CORSAIRES BAYONNAIS ET GUIPUZCOANS
Un précieux document. — Questions posées aux corsaires Guipuzcoans et Biscayens. — Le corsaire Martin Cardel. — Débarquement sur les rives de la Gironde. — Capture de vaisseaux de commerce. — Combat avec une galère de Saint-Jean-de-Luz. — Le comb.'»t de MotricD. — Pertes des Français. — Le capitaine Domingo de Albistur, de Saint-Sébastien. — Combat contre deux corsaires français. — Combat contre le corsaire de Rayonne la Bretonne. — Flottille de corsaires. — Un armement à Saint-Jean-de-Luz. — Les capitaines Francisco de lllareta et Pablode Aramburu. — Corsaires de Passages. — Saez de Echave. — Combat naval. — Miguel de Iturain et la Grande Galère de Saint-Jean-de-Luz. — Martin de Zaldivia. — Débarquement de troupes. — Armements de Bayonne et de Capbreton.
Cependant toutes les mentions que nous avons pu trouver relativement aux armements en course seraient loin de nous satisfaire, si un document de la plus haute importance ne nous oiîrait des détails très circonstanciés sur les actions de guerre maritime des Guipuzcoans et des Biscayens d'un côté, des Bayonnais et des Basques français de l'autre. C'est une information ou enquête, faite dans la ville de Saint-Sébastien, en 1555, par les ordres du roi. 11 s'agissait de connaître les faits de guerre des capitaines corsaires du Guipuzcoa pendant les liostilités contre la France. Cette pièce nous donne les noms des marins, capitaines et pilotes célèbres pendant cette époijue, les noms des vaisseaux et l'importance des armements. Il était demandé des renseignements maritimes sur les villes de Saint-Sébastien, Fontarabie, Passages, Deva, Orio, Zumaya, Motrico, Guetaria, Irun, Oyarzun ; sur les capitaines et les armateurs de ces villes ; sur les galions, zabras, fustes, gros vaisseaux qui étaient sortis de ces ports en flottes ou isolément, et cela, pendant les quatre ou cinq dernières années de cette guerre.
On voulait savoir aussi si les capitaines et armateurs de la côte, sans avoir recours à des étrangers, étaient arrivés à armer un nombre de navires, tant gros que petits, dépassant le chiffre de 300. Ils devaient dire quelle avait été la quantité des munitions nécessaires à cette guerre qu'ils avaient employée, telles que bombardes, mousquets, versos, arquebuses, arbalètes, gargousses, lances, dards et autres armes offensives et défensives et si, portant sur leurs bannières les insignes royaux, ils avaient navigué sur toutes les côtes, ports, havres et canaux de France jusqu'en Norvège, depuis Saint-Jean-de-Luz, à la recherche des ennemis du roi.
Il fallait dire aussi, si en courant les mers, les Guipuzeoans^ soit par la force de leurs armes et de « leurs vaillants cœurs » (1), avaient pénétré en un grand nombre de canaux et rivières de France qui fussent défendus par des châteaux et des lieux fortifiés. S'ils y étaient entrés environ à huit ou dix lieues à l'intérieur, bannières déployées, fifres sonnants et tambours battants, et s'ils avaient tué un grand nombre d'ennemis. Si eux-mêmes, Guipuzcoans, ils avaient perdu beaucoup de monde, et s'ils avaient pris des navires marchands ou armés en guerre, soit dans les havres et ports, soit en haute mer ; s'ils avaient canonné les châteaux et les forteresses qui leur faisaient obstacle, et s'ils avaient enlevé les navires réfugiés sous leur protection, aux yeux mêmes de leurs ennemis.
On voulait savoir si, pendant leur navigation à bord de leurs galions et zabras armés en guerre, ils avaient rencontré beaucoup de corsaires français; s'ils les avaient combattus, abordés, pris et menés ensuite dans les ports de Guipuzcoa et si, dans ces rencontres, ils avaient eu beaucoup de morts et de blessés.
11 fallait dire si les corsaires guipuzcoans avaient mis sur la terre de France des troupes de débarquement ; si celles-ci avaient combattu en troupe de bataille, au son des tambours et des fifres et avec leurs étendards déployés ; si ces troupes avaient pris et pillé des maisons fortes, lieux fortifiés et châteaux, et enfin si, dans ces diverses tentatives, ils avaient eu beaucoup de morts et de blessés.
L'une des parties de l'enquête se porte surtout sur les pêcheries de Terre-Neuve, que les Espagnols ne pouvaient s'empêcher de nouseuTier. Aussi demande-t-on, d'une manière très explicite, si en outre des courses faites contre les navires français, il s'est exécuté des armements de gros vaisseaux de plus de 300 tonneaux pour aller à Terre-Neuve ; si ces navires, entrant dans des ports et havres, avaient mis à terre des troupes de débarquement et avaient eu plusieurs batailles et rencontres; si dans ces actions les ennemis avaient perdu plus de 500 hommes sans compter les blessés et leur avaient enlevé plus de 200 vaisseaux chargés de morue d'une grande valeur, et si l'on croyait que les Français avaient déjà subi un dommage de plus de 400,000 ducats.
Enfin, on voulait aussi savoir si, dans toutes ces rencontres et combats avec les ennemis de l'Espagne, les habitants du Guipuzcoa avaient perdu plus de 1,000 hommes, ce qui devait être, puisque, cinq mois seulement après la déclaration de guerre, la seule ville de Saint-Sébastien avait eu 160 hommes tués ; si on avait pris plus de 1 ,000 navires aux Français, et
(i) VdUrosos cor atones.
si toutes ces actions d*éclat étaient devenues publiques tant en Espagne que dans le royaume ennemi.
Ecoutons maintenant les marins du Guipuzcoa nous conter eux-mêmes leurs actions guerrières, et il faut bien que nous nous contentions de leur seule assertion, car celles de la partie adverse nous manquent totalement. Cependant, il est permis de croire que si les corsaires de la cité voisine ont fait réellement toutes les belles prises qu'ils indiquent, ils ont probablement caché les pertes qu'ils éprouvèrent et les dommages reçus. Il faut espérer que des documents émanant de nos marins sortiront quelque jour de la poussière des archives et viendront faire briller la vérité, en établissant pour chacun la part de gloire qui leur revient.
Martin Cardel, capitaine et armateur, dit que, d'après ses souvenirs, on peut estimer à plus de 300 le chiffre des navires, grands et petits, qui furent armés en course d:inâ les ports de Guipuzcoa pendant la guerre contre la France. Il le sait parfaitement, car il; a été témoin de ces armements et a assisté à plusieurs de ces actions maritimes. Actuellement, depuis le port de Deva jusqu'à celui de Passages, il y avait plus de 30 vaisseaux, galions et zabras bien armés qui se disposaient à sortir. Lui-même était capitaine d'un galion qui se disposait à mettre à la mer, et il connaissait tous les autres commandants. Il ne se souvient pas très bien des faits de guerre qui ont eu lieu ; cependant il ajoute que lui et six autres navires armés entrèrent environ à douze lieues dans l'intérieur du canal de Bordeaux, où, ayant laissé dans leurs navires une force nécessaire pour les garder, ils descendirent à terre, au nombre de 300 arquebusiers, avec leurs fifres et leurs tambours.
Ils commencèrent aussitôt à saccager et à piller plusieurs villages, enlevèrent les bestiaux, firent un grand dommage et ruinèrent le pays. Plus de mille hommes marchèrent aussitôt contre eux, soit par mer, soit par terre ; mais voyant que les troupes de débarquement les attendaient en ordre de bataille, ils s'enfuirent aussitôt. Dans cette môme affaire, ils s'emparèrent de sept navires chargés de pastel, qui se trouvaient à Tancre dans la rivière de Bordeaux, à une dizaine de lieues de l'embouchure. Ils les enlevèrent de force et, malgré les feux du château de Saint- Sébastien et des autres forts, emmenèrent leurs prises dans les ports de la province de Guipuzcoa.
Pendant leur voyage de retour, ils se heurtèrent à une galère de Saint- Jean-de-Luz, ainsi qu'à deux navires français allant en course. Après un rude combat, ils capturèrent un de ces corsaires et le conduisirent avec leurs autres prises dans un port du Guipuzcoa. Lui-même, un an auparavant, avait pris un autre galion français armé en course.
Vers la même époque, six puissants vaisseaux, armés par Saint-Jean-
Il fallait dire aussi, si en courant les mers, les Guipuzcoans, soit par la force de leurs armes et de « leurs vaillants cœurs » (1), avaient pénétré en un grand nombre de canaux et rivières de France qui fussent défendus par des châteaux et des lieux fortifiés. S'ils y étaient entrés environ à huit ou dix lieues à Tintérieur, bannières déployées, lifres sonnants et tambours battants, et sMls avaient tué un grand nombre d'ennemis. Si eux-mêmes, Guipuzcoans, ils avaient perdu beaucoup de monde, et s'ils avaient pris des navires marchands ou armés en guerre, soit dans les havres et ports, soit en haute mer ; s*ils avaient canouné les châteaux et les forteresses qui leur faisaient obstacle, et s'ils avaient enlevé les navires réfugiés sous leur protection, aux yeux mêmes de leurs ennemis.
On voulait savoir si, pendant leur navigation à bord de leurs galions etzabras armés en guerre, ils avaient rencontré beaucoup de corsaires français; s'ils les avaient combattus, abordés, pris et menés ensuite dans les ports de Guipuzcoa et si, dans ces rencontres, ils avaient eu beaucoup de morts et de blessés.
Il fallait dire si les corsaires guipuzcoans avaient mis sur la terre de France des troupes de débarquement ; si celles-ci avaient combattu en troupe de bataille, au son des tambours et des fifres et avec leurs étendards déployés ; si ces troupes avaient pris et pillé des maisons fortes, lieux fortifiés et châteaux, et enfin si, dans ces diverses tentatives, ils avaient eu beaucoup de morts et de blessés.
L'une des parties de l'enquête se porte surtout sur les pêcheries de Terre-Neuve, que les Espagnols ne pouvaient s'empêcher de nous envier. Aussi demande-t-on, d'une manière très explicite, si en outre des courses faites contre les navires français, il s'est exécuté des armements de gros vaisseaux de plus de 300 tonneaux pour aller à Terre-Neuve ; si ces navires, entrant dans des ports et havres, avaient mis à terre des troupes de débarquement et avaient eu plusieurs batailles et rencontres; si dans ces actions les ennemis avaient perdu plus de 500 hommes sans compter les blessés et leur avaient enlevé plus de 200 vaisseaux chargés de morue d'une grande valeur, et si l'on croyait que les Français avaient déjà subi un dommage de plus de 400,000 ducats.
Enfin, on voulait aussi savoir si, dans toutes ces rencontres et combats avec les ennemis de l'Espagne, les habitants du Guipuzcoa avaient perdu plus de 1,000 hommes, ce qui devait être, puisque, cinq mois seulement après la déclaration de guerre, la seule ville de Saint-Sébastien avait eu 160 hommes tués ; si on avait pris plus de 1 ,000 navires aux Français, et
(i) Valerosos cor atones.
si toutes ces actions d*éclat étaient devenues publiques tant en Espagne que dans le royaume ennemi.
Ecoutons maintenant les marins du Guipuzcoa nous conter eux-mêmes leurs actions guerrières, et il faut bien que nous nous contentions de leur seule assertion, car celles de la partie adverse nous manquent totalement. Cependant, il est permis de croire que si les corsaires de la cité voisine ont fait réellement toutes les belles prises qu*ils indiquent, ils ont probablement caché les pertes qu'ils éprouvèrent et les dommages reçus. Il faut espérer que des documents émanant de nos marins sortiront quelque jour de la poussière des archives et viendront faire briller la vérité, en établissant pour chacun la part de gloire qui leur revient.
Martin Cardel, capitaine et armateur, dit que, d'après ses souvenirs, on peut estimer à plus de 300 le chiffre des navires, grands et petits, qui furent armés en course d;mâ les ports de Guipuzcoa pendant la guerre contre la France. Il le sait parfaitement, car il; a été témoin de ces armements et a assisté à plusieurs de ces actions maritimes. Actuellement, depuis le port de Deva jusqu'à celui de Passages, il y avait plus de 30 vaisseaux, galions et zabras bien armés qui se disposaient à sortir. Lui-même était capitaine d'un galion qui se disposait à mettre à la mer, et il connaissait tous les autres commandants. Il ne se souvient pas très bien des faits de guerre qui ont eu lieu ; cependant il ajoute que lui et six autres navires armés entrèrent environ à douze lieues dans l'intérieur du canal de Bordeaux, où, ayant laissé dans leurs navires une force nécessaire pour les garder, ils descendirent à terre, au nombre de 300 arquebusiers, avec leurs fifres et leurs tambours.
Ils commencèrent aussitôt à saccager et à piller plusieurs villages, enlevèrent les bestiaux, tirent un grand dommage et ruinèrent le pays. Plus de mille hommes marchèreut aussitôt contre eux, soit par mer, soit parterre; maïs voyant que les troupes de débarquement les attendaient en ordre de bataille, ils s'enfuirent aussitôt. Dans celle même affaire, ils s'emparèrent de sept navires chargés de pastel, qui se trouvaient à Tancre dans la rivière de Bordeaux, à une dizaine de lieues de l'embouchure. Ils les enlevèrent de force et, malgré les feux du château de Saint- Sébastien et des autres forts, emmenèrent leurs prises dans les ports de la province de Guipuzcoa.
Pendant leur voyage de retour, ils se heurtèrent à une galère de Sainl- Jean-de-Luz, ainsi qu'à deux navires français allant en course. Après un rude combat, ils capturèrent un de ces corsaires et le conduisirent avec leurs autres prises dans un port du Guipuzcoa. Lui-même, un an auparavant, avait pris un autre galion français armé en course.
Vers la même époque, six puissants vaisseiiux, armés par Saint-Jean-
en restèrent estropiés et hors d'état de servir. Les Français eurent trente-sept hommes tués et vingt-quatre blessés, mais la blessure du capitaine fit cesser le combat, et le corsaire français réussit à s'échapper. Cependant, il lui avait enlevé son pavillon et le rapporta en triomphe à Saint-Sébastien, où il entra tout désemparé.
A peine guéri de ses blessures, il remit aUsSsitùt à la mer et s'empara de sept grands navires chargés de morue.
Quant à Martin Saez de Echave, il montait un galion armé par son père, avec lequel il s'empara, sur les côtes de Bretagne, d'un grand navire français qui venait de croiser sur les côtes de Galice et qui était pourvu d'une forte artillerie et bien garni de munitions. 11 ajoute que les seuls capitaines corsaires de Passages avaient fait, depuis le commencement de la guerre, plus de 500 prises montées de 2,000 pièces d'artillerie et dont la valeur dépassait 300,000 ducats.
Miguel de Iturain est non moins vaillant que ses compatriotes. Lui aussi est natif de Passages et, aussitôt que les hostilités furent déclarées, il arma un galion de 200 tonneaux et prit hardiment la mer. Au bout de quelques jours de croisière, il rencontra un vaisseau de Rayonne encore plus grand que le sien, commandé par le capitaine Martin de Vines, qui revenait de la pêche de la baleine à Terre Neuve et, après l'avoir longtemps combattu, il finit par le capturer et le mena dans le port de Passages. La nuit de Pâques du Saint-Esprit, il prit par la force des armes la Grande Galère de Saint-Jean-de-Luz, qui allait en course. Tantôt seul, tantôt en compagnie d autres capitaines, il courut toutes les côtes de France et, ayant mis à terre des troupes de débarquement, il prit d'assaut des châteaux-forts, il brûla et pilla des villages et causa de grands dommages aux ennemis.
Quant à Juanot do Villaviciosa, il fit à deux reprises différentes une croisière avec son galion et s'y fît d'autres fois remplacer par des capitaines. Le tout lui produisit soixante prises, grandes et petites, portant ensemble 500 pièces d'artillerie.
Après les capitaines corsaires de Saint-Sébastien et de Passages, voici ceux de Deva, qui nous racontent eux-mêmes leurs actions maritimes. Domingo de Gorocica, capitaine-armateur et en même temps alcalde de Deva, dit qu'ayant armé en course un galion, il y avait trois ans environ, il rencontra un vaisseau français, portant cinquante pièces de canon, avec lequel il combattit une journée entière, et lui ayant tué ou blessé plus de vingt hommes, il y entra à l'abordage : la mêlée devint si sanglante qu'il y en eut fort peu qui ne fussent tués ou blessés. Il finit par capturer ce vaisseau et le conduisit dans le port de Deva. Il prit encore en pleine mer, après de terribles combats, six autres corsaires français, ayant tambours et fifres, musique et artillerie, bannières et étendards,
qu'il déposa en actions de grâces dans diverses églises de la ville do Deva. Plusieurs fois, il lui arriva de mettre pied à terre en France, tant au cap Forniza, rivière de Nantes, canal de Bordeaux et autres lieux (1), avec plus de 300 hommes ayant leurs bannières déployées. 11 prit et brûla des villes, fit beaucoup de butin en bétail et en marchandises et, dans Tun de ces débarquements, il fut attaqué par une force de plus de 1,500 hommes, contre laquelle il combattit. Après leur avoir tué beaucoup de monde, il réussit à regagner son navire et conduisit ses prises dans le port de Deva.
Martin de Zaldivia, capitaine natif de Deva, monta divers corsairps depuis le commencement de la guerre et principalement celui du capitaine Gorocica ; avec ce navire, il eut la témérité de pénétrer dans le canal de Maremne, et il y captura une galéasse avec tout son équipage qui allait en course, ainsi qu'un autre navire de 160 tonneaux chargé de sel, mais non sans combat et sans avoir eu beaucoup de monde tué et blessé. Plus tard, comme il montait le vaisseau commandé par le capitaine Garcia de Iziar, ils prirent un galion français, qui se croyait à l'abri sous le château de Royan (2). Ensuite, ils entrèrent dans le canal de Forniza (3) où, mettant pied à terre, ils combattirent un bataillon de plus de 1,000 hommes qui vint les assaillir, espérant leur enlever leurs prises. Mais ils les mirent en fuite et, revenant à leur vaisseau sans avoir été entamés, ils réussirent à regagner la mer, enlevant avec eux cinq ou six prises chargées de vins et autres marchandises.
Dans cette même croisière et naviguant de conserve avec le vaisseau de Crislobal Arias, de Deva, ils entrèrent dans le canal de Bordeaux et poussèrent à une dizaine de lieues à l'intérieur. Après y avoir brâlé plusieurs villages, ils chargèrent leurs navires de grains et autre butin, contre les efforts des habitants qui perdirent beaucoup de monde dans plusieurs combats qu'ils leur livrèrent. Ils réussirent à se retirer en bon ordre dans leurs vaisseaux malgré la canonnade des forts et des châteaux qui défendaient les bords de la rivière.
Dans une autre course, ils entrèrent encore de force dans la baie de Fornic (sic) et ils y enlevèrent l'alcade du château et sa famille, qu'ils rançonnèrent à 700 ducats. Plus tard, Martin de Zaldivia monta le vaisseau de Juan de Ansorregui, capitaine et armateur de Deva et s'était joint à huit ou neuf zabras de Passages. Ils furent tous ensemble à une lie que Martin de Zaldivia appelle Caperon (sic) et qui doit être Capbreton ; ils mirent à terre leurs troupes de débarquement, bannières
(:) Le texte cite encore ; Salazar^ Solar et Les Recondellas.
(2) Le texte dit Rogan.
(3) Ne serait-ce pas Pornic ?
déployées, et après avoir ruiné, pillé et brAlé plusieurs villages, ils réussirent à se retirer dans leurs vaisseaux. Ce fut probablement pour cette aiïaire qu'en 1352 on vit partir de Rayonne et de Capbreton « des coraulx esquipés d*artillerie et autres munitions de guerre pour suyvre et faire guerre contre les Espagnols qui, avec seize patacbes armées, étaient entrés dans ledit bocault et, descenduz ù terre », saccagèrent les maisons voisines (i).
Enfin, Martin Ochoa de Irazabal, capitaine et armateur de la ville de Deva, ajoute que, avec les vaisseaux qu'il avait armés à ses frais pendant cette guerre, il avait capturé soixante-dix navires ennemis chargés, avec pavillons, étendards et artillerie; que de sa personne il avait débarqué plusieurs fois sur la terre de France à la tête de corps de 2 et 300 hommes, qu'il avait fait de nombreuses prises, enlevé des bestiaux, saccagé des châteaux et forcé des maisons fortes, et qu'il avait réparti les marchandises et le butin parmi ses gens, n'ayant jamais eu avec lui que le capitaine Martin Dabile de Aguire, de Deva.
Somme toute, pendant cette guerre, les navires armés par la province de Guipuzcoa atteignirent le chiffre considérable de 300 à 350, leurs morts dépassèrent un millier, et ils avaient enlevé à leurs ennemis 1,400 navires, dont 400 de fort tonnage, montés de 5,000 pièces de canon de bronze et de fer de tous les calibres, avec 15,000 prisonniers. Le but principal de ces armements avait été de détruire le commerce et la pêche de la morue des Français à Terre-Neuve, ce à quoi ils avaient abouti.
(i) Arch. de Bayonne, CC, 164, p. 508. — Quelques mots sur Capbreton et son ancien port, par Tabbé Gabarra.