LES FRÉGATES CORSAIRES L'AIGLE & LA DIANE
Vt^igle est armé par Forestier, de Bayonne. -~ Ses captures. — Lettres du capitaine Lafargue. — La prise de la Charmante-Nancy, — Le capitaine Georges Forestier. — Ses états de service. — Prise d*un corsaire de Bristol. — Un journal de bord. — Une frégate en feu. * Un corsaire désolé. — Le corsaire la Diane. — Ses croisières et ses captures.
Ces deux vaisseaux méritent que nous nous occupions d'eux d'une manière toute particulière, tant parce qu'ils firent des prises nombreuses et importantes, que parce qu'ils furent montés par deux des plus remarquables marins de cette époque fertile en combats.
VAigk, armé par Forestier, riche négociant de Bayonne, fut mis sous le commandement du capitaine Lafargue ; monté de 2ï canons de 8 et 350 hommes, il fit une première croisière en 1757. Au cours de cette campagne, la frégate prit la Charmante-Marthe, de la Caroline, chargée d'indigo et de pelleterie, puis la Charmante-Nancy, de Londres, portant du café, sucre et indigo ; enfin, VEpervier, corsaire de Bristol, dont nous parlerons plus loin. Nous avons trouvé une curieuse lettre du capitaine Lafargue, adressée à son armateur, et lui donnant le compte rendu de la première partie de sa croisière. Les documents de ce genre sont devenus aujourd'hui si rares, du moins dans notre ville, que nous sommes heureux de pouvoir la reproduire ici :
« A Monsieur Forestier, à Bayonne.
« Riberos, le i8 mars 1757.
« Monsieur,
(( Après avoir l'honneur de vous saluer, j'ay celuy de vous apprendre ma relâche en ce port, depuis ce soir, avec ma prise la Charmante-Marthe, de la Caroline, duquel vous trouverez ci-joint la note du chargement, suivant le manifeste que le capitaine m'en a remis, avec celuy du navire la Charmante-Nancy, et le paquebot de Fero. Hier, faisant route avec mes trois prises, j'eus connaissance, à 9 heures du matin, de deux navires sous le vent à moy. Le vent étant de la partie du Nord et variable jusqu'au N.-E., je n'eus pas de peine à ni'apercevoir que c'étoil des marchands de poudre, ce qui me détermina à rallier mes prises et à leur donner ordre de forcer de voiles pour prendre port, et moy mettre sous mon hunier pour les observer.
t Dès aussy tost que le plus gros fut sur mes eaux, il vira de bord et fit de la voile pour venir sur moy : je Tatandis de pied ferme, bien résolu de disputer Thonneur de la nation, jusqu'à ce qu'il fut à demy lieue de moy que je viré de bord sur luy pour sçavoir ce qu'il avoit dans Tàme. Avant la nuit, je fus à luy, vent arrière, jusqu'à demy portée de canon, voulant luy donner ma bordée à bout touchant, et revenir sur l'autre bord, pour luy faire voir sy VAigle avoit l'un côté fait comme l'autre. Il jugea à propos de ne pas nous constituer en dépense, en arrivant lof pour lof, et prit ses amures sur tribord, pour aller joindre un de ses camarades que je vis être une de ses prises. Alors je me déterminai aussy à faire servir, pour aller rejoindre les miennes, ce que je n'ay malheureusement pas peu faire, les ayant au vent à moy, hors la portée de voir mes signaux. Il n'y a que le sieur Lesseps, qui commande VAima' blé-Marthe^ qui a pu les apercevoir, et que j'ay conduit dans ce port. Je ne doute nullement pas que les autres ne soient à Ribadeos ou à Gigon, si elles ont doublé le cap de Pinas. Je les voyois encore ce matin à dix heures.
« J'aurais doublé ledit cap sans la vue du corsaire d'hier que j'aperçus à 8 heures dans mes eaux, faisant route sur moy, et qui m'a obligé de prendre M. Lesseps à la remorque pour m'approcher de terre.
« Lorsque j'en ay été à demy lieue, j'ay fait larguer mon grelin à la prise ; alors il a jugé à propos de serrer sa voile de chasse et de prendre les amures sur tribord, alant au plus près du vent. Pour cette fois, il a agy en galant homme, parce que j'étais trop près de terre pour combattre ; mais hier il a agy en poltron : je luy ay cependant compté 2(5 canons en batterie et 6 sur son gaillard d'arrière ; plusieurs de mes gens disent luy avoir veu de loin des sabords ouverts entreponts. Enfin, Monsieur, comme je ne doute pas que mes autres prises ne soient en port, les ayant veues à la distance de 7 à 8 lieues de terre, les vents estant de la part de l'E.-N.-E., je vais envoyer un exprès à Ribadeos et un autre à Gigon, pour sçavoir sy elles y sont, à cette fin de les mener sous mon escorte à Rayonne, où Dieu, me faisant la grâce d'arriver, vous pourrès vous flatter d'avoir deux des plus riches prises faites sur les Anglais sans y avoir des espèces. Mettant les marchandises à un prix médiocre, elles valent un million (1).
« J'ay donné ordre aux dites prises ^e ne point sortir d'aucun port
(i) La Charmante-Nancy^ venant de la Caroline, et allant à Londres, commandée par With, fut placée sous la direction du sieur Robin, lieutenant honoraire de VAigle. La cargaison se composait de : 294 barils d'indigo, français et anglais, i8i) barriques sucre français, brut et terré, 22^ barils et tierçons café français, 76 barils riz, 25 surons kina, 6 surons tabac d'Espagne, 62 madriers de bois d'acajou, i pipe vin de Madère, 36 cuirs de bœuf en poil, 5 tonneaux bois du Brésil, n^ barriques cortiza, 13 tonneaux bois de campéche.
(Papiers de corsaires. — Ma Collectioh^.
de relâche, qu'ils n'ayent reçu vos ordres, et moy je donneray 8 jours d'avance au porteur de la présente avant de sortir d'icy. Je viens de questionner le pilote qui m'a entré icy, quy m'a assuré que mes prises sont à Kibadeos; dès que j'en serois assuré, je vous expédierez un exprès, à moins que le chef de prise ne l'aye fait, ce que je lui ay très expressément recommandé.
(( Je me recommande à votre sage prudence pour les précautions à prendre pour ce qui nous regarde en général, faisant faire attention aux assureurs que je dois escorter ï Aimable-Marthe et aller chercher les autres aux ports que je vous ay cité, où moralement elles doivent être ; sy, malgré toutes ces considérations. Messieurs les assureurs ne veulent pas être raisonnables, voyés le parly à prendre et celuy que vous suggérera votre sage prudence. Nous nous en raportons. Vous aurez la bonté d'en prévenir mon beau-frère Lissonde, je luy écriray dimanche, par le courrier, n'ayant pas le temps de le faire aujourd'huy.
« Le sieur Lafitte est porteur de la présente ; je l'envoyé pour faire plus de diligence, je luy donne ordre de passer à Ribadeos, Louarques, Avilies, Gigeon, pour sçavoir sy les autres prises y sont, malgré qu'on m'assure qu'elles sont entrées aujourd'huy à Ribadeos. Je ne sçaurais vous faire assez de louanges de votre frégate ; j'ay rencontré en croisière M. Fau, les derniers jours de février, il avoit expédié une prise venant de la Jamaïque ; VAmiral, qui n'avait rien fait; la Nouvelle Saxonne, idem ; le Singe avait fait, le;') courant, une prise chargée de 300 barriques de sucre. Le capitaine Lanne m'a dit avoir parlé M. Balanqué, qui en avoit fait aussy une chargée de |)lomb, acier et autres marchandises. De tous ces corsaires que j'ay parlé, je suis l'amiral à toute voilure. En faisant un coup de bouline avec M. Fau, j'ay mis bas mon petit n)àt de huno et mes doux niAls de perroquet. Sa prise avoit 200 barriques sucre, colon, cafîé. Je souhaite qu'elles soient toutes arrivées à bien, et que je puisse en augmenter le nombre par les miennes. 11 seroit dommage que je les perdisse, car elles me (ont beaucoup de plaisir. Je vous prie de saluer ma belle-mère, mes amitiés à mes belle-sœurs, et, en attendant le plaisir de vous embrasser, j'ay l'honneur d'être, avec respect, « Monsieur,
« Voire très humble et obéissant serviteur,
(( M. Lafargue.
(( Je suis pressé par l'exprès, je n'ay pas le temps d'écrire à Gracieuse; je vous prie de luy assurer de mes amitiés ; j'espère qu'elle aura fait un gros garçon à num arrivée, et que je la trouveray bien portante, de même que tous mes enfants, que j'embrasse. Je vous serai obligé de donner de mes nouvelles à mon père et luy dire que mon filleul se porte
bien. Forestier est occupé ; il vous assure de ses devoirs ainsi qu'à sa chère mère. Il se porte à merveille » (1).
Ce fut dans rafïaire de V Aigle contre le corsaire VEpervier, de Bristol, que le capitaine Lafargue fut dangereusement blessé et remplacé par son second, Georges Forestier, fils de l'armateur de VAvjh. Voici les états de service de ce brave marin :
(( Georges Forestier entra dans la marine marchande en 1743. Il fit, pendant la guerre de 1744, dans la frégate le Lion, de ce port, armée par M. Jean Forestier, son père, deux campagnes de course. Il continua de naviguer pour l'Amérique pendant la paix de 1749, et fit une campagne sur le vaisseau du roi le Saint-Michel, commandé par M. de Bar. Dans la guerre de 1736, il servit d'abord en qualité de second sur la frégate V Aigle, également armée par son père. Il en eut ensuite le commandement et passa successivement à celui de la frégate la Diane, dans laquelle il fit trois campagnes. Dans ses différentes croisières, il s'empara de 28 bâtiments anglais, notamment du corsaire ïEpenier, de Bristol, armé de 20 canons, 12 pierriers, qu'il mena à Bayonne, et fut honoré d'une épée du Roi « (2).
La première campagne que fit Georges Forestier commença d'une manière brillante et se termina par une catastrophe. Voici un extrait de son journal de bord :
« Je suis party de Bayonne le 24 octobre 1737. J'ay fait une prise anglaise le i*>^ novembre, chargée de ce qui s'ensuit, savoir :
« 423 barriques de tabac, 4,000 douves, 23 planches de chàteignier, 12 douzaines de pièces de bois, 30 tonneaux de fer coulé.
« Je visitay, le 3 novembre, un hollandais venant de Sainl-Ustache, allant à Amsterdam, chargé de caffé, lequel avoit toutes ses expéditions en règle.
« Le 0 novembre, h la pointe du jour, passé à la portée du fusil d'un vaisseau de guerre.
« Le môme jour, je parlay une prise de la lieprésaille, commandée par Lafourcade, chargée de 430 barriques de sucre.
« Le7 dudit, je vis un corsaire que je reconnus pour être Vlléroine, commandé par M. Passeman. Je ne lui parlay point. J'en fus empoché, lorsque je me mis ù môme, par la vue d'un navire auquel je donnay chasse et que je joignis à 4 heures du soir. Il se trouva ôtre la môme prise dont j'ay parlé cy haut de la Représaille,
(i) Papiers des corsaires. — Ma Collection.
(2) Forestier lit remarquer, dans une note jointe à ses états de service, que IM/^/^, lorsqu'il fit cette prise, était commandé par Lafargue, et que ce capitaine ayant été mis hors de combat, Forestier, son second, prit le commandement et réduisit le corsaire anglais. — {Archives de la Chambre de commerce de Uayonne).
t Le môme jour, je m'aperçus que mon éperon avoit du jeu, et que le premier écart avoit ouvert d'environ 4 pouces.
(( Le môme jour, je parlay un danois venant de Saint-Thomas, allant à Copenhague. L'agitation de la mer m'empôcha de le visiter.
ce Le môme jour, je vis un navire que la force des vents et l'agitation extraordinaire de la mer m'empôcha d'approcher.
« Le 12, la violence des vents m'obligea de courir à leur gré, et je m'aperçus que le beaupré étoit fôlé au bout qui repose sur le pont en trois endroits, ma corne d'artimon fut cassée et ma bouteille de tribord et mon fanal de poupe emportés.
« Le 17, après huit heures de chasse, je fis amener le bateau corsaire rj?7i^?'tmûi, de Bayonne, capitaine Diharce, qui me dit avoir fait une prise de 150 barriques de sucre.
(( Le 18, je vis encore le môme bateau cy-dessus.
« Le 19, mon mât de misaine se fôla dans son milieu d'environ 6 pieds, ma guibre considérablement ébranlée, ce qui me décida, de l'avis de tous mes officiers, de relâcher, comme je puis le conster par un procezverbal dressé en conseil de guerre, pour le port de Rochefort. J'eus à cette occasion une révolte, à la tôte de laquelle étaient les Bayonnois qui vouloient s'opposer à ce que je fusse audit lieu. Je parvins à les appaiser et à les mettre à la raison en châtiant les chefs.
« Le 23, j'eus la sonde de Tlsle Dieu, j'en eus connoissance à 7 heures du soir.
« Le 24, je mouillay à .') heures du soir par les 14 brasses de N.-N.-O. de la tour de Balaine, les vents au S.-E.
« Le 2o, j'étois mouillé au Sud de St-Martin, et au 0. 1/4 N.-O. de la tour de Balaine » (1).
Le reste de l'histoire de la frégiRle ïWv/le est facile à raconter. Les avaries du vaisseau s'aggravèrent tous les jours, et la rébellion se mit dans l'équipage. Enfin, un incendie attribué à la malveillance s'y déclara, au point qu'on fut obligé de la couler à fond à coups de canon. L'une des lettres de Forestier à son père nous renseigne complètement à cet égard :
« A Rochefort, le 8 janvier 1758.
« Mon cher père,
« Quelle va être votre douleur à la réception de ma lettre : est-il de situation plus triste que la mienne, et avais-je à vous apprendre quelque chose (h; |)lus mnlhenreux que In perle presque totale de ma pauvre frégate.
{i) Ma Collection.
« Ayant totallement finy mes affaires icy, remédié à tous mes domages et tout embarqué, et enfin ma frégate étant prête à faire voile, je -partis d'icy le 4, avec M. Veron, pour me rendre à La Rochelle, dans le dessein de régler mes affaires avec M. Audouin auquel vous m*avez adressé, et y engager party de Téquipage du corsaire le Furet qui a péry. Nous y réussîmes, et après avoir tout arrangé avec la diligence possible, je me mis, le 16, en route pour Rochefort. A peine fus-je à deux lieues que j'appris, par un officier qu'on m'avait dépêché, que ma frégate étoit en feu. Jugez de mes alarmes : je me pressois le plus qu'il me fut possible, et me rendis assez à tems pour la voir à demi-brûlée, toute sa mâture bas, et elle-même coulée à fond par quantité de coups de canon qu'on avoit tiré dessus, et au moypn desquels on lui fit de larges sabords. Personne ne sçait, ny moi-même, la vraie cause de ce malheur. Mais une «juste prévention ne m'annonce que trop certainement que ce ne peut être que quelqu'un des étrangers qui composoit partie de mon équipage qui, ne trouvant d'autre moyen pour s'affranchir au devoir dans lequel je les avois maintenu jusqu'à ce malheureux moment, auront employé cet indigne moyen pour se procurer la liberté. D'eux d'entr'eux ont été brûlés et 7 à 8 noyés. Le feu s'est déclaré par un petit écoutillon qui communiquoit de la chambre à la sainte-barbe, avec une violence sy grande, que le secours le plus prompt n'a peu arrêter les progrès. Toute la partie de l'arrière jusqu'au panneau de l'avant a été brûlée. Je ne sçaurois vous exprimer jusqu'où vont mes allarmes I Est-il rien de comparable à ma triste situation ? Parvenu jusqu'au point de remettre en mer, et n'ayant à prendre que mes poudres, quel coup de foudre pour moi I Les réflexions que je fais me dévorent. Si quelque chose est capable de diminuer mes peines, c'est l'accueil gracieux que m'ont fait les puissances, et la promesse qu'elles m'ont faite d'écrire en ma faveur au ministre, attendu qu'elles étoient instruites de l'ordre que je faisois observer, des précautions que j 'avois prises, et qu'elles n'attribuent cet accident qu'à la malice de quelqu'un de mon équipage, chose qu'il est difficile de prévoir. Je puis également me flatter d'avoir mérité les suffrages de tous les officiers du port, et j'ay eu devers moy la satisfaction de voir tous ceux qui me connoissent dans ce pays participer de cœur à mes afflictions. Mais cela suffit-il pour me rassurer sur les divers jugemens qu'on portera sur moi, et à quelles épreuves n'est point exposé une réputation naissante dans de pareilles circonstances. J'espère trouver en vous, mon cher père, un consolateur, et je me flatte que vous me rendez assez justice pour ne pas attribuer cet accident, ni à ma négligence, ni au défaut de soin de ma part: il est des choses dans la vie que l'homme le plus consommé ne sauroit prévoir.
« J'ai été privé de mon équipage dans le temps le plus précieux, l'on
ne m*a donné la liberté d'en jouir qu'aujourd'hui, et, depuis ce matin, je nie suis occupé sans cesse à sauver les tristes restes échappés aux llammes ; 12 canons qui étoient sur le pont, trois ancres et quelques autres minuties ont été sauvés. Il faudra bien de la peine pour réussir à sauver le casque, je vais y travailler de mon mieux.
(( Donnez-moi, je vous prie en grâce, vos ordres, pour que je me comporte icy suivant vos désirs. Dites-moy le tems que j'aurois à rester icy, ou du moins, si je dois y rester jusqu'à parfaite consommation de tout. Si vous approuvés que je garde deux ofliciers avec moi, je ne sçaurois vacquer à tout dans un port aussi difficile que celui-cy. Enfin, faites-moi part, s'il vous plaît, de vos avis.
« J'ai la confiance, mon cher père, que la Providence me fournira quelque occasion pour me récupérer de la perte que je viens de faire. Je mets ma confiance en elle, et je me flatte que ce malheureux événement ne diminuera en rien celle que vous avez en moi.
« Je suis avec respect,
« Mon cher père, votre très soumis fils,
« FORESTIEH.
« A Rochefort, le 8 juin 17^8 » (1).
M. Forestier père ne perdit pas de temps en plaintes vaines, et on mit bientôt sur chantier une superbe frégate qui, sous le nom de la Diane, devait fournir une brillante carrière. C'était un beau corsaire de i6 canons et de 102 hommes d'équipage. Le vaisseau fit une campagne vers la fin de 1760, dont nous ne connaissons pas le résultat. Mais en 1761, il fit neuf prises et trois en 1762. Quelques renseignements empruntés à la correspondance du capitaine nous fournissent d'intéressants détails.
La Diane se comportait merveilleusement à la mer. Forestier, aussitôt sorti de l'Adour, s'emi)ara du brigantin anglais le Phénix, de Dartmouth, chargé de 'M tonneaux de sel et de 10 à 12 barriques de vin de Porto, de caisses d'oranges, de citrons et de raisins. Il mit la prise sous le commandement de Larrendoetle, enseigne sur son bord, accompagné de cinq hommes et de deux Anglais ; en ce moment, il apercevait un nouveau navire sous le vent.
Le capitaine de celui-ci oiïrit de se rançonner, mais il ne voulait donner qu'une somme si modique, qu'il fut capturé. Le navire qu'il avait en vue, qui était hollandais, fut relâché après avoir été visité. Le môme jour, il s'empara, à 7 heures après-midi, du navire le Friendship, de Philadelphie, « c'est un joli navire de 200 tonneaux ï>. Il évglua cette
(i) Ma Collection, — Les débris de V Aigle furent vendus 7.400 \Wm,
prise à 60,000 livres. Elle fut mise sous le commandement de Jean Jaulerry, avec neuf matelots et cinq Anglais. Le 30 janvier 1761 il s'empare de la frégate VElisaheth, de Londres, venant de la Virginie. Le 4 février, il capture le senau le Irish Oack, de New^ry. Cependant, toutes ces prises affaiblissent son équipage, car il assure être parti de Bayonne avec trop peu de monde : 50 hommes de plus lui seraient très utiles. Toutes ces captures atteignirent heureusement les ports de la cùte, soit en France, soit en Espagne. Forestier continua ses courses avec le plus grand succès, et la paix, qui survint peu de temps après, Tayant rendu à la marine marchande, il fit de nombreux voyages dans les colonies d'Amérique (1).
(i) Papiers des Corsaires. — £^a Collection.
CtlAPITRE XLVIII