‹ Les corsaires sous l'ancien régimeChapitre 50 sur 103 · CROISIÈRES ET CAPTURES · texte numérisé non relu

CROISIÈRES ET CAPTURES

Le iMiquelet pris par une frégate anglaise. — Le bateau corsaire le Sauveur. — Relation d*un combat naval. — Le César et le Chat. — Le Comte et la Comtesse de Grcmont. — Le Gracieux et la Marquise d'Amou. ^ Les captures de la Basquaise^ de Saint-Jean-de-Luz. — V Aimable Françoise et VAmiral. — Prises faites par V Aurore. — La Cybèle, quatre capitaines dans la même année. — La Levrette. — Les corsaires de Bayonne et de Saint-Jean-de-Luz en 1757» 1758, 1759, 1760, «761 et 1762.

L'un des premiers navires que nous devons signaler est le Miquekt, du port de Bayonne. Ce corsaire, de 14 canons et de 436 hommes d'équipage, fit trois prises dans sa croisière de 1762 et fut capturé, le !«' juin de la môme année, en dehors du cap Lézard, par la Vénus, frégate anglaise de 32 canons (1).

Le bateau corsaire le Sauteur, armé à Bayonne par le sieur Pierre Harriague et commandé par le capitaine Pierre Lafuente, monté de huit canons, huit pierriers et 90 hommes d'équipage, combattit avec courage, le 19 juillet 1756, à la hauteur d'Ortegal, un paquebot du roi d'Angleterre, armé de dix-huit canons, dix pierriers et 150 hommes d'équipage. Le bateau corsaire n'avait qu'un mût. Le capitaine Lafuente nous a laissé un récit détaillé de cette action (2) :

« Depuis le 12 juillet au matin et les jours suivants, j'ai visité nombre de navires espagnols. Le 17 au soir, étant à dix lieues dans l'Ouest du cap do Pinas, je parlai à un capitaine de cette nation, venant de la Corogne, qui me dit avoir été arrêté sur le cap d'Ortugal par l'escadre de l'amiral Bescawen, de quatorze vaisseaux de ligne et de quatre découvertes. Il me conseilla de m'éloigner afin de les éviter. Profitant de son avis, je gagnai le large en courant jusques au lendemain 18, six heures du soir, que la vigie découvrit une voile au vent à nous, sans qu'il nous fût possible de distinguer sur quel bord ce navire courait ; mais peu de temps après, nous reconnûmes ù sa manœuvre qu'il venait sur nous.

(i) Courrier du Commerce^ lo juin, jeudi, 1762.

(2) Nous devons une copie de Cette relation à l'obligeanCe de M. Gasnâult, secrétaire de là (!hambfè de commerce de La Rochelle, et bien connu pour ses travaux sur le commerce et la navigation de cette ville. Cette relation porte le titre suivant :

« Relation du combat qui s'est donné le rç juillet i^fô, dla hauteur d'Ortugal, entre le batteau corsaire le Sauveur, armé d Bayonne par le sieur Harriague, et commandé par le sieur 'Vierre Lafuente^ monté dé huit canons, dix pierriers et quatre-vingt-dix hommes d'équipage^

« Contre un paquebot du roi d'Angleterre, armé de dix-huit canons ^ dix pierriers et cent cinquante hommes d'équipage, p

Nous virâmes de bord pour Téviter et conserver notre avantage sur le bord du Sud ; il continua, toutes voiles dehors, de suivre son premier dessein ; nous nous aperçûmes par sa marche, supérieure à la nôtre, que ce pouvoit ôtre un navire ennemi : en effet, vers les neuf heures du soir du même jour 18, il nous joignit et m'envoya neuf à dix coups de canon à très petite distance. Ne pouvant éviter sa rencontre, je virai de bord et passai sous le vent à lui, eh lui tirant ma volée de canons, pierriers et mousqueterie ; il me riposta de la sienne ; je revirai sur lui en envoyant une seconde, à laquelle il ne jugea pas à propos de répondre ; il tint le vent et m'observa toute la nuit, gouvernant sur ma manœuvre jusqu'au jour du lendemain 19, à trois heures et demie, qu'il arriva sur moi pour me livrer combat. Je l'attendis à quatre heures du matin, à la portée du fusil ; il me tira sa première volée : nous lui répondîmes de la nôtre, en le tenant toujours à la portée de la mousqueterie, et sous le vent à lui, afin de conserver mon équipage et l'avantage de faire servir l'artillerie. Je tentai de l'aborder plusieurs fois ; la supériorité de la marche qu'il avait sur moi le mit à môme de l'éviter. Le combat commencé, le capitaine anglais me menaça de la voix, avec des paroles injurieuses et grossières ; ma réponse fut d'arrimer mon monde, qui ne cessait de faire feu sur l'ennemi. Vers les huit heures, je lui mis bas son mât do senau et son mât de pavillon. A la vue de ce dernier, j'encourageai l'équipage par trois cris de: Vive le Roi! Mon ennemi, qui l'entendait, cria à son tour qu'il n'avait pas amené ; il ramassa son pavillon et le fît étendre sur le couronnement de son navire ; je continuai à faire feu des canons, pierriers et mousqueterie qui balayèrent ses fusiliers de dessus son gaillard d'arrière et de quatre canons qui y étaient servis ; peu après, mon monde vit tomber le capitaine anglais. Le combat cessa vers dix heures et demie du matin, que l'ennemi, se voyant entièrement maltraité, prit la fuite. Je le poursuivis en lui envoyant deux volées ; la supériorité de sa marche l'éloigna extrêmement de nous et me fit perdre l'espoir de le rejoindre. Je mis côté en travers pour visiter mon corsaire. Ayant passé mon monde en revue, je trouvai trois hommes blessés mortellement, dont un mourut deux heures après, et deux autres blessés légèrement, mon mât hors de service, percé de deux boulets, dont l'un éclata au tiers de la grosseur de mon dit mât et l'autre resta dedans ; ma carène cassée en deux, mes voiles criblées, les haubans et les manœuvres courantes hachés de plusieurs coups de canons à bois. Je me raccomodai et, me voyant hors d'état de continuer ma croisière, je dressai le présent procès-verbal en faisant route pour Bayonne, où je suis arrivé le vingt-deux de juillet.

€ L'Anglais était un senau de quatorze canons de quatre livres de baie, sur le pont, et de quatre autres canons d'un plus petit calibre sur son

gaillard et de dix pierriers. Le combat a duré sept heures. Sûrement, l'Anglais a perdu beaucoup de monde, sans compter le dommage que son bâtiment a souffert. Le bateau que jô monte est de huit canons de quatre livres de baie, dix pierriers et quatre-vingt-dix hommes d'équipage. J*ai tiré douze cents coups de fusil et environ cent coups de canon > (1).

Le César, capitaine Rodriguez, prit, en 1762, VAris, de Wirelpool ; le Chaty armé par Ducrabon, capitaine Laroche, 10 canons de 4 et 100 hommes d'équipage, captura, dans la môme année, le Triton, qui avait une riche cargaison de tabac (2). Peu de temps après, il fut mis sous le commandement du capitaine Lacoste et fit une prise. Le Chat disparaît peu après de la scène maritime et est aussitôt remplacé par le Mathou, capitaine Dubrocq, qui fait une nouvelle capture.

Lé Comte de Gramont est beaucoup plus heureux dans ses croisières. Dans la seule année 1757, il prend le Jean-Joseph, de la Caroline, chargé de goudron et de merrain ; la Chnr mante-Marthe, de Londres, chargée de riz ; la Bourse de Copenhague, chargée de sucre, tabac et bois de campèche ; le Dryden, aussi chargé de tabac (3). Il est alors monté par le capitaine Garrelon. En 1762, ce corsaire est commandé par le fameux Lavernis, de Bayonne, que nous retrouverons plus loin.

Nos armateurs, toujours galants, même à cette époque de combat, mirent à la mer le corsaire la Comtesse de Gramont, capitaine Dolhonde, armé par Jean Barrère. C'était une belle corvette de 10 canons de 6, et montée par 220 hommes. En trois mois de croisière, elle captura trois navires : la Grande-Paix, de Viperpool, chargé de fer et de poudre ; le Triton, chargé de poudre, farines et verroterie, et le Cheval-Marin, de Philadelphie. La Marquise de Salha, armé par Mazères, capitaine Berrade, et portant 16 canons de 4, capture le Prince d'Orange, chargé de bois de campèche. La Triomphante, frégate montée par 160 hommes, et commandée par le capitaine Lavernis, prend d'abord, en 1762, le Richemont, de Liverpool. Puis, du 2 février au 5 mai de la môme année, le corsaire croise sur la côte d'Espagne et, rencontrant un convoi, il s'empare de cinq gros navires qui furent envoyés à Bayonne, Bordeaux et Lorient. Lavernis avait d'Albarade comme premier lieutenant (4).

Puis nous trouvons le Gracieux, capitaine Guillot, lequel s'empare, en 1762, du Ilodncy, de Bristol (5). La Marquise, capitaine Berdoulin, prend, dans la môme année, le Gigotey, de Chester, chargé de diverses marchan-

(i) « Avec Permission »— A Bordeaux, chez Jean Ghappuis, imprimeur de Monsieur le comte d*Hérouville, commandant en chef dans la province de Guyenne, rue Désirade, in-4'' de 4 fs. (2)EE, 62.

(4) EE, 67, Revue de Gascogne. d*Albarâde, par Communav.

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