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> s'c'critrcnt les cosaques; donnons-lui le cos- » tume de son état ! » En un instant, Potocki fut dépouillé de ses riches haltils et revêtu d'une souquenille de paysan. Chmielnicki fut plus courtois pour les autres prisonniers de marque. Les chefs dînèrent à sa table, et il voulut que les Polonais eussent leur part de leau-de-vie qu'il lit distribuer à son armée: il est vrai quelle venait de leurs cantines.
Le lendemain les Zaporogues, réunis en cercle, délibérèrent sur le sort de leurs captifs. On résolut que les généraux seraient envoyés au khan de Crimée, mais que les soldats et les ofliciers subalternes auraient permission de se racheter. Telle était encore la loi de la guerre à cette époque, parmi des peuples plus civilisés. Suivant les chroniqueurs russiens, Tougaï-Bey emmena îi Pérécop 8.060 hommes, qu'on lui vendit ou qu'on lui donna. 520 soldats et 80 ofliciers se rachetèrent. Quant au général de la couronne et au général de campagne, ce fut en vain qu'ils offrirent une rançon considérable. Chmielnicki les envoya en présent à islam Gliereï. — « J'en ai refusé 24,000 ducats, » écrivait-il au khan : je les réservais à Ton » Altesse. Je la supplie de les traiter avec bien-
ï veillance. Ce sont des personnages considéraï blés , et qui pourront un jour reconnaître tes ï bontés. i>
En annonçant sa victoire à la sietclie des Zaporogues, Chmielnicki envoya des présents aux Anciens, et leur rendit au double les insignes que les gouverneurs polonais leur avaient enlevés. Au lieu d'une masse d'armes d'argent, symbole du commandement remis à l'ataman, il en envoya deux; deux queues de cheval au lieu dune. Il y joignit 300 ducats pour l'église de la sietche, et 1,000 pour régaler de bière les affiliés de la confrérie. Le butin fait sur les Polonais fut immense. Pour sa part Chmielnicki avait eu treize chariots chargés d'objets précieux, et l'on rapporte que les cosaques, qui étaient en haillons àlouverturc de la campagne, étaient si bravement habillés d'écarlate, que, suivant la naïve expression d'un chroniqueur, à voir de loin leur camp, on leût pris pour un champ de coquelicots.
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Peu de jours après la victoire de Korsun, Bogdan Chmiclnicki établissait son quartier-général à Biela-Tserkof, pour organiser à la fois son armée et un gouvernement. Il n'avait pas voulu prendre le titre d'ataman que lui offraient ses soldats; car, disait-il, au roi seul appartenait d'en donner l'investiture ; et de tous les insignes du commandement il n'avait accepté que le sceau de l'armée zaporogue. En réalité, il était le chef reconnu, non-seulement des cosaques de l'Ukraine, mais encore de toutes les populations russiennes, enthousiastes de sa gloire et de ses succès. Il présida en cette qualité une assemblée de près de 70,000 hommes, et nialgré l'ardeur belliqueuse des nouvelles recrues, il décida le fcrc/e à envoyer des députés à Varsovie pour traiter de la paix.
Vladislas était mort le 2 mai lGi8, plus de quinze jours avant le combat de Korsun; mais Chmielnicki, feignant de l'ignorer, lui écrivit de
la manière la plus soumise, pour protester de son dévouement et lui demander de soulager les misères de ses compatriotes. « Après avoir épuisé » tous les moyens de faire valoir leurs droits, les » cosaques, disait-il, réduits au désespoir, avaient » eu recours aux armes. Ils étaient prêts à les dé - » poser, dès que S. M. aurait ordonné quils fus- » sent traités comme le méritaient des sujets fidè- » les à la république. » En terminant, il suppliait le roi d'envoyer au plus tût des commissaires en Ukraine, pour connaître la vérité et remédier aux maux produits parla tyrannie des gouverneurs polonais. Chraielnicki recevait en même temps une lettre du vayvode deBraclaw, Kissel, qui, professant la religion grecque et s'étant souvent montré favorable aux demandes de ses coreligionnaires, était à la diète une sorte de patron reconnu par les cosaques. Kissel remerciait Climielnicki de ses intentions paciliques, le conjurait de renvoyer les Tartares, et lui promettait que cette fois les plaintes de l'Ukraine seraient écoutées. Au milieu de ces négociations, Chmielnicki pressait avec la plus grande activité ses préparatifs militaires. De toutes les provinces voisines du Dniepr, les paysans accouraient en Ukraine pour s'enrô-
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1er; devenir cosaques, c'est-à-dire hommes libres, tel était le vœu de tous les Russiens.
Climielnicki et les Anciens parmi les Zaporogues se préoccupaient beaucoup plus, selon toute apparence, des antiques privilèges des cosaques que de l'affranchissement des paysans : mais les victoires des Eaux-Jaunes et de Korsun avaient éveillé dans toutes les provinces méridionales l'idée d'une indépendance absolue. Plus de maîtres, plus d'étrangers, l'ancienne religion, ce fut le cri général partout où les paysans appartenaient à la communion grecque. Les popes et les évêques furent les premiers à souftler le feu de la révolte et à prêcher la vengeance contre les oppresseurs de la foi orthodoxe, c'est-à-dire contre les catholiques et les juifs. Les cosaques, soldats de profession, ne s'étaient pas montrés cruels, après la victoire, envers d'autres soldats dont ils estimaient la b -avoure ; mais les paysans russiens, esclaves révoltés et sectaires fanatiques, furent sans pitié lorsque le sort des armes les favorisa. Tandis que Climielnicki s'appliquait à compléter ses régiments avec des hommes habitués à la guerre, des aventuriers hardis et féroces se mettaient à la tête des serfs insurgés. Armés de faux
emmanchées à revers, de piques et de bâtons, ils saccageaient les maisons isolées, massacraient sans merci tous les Polonais, tous les catholiques, tous les juifs qui leur tombaient entre les mains. Les juifs leur étaient particulièrement odieux. En général, l'intendant ou Ihomme d'affaires dun pa7u polonais était un juif. Son industrie ordinaire était d'avancer de l'argent à son maître et d'en obtenir, pour se rembourser, l'autorisation de pressurer les paysans. Les Russiens attribuaient aux juifs toutes les exactions, toutes les violences dont ils étaient victimes. Leur vengeance fut horrible. En quelques semaines maint château fut détruit, maint village brûlé, plusieurs villes importantes surprises et cruellement saccagées. Les plus féroces bandits, les plus ingénieux à inventer des supplices atroces étaient nommés par acclamation chefs de ces bandes insurgées, qui s'appelaient Haïdamahs, d'un mot tartare qui signifie, je crois, partisans ; sans doute les cosaques n'eussent pas souffert que cette populace furieuse se mêlât à leurs rangs et prît leur nom. Un certain Morosenko, dont les paysans de la YoUiynic conservent encore la mémoire, arrachait une lanière de peau autour du col des femmes polo-
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naises ou juives qu'il rencontrait, c'est ce qu'il appelait leur faire cadeau d'un ruban rouge. Ganja, un des colonels de Chmielnicki, l'avait quitté pour se mettre à la lete des insurgés de la Podolie. S'étant emparé par trahison de la ville de Nemirof. il y massacra tous les gentilshommes et tous les juifs, ces derniers au nombre de six mille. Le château de Nesterow, où s'étaient réfugiées la plupart des familles nobles de Podolie, essaya de résister. Ganja avait quelques canons d'un trop faible calibre pour faire brèche aux remparts, mais qui détruisaient les toits des maisons et ne laissaient aucun repos aux assiégés. Ils demandèrent à traiter et offrirent une rançon. Les Haïdamaks répondirent qu'ils accepteraient une rançon pour les Polonais, mais non pour les juifs. « Ce » sont nos ennemis mortels, disaient-ils, et nous » ne nous retirerons que si vous nous les livrez. » Après quelque hésitation, les Polonais expulsèrent les juifs du château. Préparés au sort qui les attendait, les malheureux israélites sortirent des remparts avec leurs femmes et leurs enfants, invoquant la vengeance divine contre les lâches qui les envoyaient à la mort. On dit que le massacre dura trois jours, accompagné d'épouvantables
cruautés. Las de tuer, les insurgés reçurent la rançon des Polonais et s'éloignèrent ; mais, dès le lendemain, survint un autre chef de bande, qui saccagea le château et égorgea ce qui restait de ses habitants.
L'insurrection. a\ec ses hideuses saturnales, s'étendit rapidement sur les deux rives du Dniepr, en Podolie, en Yolhynie et dans la Sévt: ic ', province qui appartenait alors à la Pologne. Elle pénétra même en Lithuanie, malgré l'énergique résistaiice du prince Janus Radziwill. Partout les masses populaires poursuivaient avec une égale fureur la noblesse, le clergé catholique, mais surtout les juifs et les jésuites. Un rabbin qui a écrit le récit des misères de ses coreligionnaires dans ces temps déplorables, esliiiio à plus i\o veut mille le nombre des juifs massacrés, sans compter ceux qui, obligés de fuir au hasard, mouraient de faim et de froid dans les forêts ou sur les routes. Jusques aujourd'hui les souvenirs de cette grande catastrophe se sont conservés dans les pays qui en ont été le théâtre, revêtus par l'imagination slave de couleurs fantastiques, dont, à