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CHAPITRE XL

LES CORSAIRES BASQUES, BAYONNAIS c&: GASCONS

sous LOUIS XV (1744-1748)

Dispositions des armements en course à Bayonne et à Saint-Jean-de-Luz. — Naufrage d'un vaisseau. — Nombreux corsaires armés. — Prises et captures. — La basquaise, — Le Cantabre. — Prise du Comte de Noailks, — La Fraudeuse. — VHéroïne. — Le Lévrier. — Le Lion. — La Marquise d'Amou. — La oMiduse. — La Palombe. — Le T^rince d'Orange. — Le Téméraire. — La Victoire. — Audace des corsaires.

La première déclaration de guerre avec TAngleterre trouva les Bayonuais et les Basques prêts à commencer la course. Une lettre adressée à M. Dulivier, député du commerce à Paris, lui annonce qu'on arme à Bayonne deux frégates de 16 à 18 canons ; trois, de 10 à i':i pièces, seront bientôt prêtes à prendre la mer, et on se dispose à en équiper une sixième, de 26 canons. Saint-Jean-de-Luz fait construire deux vaisseaux de 16 à 18 canons, et un corsaire, commandé par le capitaine Lembeye, a déjà envoyé deux prises. Malheureusement, « un corsaire tout neuf, monté par 155 hommes d'équipage, commandé par le capitaine Simonin, fils de l'hydrographe (1), ayant mis en mer mardi dernier, a été pris par un coup de vent si violent, qu'il n'a pu arriver sur la côte d'Anglet que deux hommes à moitié morts ». « Bayonne perd une belle jeunesse ».

Cependant, malgré des naufrages, des captures et des combats très meurtriers, il y avait encore à Bayonne, le 12 février 1748, c'est-à-dire à la fin de la guerre, les corsaires suivants qui, tous, étaient en croisière : \dL Méduse, 14 canons, 150 hommes, capitaine Laparade; la Volage, 14 canons, 170 hommes, capitaine Desbarbès ; le Tigre, 14 canons, 170 hommes, capitaine Larue ; le Téméraire, 8 canons, 100 hommes, capitaine Garlon ; le Cantabre, 2 canons, 80 hommes, capitaine Beyres ; le Hardi, 2 canons, 80 hommes, capitaine Barthes ; le Faucon, 2 canons, 30 hommes, capitaine Cotte ; la Palombe, 3 canons, 60 hommes, capitaine Ramella, et la Fraudeuse, de 6 pierriers et 25 hommes.

La Victoire, de 24 canons, 260 hommes, capitaine Balanqué, était prête à prendre la mer, ainsi que trois chaloupes.

On armait au Passages deux corsaires de Bayonne, la Junon, de 20

(i) Ce dernier était Fauteur du Mémoire portant le titre : Précis historique des changements arrivéf à la 'Barre de 'Bayonne, lu à l'Académie royale de Marine dans le courant de raanée 1772.

canons, 2S0 hommes, commandée parle capitaine Lauga, et le \eptune^ de 20 canons, 230 hommes, capitaine Lawégiiy.

Les corsaires en carène étaient: le Lion, 20 canons, 2J30 hommes, capitaine Picjuessary; la Marquisr ctAmou, 20 canons, 230 hommes, capitaine Duplat, et la Levrette, de 8 canons, 100 hommes, capitaine Ducrabon. Eniin, on se disposait à mettre sur les chantiers trois autres navires de 30, 24 et 18 canons.

Avant de passer aux hauts faits des corsaires les plus réputés de cette époque, nous allons donner rapidement quelques renseignements sur leurs principales prises. Nous trouvons tout d*abord la Basffuaise, de Saint-Jean-de-Luz, capitaine Sanson Dufourg, prenant, le 12 février 1748, le London Factor, de Londres, de 230 tonneaux, armé de 14 canons et de G pierriers (1). La capture en fut facile, car il lui suflisait de trois ou quatre coups de canon pour l'obliger à a mener son pavillon. Le 9 juin de la môme année, le corsaire capturait encore la Leta Marguerite Galky, de Flessingue, de 120 tonneaux, avec 6 canons et 4 pierriers, cfiargée de bois rouge, cire et dents d'éléphants (2).

Le corsaire le Cantabre, de Bayonne, commandé par le capitaine Barnetche, captura un galion du Pérou, de 330 tonneaux, très richement chargé. Ce navire, armé de 14 canons et de 6 pierriers, ne fit pas de résistance, car le mauvais temps l'avait obligé à jeter huit de ses pièces d'artillerie à la mer (3;. Tous n'étaient pas également heureux, car le corsaire le Comte de Noailles, de Bayonne, fut capturé, en 1747, par quatre vaisseaux hollandais (4).

En novembre 1747, la Fraudeuse, de Bayonne, armateur Duplessy, commandée par le capitaine Joannico Detcheverry, prit, sans combat, la Sainte-Anne, de Lisbonne ; déjà, en aoiU de la môme année, il s'était emparé du Saint-Barthélem\i, d'Amsterdam, armé de 10 canons et portant un précieux chargement de cacao et de cannelle (.")). En ce moment, la Fraudeufie avait pour capitaine Pierre Rasileu. La Marie, de Londres, est prise, en février 174G, par le corsaire VHcroine, de Bayonne, commandé par le capitaine Antoine-Louis Lamaignère. Ce navire, pris sans combat, était une belle frégate, armée de 18 canons et chargée de tafia, vins de madère, indigo et cochenille (()). Le Lécrier, de Bayonne, capitaine Balanqué, n'est guère cité, pendant cette période, que pour des désordres commis en 174G, par son équipage, dans un cabaret de la ville (7).

(i) Ce navire était chargé de 14^*8 boucauls de tabac, FF, 5 i^j.

(4) Archives de la Chambre de CommerDe de Bayonne, n» 19, p. 5^^-

Le Lion, de Bayonne, capitaine Piquessary, est plus heureux, ou plutôt son commandant est plus actif, car le nombre de ses prises, dans la seule année 1748, est vraiment considérable. On trouve, en février : y Anne Brie, de Liverpool, le Boston, la Prospérité, de Dublin ; \eLicerpool, de 260 tonneaux, était armé de 14 canons, 5 pierriers, et enfin l'Occupation, de Liverpool. a Cependant, dit le Tribunal des Prises, ledit Piquessary s'était emparé, le IG novembre précédent, dudit navire VOccupation ; mais le lendemain, 17, ayant considéré que ce navire était d'une très médiocre valeur, qu'il aurait fallu se priver des hommes nécessaires pour le conduire ; que le capitaine anglais qui le commandait n'avait point voulu se rançonner à aucun prix, toutes ces considérations avaient déterminé ledit corsaire et son état-major à relâcher ledit navire, après en avoir retiré diverses marchandises de quelque valeur (1). i\iis, il prend le Hoperwel, de Stockton, armé de 4 canons. Le Lion passe ensuite sous le commandement de Martin Minbielle et fait encore trois prises dans le courant de la même année : V Aurore, ae Londres, armé de 4 canons, VEndeawur et la Catherine de Barnstalle (2). »

La Marquise d'Amou, inconstante comme une marquise, change trois fois de capitaine dans cette même année 1748. Avec le capitaine Etienne Vigoureux, elle capture le WalsijravCf deScarborough, qui, quoique armé de 4 canons, 10 pierriers, G fusils et trois « spingolles », se rend sans combat ; avec le ôapitaine Jean Duplat, elle prend le Eloer et Petronelle, d'Amsterdam, et la Fleur de May, de Erwin, en Ecosse (3) ; nous la verrons reparaître en 1757, sous le commandement du célèbre corsaire Saubat Balanqué.

Puis viennent la Méduse, capitaine Jean Laparade, qui capture la Marie, de la Caroline du Sud, et V Heureuse Entreprise, de Saint-Christophe (4) ; le Neptune, commandé par Larreguy-Pouyer, qui s'empare du True Britain, du Georges Sara, du Uannah, de Cork, et de la Prise, de Dublin (o). La Palombe, capitaine Stéphan Raméla, prend le Jeune Jean, d'Amsterdam, et r.4n/ic-.tfrtr//î*cnrc, de Rotterdam, qui amène après le coup de canon de semonce. Le Prince d Orange, capitaine Joanis Dargainarats Romater, prend la Barbade (6). Le Téméraire, capitaine Pierre Garrelon, fait entrer la Veuve, d'Edimbourg, armée de 2 canons et chargée de pelleteries, et le ISotinghale, de Biddefort (7). Saubat Balanqué est plus heureux encore car, commandant le corsaire la Victoire, il capture

(2) Id.

(î) Id.

(4) Id.

(Old.

(6) Id.

(7 Id.

successivement la Charmante Fanny, de Londres, armé de 8 canons et 6 pierriers, le Centurion, de 4 canons, et le Carteret, de Londres, de 20 canons et de 500 tonneaux, riche prise chargée de sucre, tafia et indigo (1).

Un auteur bayonnais, presque contemporain de cette époque, vante fort Taudace et Texpérience de ce dernier : « Les prises multipliées de nos corsaires paralysaient le commerce des Anglais. Ils ne virent d'autres moyens de les réprimer que d'équiper à grands frais une escadre, sous les ordres de l'amiral Boscawen, de sorte qu'aucun navire ne pouvait sortir de nos ports sans s'exposer à être pris ; mais nos corsaires, incapables de repos et séduits par l'appât du butin, bravèrent le danger : la plupart furent les victimes de leur courage imprudent ; les uns périrent en combattant, les autres furent conduits dans les prisons d'Angleterre ; ceux qui échappèrent à la mort ou à la captivité reçurent du roi le prix de leur valeur. On doit compter parmi ces braves le capitaine Balanqué qui, pour récompense de ses exploits, fut nommé capitaine-maître du port de Saint-Domingue (2). »

Voilà une partie, bien faible, à la vérité, des nombreuses captures faites sur les ennemis par les corsaires bayonnais. Nous allons maintenant donner quelques détails sur les plus célèbres d'entr'eux, dont les actions d'éclat sont parvenues jusqu'à nous.

(i) FF, r39.

(2) Masein.

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