‹ Les corsaires sous l'ancien régimeChapitre 28 sur 103 · DUCASSE ET L'AMIRAL BENBOW · texte numérisé non relu

DUCASSE ET L'AMIRAL BENBOW

Le testament du roi Charles II. — Avènement de Philippe V en Espagne. — Etroite alliance entre la France et PEspagne. — Ducasse plénipotentiaire. — Reprise des hostilités. — Ducasse est chargé d'escorter un convoi espagnol. — Le brevet de capitaine général. — L'amiral Benbow. — Combat de Ducasse contre une escadre anglaise. — Ducasse à Carthagéne. — Mariage de la fille de Ducasse.

Lorsque Ducasse arriva en France, Louis XIV venait d'accepter le testament de Cliarles IL par lequel il appelait au trùne des Espagnes, de Sicile, des Indes, etc., le duc d'Anjou, second fils du dauphin de France, que Ton salua roi à Paris et à Madrid, le 16 novembre 1700, sous le nom de Philippe V.

Le testament de Charles II et Tavènement de Philippe V avaient changé toute la politique de la France, non par rapport à la maison d'Autriche que Ton voulait toujours réduire, mais relativement à l'Espagne qu'il devenait aussi important de relever qu'il l'avait été naguère de l'abaisser.

Maintenant c'était à la France de suppléer au défaut de vaisseaux de sa nouvelle alliée, de protéger, de garder ses eûtes sur toutes les mers. Il fallait partout assurer la navigation de ces grands et riches convois de galions espagnols que les Français attaquaient, il y avait quatre ans à peine, et les mômes hommes qui les enlevaient ù l'abordage furent chargés de les conduire et de les défendre au péril de leur vie.

Au commencement de l'année 1701, Ducasse partit pour l'Espagne avec mission de régler divers points en litige. Tandis qu'il s'occupait de traiter avec la cour d'Aranjuez, il reçut de France, le 20 juillet 1701, sa nomination de chef d'escadre.

Les négociations conduites par Ducasse aboutirent au Irrité de asiento, signé le 27 août 1701, à Madrid, par Ducasse et ciuq plénipotentiaires de la cour d'Espagne.

Au mois de septembre 1701, la guerre éclata contre la maison de Bourbon, de tous les côtés à la fois. Le nouveau chef d'escadre fut chargé de transporter des troupes espagnoles à Carthagéne et de mener au Mexique le vice-roi de ce pays, le ducd'AIbuquerque.

Le 12 avril 1702, il mit à la voile, ayant sous ses ordres une escadre

composée de VHeureux, qui portait son pavillon, le Phénix, commandant de Poudens, V Agréable, V Apollon, la Thétis et le Bow.

L'escadre se dirigea vers TEspagne, où elle devait prendre le duc d'Albuquerque et les troupes espagnoles. Elle fut poursuivie par une armée navale anglaise d'une quinzaine de vaisseaux. Ayant pu lui échapper, elle atteignit la Corogne le 8 juin 1702.

Ducasse y trouva le brevet de capitaine général. Cette dignité équivalait dans notre armée à celle de maréchal de France, et donnait à celui qui en était investi le titre d'Excellence.

Le 14 juin 1702, Ducasse, parvenant à tromper la surveillance de l'armée navale anglaise, quitta la Corogne, après avoir augmenté son escadre de huit bâtiments de transport.

Le 8 août il arriva à Porto-Rico, et le 20 l'escadre quitta ce port, se dirigeant vers l'île de Saint-Domingue, où le capitaine de Brenneville, avec le Bow et la Thétis, devait se séparer du commandant en chef pour se rendre au Cap Français et, de là, conduire le duc d'Albuquerque à la Vera-Cruz.

Ducasse avait adopté ce parti en apprenant qu'une flotte anglaise avait attaqué Léogane et croisait dans le golfe du Mexique. Le 29 août, vers deux heures de Taprès-midi, les vigies signalèrent la présence d'une escadre. C'était celle de l'amiral anglais Benbow qui, depuis plusieurs jours, était à la recherche de l'escadre française, dont il espérait avoir facilement raison grâce aux forces dont il disposait.

Les Anglais, ayant découvert la flotte française, lui donnèrent aussitôt la chasse. C'était contre une division navale de sept vaisseaux, portant près de quatre cents canons, que Ducasse allait avoir à lutter. Il n'en fut pas effrayé et donna l'ordre au convoi de s'éloigner du champ de bataille en faisant force de voiles, tandis qu'il faisait face à l'ennemi.

L'amiral Benbow arriva à portée de canon et se mit en bataille. Ducasse se plaça en ligne, et le combat commencé dura jusqu'à la nuit. Cependant, Ducasse continua sa route, le lendemain môme, cherchant surtout à dérober son convoi à l'ennemi. Les Anglais le suivirent et l'attaquèrent encore le l«r septembre : quatre vaisseaux ennemis étaient en ligne. Le lluhy ouvrit le feu, mais l'accueil qu'il reçut l'obligea à se laisser culer ; le Méda se vit dans la même nécessité. Le lendemain, le combat recommença deux fois et toujours au désavantage des Anglais ; mais, comme ils retardaient la marche de l'escadre, Ducasse se détermina à les attaquer à son tour : il s'attacha au vaisseau amiral, le Bréda, le démâta, le mit en fuite et le poursuivit très vivement. Benbow, blessé à la tête et au bras, ayant encore une jambe cassée par un boulet ramé, s'était fait porter sur le tillac et continuait à commander. 11 voulait soutenir la lutte, mais il dut céder à la force et se retirer avec son vaisseau criblé de toutes parts.

Ducasse arriva heureusement à Carthagène sans avoir essuyé la moindre perte ni revu Tennemi. (( Sa présence y causa autant de joie, dit Charlevoix, qu'elle y avait inspiré de terreur quelques années aupa ravant. »

A la fin de Tannée 1702, Ducasse quitta les colonies espagnoles. Il fit une courte apparition à Saint-Domingue, dont il était depuis deux ans gouverneur général ; après s'être fait rendre compte de la situation de la colonie, il appareilla pour la France. Le 18 mars 1703, n'ayant avec lui que quatre vaisseaux qui avaient combattu à Sainte-Marthe, il fut rencontré par l'amiral anglais Greydon, se rendant aux lies avec plusieurs vaisseaux de ligne. Il crut qu'il allait être obligé de livrer bataille pour s'ouvrir un passage. Il n'en fut rien, l'amiral anglais n'osa pas l'attaquer. A son retour en Angleterre, Greydon fut, pour ce fait, cassé de son grade.

Peu de temps après son retour en France, Pontchartrain fit le mariage d'un de ses beaux-frères, capitaine de vaisseau, Louis de la Rochefoucauld, chevalier de Roucy, marquis de Boye, avec Marthe, fille unique de Ducasse.

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