‹ Les corsaires sous l'ancien régimeChapitre 4 sur 103 · CORSAIRES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

CORSAIRES FRANÇAIS

Les origines de la pèche de la morue. ~- Les Guipuzcoans à Terre-Neuve. -^ Juan de Agramonte. — Priorité des Bayonnais et des Basques français. — Premiers voyages. — Corsaires de Bayonne et de Capbreton. — Les corsaires français dans les mers du Sud. — Aventures d'un vaisseau de la flotte de Laysa. — Combat naval de Sarmieato avec un corsaire français.

11 n'est guère possible de préciser à quelle époque les Basques et les Bayonnais commencèrent à se livrer à la pêche de la morue et firent la découverte des bancs de Terre-Neuve et des côtes du Canada. La plupart des auteurs assurent, mais sans s'appuyer sur aucune preuve, que les Biscayens, Basquos, Normands et Bretons voyageaient déjà dans ces contrées à la fin du XV® siècle (1). L'un des premiers documents qui soit parvenu jusqu'à nous date de 1311 ; c'est une cédule ordonnant à Juan de Agramonte d'aller, avec deux vaisseaux, à la découverte de Terre-Neuve, mais en y mettant la condition : « Que l'équipage qu'il mènerait avec lui serait natif d'Espagne, à l'exception des deux pilotes qui devaient être bretons ou de toute autre nation, qui y auraient déjà été », prévention, dit Navarette, qui prouve d'une manière surabondante que le pays basque ou côteCantabrique, où se faisait cet armement, manquait de pilotes pour les conduire au point désiré. Il ressort, en effet, des documents espagnols qui ont passé sous nos yeux, que les navigations

(i) Via/es al Norte. Forster, liv. m, chap. 3 et ç. — Tous les auteurs du pays qui se sont occupés d'histoire locale sont unanimes à retracer la priorité des navigations des Bisques et des Bayonnais dans TAmérique du Nord. Mais ils se sont tous copiés les uns les autres, et il n'existe sur ce sujet aucun document authentique. Il y a même une légende ou plutôt une tradition fort curieuse, à la vérité, mais dénuée de tout fondement et à laquelle on ne pourra, croyons-nous, ajouter foi que lorsque des pièces seront venues affirmer un fait d*une si haute gravité.

« La découverte de l'Amérique est encore une gloire que les Bayonnais ont quelque droit de s'attribuer. Voici quel est leur titre : en 1448, un pilote basque, allant de Bayonne à Madère, fut battu d'une si furieuse tempête pendant vingt-deux jours, qu'il fut impossible de prendre hauteur ni par le soleil, ni par les étoiles; il fallut s'abandonner au caprice des vents et des flots ; enfin, après avoir lutté contre les éléments, il fut contraint de se jeter sur une île qu'on prétend être Saint-Domingue.

« Ce pilote, nommé Alphonse, descendit à terre, où il prit les élévations ; après avoir radoubé son navire et fait ses préparatifs pour son retour, il mit à la voile av*c dix-sept hommes qui formoient son équipage ; la traversée ayant été plus longue qu'il ne l'avoit espéré, les vivres vinrent à lui manquer ; la fatigue et la famine firent périr douze matelots et il débarqua, lui, cinquième, à Terceré, où ils moururent tous d'épuisement quelques jours après.

« Christophe Colomb reçut Alphonse dans sa maison, et ce fut sur la relation que ce pilote lui communiqua de son voyage, qu'il forma le dessein de pénétrer dans les Indes Occidentales, dessein qu'il efl'ectua dans soixante-huit jours. On voit, par cette relation, que ce ne sont pas toujours les auteurs des découvertes qui en ont la gloire. (Masein. Essai historique sur la ville de Bayonne^ 1792), Masein a voulu parler ici de Alonso Sanchez, de Huelva, qui, à ce qu'assure Marmontel, fit son voyage vers 1484, et non 1448, comme il est dit plus haut. »

des Guipuzcoans à Terre-Neuve et la pêche de la morue à laquelle ils se livrèrent et d'où ils sortirent des bénéfices considérables, ne sont pas antérieures à 1540. Mais il n'en est pas de môme pour nos Basques et surtout pour nos Bayonnais, car nous avons trouvé, dans un de nos anciens registres de délibérations du Corps de ville, des mentions assez nombreuses d'expéditions de navires du pays à la pêche de la morue à les (( Terrenabes, » La plus ancienne de ces pièces, datée de 1520, c'est-à-dire bien peu d'années après la cédule royale donnée à Jean de Agramonte, indique, ainsi que toutes les autres, combien ces voyages, si longs et si périlleux, étaientv entrepris avec facilité par ces rudes marins.

Mais, pendant ce temps, les corsaires continuaient à désoler les mers. En 1518, Marjotine de Hiribarren se plaint au Corps de ville que son navire, qui jaugeait 80 tonneaux, a été pris et pillé par des pirates en revenant de Lisbonne (1). A leur tour, en 1528, des marins de Capbreton, (( montés sur leur chaloupe ou galère et aidés des galères de Saint-Jeande-Luz et Biarritz », avaiient pris sur les Espagnols, ennemis du roi, deux gros et magnifiques navires chargés de froment et autres marchandises (2).

D'ailleurs, les corsaires français des côtes de l'Océan ne s'en tenaient pas là et allaient courir les mers les plus lointaines. Lors du deuxième voyage aux Moluques, l'escadre commandée par Garcias de Laysa se débanda avant son entrée dans le détroit de Magellan. Le vaisseau du capitaine Don Rodrigo de Acuna, s'étant séparé de la capitane, remonta le long de la côte du Brésil et rencontra au fond d'une baie, le l^f avril 1527, trois navires français qui canonnèrent l'espagnoL Celui-ci réussit toutefois à se dégager, mais en laissant son capitaine entre les mains des ennemis. Ils voulurent aller se radouber dans la baie de Tous les Saints, et aussitôt après ils eurent une alerte et un combat à soutenir avec un autre navire français, au cours duquel plusieurs hommes de leur équipage furent tués. Cependant, ils mirent à la voile et, traversant les mers, tremblant de rencontrer encore des corsaires français, ils furent aborder au port de Bayona, en Galice (3).

Plus tard, en 157(), Sarmiento, de retour de son voyage dans les mers du Sud, aperçut, le 22 mai, près des lies du Cap- Vert, deux voiles qui essayaient de lui gagner le vent et avec lesquelles il voulut communiquer, les croyant portugaises ; mais, avec plus d'attention, il vit qu'il y avait

(1) Arch. de Bayonne, BB, 6, p. ^9.

(2) Les marins de la galère de Capbreton s'appelaient : Estebcn de Glayrac, Bertrans de Pujos, Remonet de Cazenabes, Ara deu Batailhei et Esteben dcu Rey, meste et compainhons... (Arch. de Bayonne, BB, 6, f® 72;).

(î) Navarettç. — Colleçt. de Viajts^ t. v.

un grand navire, et une lanche qui s'était avancée pour le reconnaître. Bientôt le combat s'engagea avec fureur, les deux partis faisant jouer vigoureusement leur artillerie et leurs arquebuses. L'espagnol n'eut personne de tué, mais il eut de nombreux blessés. Enfin, les Français s'éloignèrent, et une caravelle portugaise, avec laquelle Sarmiento communiqua peu de jours après, lui apprit que le pirate était monté par 85 hommes et la lanche par 25, parmi lesquels se trouvait un pilote portugais; que depuis le cap Blanc jusqu'à la cùte d'Afrique, il avait pris et pillé quatre navires, le sien compris (l).

Il serait sans doute d'un bien grand intérêt d'écrire une histoire générale des corsaires français, œuvre qui n'a pas encore été tentée ; nous ne pouvons faire rentrer ce sujet dans notre cadre, mais avant de passer aux hauts faits des marins de notre contrée pendant l'étendue du XVI® siècle, nous citerons seulement le célèbre armement des Normands de 1555 et leur bataille navale contre les Flamands.

La flotte royale était occupée tout entière dans la Méditerranée ; la défense et la protection des côtes de l'Océan fut laissée au zèle de la marine marchande.

(\) Historia dt la Marina Real Espanola, por D. José March y Laborcs. — a vol. in-4**. — Madrid, 1854.

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