apprirent d'elle qu'il n'y avait pas plus de deux cents hommes de garnison dans ce château. Pointis somma le commandant de se rendre, le menaçant, en cas de refus, de passer la garnison au fil de l'épée. Celui-ci repoussa la sommation en brave homme et, au même instant, les bombes, le canon, les troupes, les flibustiers, tout joua son feu ; les assiégés répondirent de même. Ducasse fut atteint d'une mitraille à la cuisse ; plusieurs officiers français furent encore blessés, et entr'autres le premier ingénieur Canette. Le lieutenant de vaisseau Marin fut tué. Deux demi-galères espagnoles, qui se flattaient de secourir le château, furent obligées de retourner à Carthagène après avoir rudement souffert. Cependant les grenadiers avaient gagné le pont-levis; chacun se disposait à monter à l'assaut, les échelles étaient
déjà plantées, quand un pavillon blanc, arboré sur le château de Boca- Chica, fit connaître que la garnison capitulait. Pointis reçut les clés de Boca-Chica des mains du commandant Ximenes, qui dit^ en les lui présentant, que c'étaient les clés de toutes les Indes espagnoles qu'il se voyait contraint de remettre.
« Le gouverneur de la ville même de Carthagène, ayant ensuite refusé la capitulation qui lui était personnellement offerte, les vaisseaux et les bâtiments qui portaient des mortiers commencèrent, le 17 au matin, à se touer pour entrer dans le port ; cette opération dura tout le jour et Ton remit au 18 la marche qu'il fallait faire pour attaquer le fort de Santa Cruz. Le Vermandois, capitaine Dubuisson, mouilla le premier à la vue de Carthagène ; mais dès que les Espagnols le virent, ils brûlèrent ou coulèrent à fond leurs bâtiments. Pointis, assuré d'être soutenu par ceux de ses vaisseaux qui étaient entrés dans le port, se mit en marche et trouva le fort de Santa Cruz abandonné.
« Le 20 avril au matin, le capitaine Dubuisson eut ordre de pénétrer dans la petite rade de Carthagène avec quatre vaisseaux pour canonner la haute et basse ville, et soutenir la galiote et les deux traversiers qui devaient bombarder; mais cet officier trouva les vents si contraires et le passage si étroit, qu'il ne put entrer qu'avec son seul vaisseau, le Vermandois. Le lendemain seulement, il fut possible au Saint-Louis de le suivre, et ce fut alors que la galiote et le traversier commencèrent leur bombardement. Mais, avant de se flatter de réduire les deux villes, il fallait être maître du fort qui les commandait. C'est à quoi Pointis réussit avec le concours des flibustiers, des grenadiers et du capitaine de Lévi. La garnison du fort San Lazaro était parvenue toutefois à se retirer dans la basse ville. Dès qu'elle s'y fut renfermée, le canon de la place fit un feu terrible sur les Français et sur le fort dans lequel ils venaient de se porter ; soixante hommes furent mis hors de combat. Pointis eut tout le haut de la poitrine labouré jusqu'à Tépaule. Réduit à garder le lit pendant plusieurs jours, il remit son commandement au capitaine de vaisseau de Lévi. Jusqu'au 30 avril, les Français travaillèrent à dresser des batteries, sans que le feu cessât de part ni d'autre. Pendant ce temps, les flibustiers et les nègres interceptèrent tous les secours qu'aurait pu recevoir la garnison.
(( La tranchée étant ouverte, le brave Ducasse, tout blessé qu'il était, y monta la garde avec le capitaine de Marolles et quatre cents soldats environ. Après une courte suspension d'armes, pour conférer avec le gouverneur de la place qui avait envoyé un parlementaire, mais avec qui on ne put s'entendre, Ducasse ayant observé la brèche de fort près, insista pour qu'on donnât l'assaut sans perdre un moment. Pointis, ayant repris son commandement, penchait pour le lendemain, mais enfin 11
céda aux excellentes raisons de Ducasse, et se fit porter courageusement dans la principale batterie française. Dès qu'il y fut, il envoya ses ordres et Tassant commença.
« Ducasse, avec trente volontaires d'élite qui ne le quittaient point, y monta le premier ; le capitaine de vaisseau Marolles, les officiers des troupes de la marine, Montrosier et du RoUon, à la tête des grenadiers, sortirent presque en môme temps que lui de la tranchée. Lévi, Coëtlogon le jeune, avec un gros d'officiers, ne tardèrent pas non plus ; puis vinrent les flibustiers, commandés par Macari, qui, ne s'accommodant pas dans leur vaillante ardeur ni de la place qu'on leur avait assignée ni des tours et des détours de ceux dont ils étaient précédés, coupèrent tout droit et forcèrent un passage avant que les grenadiers fussent arrivés. Ducasse, les voyant faire, avait couru de leur côté, s'était mis à leur tète, le sabre au poing et, le premier, il planta sur le rempart le pavillon de la France. Les autres troupes, un moment devancées, disputèrent bientôt aux flibustiers l'honneur de cet assaut. Les soldats espagnols se défendirent avec désespoir ; précipités du haut de la plate-forme, ils tenaient encore bon sur les rampes et se retranchaient sous la voûte. Le commandant de la basse ville qui, blessé grièvement, s'était fait porter au milieu d'eux dans un fauteuil, comme naguère le vieux comte de Fuentes, à Rocroi, les excitait de sa présence et de ses discours. On le fit enfin prisonnier, et tous les siens furent forcés et passés au fil de l'épée. Plusieurs combats de détail eurent encore lieu dans les rues, sur le pont, dans les églises de la basse ville, qui ne tomba au pouvoir des Français qu'après avoir vu tous ses défenseurs noyés dans leur sang.
« Une victoire si disputée ne s'était pas obtenue sans beaucoup de perles. Outre les soldats et les hommes des équipages, Coëtlogon le jeune, Marolles, du Rollon, un neveu de Pointis, furent atteints de manière à ne jamais se relever. Ducasse, qui n'avait pas cessé de combattre à la tète des flibustiers, reçut trois nouvelles blessures.
(( Le lendemain, la haute ville battit la chamade et, après plusieurs pourparlers, Pointis signa, le 3 du même mois, une capitulation avec le gouverneur de Carthagène. Ce brave gouverneur sortit de la place par la brèche, tambour battant et enseignes déployées. Mais tous les trésors du roi d'Espagne et des négociants, les eflets mêmes dont ces derniers étaient chargés pour leurs correspondants, furent livrés avec la place aux vainqueurs. De Pointis reprit possession de Carthagène, alors la seconde ville de l'Amérique ; un butin immense fut fait, qui ne s'éleva pas à moins de quarante millions d'écus.
(( Pointis ne tint point parole aux flibustiers ; il embarqua presque toutes ces richesses sur son escadre, non sans s'être réservé, du moins ce fut le cri public, une large part secrète pour lui-même. N'ayant pu
s'entendre avec Ducasse, pour la conservation de Cartliagftne, il ruina le fort San Lazaro et Boca-Chica et fit voile pour la France. Deux escadres anglaises, plus fortes que la sienne, essayèrent successivement de lui enlever ses trésors pendant le trajet ; mais il sut leur échapper et arriver à Brest le 22 août 1697. Peu après son départ d'Amérique, les flibustiers, mécontents d'avoir été joués par lui, étaient rentrés dans Carthagène et s'y étaient payés par leurs mains de leurs peines, en mettant tout au pillage. »
Après avoir ravagé pendant quatre jours entiers les maisons, les couvents, les églises, les flibustiers prirent le large, se donnant rendezvous à rîle à Vache. Mais à trente lieues en mer, ils furent atteints par une flotte ennemie. Le Clij^sî, capitaine Catny, fut pris par les Hollandais; le Cer/*-Fo/anf, capitaine Pierre, eut le môme sort. Un de leurs bâtiments échoua et fut brûlé sur la côte de Saint-Domingue. Les cinq autres abordèrent sur divers points.
Ducasse ayant demandé son congé à la suite de ses démêlés avec de Pointis, la réponse du roi fut l'envoi d'une lettre de félicitations et d'éloges au gouverneur de Saint-Domingue sur sa brillante et irréprochable conduite, et l'expédition du brevet de Saint-Louis.
Le 8 juillet de cette môme année 1697, si fertile en événements de toute nature pour la colonie française, les Anglais pénétrèrent par surprise dans le Petit-Goave, où Ducasse se trouvait en ce moment. Un poste ayant tiré, le bruit des coups de fusil réveilla Ducasse qui vit les rues pleines de soldats cherchant à enfoncer les portes des maisons.
11 parvint à s'échapper et gagna une éminence située à un quart de lieue de là et où était un fort désigné à Tavance comme point de rendezvous général en cas de surprise.
Au bout de quelques heures, ayant réuni environ deux cents hommes, il marcha à l'ennemi. Il pénétra dans la ville en éprouvant de la part des Anglais la résistance la plus vive, car leur nombre était quatre ou cinq fois supérieur à celui des gens qu'il avait avec lui. L'épouvante se mit parmi sa troupe et causa une panique telle, qu'il se trouva un moment seul, avec sept ou huit des siens, sur la place principale et entouré d'ennemis. Gomme il s'apprôtait à vendre chèrement sa vie, il vit tout à coup les Anglais fuir vers la mer. Aussitôt il rallia tout son monde et se mit à leur poursuite.
Voici ce qui s'était passé. Les Anglais croyaient le Petit-Goave gardé par une quarantaine d'hommes seulement, et ils s'imaginèrent avoir sur les bras toutes les forces de la colonie. Cette aflaire leur coûta cinquante morts, dix blessés et quinze prisonniers.
Au mois de décembre, les Anglais firent encore contre le port de Paix une tentative qui échoua grâce à la vigilance du commandant français.
Peu de temps après, on apprit à Saint-Domingue la signature de la paix de Ryswick. Cette nouvelle arrivait fort à propos, six cents Espagnols venaient de faire irruption sur le territoire français. Ducasse écrivit au gouverneur de San Yago, et les envahisseurs furent rappelés. Ducasse fit immédiatement mettre en liberté les prisonniers détenus dans la colonie.
Louis XIV, voulant arriver à la délimitation des frontières de l'Ile appartenant aux deux royaumes, envoya Tordre à Ducasse de se rendre en France pour traiter de cette afiaire directement avec la cour d'Espagne. Le vaillant marin s'embarqua vers le milieu de 1700.