UN VOYAGE D'EXPLORATION
Une mission secrète. — D'Etcheverry, lieutenant de frégate, naît à Cibaure. — Le giroflier et le muscadier. — La corvette le Vigilant et le bateau VEtoile du Matin. — Première navigation. — Une précieuse relation. — Le scorbut à bord. — M. de Tremigon laisse d'Etcheverry accomplir la mission dont ils avaient été chargés. — La connaissance d*un Hollandais. — L'île de Gueby. — Arrivée de d'Etcheverry dans cette île. — Alliance avec le roi du pays. — La flottille du roi de Patany. — D'Etcheverry obtient les graines de muscadiers et les plants de giroffliers. — Retour à l'île de France. — Récompense royale.
D'Etcheverry naquit à Ciboure et prit du service dans la marine du roi, où il se distingua par plusieurs brillants combats. En 1770, il fut chargé d'aller aux Moluques dans le but de se procurer des graines de giroflier et de muscadier, dont les Hollandais défendaient l'exportation de leurs colonies sous peine de mort. Nous avons retrouvé la relation de ce curieux voyage et nous pensons qu'on ne la lira pas sans intérêt (1) :
« La corvette le Vigilant et le bateau VÉîoiledu Matin, en rade au Port- Louis, isle de France, en conformité des ordres de la cour, furent destinés pour faire le voyage des isles Philippines et Moluques.
(( Le 18 may, M. de Tremigon partit de l'isle de France et donna des ordres particuliers au sieur d'Etcheverry de l'aller joindre à Queda, en passant par le détroit de Malac.
« En conséquence des instructions que M. de Tremigon laissa par écrit au sieur d'Etcheverry, il partit le 5 juin de la dite année et arriva à Achem le 17 juillet suivant, son batteau faisant, depuis le 9 de ce mois, 48 pouces d'eau par heure.
« Le sieur d'Etcheverry y trouva M. de Tremigon, avec qui il en partit le 19 ; ils firent route pour Queda, où ils arrivèrent le 23 ; dans cette traversée, VEtoile du Matin faisoit à l'heure 60 pouces d'eau.
« A peine eut-il mouillé qu'il demanda des ordres à M. de Tremigon pour faire caresner son batteau ; il les fit exécuter avec tant de célérité, qu'il fut en état de partir le 10 août suivant pour Manille, où il arriva avec le Vigilant, le 18 septembre, et ils y relâchèrent jusqu'au 16 janvier 1770.
(I) Cette relation manuscrite, oui appartient k Ma Collection^ porte lé titre suivant : « Extrait du voyage fait aux Isles Philippines et Moïusqlies par les vaisseaux la corvette dil Roy lé Vigilant et le batteau VEtoile du Matin^ sous le commanaement de M. Everard de Tremigon ) lieutenant de vaisseau, commandant le Vigilant, présenté par le sieur d'Etcheverry, lieutenant d« frégate, commandant VEtoile du Matin. »
« Le sieur d*Etcheverry ne s'occupera pas à faire le détail de tout ce qu'il a soulTert jusqu'à ce jour. Si Ton veut s'en faire une idée, qu'on se représente seulement près de quatre mois de navigation dans une aussi petite embarcation ; il fut si vivement attaqué du scorbut que, pendant les deux premiers mois de relâche, il luy fut impossible de quitter son lit; il se détermina de se faire apporter à terre, mais il enfla à un point qu on crut qu'il touchoit à sa dernière heure, les remèdes et médicaments qu'on luy avoit administrés ne luy ayant pu procurer le moindre soulagement.
« Instruit qu'il y avoit aux environs de Manille une chute d'eau dont les bains avaient fait et faisoient chaque jour des effets et des cures admirables, il s'y fit porter. L'usage qu'il en fit pendant plus d'un mois le rétablit ; ces bains guérissent de la goutte et de beaucoup d'autres infirmités; cette eau se jette successivement dans quatre bassins différents : dans le premier, elle est si chaude, qu'en trempant pendant six minutes une volaille, on n'en retire que les os.
î( Le dit jour 10 janvier, M. de Tremigon donna ordre au sieur d'Etcheverry de le suivre aux ioles de Miao et Taffoirey. C'est alors qu'il luy communiqua le sujet de leur mission. Ils y arrivèrent le 8 mars et jusques au 10 firent sans succès la recherche des épiceries, ce qui décida M. de Tremigon à faire roule pour Ceram.
(( Sur les quatre heures du soir de cette journée, M. de Tremigon fil signal au sieur d'Etcheverry de se rendre à son bord et luy dit que les moussons du ouest pouvant rendre le retour de Ceram à Timor trop dangereux, il estimoit qu'il valoit mieux aller en droiture dans cette dernière isle, ce qui fut décidé par le conseil assemblé. En conséquence, le sieur d'Etcheverry retourna à son bord ; mais à peine eut-il appareillé qu'on luy fit un nouveau signal et M. de Tremigon luy dit qu'il avoit changé de résolution, en vertu de laquelle il revint à son bord avec M. Prevot, supercargue, avec ordre d'aller continuer seul ses observations dans la partie de l'Est desisles Moluques.
(( M. de Tremigon continua sa route pour Timor et le sieur d'Etcheverry prit celle de Ceram ; c'est depuis ce jour qu'il n'a eu aucune connaissance du Vif/ilant qu'à son retour à Tisle de France, où il arriva 23 jours avant VEtoilc du Matin.
Mission faite aux isles Molusques par le sieur iVFJchexernjy depuis le 40 mars 4770, jour de sa séparation dUitec le Vigilant, jusqu*au 35 juin suivant, jour de son retour à Vislc de France.
« Le 13 mars, j'arrivay à la vue de Ceram sans avoir essuyé d'autres mauvais temps que quelques contrariétés ; du 16 au 17, j'ay éprouvé de très vifs ressentimens d'un tremblement de terre, et le 18, malgré les
dangers pressentis, j'ay mouillé à une lieue d'un village où je me fis transporter et, d'après mes recherches, ne prévoyant pas y tirer des instructions relatives à mes vues, pendant la nuit je revins à mon bord.
« Le 22, j*ay mouillé à plus d'une lieue d'un autre village que je ne pus serrer de plus près, par les calmes : je me rendis à terre avec M. Prévôt ; les personnes destinées à la garde de cet établissement ne voulurent pas nous laisser descendre ; mais à force de leur prouver des besoins supposés, ils nous le permirent et nous firent escorter, ce qui rendit mes démarches aussy infructueuses que les précédentes.
« Cette non-réussite, loin de ralentir la ferme résolution que j'avois prise de ne point revenir sans raporter les épiceries désirées (pour Tenlèvement desquelles on avait fait depuis plus de 23 ans des voyages inutiles) ne fit que Taugmenter ; de retour à mon bord, je fus mouiller dans une baye éloignée de ce dernier village, dans la partie de TEst, de 7 lieues.
« M. Prévôt étant allité, je descendis dans mon canot avec deux matelots seulement, ayant intention de m'avancer dans les terres, où j'étois fondé d'avoir des craintes, et ne voulant pas compromettre le pavillon de mon prince, ni exposer mon vaisseau à être saisy, je crus devoir ne point en diminuer l'équipage déjà trop foible, et d'ailleurs épuisé par la dureté du voyage, et de prévoir aussy tous les moyens de les sauver au cas que je fusse arretté.
« En conséquence, j'ordonnay très expressément à mon second d'appareiller sitôt que les gens de mon canot auroient tiré deux coups de fusil, signal que je leur avois enjoint de faire, en retournant bien vite à leur bord dès qu'ils s'apercevroient qu'on cherchût à s'emparer d'eux, laquelle tentative auroit prouvé ma détention.
« Les choses ainsy disposées et an risque de tout ce qui pouvoit m'arriver, je me mis en route ; aux aproximilés du rivage, je vis un homme occupé à la construction d'une barque ; il me parut de la dernière surprise en voyant un vaisseau françois dans ces parages, et aux questions qu'il me fit, je luy répondis que, faisant route pour Timor ^ la rapidité des courans m'avoit entraîné depuis Bouro et que des besoins indispensables m'amenoient à terre.
« Cet homme parut très touché de la cruelle situation où je luy avois déclaré être réduit, car il permit de mettre pied à terre, mais ayant vu dans mon canot deux fusils, deux sabres et deux pistolets, il ne voulut pas que mes gens m'accompagnassent et ne souffrit pas môme que je prisse les dernières armes.
« J'avois eu la précaution de me munir d'argent et de présents. J'en offris à cet Hollandois qui les accepta, en me priant d'aller à sa caze qui D'étoit pas éloignée de son chantier.
« Je suivis cet homme, quoiqu'il fût presque nuit close ; arrivé chez luy, il me fit passer dans un cabinet séparé en observant qu*il ne vouloit pas que je fusse vu ^ar des noirs malais qu*il avoit sous ses ordres ; peu après, il m'apporta des rafïraichissements et j'y passay la nuit avec cet homme qui, comme on le verra, m'a favorisé dans mes entreprises.
« Cet HoUandois m'avoua qu'il étoit Européen, ainsy que les raisons qui le détenoient dans ces lieux ; il me fit mille questions qui me prouvèrent non seulement ses connoissances dans la marine, mais encore qu'il étoit un bon hidrographe, ce qu'il me confirma en me montrant ses ouvrages ; il ne me cacha pas les justes griefs de la haine implacable et bien fondée qu*il avait contre sa nation ; cette confiance sans bornes m'inspira le dézir de luy accorder la mienne, sans m'écarter de celles de la prudence que j'ay toujours observées dans tout le cours de ma mission.
(( L'inspection qu'il me fit faire de différentes cartes marines avec des observations analogues à une parfaite connoissance du local des isles Molucques, me donna l'envie de les achepter.
« Mon HoUandois fit d'abord quelques diflicultés; je le gagnay si bien, qu'il me les remit de la meilleure grâce du monde pour le prix que je luy en offris.
« Quelque confiance que cet homme peut me témoigner, je n'osay m'ouvrir à luy sur l'objet important de ma mission, craignant que les mots de giroffliers et muscadiers ne loy inspirassent quelques soubçons nuisibles à mes opérations.
(( Luy ayant fait quelques questions sur le cabotage des vaisseaux de sa nation à Céran, il me répondit qu'ils étoient trop occupés à la garde de l'isle d'Amhoine, qui renfermoit le plus précieux dépôt de leur commerce ; il entra dans le détail de la production des muscadiers et giroffliers : voilà où je l'attendois ; il m'ajouta que les gardiens de ces richesses des HoUandois étoient d'une surveillance difficile à surprendre.
« Il sembloit que l'affection de mon hôte s'accroissoit à chaque instant davantage ; il me dit, avec cette effusion de cœur qui ne laisse point d'équivoque à la franchise, qu'il y avoit à l'isle de Gueby des muscadiers et des girofles de la môme qualité qu'à Amboine, que cette isle n'étoit habitée que par des Malais, que son abord étoit d'autant plus difficile pour tous les Européens, qu'ils regardoient les HoUandois comme leurs ennemis implacables ; cette haine est d'autant mieux justiffiée que ces derniers ne s'occupoient qu'à détruire les épiceries qui croissent dans leurs isles.
« Cette prévention de mon honnête HoUandois ne me rebuta point ; je luy témoignay par les adieux les plus aflectueux une sincère reconnoissance de tout ce qu'il avoit fait pour moy et je fus rejoindre mes deux
hommes pour retourner à mon bord où tout mon monde avoit eu les plus vives inquiétudes sur ma longue absence, et j*y fis aussytôt route pour risle de Gueby, quoyque cela fût contraire aux ordres que j'avois reçus.
« Quelques réflexions que j'aye pu faire sur ce que cet Hollandois m'avoit détaillé au sujet de cette isle, le violent désir que j'avois de la connottre moy-mème pour accélérer ma mission, l'emporta sur toutes considérations ; je m'en approchay et, le 6 avril, je mouillay près d'un village ; alors, je vis paroitre un essaim de Malais armés qui se grossit à chaque instant et faisoit bonne contenance.
« Je descendis à terre avec M. Prévôt, portant le pavillon du Roy ; les insulaires ayant reconnu que nous n'étions point Hollandois et que ne connoissant que leur pavillon, envoyèrent au devant de nous plusieurs de leurs principaux chefs qui nous receurent avec toutes les politesses possibles, nous assurant que leur Roy, qui étoit absent, seroit charmé de nous voir ; ils nous conduisirent dans leurs cazes et nous proposèrent des raflraichissementsen attendant le retour de leur prince, qu'ils firent avertir de notre arrivée.
« Le Roy revint le même jour : nous fûmes, avec le gros de sa nation^ le recevoir à son débarquement. Il nous fit l'accueil le plus gracieux et le plus flatteur et, nous ayant fait des questions pleines de douceur, il me prit par la main et nous conduisit chès luy. Je luy fis des présens qui le flattèrent beaucoup, et qu'il reçut avec des marques de grande satisfaction.
« Il me développa son mécontentement sur la conduite des Hollandois à l'égard de sa nation, et combien il seroit flatté d'appartenir au Roy, sy Sa Majesté jugeoit à propos de former des établissemens chès luy, pour le délivrer entièrement de la tirannie de ses maîtres actuels, et sa haine se manifesta à un point qu'il fit déchirer ses pavillons et qu'il fit arborer celuy de France ; je luy remis les toiles nécessaires à cet eflet, et je le revêtis moy-mème d'un de mes habits uniforme duquel il parut enchanté.
(( Il me pria de faire planter moy-mème le pavillon et, pendant la cérémonie, tous les insulaires formèrent un cercle en faisant les plus grandes acclamations.
« Je luy alléguay les raisons les plus plausibles sur la difliculté, dans la circonstance où je me trouvays, de former aucun établissement auprès de luy, mais je l'assuray que je rendrois moy-mème compte à Sa Majesté et à son ministre de ses dispositions favorables.
« Je saisis cet instant pour luy demander s'il ne pouvoit pas me faire remettre quelques curiosités qui pussent être agréables à mon Roy ; il m'en laissa le choix : je n'hézitay pas un instant et luy désignay les
- 3iâ -
muscades et girofles. Il me répondit qu'il en étoit privé par la destruction que les Hollandois en avoit fait, mais qu*ii alloit s'occuper de cet objet en envoyant de ses sujets affidés à Tisle de Patany, distante de 7 lieues, lesquels seroicnt obligés de pénétrer 30 lieues dans les terres pour pouvoir s'en procurer d'une espèce propre à la reproduction.
« Il continua à me faire des offres de service les plus ferventes et me pria de n*étre point inquiet sur l'absence de ses gens qui seroient un nombre de jours avant de réussir.
(( Le roy de Patany, plus puissant en forces, allié et protecteur de celuy de Guéby, ayant été informé de notre arrivée, sMmagina que c'étoit une levée de boucliers quon vouloit faire chus ce dernier; il assembla aussytôt toutes ses forces, qu'il fit embarquer dans des pyrogues au nombre de plus de 80, et dont les plus petites pouvoient contenir au moins 20 hommes. La majeure partie de ces pyrogues étoient armées de petites pièces de canon, de pierriers et d'espingolles ; cette flotte vint en très bon ordre, le Roy à la tète, dans l'intention de fondre sur nous, et de délivrer son allié qu'il croyoit notre prisonnier.
(( Ils s'annoncèrent par plusieurs décharges et ne furent pas peu étonnés de me voir aller les joindre avec le roy de Guéby, qui leur parla dans les termes les plus flatteurs de son alliance avec nous. Le roy de Patany en fut si satisfait qu'il désira s'y joindre et m'accabla des marques les plus sincères de bienveillance.
(( Lorsqu'il put distinguer le pavillon arboré à Guéby, il ordonna aussytôt qu'on déchirât les siens et me promit toutes sortes d'agrémens si nous voulions aussy avoir des établissemens chez luy ; je lui fis les mêmes réponses qu'à son allié. Nous nous rendîmes t(»us à terre, on y fit de nouvelles protestations d'amitié.
(( Les députés du roy de Guéby étoient déjà revenus avec la quantité de muscades que je pouvois désirer et (jue je fis embarquer avec tout le soin imaginable pour pourvoir à leur conservation.
ft Mes vues n'étoient pas remplies, je désirois y joindre des giroffliers que ces premiers commissionnaires n'avoient pas apportés. Sur la demande que j'en fis, le nommé Bagous Kunder, principal chef du roy de Patany, s'offrit à m'en procurer, si je pouvois attendre huit jours.
« Je me déterminay à ce sncriffice, quoique extraordinairement inquiet sur les obstacles que je pouvois éprouver par le changement des moussons.
« Je profitay de l'intervalle pour envoyer mon canot avec un de mes officiers pour faire, aux environs de Guéby, toutes les observations que je croyois nécessaires.
« Ils me rapportèrent quelques particularités qui ne méritent pas d'être citées, mais je crois devoir instruire qu'ils ont trouvé dans la
partie de l'Ouest, à quatre lieues du village où j'étois, un très beau bassin nommé Poulaseau, à Tabry de tous vents, et dans lequel on peut mouiller très à Taise cinquante vaisseaux de ligne.
« Le tems que j'avois prévu pouvoir donner au retour de Bagousk étant expiré, je perdois Tespérance de le revoir ; n'ozant m'exposer à la contrariété de la mousson qui commençoit à se déclarer, je me déterminay à quitter Tisle de Guéby, touché très sensiblement de ne pouvoir emporter Tobjet qui pouvoit perfectionner ma mission ; je mis à la voile : le peu de frais me fit faire un chemin sy médiocre que je ne perdis pas l'isle de vue. Cet heureux contretems me procura la satisfaction de voir arriver Bagousk avec les girofïïiers sur lesquels je n'osois plus compter.
« Cette circonstance me procura la visite des roys de Patany et de Guéby, qui vinrent à mon bord, avec Bagousk, me remettre Tobjet dont ils étoient chargés ; je leurtémoignay toute ma joye en leur faisant les présents que ma scituation pouvoit me permettre.
€ Je quittay ces princes avec les témoignages de la plus parfaite intelligence et promesse de ma part que, sous le bon plaisir du Roy et de son ministre, je reviendrois les voir et cimenter avec eux un traité, à la satisfaction unanime des deux nations, et je leur ay donné des signaux de reconnoissance sy mon retour étoit déterminé.
« Je fis toute la diligence possible pour quitter les lieux et me rendre à risle de France en passant par celuy de Bouton qui, nécessairement, devoit abréger mon voyage.
« Malgré toutes mes précautions, j*y rencontray cinq vaisseaux gardecottes. Le commandant envoya aussitôt un canot chargé d'Européens armés, à la tête desquels étoient deux officiers et un interprète qui me firent les questions les plus captieuses, en me témoignant leur surprise de me trouver dans des pays absolument étrangers au commerce des François.
(( Je leur alléguay que je sortois de la baye de Manille et que mon intention étoit de relâcher à Batavia pour me railraichir, et ensuite me rendre à ma destination.
« Ils parurent satisfaits de mes raisons, prirent le nom de mon vaisseau et le mien et me laissèrent aller en liberté, persuadés que mon vaisseau étoit au particulier et non au Roy.
« Ils m*invitèrent, de la part de leur commandant, de mouiller auprès de luy et qu*ils m*auroient donné tous les secours dont j'avois besoin ; ils prétendoient m'y engager avec d'autant plus de raison, qu'ils voulurent me convaincre que j'aurois trouvé des courans contraires à la route que je me proposois de tenir.
(( Ce conseil ne me paroissoit pas assès sage et la chose assès vraysemblable pour que je puisse en faire usage ; je fus cependant obligé, pour
éviter des récifs, de passer à portée de voix de ces cinq garde-cottes que je remerciay de leurs offres, en poursuivant ma carrière, le tems et les vents me favorisant autant que je pouvois le souhaiter.
« J'ay passé successivement le détroit entre^Lamboï et Combara, et enfin j'arrivay à Tisle de France le 25 juin suivant.
a J*ay remis 20 milliers de muscades tant en graine qu'en plante et 300 girofïliers à Messieurs le chevalier des Roches, gouverneur et Poivre, intendant aux isles de France et, avec leur agrément, je me suis rendu en France pour aller rendre compte au ministre de Sa Majesté d*une mission qui leur a paru si importante, et qui a comblé de joye tous les habitants qui ont déjà la satisfaction de voir les heureux succès de la plantation qu'ils ont fait des dites plantes et graines. »
D'Echeverry fit un second voyage en 1772. Présenté au roi, il reçut la croix de Saint-Louis et une pension. Il fut autorisé à mettre dans ses armes cette devise : Virtute et animo detavit Galliam (1).
(i) Haristoy. — Pays Basque.