‹ Les corsaires sous l'ancien régimeChapitre 37 sur 103 · LES VAISSEAUX CORSAIRES ET LEUR ARTILLERIE · texte numérisé non relu

LES VAISSEAUX CORSAIRES ET LEUR ARTILLERIE

Les frégates. — Elles augmentent de tonnage. — Les barques longues. — Leur armement. — Les Biscayennes. — Elles sont employées par les corsaires basques. — L'artillerie de marine. ^ Les pierriers. — Affûts de marine. — Les accessoires du canon. — Les palanquins. — Le dégorgeoir. — Les lanternes. — Les refouloirs, tire-bourres et griffons. ^- Les gargousses et les projectiles. — Les cornets.

Le règne de Louis XIV paraît avoir été une période de transition, autant pour la construction des vaisseaux que pour leur armement et pour la police de leurs équipages. Les fameuses ordonnances royales réglèrent tout d'une manière uniforme ; mais avant de passer à de nouvelles croisières et à de nouveaux combats, nous devons dire quelques mots de ces navires si divers, ainsi que de leurs modes de se présenter à Tennemi.

Les navires qui servaient principalement aux corsaires, dans nos pays, étaient tout d'abord les frégates, c'est-à-dire des vaisseaux de petit tonnage (1) qui, après avoir marché tout d'abord indifféremment soit à la voile, soit à la rame, grossirent peu à peu et finirent par recevoir une batterie de petites pièces de canon que l'on établit sur un pont recouvert à ses deux extrémités de deux domi-ponts ou gaillards. La mâture et la voilure des nouvelles frégates furent celles des vaisseaux. En 1642, les frégates dunkerquoises portaient 18 et 16 canons. Nous avons vu que la Légère, montée par Coursic, n'en avait que 2i. En 1692, il y avait des frégates légères de 100, 120, loO, 200 et 300 tonneaux. Celles de 100 tonneaux portaient 10 ou 11 canons et avaient 40 hommes d'équipage, dont 20 matelots, 12 soldats, 8 officiers mariniers et 2 officiers principaux.

Les barques, que montaient d'ordinaire des corsaires sans ambition, étaient des navires sans hune, avec une poupe assez large et ressemblant quelque peu à la polacre. Leur armement variait, mais elles portaient généralement six canons et dix pierriers. Un grand nombre de corsaires montaient des birques longues, et on sait quel brillant usage ils en firent dans l'attaque des vaisseaux ennemis.

Nous avons déjà vu ce qu'étaient les pinasses et les traversicrs. En

(i) Au XVIe siècle, une frégate avait ^ç pieds de longueur.

outre de ces navires, les Basques espagnols affectionnaient un autre modèle dont le petit tonnage leur permettait de se cacher dans les criques les plus étroites ou de remonter aisément les rivières. On les appelait, au XVIIo siècle, chaloupes biscayennes. C'était une espèce de barque longue ou chaloupe, dont se servaient surtout les riverains du golfe de Biscaye. Elle était très pointue de l'arrière comme de l'avant, et la mâture consistait en un grand mât vertical et un mât de misaine s'inclinant beaucoup sur la poupe. Les deux voiles de la biscayenne étaient quadrangulaires ou plutôt carrées. Celle du grand mât présentait au vent une très large surface (1).

L'artillerie de marine avait fait de très grands progrès, surtout après l'arrivée de Colbert aux affaires. Avant Louis XIV, et pendant toute la première moitié du XVII« siècle, on retrouve encore les nomenclatures les plus confuses des canons les plus divers.

Les pierriers étaient des pièces d'artillerie carrées du côté de la culasse, à laquelle s'ajustait la boite de fer contenant la charge de poudre. Les pierriers tiraient des saquetîes ou cartouches dans lesquelles se trouvaient des cailloux, des balles de mousquet, de fauconneaux et de la ferraille bien serrée en paquet et jouant l'ofTice de mitraille pour les abordages. Viennent ensuite les bersos, dont nous avons déjà parlé, et autres petites pièces (2).

Les canons de marine étaient montés sur des affûts avec des surbandes qui les retenaient par les tourillons. Ils étaient maintenus au sabord par une grosse corde nommée drosse, qui perçait l'affût sous la culasse, « et tient des deux bouts aux boucles ou argans qui sont d'estibord et basbord du sabord, laquelle drosse baille liberté au canon de reculer quand il tire jusques à demy tel qu'elle l'arreste et boucle court (3). Comme aussi de chaque costé de l'afust y a un crochet de retraicte ou une boucle, qui est un anneau de fer, pour, avec les tirans ou palanquins, les remettre en batterie (4) ».

L'affût était dentelé par derrière, à trois ou quatre degrés nommés

(i) Jal, Glossaire nautique.

(a) En parcourant la très précieuse relation publiée dans la Collection des documents inédits, et portant pour titre : Voyage et inspection de M. de Séguiran sur la côte de Provence, i6^^, on est frappé de la grande quantité d'armes antiques qui sont conservées dans les arsenaux de la côte. Ce sont des canons mores(^ues, des couleuvrines portant les armoiries de Savoie, des courtauts, bâtardes, faucons, arquebuses a croc, et un grand nombre d'autres armes.

i%) En i6^^, l'armement du vaisseau la Salamandre, du port de Marseille, se composait de six bâtardes en fer, trois ancres grandes et une petite, cent mousquets, cent fourchettes, cinquante piques, dix-huit armes d'hastes, dix-huit quintaux de poudre à canon ou à mousquet, deux cent vingt-cinq balles de bâtardes de neuf livres la pièce, cent balles de sucre de cinq livres chacune, huit boulets pour eau ou vingt-neuf pièces de pavesades, trente-deux lanternes pour le canon, deux pierriers de bronze avec quatre boîtes, quatre pierriers de fer, huit boîtes pour les susdits pierriers, huit affûts pour l'usage des susdits canons, quatre cuillères pour les charger, deux tire-balles et deux étendards. Le tout assez mal conditionné et en assez pauvre état. (Collection des documents inédits).

(4) Qeirac, Us et coutumes de la mer.

coehefi, pour que le canonnier puisse y poser le coin de mire servant à mettre le canon au point pour tirer.

« Le canon a, dans le navire, deux palanquins, un de chaque bord, composez de corde et de deux polies qui se tiennent à costé de Tafust, deux crochets de retraites ou boucles, et aux ar«;ans ou boucles du navire, et surtout pour le remuer, le braquer, et mettre en sa mise ou en batterie quand il a reculé ou qu'il est chargé (1) ».

Parmi les accessoires qui servaient à la manœuvre des pièces d'artillerie, nous signalerons le dégorgeoir, servant à percer la gargousse et à nettoyer la lumière; la platine de plomb qui se mettait sur le secret ou lumière afin de la préserver de Teau de mer ; les lanternes ou cuillers à manches de bois, servant à placer la poudre jusqu'au fond de Tàme de la pièce ; les refouloirSy pour repousser les projectiles ; les tire-bourres, pour décharger et nettoyer la pièce ; les éconrillons, griffons, arrousewentSy à manches de bois ou de corde, qui servaient à rafraîchir l'intérieur des canons à l'aide d'eau ou de vinaigre lorsqu'il avait fait feu plusieurs fois.

Depuis le commencement du XV11« siècle, les charges avaient été faites comme celles des bandoulières des mousquetaires et étaient préparées d'avance. On avait ainsi une mesure exacte, et chaque coup à tirer était enfermé dans une boîte nommée gargousse ou cartouche, et qui était en bois, en fer-blanc ou en gros papier.

Les cornets étaient des cornes de bœuf où était la poudre fine servant à amorcer.

Parmi les projectiles, il y avait, en outre des boulets ronds, des balles à fiches qui étaient traversées d'une longue barre de fer, et les boulets rames.

Tel était l'armement de l'artillerie des vaisseaux corsaires pendant le XVII® siècle, mais il s'améliora et se simplifia beaucoup pendant le règne de Louis XIV et ses grandes guerres maritimes.

î ) Cleirac, Us et coutumes de la mer.

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