‹ Les corsaires sous l'ancien régimeChapitre 29 sur 103 · DUCASSE A VELEZ-MALAGA · texte numérisé non relu

DUCASSE A VELEZ-MALAGA

risc de Gibraltar. — La bataille de Velez-Malaga. — La flotte française. — Composition de la ftotte anglaise. — Rencontre des deux armées. — Commencement de l'action. — Combat des deux amiraux. -^ Ducasseet Showel. — L'amiral anglais est forcé à la retraite. — Pointis à Gibr.iltar. — Il laisse surprendre ses frégates. — Mariage du neveu de Ducasse. — Les vaisseaux de Pointis sont brûlés. — Prise de Barcelone par les impériaux. — Philippe V assiège la ville. — Levée du siège. — Reprise de Barcelone. — Maladie de Ducasse.

Mais ni Tamiral ni son gendre ne devaient goûter bien longtemps le doux repos de la famille. Au mois d'avril 1704, Ducasse reçut Tordre de se rendre à Brest.

Dès le commencement de cette année, le roi avait fait organiser une armée navale considérable, pour combattre les formidables préparatifs que l'Angleterre et la Hollande faisaient pour appuyer sur les côtes d'Espagne l'armée de terre de l'archiduc Charles, compétiteur de Philippe V.

Le !«' août, l'Espagne s'était vu enlever la forteresse de Gibraltar qui, malgré son importance, n'avait que cent hommes pour toute garnison. Ce fut au nom de l'archiduc d'Autriche, proclamé roi d'Espagne par les alliés, que la conquête de Gibraltar fut faite par un prince de Darmstadt, assisté d'une flotte anglaise et hollandaise. Mais l'Angleterre trouva bientôt moyen de se fortifier et de s'implanter toute seule sur ce rocher célèbre, au détriment de ses alliés aussi bien que de l'Espagne, et de manière à ne s'en laisser déloger jamais. Gibraltar, entre les mains des Anglais, devint inexpugnable.

La flotte de France et celle des alliés se rencontrèrent, le 24 août au matin, à la hauteur de Velez-Malaga, dans la Méditerranée. Voici, d'après VHistoire maritime de la France, le récit de quelques épisodes de cette grande bataille navale.

La première escadre ne comptait que quarante-neuf vaisseaux, sept petites frégates, sept brûlots et vingt-quatre galères, tant de France que d'Espagne, mais qui n'eurent guère d'utilité qu'après l'action terminée. On voyait figurer sur cette flotte la fleur et la gloire de la marine nationale de cette époque.

Au corps de bataille, le comte de Toulouse avait Victor d'Estrès sur son vaisseau amiral, et se.^ vaisseaux matelots étaient commandés par^

bailli de Lorraine et par le lieutenant général de Aelingue; un autre lieutenant général non moins fameux, Coëtlogon, était son vice-amiral d*escadre ; Pointis servait au corps de bataille en qualité de contreamiral, ayant Château-Renaud pour premier matelot.

L'avant-garde était aux ordres du lieutenant général Villette Mursay, qui avait Tintrépide Ducasse pour matelot. Là, un d'Anfreville était vice-amiral de lescadre, et Belle-Isle Erard, contre-amiral.

A Tarrière-garde, le lieutenant général de Languon commandait, ayant Tourouvre pour premier matelot, de Sepville pour vice-amiral, et pour contre-amiral la Harteloise, qui avait Tinsigne honneur de se trouver entre deux officiers du grand nom de Duquesne.

Cinquante-cinq vaisseaux, nombre de frégates, depuis six jusqu'à quarante et môme cinquante 'canons, de brûlots, plusieurs galiotes à bombes et quelques autres bâtiments légers composaient la flotte alliée, que commandait Tamiral Rooke, assisté des officiers généraux Cloodesty, Shawell, George Byng, Thomas Dilke, etc.

Les flottes combinées d'Angleterre et de Hollande venaient vent arrière sur celle de France. Le comte de Toulouse et le vice-amiral Victor d'Estrès, loin de refuser le combat, cherchèrent d'abord à gagner l'avantage du vent et ensuite, de concert avec Villette Mursay, firent tous leurs efforts pour couper et mettre Tavant-garde ennemie entre deux feux. Shawell, qui la commandait, prévit ce dessein en môme temps que l'amiral Rooke, qui s'était réservé le corps de bataille des alliés, et tous deux manœuvrèrent de manière à s'y opposer.

11 était dix heures du matin. Le signal de la bataille fut donné de part et d'autre. Aussitôt les deux lignes furent cachées dans toute leur étendue par d'épais nuages de fumée au milieu desquels les éclairs et les boulets s'ouvraient seuls un flamboyant passage.

Les deux corps de bataille et en môme temps les deux vaisseaux amiraux de France et d'Angleterre, le Foudroyant et le Royal Catherine^ furent bientôt aux prises de la plus terrible manière. Il s'agissait, pour George Rooke, d'avoir l'honneur de vaincre, de forcer d'amener pavillon peut-être, le premier grand-amiral de France qui de longtemps se fût vu sur les vaisseaux. Mais l'amiral d'Angleterre ne put soutenir le feu de l'amiral de France et, par deux fois, le Royal Catherine fut obligé de mettre des vaisseaux entre lui et le Foudroyant,

Ce qui se passait à l'avant-garde n'était ni moins glorieux ni moins triste qu'au corps de bataille : on y était engagé depuis le commencement de l'action avec l'avant-garde des ennemis que commandait Shawell.

Mais ce n'était point le chef de la division française que l'amiral anglais avait choisi. Non point que le brave Villette Mursay ne fût digne de Shawell, mais enfin Shawell, une des gloires de la marine anglaise.

avait donné la préférence à Ducasse, laissant à son principal matelot le soin d'occuper Villette.

Le combat fut terrible. Plusieurs fois blessé, Ducasse, couvert de sang, noir de poudre, ne cessa pas un instant de donner des ordres et de payer de sa personne.

Shawell eut beau faire, ce fut à Ducasse que devait rester l'honneur de ce duel qui s'isola en quelque sorte au milieu de l'action générale. L'Intrépide força à la retraite le Rarfleur (1), vaisseau de Shawell.

Shawell, qui connaissait les exploits de Ducasse, devenu la terreur des divisions navales anglaises, avait jugé que le vainqueur de Sainte-Marthe devait être l'âme d'une escadre dans laquelle il se trouvait et qu'il était important de le mettre tout d'abord hors de combat.

La nuit sépara les combattants ; il y avait dix heures qu'ils étaiemt aux prises avec un acharnement inexprimable, et encore le feu ne finit-il pas partout à la fois : celui de l'avant-garde s'était éteint vers cinq heures, par la retraite de Shawell. Le corps de bataille ne cessa de tirer que deux heures après, mais ce ne fut qu'à la nuit tombante que Tarrière-garde s'arrêta enfin.

Les vaisseaux de la flotte anglo-hollandaise étaient partis de Gibraltar n'ayant de boulets que pour vingt-cinq décharges, et la plupart d'entr'eux n'avaient plus de projectiles. Si le lendemain la bataille eût recommencé, il n'y avait d'autre parti pour eux que de se rendre ou de se briller. (( Mais, dit H. Martin, une espèce de Mentor que le roi avait donné au comte de Toulouse, un marquis d'O, sorti de l'antichambre de Madame de Maintenon, s y opposa si péremptoirement, que Toulouse et d'Eslrès n'osèrent passer outre. La reprise de Gibraltar eût été probablement la conséquence de la victoire. »

Après la bataille de Velez-Malaga, Pointis avait été détaché, avec une escadre de dix vaisseaux et de neuf frégates, pour aller aider par mer au siège de Gibraltar, que dirigeait Petit Renau, revêtu de la dignité de lieutenant général des armées du roi d'Espagne. On se flattait toujours de réduire cette citadelle et Philippe V voulait à tout prix reprendre ce rocher, sans lequel il n'y avait point de grandes destinées pour l'Espagne. On calculait que, du 15 au 20 novembre 1704, Gibraltar capitulerait. Malheureusement, Pointis, après avoir débarqué un secours de trois mille hommes pour les assiégeants, s'était rendu à Cadix au commencement du mois, pour y faire des vivres, et n'avait laissé que cinq de ses frégates dans la baie de Gibraltar. Leake, en ayant eu avis, sortit du

(i) Le Barflear, nom que les Anglais donnaient à la bataille de la Hougue, et qui rappelait inso* lemment le désastre dont elle avait été suivie.

Tage avec toute son escadre, prit une des frégates françaises et força les autres à se brûler.

Dans le courant de septembre 1704, le ministre de la marine écrivit au grand amiral d'envoyer, sous le commandement de Ducasse, plusieurs bâtiments pour croiser dans les mers d'Amérique.

Ducasse était à peine remis des blessures qu'il avait reçues et Vlntrépille était complètement désemparé. Il lui était donc impossible d'appareiller ; il passa l'hiver à Toulon.

Pendant son séjour dans cette ville, il reçut la nouvelle du mariage, de son filleul et neveu, Jean Ducasse, avec une jeune personne originaire de Saubusse, Ëtiennette de Jordain. Ce mariage fut célébré le 4 août

Au commencement de 1705, Pontchartrain écrivit à l'amiral Ducasse que le roi l'avait désigné pour aller prendre le commandement de plusieurs vaisseaux français et espagnols, destinés à escorter une flotte marchande et de galions, qui devait se rendre en Amérique.

Ducasse se rendit par mer à Alicante et de là à Madrid où il devait régler diverses questions d'intérêt pendantes entre les deux cours. Des ordres avaient été donnés à plusieurs officiers de se rendre à Cadix, et il avait été décidé qu'une escadre et une flotte de navires de commerce appareilleraient de ce port où Ducasse devait, en quittant Madrid, venir s embarquer pour l'Amérique.

Pendant qu'on s'occupait du chargement des galions, un fâcheux événement vint modifier la situation.

Une armée navale de 35 vaisseaux de guerre, escortant une flotte qui portait des secours aux Anglais assiégés dans Gibraltar, entra dans la baie de ce nom. Un brouillard épais la déroba à la vue du baron de Pointis, qui s'y trouvait avec cinq vaisseaux.

Attaqué à l'improviste, il fit, malgré la disproportion de ses forces, la plus héroïque défense. Il combattit cinq heures. Deux de ses vaisseaux furent pris : ils étaient criblés ; deux autres échouèrent et Pointis, prêt à être enlevé, brûla celui qu'il montait, pour ne pas le rendre.

Or, ces malheureux bâtiments étaient ceux précisément qui devaient, avec deux autres, composer l'escadre que Ducasse avait mission de conduire en Amérique. Tout se trouvait donc remis en question.

C'est à dater de ce malheur que Louis XIV ne put jamais réussir à mettre des flottes à la mer ; il n'eut plus désormais que de petites escadres uniquement occupées à croiser pour ruiner le commerce des ennemis.

Le départ des galions et de la flotte fut enfin décidé, et le 4 septembre Ducasse reçut de Pontchartrain l'invitation de conférer avec l'ambassadeur de France au sujet de celte entreprise que Louis XIV jugeait assez

importante pour adjoindre aux navires espagnols plusieurs vaisseaux de guerre.

Ducasse se trouvait encore à Madrid lorsque la nouvelle arriva au roi d'Espagne, à la fin d'octobre 1703, que Tarchiduc Charles venait de prendre Barcelone. Philippe V fut alïecté de voir Gibraltar au Sud, Barcelone au Nord, entre les mains de ses plus redoutables ennemis, les Anglais et les Impériaux, et il se résolut à reprendre aussitôt Tune de ces deux places. Mais Philippe V voyait qu'il ne pourrait, avec ses seules forces, enlever Barcelone aux ennemis, et il implora la protection de son aïeul. Il lui envoya en mission un grand d'Espagne, le comte d'Aguilar, mais il réserva le principal rôle dans cette négociation à l'amiral Ducasse, dont il avait depuis longtemps apprécié les qualités.

Peu de temps après, l'amiral partit pour Versailles, où il arriva au commencement de 1706. Il vit le roi et le ministre, et leur expliqua combien il était important de reprendre Barcelone et essentiel d'agir rapidement, avant que les escadres ennemies, retenues loin du théâtre delà guerre par la mauvaise saison, aient pu rentrer dans la Méditerranée.

Un mois après, une armée navale française, sous le commandement du grand amiral, partit de Toulon, pour appuyer devant Barcelone les opérations de l'armée de terre, commandée par Philippe V en personne.

Au lieu d'attaquer sur-le-champ le corps de place, on commit la faute de perdre deux mois au siège d'un fort détaché. Ce retard avait permis à une formidable armée navale d'approcher. Le 8 mai, le comte de Toulouse dut abandonner le siège sans combat. Le 12 mai, le roi d'Espagne, avec l'armée qu'il commandait, leva également le siège et opéra sa retraite par le Roussillon. Il entra en Espagne par le pays de Foix, gagna Pampelune et Madrid.

Ce fut le 18 juin que la cour d'Espagne dut abandonner la capitale de ce pays. Les ennemis étaient en ce moment maîtres de la plus grande partie du royaume. Les quelques vaisseaux de guerre qui restaient à l'Espagne étaient dans la rade de Cadix, ainsi que tous les galions et la majeure partie des navires du commerce espagnol. Les faire sortir, c'était les remettre entre les mains de Tennemi. Les laisser à Cadix, c'était risquer de les voir tomber en sa possession s'il s'emparait de la ville. Ducasse fut jugé seul capable de sauver ce qui restait de la marine militaire et marchande espagnole.

Il se trouvait à Versailles, très souffrant de la blessure qu'il avait reçue à la bataille de Velez-Malaga. Il eut ordre de se rendre immédiatement en Espagne. Il vit le roi, qui lui prescrivit d'aller de suite à Cadix, le laissant libre d'agir comme il l'entendrait.

Ducasse fit diligence. Le 6 juillet il était à Bayonne, et le 10 il écrivit à

Pontchartrain : « J'étais déterminé de m'en aller par Burgos, mais M. Ory m'en a détourné pour m'engager de continuer la route pour Cadix, que je trouve impossible, aucun voiturier ne voulant l'entreprendre. »

Des secours étant arrivés au roi d'Espagne, il prit l'offensive ; secondé par l'illustre Berwick, en très peu de temps il reprit aux alliés tout ce dont ils s'étaient emparés, à l'exception de Barcelone. Ducasse l'avait rejoint, et il était auprès de ce prince à son entrée triomphale dans Madrid.

Ducasse trouva à Madrid des lettres de la cour de Versailles l'informant qu'il allait recevoir le commandement d'une escadre de vaisseaux français, qui devait appareiller de Brest pour conduire en Amérique la flotte de Cadix et ramener les galions chargés des impôts perçus dans le Nouveau Monde.

L'amiral aurait volontiers décliné l'honneur qui lui était fait. Sa santé était si mauvaise, qu'il écrivit au ministre pour le prier de lui permettre de passer l'hiver dans son pays, pour être en état de profiter de la première saison de Bagnères. En réponse à sa demande, il obtint un congé d'un mois. A la lin d'octobre 1706, il quitta Madrid pour venir chez son neveu, à Bayonne, où il arriva le 4 novembre (1).

(i) Dans son excellent ouvrage sur Tamiral, le baron Robert du Casse raconte une amusante anecdote relative au neveu du vaillant marin, et que nous croyons devoir reproduire ici :

< L'amiral du Casse laissait, pour héritier de son nom, son neveu et filleul, Jean du Casse, né i Saubusse en 1680, bon et beau garçon, spirituel, franc, loyal, d'une nature impétueuse, mais incapable de s'astreindre à aucune règle, imprévoyant de l'avenir, oublieux de la veille, peu soucieux du lendemain, avec cela plein de. sens et de justesse, lorsqu'on le forçait à la réflexion et au raisonnement. En 1701, il venait d atteindre sa vingtième annce et était à Bayonne auprès de sa sœur, Suzette du Casse, mariée à Jean de Vidon, lorsque leur oncle vint faire un court séjour dans cette ville.

« Le futur lieutenant général des armées navales mit toute son influence à la disposition de son neveu pour lui faciliter l'entrée de la carrière qu'il voudrait embrasser, proposant de lui obtenir un brevet d'officier dans la marine royale. Voyant que le jeune homme montrait peu d'empressement pour le noble métier des armes, son oncle ofl"rit de lui acheter, de ses propres deniers, une charge dans la magistrature. Même refus de la part du récalcitrant qui ne voyait pas la nécessité de changer de condition, se trouvant fort heureux de la vie qu'il menait. Là-dessus, colère de l'oncle, dissertations sans fin sur le devoir de se rendre utile à ses compatriotes, longues homélies sur les aventures galantes du neveu qui désolaient sa sœur et faisaient scandale dans la bonne ville de Bayonne.

« Jean entendait avec le plus beau flegme du monde toutes les sages exhortations de son parrain et persévérait dans sa folle existence.

« Il fit tant et si bien, qu'il s'aperçut, au commencement de l'année 1704, qu'il avait entièrement dissipé son faible patrimoine. Trouvant que la bourse de sa sœur et de son beau-frère, très bons et très indulgents pour ses peccadilles, devait être considérée par lui comme sienne propre, il s'avisa de vouloir y puiser. Une première fois ce fut facile ; une seconde, moins ; une troisième demande ne fut pas accueillie. Le beau-frère refusa, non pas qu'il manquât de générosité, mais dans l'espoir de faire changer Jean de conduite et de l'amener à suivre ses avis.

« Un oncle est un caissier donné par la nature », devait écrire plus tard un poète dramatique ; c'était assez l'opinion du jeune homme. Refusé de sa sœur, il s'adressa à son parrain. Celui-ci reçut la requête au moment où il allait prendre la mer avec le comte de Toulouse. Il répondit à Jean qu'il était tout disposé à faire ce que déjà il avait proposé ; que la campagne prête à s'ouvrir était une occasion unique ; qu'il l'engageait donc à le rejoindre, se chargeant de lui obtenir une commission pour servir près de lui, sur son vaisseau, ajoutant qu'à cette condition sa bourse lui serait ouverte et qu'il en pourrait user largement ; mais que, s'il refusait, il ne devait plus compter sur l'oncle et parrain.

€ Jean du Casse, malgré tout ce que put dire sa famille, refusa net les propositions de l'amiral et imagina, pour faire pièce à ses parents de Bayonne, le plus singulier plan de conduite. Il achète une barque, l'amarre à la rive gauche de l'Adour et fait publier par le crieur public, à travers les rues de la ville que « le sieur Jean du Casse se tiendra chaoue jour, du lever au coucher du soleil, à la disposition de ses concitoyens, pour faire traverser l'Adour, moyennant un sol par homme et sans rétributioo pour les dames et damoiselUs. p

Au mois de septembre 1707, la Nymphe, commandée par le chevalier de la Fayette, fut envoyée au Mexique annoncer Tarrivée prochaine de Tescadre de Ducasse, afin que le vice-roi fît mettre la flotte en état d'appareiller.

Pointis mourut dans le cours de cette même année. On lui contesta beaucoup, dit Y Histoire maritime de la France, la grande renommée que la prise de Carthagène lui avait faite, et on en reporta, comme c'était juste, une large part à Ducasse. On dit qu'il avait montré à la fois de la négligence, de l'inhabileté même et beaucoup de présomption, à côté d'une grande valeur, particulièrement sous Gibraltar.

« Cette annonce fit le bonheur des habitants de la ville. Tout Bayonne fut voir le beau-frère du riche Jean de Vidon, le neveu du célèbre chef d'escadre, chevalier de Saint-Louis, conduisant gravement sa barque et acceptant un sou de n'importe qui, pour la traversée du fleuve.

€ Le jeune homme écrivit à sa sœur qu'il s'était empressé de déférer aux sages avis de son mari en se rendant utile à ses compatriotes, aux conseils de leur oncle, en se faisant marin, puisqu'il naviguait sur l'Adour ; il signa sa lettre : Jean du Casse, batelier.

« Ce véritable tour d'écolier fit rire toute la ville, excepté les Vidon. Néanmoins, ils ne voulurent pas céder. Ils avaient seulement grande crainte que cette belle équipée ne vînt aux oreilles de leur oncle, qui aurait pu mal prendre la chose, étant devenu fier et assez orgueilleux depuis le mariage de sa fille avec un gentilhomme de la maison de la Rochefoucauld.

« Jean exerçait depuis quelque temps ses nouvelles fonctions de batelier, consciencieusement, à la grande joie de tous ses amis, les gandins de l'époque, dans la bonne ville de Bayonne, lorsqu'une jeune et jolie personne, originaire de Saubusse, Maoemoiseile Estiennette de Jordain, riche orpheline, qui vivait à Bayonne chez des parents éloignés, M. et Mme de Saint-Forcet, se présenta avec eux pour passer l'Adour et se rendre avec eux au bDurg Saint-Esprit.

€ Pendant la traversée, Estiennette de Jordain, gaie comme une pensionnaire de vingt ans échappée de son couvent, riait aux éclats de toutes les réflexions qu'elle faisait à voix basse à ses deux parents, et qui lui étaient inspirées par la vue du batelier qu'elle avait connu dans une condition bien différente. Elle s'agita tant et si bien qu'elle tomba dans le fleuve. Confier le gouvernail du frêle esquif à M. de Saint-Forcet et se jeter à l'eau fut pour Jean l'affaire d'un instant. Il saisit la jeune fille prête à périr et vint la déposer entre les bras des siens. Revenue à elle, ses premiers regards furent pour son sauveur. Le lendemain, celui-ci, ayant été savoir de ses nouvelles, fut reçu par toute la famille qui l'engagea à renouveler sa visite. Un jeune homme de vingt-quatre ans ne se fait jamais prier pour aller voir une belle personne. Il revint le lendemain, puis le surlendemain et les jours suivants ; le résultat de ses visites fut que la jeune fille déclara qu'elle n'aurait jamais d'autre mari que lui. Les parents s'y opposèrent, objectant le manque de fortune du futur ; mais son beau-frère Vidon, avant reçu les confidences du jeune homme, également amoureux, vint lever tous les obstacles en aédarant qu'il donnait à Jean un intérêt dans ses affaires d'armateur ; dès.lors, on ne songea plus qu'aux apprêts du mariage qui fut célébré au mois d'août 1704. i>

Le récit de l'aventure de son neveu divertit beaucoup l'amiral qui envoya un bateau minuscule rempli de magnifiques bijoux pour la femme du batelier,

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