‹ Les corsaires sous l'ancien régimeChapitre 7 sur 103 · DANS, L'AMÉRIQUE ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

DANS, L'AMÉRIQUE ESPAGNOLE

Les corsaires français en Amérique. — Pillages de villes et captures de vaisseaux. — L'Ile espagnole. -~ Combat de la Capi*ana. — Débarquements sur les côtes. — Cinq corsaires de Rayonne. — Santa Maria de los Remedios. — Le corsaire Jean de Sore. — Croisières sur les côtes du Pérou. — Armements dans les ports français de l'Océan. — Un corsaire c'e Capbreton. — Vaisseaux capturés. — Actes de piraterie.

Les nombreux documents que nous avons relevés aux archives de la marine, à Madrid, nous permettent de jeter un coup d*œil rapide sur rétendue des ravages commis par nos intrépides marins. Ils ne se contentaient pas, en effet, de croiser en pleine mer ou dans les eaux des côtes d'Espagne, mais tous les atterrages des colonies d'outre-mer en é^taient infestés. Ce ne sont que villes prises d'assaut et pillées, navires capturés, tentatives de débarquement. A chaque instant, des plaintes parvenaient au roi, adressées par les autorités civiles et militaires des îles, et même de la terre ferme. Malheureusement, les noms des vaisseaux et des capitaines corsaires nous manquent, et ces précurseurs des flibustiers du XVIIe siècle ne laissaient d'autres traces de leur passage que les ravages qu'ils avaient commis. Nos archives ne possèdent absolument rien ou du moins fort peu de chose, mais nous n'avons pas perdu l'espoir de voir un jour les documents les plus inattendus sortir des dépôts publics ou privés.

Déjà, en 1537, les juges de Saint-Domingue, alors appelée Vlh espagnole, portaient leurs plaintes au roi des pillages des corsaires dans leur île. Ils avaient même envoyé une caravelle dans l'île de San Juan et avaient profité, pour faire un débarquement, du moment où les habitants étaient réunis à l'église pour assister à l'office divin.

Dix ans plus tard, en avril 1543, des corsaires français accostèrent encore l'île de San Juan et la capitana espagnole, ayant livré un sanglant combat au principal navire des assaillants, avait réussi à le prendre, mais ceux-ci avaient déjà capturé quatre navires qui faisaient le commerce sur la côte et avaient ravagé des plantations ou haciendas. L'année suivante, nouvelle plainte, et cette fois les corsaires ont étendu leurs ravages et ont fait des débarquements à San Juan, Porto Rico, Sainte-Marthe et autres parties des Indes, On demandait avec instance au

roi d'envoyer de rartillerie et des canonniers pour établir des batteries de côte et pouvoir leur résister.

En 1537, nous commençons à trouver des mentions de nos corsaires basques et bayonnais qui dévastent les caps de Sainte-Marie et de Saint- Vincent, ainsi que les îles Tercères, mais sans autre explication.

Bientôt, c'est un long cri de désolation dans toute l'Amérique espagnole : de cette date, de 1535 à 1585, les pillages se multiplient et aussi les plaintes portées au roi. C'est une patache française qui mouille insolemment à quinze lieues de la ville et du port de Puerto Hermoso. C'est Santiago et l'île Fernandina et la Havane qui sont en proie aux corsaires ; il est vrai que le port de Saint-Germain livre un combat à une troupe de débarquement de 80 hommes et la repousse. Le Venezuela, Curaçao et Maracaïbo sont envahis. L'île Marguerite signale l'apparition de cinq gros vaisseaux corsaires de Bayonne de France, montés par plus de 800 hommes et demande une galère, une galiote et un brigantin pour les joindre à deux navires qu'elle possède déjà et pouvoir arriver à les repousser.

En octobre 1544, cinq vaisseaux et caravelles, avec une patache, tous corsaires français, sont arrivés au port de Santa Maria de los Remedios et se sont emparés de cinq navires de commerce qui arrivaient d'Espagne. Cependant, les habitants firent si bonne contenance qu'ils n'osèrent pas descendre à terre et leur vendirent 70 nègres qu'ils avaient sur leur bord, ce qu'on n'osa pas leur refuser.

En 1549, Saint-Domingue, qui paraît être Tîle la plus fréquentée par nos corsaires, demandait au roi deux divisions navales, composées chacune de deux caravelles et d'une patache, montées par 120 hommes et bien munies de canonniers et d'arquebusiers. Mais toutes les précautions prises ne purent empêcher les corsaires de continuer à leur gré leurs dévastations. Ils pillent Santiago, dans Tîle de Cuba, et y reviennent encore en juillet 1555. Cette fois, le document espagnol nous donne le nom du corsaire français. Il s'appelle Jean de Sore et commande un vaisseau, une caravelle et une lanche. En 1558, quatre corsaires de Bayonne pillent le port de Cavallos, et leur présence oblige les habitants à de grands préparatifs de défense. La cité de Dieu reçoit leur visite ; le Pérou luimême n'est pas à l'abri par la distance, et les hardis flibustiers n'hésitent pas à accomplir la périlleuse traversée du détroit de Magellan pour aller porter la guerre sur les côtes de la mer du Sud.

En 1572, les armements recommencent dans les ports de France, car le roi d'Espagne est instruit de ce qui se prépare, sur les côtes de l'Océan, à destination de ses possessions d outre-mer. Bayonne y est compté pour deux vaisseaux et Sainl-Jean-de-Luz pour six galions. CepeA4ant, U semble que nos corsaires n'out pa^ toujours le dessus, car

une lettre datée de Fontarable, en 1373, mentionne un navire de Passages, commandé par le capitaine don Luis de Caravasàl, qui prend dans une croisière deux corsaires de Saint-Jean-de-Luz et combat pendant deux jours, dit-il, un navire de Rayonne armé en course et s'appelant la Galère, Celui-ci était commandé par le fameux corsaire de Gapbreton Atungen Nin, sur le compte duquel il nous a été d'ailleurs impossible de nous procurer d'autres renseignements.

L'année 1385 est surtout brillante pour nos marins, par le grand nombre de prises qu'ils font sur leurs ennemis. Nous relevons un navire de Fernambouc, chargé de sucre et de bois du Brésil ; une hourque de nie de Madère qui est prise, et ses passagers, parmi lesquels se trouve une dame de qualité, sont rançonnés ; trois navires venant des côtes de Guinée, chargés de corail, ambre, or et ivoire, riches captures, estimées 330,000 ducats ; trois navires chargés de pastel de Tîle de San Miguel, valant 20,000 ducats; un navire de Saint-Thomas, de 230 tonneaux, chargé de sucre et de coton, estimé 30,000 ducats; un navire vénitien portant un précieux chargement de vin de Candie ; une nef biscayenne de 200 tonneaux ; un navire de Conde chargé d'oranges et dont le capitaine fut tué ; deux autres navires de Biscaye, chargés de morue; une patache venant de la cùte de Guinée ; une hourque de Dantzick, venant de l'île de Madère ; une caravelle et plusieurs autres, dont on trouvera ailleurs le détail (1 ). Cependant, il faut ajouter que nos corsaires devaient avoir bien des tendances à se changer en pirates, car, dans cette longue liste de leurs hauts faits, nous avons le regret de devoir ajouter deux navires français venant de Rouen, à destination de Séville, chargés de lingerie, estimés 30,000 ducats, et une autre nef française, chargée de morue et se rendant à Lisbonne. Ce n'est pas d'ailleurs la seule fois que nous trouverons des compatriotes écumant les mers et ne respectant ni amis ni ennemis.

(i) 'Pièces Justificatives.

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