LA COURSE SOUS LOUIS XV
Armements en course dans les ports de l'Océan. — Les Bachelier, de Dunkerque. — La Galathie. — Le Cerfy de Saint-Malo. — La Duckesse de Penthièvre. — Le capitaine Colliot, de Boulogne. — La Dauphine^ de Bayonne. — Prises et rançons.
Pendant que les escadres régulières de la France et de l'Angleterre commençaient à se mesurer sur toutes les mers, dès Tannée 1744, les armements en course s'étaient mis en mesure de commencer les travaux aussitôt la rupture des hostilités. Parmi ceux qui se signalèrent le plus en cette môme année, on compta les deux Bachelier, de Dunkerque : Godefroi Bachelier, commandant le corsaire VAmitiéy s'empara tout d'abord de deux navires anglais, dont un brigantin. Le commerce ennemi eut terriblement à souffrir des corsaires français. Godefroi et Nicolas Bachelier, commandant, l'un les Trois Frères, l'autre les Trois Sœurs, de Dunkerque, prirent et rançonnèrent quantité de navires. Les capitaines Rouiller et Thiercelin, commandant le Mars et la Bellone, de Nantes, conduisirent à Brest trois bâtiments anglais dont l'un, le Willes, de 20 canons et quatre cents tonneaux, et un autre, le Pembrock, de 2G canons et deux cents tonneaux, qui venaient de l'île St-Christophe avec un riche chargement ; ils envoyèrent, en outre, à Nantes, une quatrième prise, de cent tonneaux. La Galathée, de 24 canons, capitaine Louvel, coula bas, le 14 juin, un corsaire de Guernesey. Attaquée deux jours après par le bâtiment de guerre la Grande-Bretagne, de 44 canons et 30 pierriers, la (ialathée l'obligea, par la vivacité de sa mousqueterie, de fermer ses sabords. Le capitaine Louvel, profitant de la consternation de l'ennemi, ordonna l'abordage ; mais une balle qu'il reçut à la tête lui ôta la parole et permit à la Grande-Bretagne de s'échapper. Le capitaine Fouquet, commandant le corsaire le Cerf, de Saint-Malo, rentra dans ce port avec six prises anglaises et après avoir rançonné de 150 livres sterling un septième navire. Le capitaine Gabriel Audibert, commandant le corsaire la Duchesse de Penthièvre, rentra à Calais avec 4,500 livres sterling de rançon, et le capitaine Colliot, commandant le Ba^quencourt, de Boulogne, rançonna deux navires ennemis de 130 guinées et conduisit à Saint-Malo le corsaire le Lécrier, de 4 canons, 10 pierriers et cinquantesix hommes d'équipage, qu'il avait pris après combat. Les corsaires YAttrape-si'tU'peiLT et le Furet, de Boulogne, la Petite Fortxme, de Calais,
firent aussi plusieurs captures. Le corsaire la Dauphine, de Bayonne, capitaine La Rue, relâcha au Port-Louis avec sa prise, la Diligente, navire de Londres, qui revenait de la Caroline richement chargé. Vers le môme temps, la frégate la Palme, capitaine de La Duz de Vieuxchant, conduisait à Saint-Malo quatre navires de Jersey.
« Toutes ces prises n'étaient que le résultat, encore très incomplet, d'un ou deux mois de courses. Le nombre des navires du commerce anglais enlevés par les Français et les Espagnols s'éleva, d'après le relevé de Hamecourt, pour la seule année 1745, au chiffre de 769, ce qui exaspéra la cité de Londres et toutes les villes commerçantes du Royaume-Uni (1).
(i) Guéri n, Histoire de la oMarine^ t. v.