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CHAPITRE IL

Exposé théorique du Procédé indirect, ou d’interversion

Supposons trois feuilles ou pellicules incolores et parfai tement transparentes. Supposons-les recouvertes ou enduites, la première, d’une préparation photogénique rouge; la seconde, d’une préparation photogénique jaune; la troisième, d’une préparation photogénique bleue, ces trois préparations susceptibles de devenir incolores ou de s’éliminer par l’action de la lumière, et de donner en conséquence trois épreuves monochromes, l’une rouge, la seconde jaune, la troisième bleue. Supposons enfin que ces trois couleurs soient ellesmêmes d’une nature transparente, comme les pellicules qui leur servent de support. Les trois épreuves qu’on obtiendra dans ces conditions devront à la transparence de la matière dont elles sont formées la double propriété : 1° de devenir invisibles si on les place sur un fond noir; 2° d’être visibles, au contraire, si on les place sur un fond blanc: elles apparaîtront sur ce fond blanc comme trois épreuves, sur chacune desquelles les clairs du modèle seront représentés par du blanc, tandis que les ombres seront représentées, dans l’une par du rouge, dans l’autre par du jaune et dans la troisième par du bleu.

Imaginons que les épreuves dont il s’agit, formées toutes les trois à la lumière blanche, c’est-à-dire à la lumière ordinaire du jour, soient celles d’un même sujet : qu’arrivera-til, si nous les confondons en une seule, soit en les superposant exactement, soit en les incorporant les unes dans les autres, et si, de plus, nous appliquons cette triple épreuve sur un fond blanc? On verra apparaître, par le fait même de cette superposition ou de cette incorporation, une image dans laquelle nos trois couleurs, s’éteignant réciproquement, par suite de leur nature transparente, sur ce fond blanc qui a la propriété de les réfléchir toutes à la fois, formeront une

épreuve photographique ordinaire, c’est-à-dire une épreuve positive où il n’y aura que du blanc, du gris et du noir.

Mais si, au lieu d’obtenir les trois épreuves à une même Jumière, à la lumière blanche, nous les obtenons avec l’interposition de trois verres de différentes couleurs, les choses se passeront d’une toute autre manière : d’une part, il est vrai, pour ce qui concerne les ombres, elles répondront comme précédemment, sur chacune des trois épreuves, aux ombres du sujet original; mais, d’autre part, les couleurs de ces épreuves, en tant qu’elles représenteront non plus les ombres, mais les couleurs locales de la nature, seront trèsdiversement distribuées d’une épreuve à l’autre; de sorte que l’image obtenue par la triple superposition sera non-seulement ombrée , mais polychrome , et que, si les verres colorés qui ont servi à obtenir les épreuves sont de certaines nuances voulues, cette image reproduira les nuances mêmes du modèle.

Voici comment ce dernier résultat va être atteint:

Recevons sur la pellicule destinée à fournir l’épreuve rouge l’image de la chambre obscure, et plaçons devant l’objectif un verre de couleur verte. Comme le jaune et le bleu sont les seules des trois couleurs simples que ce verre laisse passer, on obtiendra une épreuve positive rouge, sur laquelle la lumière jaune et la lumière bleue émanées des objets extérieurs auront seules formé leur empreinte; or, cette empreinte étant constituée sur la pellicule par l’absence de couleur rouge se manifestera, l’épreuve une fois placée sur un fond blanc, par des blancs et des demi-teintes, suivant l’exacte proportion dans laquelle les deux lumières dont il s’agit seront émises par chaque point des surfaces des objets reproduits. Quant au rouge, la seule couleur simple qui soit interceptée par le verre de couleur verte, il sera, sur cette épreuve, représenté de la même manière que les ombres, c’est-à-dire par du rouge. Sur tous les points où le rouge de l’épreuve représente les ombres, il sera proportionnel à leur intensité; sur tous ceux où il représente le rouge, il sera d’autant plus intense -que dans la nature le rouge sera plus isolé , c’est-à-dire plus exempt du mélange des deux autres couleurs simples.

Recevons en second lieu l’image de la chambre obscure sur la pellicule destinée à fournir l’épreuve jaune, et plaçons devant l’objectif un verre violet. Comme ce verre laisse passer le rouge elle bleu, et qu’il intercepte le jaune, on obtiendra, par les mêmes raisons, sur cette épreuve jaune : 1° une empreinte proportionnelle, en blanc et en demi-teintes, de la lumière rouge et de la lumière bleue émanées des objets extérieurs; 2° une représentation proportionnelle par du jaune, non-seulement des ombres, mais du jaune lui-même.

Recevons en troisième lieu l’image de la chambre obscure sur la pellicule destinée à fournir l’épreuve bleue, et plaçons devant l’objectif un verre orangé. Comme ce verre laisse passer le rouge et le jaune, et qu’il intercepte le bleu, on obtiendra, toujours par les mêmes raisons, sur cette épreuve bleue : 1 ° une empreinte proportionnelle en blanc et en demiteintes, de la lumière rouge et de la lumière jaune émanées des objets extérieurs; 2° une représentation proportionnelle par du bleu, non-seulement des ombres, mais du bleu luimême.

Or, supposons que l’on confonde ces trois épreuves, en une seule, soit en les incorporant les unes dans les autres, soit en les superposant exactement, et que de plus on applique cette triple épreuve sur un fond blanc; on verra apparaître, par le fait même de cette incorporation ou de cette superposition, une image présentant non-seulement les couleurs simples, mais les couleurs composées et toutes les oppositions d’ombre et de lumière de la nature.

En effet, sur ce fond blanc, qui a la propriété de réfléchir lesHrois couleurs simples, celles-ci, en se mélangeant deux à deux en diverses proportions, produiront les couleurs binaires, c’est-à-dire les orangés, les verts et les violets, et, en se mélangeant toutes les trois en différentes proportions, s’éteindront partiellement ou totalement, et produiront les ombres, c’est-à-dire les gris, les couleurs foncées, les bruns et le noir.

Cet important résultat est dû à un ensemble de phénomènes d’optique assez compliqués : il est de ceux dont on ne peut se rendre un compte exact que par une analyse attentive de faits spéciaux, dont les lois jusqu’à ce jour n’ont jamais

été définies. Cette analyse, nous allons l’essayer; les lois de ces phénomènes, nous allons en ébaucher la formule. Malgré l’intérêt théorique inhérent à cette double tentative, peutêtre aurions-nous reculé devant une pareille tâche si nous n’avions pensé venir en aide aux praticiens qui voudraient nous suivre dans cette nouvelle voie delà photographie. Nous souhaitons en effet que, par un examen raisonné de notre méthode, ils soient mis à même de s’expliquer en détail et de diriger en pleine connaissance de cause le travail de décoloration que les trois épreuves, chacune en ce qui la concerne, doivent subir avant de constituer, réunies en une seule, la reproduction fidèle du sujet original.

Ceux de nos lecteurs qui ne seraient stimulés ni par un goût réel pour une recherche de ce genre, ni par le désir d’expérimenter notre système d’héliochromie, peuvent franchir impunémentles pages consacrées à cette analyse de faits jusqu’à présent inexplorés et à cette définition de lois encore inédites.

Les lois qui vont être formulées seront groupées, pour en faciliter l’étude, en trois sections différentes, selon qu’elles régissent, sur chacune des trois épreuves: 1° la représentation des couleurs simples; 2° la représentation des couleurs binaires; 3° la représentation des couleurs ternaires. Quand nous aurons étudié séparément chacune de ces représentations, la synthèse, c’est-à-dire l’idée collective du phénomène produit par l’unification des trois épreuves, se fera pour ainsi dire d’elle-même.

§ 1er. — Lois qui régissent, sur chacune des trois épreuves, la représentation des couleurs simples.

lre Loi. — Chaque couleur simple, isolée , émise par la nature, sera représentée sur les points correspondants de V épreuve de la même couleur.

En effet, chaque couleur simple est interceptée par le verre qui doit fournir l’épreuve de cette même couleur : il en résulte qu’une couleur simple quelconque ne parviendra pas sur l’épreuve de même couleur, et que dès lors la matière colorante de cette épreuve restera. Quant aux deux autres

couleurs simples, puisque nous les supposons absentes du modèle sur les points dont nous nous occupons, il est bien évident qu’elles ne feront rien disparaître de cette même matière colorante.

2e Loi, — Chaque couleur simple, isolée , en si faible quantité qu'elle suit émise , sera toujours représentée, sur les points correspondants de V épreuve de même couleur, par une quantité de matière colorante aussi forte que possible, et conséquemment toujours égale.

En effet, que cette couleur soit en grande ou en faible quantité sur le modèle, le résultat de son interception par le verre de couleur complémentaire sera toujours le même : elle se traduira toujours, ainsi que le noir, qui est l’absence de toute couleur, par le maximum de quantité de la matière colorante.

3e Loi. — Si une couleur simple, isolée, atteint dans la nature le maximum de quantité dont elle est susceptible , elle agira fortement , aux endroits voulus, sur la préparation des deux épreuves qui ne lui correspondent point par leur couleur, et par suite elles perdront l’une et Vautre, en ces mêmes endroits, la presque totalité de leur coloration : si, au contraire , la côuleur simple, isolée, dont il s'agit, n’existe sur le modèle qu’en faible quantité, ces deux épreuves conserveront l’une et Vautre une forte quantité de matière colorante, qui sera d’autant plus forte que la couleur simple dont il s’agit sera en moindre quantité.

Pour se rendre un compte exact des phénomènes résumés par cet énoncé, il est utile d’entrer dans certaines précisions, aussi délicates que curieuses. Entrons-y résolument :

Une épreuve quelconque se trouve nécessairement placée dans l’une ou l’autre des conditions suivantes : ou elle ne reçoit aucune couleur par l’intermédiaire du verre coloré, ou elle reçoit simultanément deux couleurs simples, ou elle reçoit une seule couleur simple.

Le premier cas, celui où une épreuve ne reçoit aucune couleur, se réalise: 1° Quand la nature n’émet qu’une couleur simple, isolée, qui se trouve être justement celle que le verre coloré de l’épreuve dont il s’agit a le pouvoir d’intercepter; cette hypothèse vient d’être examinée (2e loi ci-dessus);

2° quand la nature n’émet aucune couleur, ce qui a lieu pour tout objet d’un noir absolu.

Le second cas , celui où une môme épreuve reçoit simultanément deux couleurs, se réalise notamment quand le blanc se trouve émis par la nature. En effet, le blanc n’est autre chose que la réunion des trois couleurs simples, émises toutes les trois dans la plus grande quantité dont chacune d’elles soit susceptible. Par suite de cette triple émission, une épreuve quelconque reçoit, à elle seule, deux des couleurs composantes du blanc. Ainsi, par exemple, l’épreuve jaune, qui se forme avec le verre violet, reçoit le rouge et le bleu : le rouge, qui a traversé l’élément rouge de ce verre violet, et le bleu, qui en a traversé l’élément bleu.

Le troisième cas , celui où une épreuve reçoit une seule couleur simple, se réalise dans l’hypothèse que nous analysons en ce moment: l’hypothèse d’une couleur simple, isolée, reçue par chacune des deux épreuves dont la couleur ne lui correspond point.

Cela posé, il importe de remarquer qu’une épreuve quelconque, qu’elle se trouve placée dans le second cas ou dans le troisième, ne recevra que la moitié de toute couleur simple qui arrive jusqu’à elle. Ainsi, dans l’exemple choisi pour le second cas, l’épreuve jaune reçoit seulement la moitié du rouge et la moitié du bleu. En effet, le rouge a été intercepté par l’élément bleu du verre violet, tandis que l’élément rouge de ce même verre l’a laissé passer; le bleu a été intercepté par l’élément rouge, tandis que l’élément bleu l’a laissé passer. Il en est de même dans le troisième cas, celui où l’épreuve ne reçoit qu’une seule couleur simple: cette couleur, interceptée par l’un des deux éléments du verre coloré de cette épreuve, et non interceptée par le second élément de ce même verre, n’arrivera conséquemment sur l’épreuve qu’avec une réduction de moitié sur la quantité où elle est émise par la nature.

Nous venons de voir ce qu'il y a de commun entre le deuxième et le troisième cas. Voici maintenant en quoi ils diffèrent l’un de l’autre :

Dans le deuxième cas, celui où deux couleurs sont reçues par une même épreuve, ces deux couleurs, réduites chacune

de moitié, constituent à elles deux un entier de couleur , si nous les supposons émises Tune et l’autre à leur maximum : c’est donc cet entier de couleur qui agira sur l’épreuve. Dans le troisième cas, celui où une seule couleur est reçue par une épreuve, cette couleur, réduite de moitié, ne constituera, dans son action sur l’épreuve, qu’tme demi-unité de couleur, à supposer toujours qu’elle soit émise à son maximum.

Il est facile de déduire, du moins en théorie, les conséquences de cette différence :

Continuons en effet de supposer que les deux couleurs qui sont reçues par l’épreuve dans le second cas soient émises par la nature à leur maximum de quantité; ce qui a lieu lorsqu’elles concourent, avec la troisième couleur, à former le blanc.

Ces deux couleurs constituant, dans leur action sur l’épreuve, une unité de couleur , accompliront, ce semble, deux fois plus de travail sur cette épreuve qu’une couleur simple, isolée, n’en pourrait accomplir avec la même durée déposé, puisqu’une couleur simple ne constitue, dans son action sur une épreuve, qu’une demi-unité de couleur.

Et de tout ce qui précède il paraît logique de conclure que le blanc fera disparaître en entier la matière colorante d’une épreuve, dans le même temps où une couleur simple, isolée, émise au maximum, n’en fera disparaître qu’une moitié.

Hâtons-nous de le dire, cette proportion, qui est exacte en théorie, cesse de l’être dans la réalité des faits, en ce sens que le résultat de l’action d’une couleur simple, isolée, sur la matière colorante d’une épreuve, dépasse très-notablement celui que le raisonnement lui attribue. Ainsi, pendant la durée de pose où le blanc fait disparaître toute la coloration d’une épreuve, ce n’est pas seulement la moitié de cette coloration qui disparaîtra sous l’action d’une couleur simple, isolée, émise en grande quantité, mais bien la presque totalité. L’expérience n’a cessé de me le démontrer. Cette décoloration presque totale tient sans doute à ce que le travail accompli par la lumière sur une préparation photogénique n’augmente pas proportionnellement à la durée de l’action lumineuse, mais se fait avec plus de rapidité au début de cette action que par la suite; de telle sorte qu’avec une pose

nécessaire pour qu’un entier de couleur décolore complètement la préparation, une demi-unité de couleur, qui exigerait une pose double pour décolorer complètement celte préparation, la décolore bien au-delà de moitié. Ainsi donc, la nature (que notre analyse n’a pas d’ailleurs la prétention de scruter dans ses dernières profondeurs), combine les choses au mieux pour une reproduction fidèle de l’original.

Ajoutons qu’il suffira d’un léger excès de pose pour faire disparaître la totalité de la matière colorante.

§ 2e. Lois qui régissent, sur chacune des trois épreuves, la représentation des couleurs binaires.

Dans ce mémoire, nous entendons par couleur binaire chaque couleur résultant de l’émission simultanée, à proportions égales ou inégales, de deux des trois couleurs simples.

lre Loi. — Chaque couleur binaire , isolée , du modèle, sera représentée , dans ses deux éléments constitutifs , sur les points correspondants des deux épreuves qui leur correspondent .

En effet, chacune des deux couleurs composantes d’une couleur binaire étant interceptée parle verre coloré qui doit fournir l'épreuve de cette même composante, aucune des deux composantes ne parviendra sur la préparation de l’épreuve dont la. couleur lui correspond, et ne contribuera conséquemment à la décoloration de cette épreuve; en revanche, Vautre composante, n’étant pas interceptée par ce même verre coloré, fera disparaître de celte même épreuve une certaine quantité de matière colorante, dont la détermination résultera des lois ci-après. Conséquemment les deux épreuves, considérées dans leur ensemble, représenteront par le restant de matière colorante qui se trouve sur chacune d’elles après l’opération, la couleur binaire dont il s’agit.

Prenons l’exemple du vert, isolé, couleur binaire constituée par le jaune et par Le bleu. Le vert émis dans la nature sera représenté, sur les points correspondants de l’épreuve jaune et de l’épreuve bleue, par une partie de la matière colorante qui se trouvait sur chacune de ces deux épreuves

avant l’action de la lumière. Car voici ce qui se passera sur chacune d’elles :

L’épreuve jaune, à raison de l’interposition du verre violet, qui est celui qui lui correspond, ne recevra pas le jaune contenu dans le vert, le jaune étant complètement intercepté par le verre violet; mais l’épreuve jaune recevra en partie l’autre couleur composante du vert, c’est-à-dire le bleu, qui traversera l’élément bleu du verre violet. Quant à l’épreuve bleue, à raison de l’interposition du verre orangé, qui est celui qui lui correspond, elle ne recevra pas lebleucontenudans la couleur verte, le bleu étant complètement intercepté par le verre orangé; mais l’épreuve bleue recevra en partie l’autre couleur composante du vert, c’est-à-dire le jaune, qui traversera l’élément jaune du verre orangé. Par suite, le bleu fera disparaître une partie de la coloration de l’épreuve jaune, et le jaune fera disparaître une partie de la coloration de l’épreuve bleue. L’épreuve jaune et l’épreuve bleue, considérées dans leur ensemble, représenteront donc, par le restant de matière colorante qui se trouve sur chacune d’elles après l’opération, la couleur binaire à laquelle elles correspondent, c’est-à-dire le vert émis par la nature.

Pour ce qui est de la troisième couleur simple (le rouge, dans notre exemple), puisque nous la supposons absente du modèle sur les points dont nous nous occupons, il est bien évident que, sur les points correspondants des deux épreuves dont il s’agit, elle ne produira aucune décoloration.

2e Loi. — En quelque quantité , faible ou forte , que soit émise une couleur binaire, isolée , elle sera toujours représentée , aux endroits voulus, sur l’ensemble des deux épreuves correspondantes , par une forte quantité de matière colorante, dont le minimum est sensiblement égal à la quantité de matière colorante qui se trouvait sur l’une des épreuves avant l’action de la lumière , et dont le maximum peut se rapprocher indéfiniment de la somme des quantités de matières colorantes qui se trouvaient sur les deux épreuves, sans toutefois atteindre jamais cette somme.

Pour l’intelligence de cette loi, il importe, en premier lieu, de remarquer que, dans un ensemble d'objets éclairés par une égale lumière, une couleur binaire, isolée, si intense qu’on la suppose, n’est point constituée par deux couleurs simples

émises l’une et l’autre en totalité; ainsi, par exemple, la couleur verte, isolée, n’est jamais constituée dans la nature par la plus grande quantité de jaune réunie à la plus grande quantité de bleu; mais le jaune et le bleu qui la constituent ne dépasseront pas à eux deux, quelles que soient leurs proportions relatives, la quantité qui peut appartenir aune couleur simple isolée; en d’autres termes, ils ne formeront pas, à eux deux, une quantité supérieure à ce que nous avons appelé plus haut une unité de couleur (explication de la 3e loi des couleurs simples) : si leur somme pouvait dépasser cette unité, l’harmonie serait rompue entre les diverses couleurs de la nature.

Il faut, en second lieu, ne point oublier que chacune des deux composantes d’une couleur binaire agit seule sur l’épreuve soumise à son action, l’autre composante étant complètement interceptée.

Il faut enfin se rappeler ce qui a été dit plus haut au sujet de toute épreuve qui subit l’action d’une seule couleur simple : on a vu que cette couleur simple, fût-elle émise à son maximum , interceptée qu’elle est pour moitié par l’un des deux éléments du verre coloré, ne pourra agir, à elle seule, sur l’épreuve avec autant d’énergie que le pourrait faire une unité de couleur résultant de l’action simultanée de deux couleurs émises l’une et l’autre en totalité et réduites l’une et l’autre de moitié par lademi-interception qu’elles subissent; mais que, nonobstant cette infériorité d’énergie, cette seule couleur, si nous la supposons émise à son maximum, fera disparaître, dans une durée de pose normale, la presque totalité de la matière colorante de l’épreuve.

Or, s’il est certain, d’une part, que la somme des deux composantes d’une couleur binaire, émise à son maximum, n’est point supérieure à la quantité d'une couleur simple pareillement émise à son maximum, et, d’autre part, que chacune de ces deux composantes agit seule sur l’épreuve soumise à son action., il faut en conclure que la somme des deux actions exercées par ces deux mêmes composantes sur l’ensemble des deux épreuves qui correspondent à la couleur binaire, égalera sensiblement, dans ses résultats, l’action qui serait exercée sur une seule épreuve par une couleur simple,

isolée, émise à son maximum; conséquemment, dans une durée de pose normale, laquantité de matière colorante que les deux composantes en question feront disparaître de l’ensemble des deux épreuves sera sensiblement égale à la totalité de la matière colorante qui se trouvait sur une épreuve; ce qui revient à dire qu’il restera, sur l’ensemble des deux épreuves, conformément à l’énoncé de notre deuxième loi, un minimum de matière colorante sensiblement égal à la quantité qu’il y avait sur l’une des épreuves avant l’action de la lumière.

Nous venons de raisonner pour le cas où la couleur binaire est émise à son maximum. Supposons-la émise en quantité moindre : plus sera faible la quantité de couleur binaire émise, plus, sur l’ensemble des deux épreuves correspondantes, se conservera la matière colorante; en telle sorte que, s’iln’y a presque point de couleur binaire émise, la quantité de matière colorante conservée se rapprochera indéfiniment de la somme des quantités de matières colorantes qui se trouvent sur deux épreuves quelconques avant l’action de la lumière. Mais elle n’atteindra jamais complètement cette somme, par la raison que chacune des composantes agissant sur celle des épreuves qui correspond par sa couleur à l’aütre composante, aucune de ces deux épreuves ne conservera jamais la totalité de sa coloration.

On verra, par la quatrième loi ci-après, quelle est sur la quantité de matière disparue la part de déperdition que subit chacune des deux épreuves, suivant que telle ou telle des couleurs composantes prédomine dans le modèle.

3e Loi. — Chaque couleur binaire, isolée, considérée indépendamment des proportions relatives des deux éléments qui la constituent , sera représentée, sur l’ensemble des deux épreuves correspondantes , par une quantité de matière colorante d’autant plus forte qu’elle sera émise dans la nature en plus faible quantité, et qui se graduera entre le minimum et le maximum déterminés par la loi précédente.

Cette quatrième loi se lie intimement à la troisième: l’explication qui vient d’être faite de cette dernière sert évidemment pour toutes les deux.

4e Loi. — Chacune des deux couleurs simples composan-

— Si¬

tes d'une couleur binaire sera représentée , dans sa proportion par rapport à Vautre composante , sur les points correspondants de celle des deux épreuves dont la couleur lui correspond.

En effet, le même verre coloré qui intercepte l’une des deux composantes d’une couleur binaire laisse toujours passer la seconde composante. Il en résulte que si l’épreuve qui correspond par sa couleur à la première composante ne peut perdre, par l’action de celle-ci, aucune partie de sa coloration, puisque cette composante est complètement interceptée, du moins elle perdra une partie de sa coloration par l’action de l’autre couleur composante, laquelle n’est nullement interceptée, et elle perdra, par cette action, une partie d’autant plus forte de sa matière colorante que cette seconde couleur existera en plus forte proportion par rapport à la première dans la couleur binaire du modèle; d’où la conséquence que l’épreuve dont il s’agit conservera une partie d’autant plus forte de sa matière colorante que la couleur composante à laquelle elle correspond existera en plus forte proportion par rapporta l’autre composante dans la couleur binaire du modèle: ce qui justifie l’énoncé de la présente loi.

5e Loi. — Si une couleur binaire, isolée , atteint dans la nature le maximum de quantité dont elle est susceptible , elle agira fortement , aux endroits voulus , sur la préparation de celle des trois épreuves dont la couleur ne correspond à aucune de ses couleurs composantes , et par suite cette troisième épreuve perdra , en ces mêmes endroits, la presque totalité de sa coloration : si, au contraire , la couleur binaire isolée dont il s'agit ri existe sur le modèle quen faible quantité , cette troisième épreuve conservera une forte quantité de matière colorante , qui sera d’autant plus forte que la couleur binaire dont il s’agit sera en moindre quantité.

Pour se rendre compte de celte loi, il importe d’observer que celle des trois épreuves dont la couleur ne correspond à aucune des deux composantes de la couleur binaire, isolée, reçoit, à travers son verre coloré, non pas seulement l’une de ces deux composantes, mais toutes les deux. Supposons, par exemple, que la couleur binaire, isolée, émise par la nature, soit la couleur verte : l’épreuve rouge, qui est celle des

trois épreuves dont la couleur ne correspond ni au jaune ni au bleu, c’est-à-dire à aucune des deux composantes de la couleur verte, ne recevra pas seulement, à travers son verre coloré, qui est justement le verre de la couleur verte, l’une des deux composantes, mais bien toutes les deux, le jaune et le bleu.

Or, comme la somme des deux composantes d’une couleur binaire, isolée, émise à son maximum, n’est jamais supérieure à la quantité d’une couleur simple pareillement émise à son maximum, les deux composantes, reçues il est vrai sur une même épreuve, mais avec une réduction de moitié pour chacune d’elles, constitueront à elles deux sur oette épreuve, non point une unité de couleur comme feraient deux des trois couleurs simples composantes du blanc, mais seulement une demi-unité de couleur; elles accompliront donc, à elles deux, sur l’épreuve (l’épreuve rouge) le même travail de décoloration qu’accomplirait une seule couleur simple émise au maximum, c’est-à-dire le travail qui se trouve défini par la troisième loi des couleurs simples et expliqué dans l’analyse de cette loi.

Conséquemment aux termes de la loi que nous rappelons et de l’explication que nous en avons donnée, la couleur binaire dont nous nous occupons agira sur la troisième épreuve avec moins d’énergie que ne feraient deux couleurs simples émises chacune à leur maximum; mais, malgré cette infériorité d’énergie, elle déterminera, dans une durée de pose normale, la décoloration sinon absolue du moins presque complète de cette troisième épreuve.

Par contre, si la couleur binaire n’existe sur le modèle qu’en faible quantité, elle n’agira que faiblement sur la troisième épreuve, laquelle conservera d’autant plus sa coloration que la couleur binaire sera plus faible.

§ 3e. Lois qui régissent, sur chacune des trois épreuves, la représentation des couleurs ternaires.

Dans ce mémoire, nous entendons par couleur ternaire chaque couleur résultant de l’émission simultanée, en proportions égales ou inégales, des trois couleurs simples.

Que les proportions des trois éléments d’une couleur ternaire soient égales ou inégales, il y aura toujours ceci de commun entre les trois épreuves: 1° que, pour chacune d’elles, la couleur correspondante émise , par la nature sera totalement interceptée, et dès lors ne contribuera en rien à la disparition de sa matière colorante; 2° que chacune des trois épreuves subira l’action simultanée des deux couleurs qui ne lui correspondent pas, réduites l’une et l’autre de moitié par la demi -interception accomplie par le verre coloré qui doit fournir cette épreuve.

C’est là une double vérité qu’il importe de ne pas perdre un seul instant de vue dans l’examen des diverses lois qui vont suivre.

lre Loi. — Si les proportions des trois couleurs’ composantes de la couleur ternaire du modèle so,nt égales , chacune des trois couleurs composantes sera représentée, aux endroits voulus , sur répreuve correspondante , par une quantité de cette couleur d'autant plus faible que , dans la nature, cette même couleur est émise en plus grande quantité, et vice-versâ : le blanc , qui est la réunion , en proportions égales et dans la plus forte quantité , des trois couleur s simples, sera représenté, sur chacune des trois épreuves, par une absence complète de couleur, tandis que le noir, qui consiste dans l’absence complète de toute couleur, sera représenté, sur chacune des trois épreuves, par la plus forte quantité de matière colorante. Le gris, qui est intermédiaire entre le blanc et le noir, sera représenté, sur chacune des trois épreuves, par une quantité médiocre, et toujours égale d’une épreuve à l’autre, de matière colorante.

En effet, pour ce qui est du blanc, chacune des trois couleurs simples qui le constituent sera, il est vrai, interceptée entièrement par le verre qui doit fournir l’épreuve de celte couleur, et dès lors elle ne contribuera en rien à la disparition delà matière colorante de cette épreuve; mais les deux autres couleurs simples, émises l’une et l’autre en aussi grande quantité que possible, et n’éprouvant l’une et l’autre qu’une réduction de moitié par la demi-interception que chacune d’elles subit, constitueront, à elles deux après cette réduction, une unité de couleur, et par suite détruiront complètement la coloration de l’épreuve dont il s’agit. Les deux

autres épreuves, étant placées dans des conditions identiques, subiront une décoloration non moins complète.

Pour ce qui est du noir, comme il consiste dans l’absence absolue de toute couleur, il est évident que, sur chacun des points correspondants des trois épreuves, il se traduira par une conservation intégrale de la matière colorante.

Pour ce qui est du gris, qui est constitué, dans la nature, par les trois couleurs simples, émises en proportions égales mais en médiocre quantité, comme les deux composantes qui agissent sur une même épreuve ne sont émises l’une et l’autre qu’en médiocre quantité, et comme dès lors elles ne constituent à elles deux, après leur réduction respective de moitié, qu’une quantité de couleur inférieure à l’unité, elles laisseseront subsister sur cette épreuve une quantité médiocre de matière colorante, dont la proportion deviendra d’autant plus forte que le gris sera plus sombre, ou d’autant plus faible que le gris sera plus clair. Les deux autres épreuves, étant placées dans des conditions identiques, subiront exactement la même décoloration.

Par suite, l’énoncé de notre loi se trouve en entier justifié.

2e Loi. — Dans le cas où les proportions des trois composantes de la couleur ternaire sont inégales , si l’on suppose qu'aucune des composantes ou du moins pas plus d’une ne soit émise à son maximum de quantité , elles seront toutes les trois représentées , aux endroits voulus , sur chacune des trois épreuves correspondantes , par une partie plus ou moins forte de la matière colorante primitive de chacune de ces trois épreuves, proportionnellement aux quantités relatives de ces trois composantes, et en raison directe de ces quantités .

Demandons-nous d’abord comment seront respectivement représentées, sur leurs deux épreuves correspondantes et aux endroits voulus, deux des trois couleurs composantes d’une couleur ternaire, sans nous préoccuper de savoir comment, de son côté, la troisième couleur sera représentée sur la troisième épreuve. Nous reconnaîtrons sans peine que chacune de ces deux composantes sera représentée, sur l’épreuve qui lui correspond, par un reste de matière colorante d’autant plus fort, si on le compare à ce qui restera de matière colo-

rante sur la seconde épreuve, que la composante dont il s’agit est émise dans une proportion plus forte par rapport à la seconde composante, etmce-versâ.

En effet, considérons, par exemple, le rouge et le bleu, sans nous occuper de la proportion dans laquelle la troisième composante, le jaune, sera représentée sur son épreuve. — La couleur rouge est totalement interceptée pour l’épreuve rouge, laquelle recevra la moitié du jaune et la moitié du bleu. La couleur bleue est totalement interceptée pour l’épreuve bleue, laquelle recevra la moitié du rouge et la moitié du jaune. Si le rouge est émis en plus grande quantité que le bleu, la moitié de ce rouge produira, coopérant avec la moitié du jaune, plus de décoloration sur l’épreuve bleue que la moitié du bleu, coopérant avec cette même moitié du jaune, quantité invariable dans les deux cas, ne produira de décoloration sur l’épreuve rouge. Par suite, plus, dans la nature, la quantité du rouge sera supérieure à la quantité du bleu, plus le restant de matière colorante sur l’épreuve rouge, après l’insolation, sera supérieur au restant de matière colorante sur l’épreuve bleue; et ces deux portions de matières colorantes seront toujours entr’elles comme les deux quantités de couleurs correspondantes émises par le modèle.

Or, le raisonnement que nous venons de faire pour deux composantes prises au hasard, et abstraction faite de la représentation de la troisième couleur sur la troisième épreuve, étant applicable à deux autres composantes quelconques, examinées de la même manière, il demeure démontré que la couleur ternaire tout .entière sera représentée proportionnellement aux quantités relatives de ses trois éléments et en raison directe desdites quantités, par ce qui restera de matière colorante, après l’action de la lumière, sur chacune des trois épreuves qui correspondent respectivement aux trois couleurs composantes.

Si, parmi les trois composantes, il s’en trouve une émise à son maximum de quantité, notre 2e loi ne cesse pas de s’appliquer; mais si deux des trois composantes étaient émises à leur maximum, les choses se passeraient différemment, et l’on se trouverait dans le cas de la troisième loi, dont voici l’énoncé.

3e Loi. — Toujours dans V hypothèse où les proportions de la couleur ternaire sont inégales , si deux des composantes sont émises à leur maximum, elles seront représentées , sur l'ensemble des deux épreuves correspondantes , par un reste de matière colorante bien inférieur à celui qui représenterait une couleur binaire , isolée , émise à son maximum ; et en outre il se produira un surcroît de décoloration d'autant plus grand que la troisième couleur sera émise en plus forte quantité; quant à cette troisième couleur , l’épreuve qui lui correspond perdra complètement sa coloration.

Ainsi, par exemple, il existe dans la nature un vert trèsclair (couleur binaire non isolée), qui est dû : 1° à l’émission de l’unité entière du jaune et de l’unité entière du bleu; 2° à l’émission d’une certaine quantité de rouge. Or, le vert dont il s’agit, loin d’être représenté sur les deux épreuves jaune et bleue par la totalité de leur matière colorante, y sera représenté par un reste de couleur bien inférieur à celui qui représenterait le vert, isolé, émis à son maximum; cette quantité déjà si réduite sera, en outre, d’autant plus affaiblie que le rouge contenu dans la couleur ternaire du modèle, et que nous supposons émis en certaine quantité, sera émis en quantité plus forte. Quant à ce rouge, l’épreuve qui lui correspond perdra en entier sa coloration.

Pour se rendre compte de cet ensemble de phénomènes, voici une distinction fondamentale qu’il importe d’établir tout d’abord :

A la différence des deux éléments d’une couleur binaire émise à son maximum, mais isolée, lesquels ne peuvent, par leur réunion, constituer qu’une quantité de couleur sensiblement égale à l’unité, les deux éléments d’une couleur binaire émise à son maximum dans une couleur ternaire constituent, chacun séparément, une quantité de couleur égale à l’unité; ce qui revient à dire que le maximum d’une couleur binaire isolée n’est que la moitié du maximum d’une couleur binaire comprise dans une couleur ternaire.

Cela posé, voici l’explication de notre troisième loi. Conservons l’exemple du vert très-clair :

Que se passera-t-il sur l’épreuve jaune et sur l’épreuve bleue, qui correspondent, on le sait, aux deux éléments de la couleur verte ?

Parlons en premier lieu de l’épreuve jaune :

Le jaune, étant complètement intercepté pour l’épreuve jaune, ne contribuera en rien à la décoloration de cette épreuve; en revanche, le bleu, malgré sa demi-interception, ne laissera pas que d’agir sur cette même épreuve comme une demi-unité de couleur, puisque nous le supposons émis à son maximum. Or, cette demi-unité est manifestement supérieure à la quantité de bleu qui agirait sur l’épreuve si la couleur verte, au lieu de former une couleur ternaire par son union avec un troisième élément, le rouge, n’était qu’une couleur binaire isolée émise à son maximum : car, dans ce dernier cas, ainsi que nous l’avons vu, les deux composantes de la couleur binaire ne formant à elles deux qu’une unité de couleur, et par suite n’agissant à elles deux, après leur réduction respective de moitié, que comme une demi- unité sur l’ensemble des deux épreuves correspondantes, il en résulte que chacune des deux composantes de la couleur binaire, isolée, émise à son maximum, n’agit sur l’épreuve soumise à son action que comme une quantité inférieure à une demiunité de couleur. Conséquemment, la couleur bleue laissera subsister sur l’épreuve jaune, dont nous nous occupons, moins de matière colorante qu’elle n’en laisserait subsister si la couleur verte, dont elle est l’un des deux éléments, était émise à son maximum, mais isolée. Quant à la troisième couleur, le rouge, elle réunira son action, réduite, il est vrai, de moitié, à l'action du bleu sur l’épreuve jaune; et par suite la quantité de matière colorante conservée sur cette épreuve sera d’autant plus faible que l’émission du rouge sera plus grande.

L’épreuve bleue subira un travail de décoloration analogue à celui que nous venons de constater sur l’épreuve jaune : elle sera très-fortement décolorée par l’action de la couleur jaune; et le rouge produira sur elle un surcroît de décoloration d’autant plus fort qu’il sera émis plus abondamment.

Il suit de ce double travail de décoloration : 1°que les deux épreuves qui correspondent à la couleur binaire ne conserveront, dans leur ensemble, qu’urte quantité extrêmement réduite de matière colorante; 2° que cette quantité sera de beaucoup inférieure à celle qui représenterait une

couleur binaire, isolée, émise à son maximum; 3° que cette quantité sera en outre affaiblie par la troisième composante et d’autant plus affaiblie que celle-ci est émise en quantité plus forte.

Quant à cette troisième composante, le rouge dans notre exemple, l’épreuve qui lui correspond subira l’action simultanée des deux autres composantes, le jaune et le bleu, émises toutes les deux à leur maximum : malgré la réduction de moitié que le jaune et le bleu subiront l’un et l’autre, ils constitueront à eux deux, dans leur action sur l’épreuve rouge, une . unité de couleur qui en fera disparaître totalement la coloration.

4e Loi. — Chaque couleur ternaire , considérée d'une manière absolue , c'est-à-dire indépendamment des proportions relatives des trois couleurs simples composantes , sera représentée, aux endroits voulus , sur l’ensemble des trois épreuves, par une quantité de couleur d'autant plus faible que, dans la nature , la couleur ternaire dont il s'agit est émise en plus grande quantité , et vice versâ.

En effet, moins sera forte la somme des trois composantes, considérées dans leur ensemble, moins à elles trois elles feront disparaître de matière colorante de l’ensemble des trois épreuves sur lesquelles toutes les trois agissenlde la manière déjà décrite, c’est-à-dire chacune des composantes sur les deux épreuves dont la couleur ne lui correspond point.

Résultats de Panification des trois épreuves.

Nous venons d’étudier les principales lois qui régissent, sur chacune des trois épreuves, la représentation des couleurs simples ou composées du sujet original.

Nos trois épreuves constituées comme il vient d’être dit, confondons-les en une seule, par superposition ou par incorporation, et appliquons sur un fond blanc la triple épreuve ainsi obtenue. L’effet de cette opération finale sera celui que nous avons déjà exprimé : On verra apparaître une image offrant toutes les couleurs, simples ou composées, et toutes les oppositions d’ombre et de lumière du modèle.

A son tour, Texplication de ce dernier phénomène est complexe. Pour le bien comprendre, décomposo'ns-le en ses divers éléments :

1° Chaque couleur simple , isolée du sujet original , se reproduira sur les points correspondants de l’image défini tive.

En effet, chaque couleur simple, isolée, étant représentée,, aux endroits voulus, sur l’épreuve de la même couleur (1re 1. des c. simples), apparaîtra sur le fond blanc.

2° Si une couleur simple , isolée , atteint dans la nature le maximum de quantité dont elle est susceptible, elle se reproduira seule sur les points correspondants deVimage définitive, et y apparaîtra dans toute son intensitéet dans tout son éclat .

En effet, les deux autres épreuves des deux autres couleurs ayant perdu presqu’entièrement, sinon entièrement, leur coloration (3e 1. des c. simples), la couleur simple, isolée, dont il s’agit, s’appliquera pour ainsi dire seule sur le fond blanc (voir ci-après le commentaire du n° 11); et comme rien n’aura été éliminé de la matière colorante qui la constitue (2e 1. des c. simples), son intensité et son éclat seront aussi forts que possible.

3° Si une couleur simple, isolée , n’atteint pas dans lana ture le maximum de quantité dont elle est susceptible , elle sera néanmoins représentée , sur l’image définitive , par toute la matière colorante de sa couleur ; mais son éclat sera affaibli par les deux autres couleurs , qui l’éteindront partiellement par leur superposition ou leur incorporation, et réduiront son éclat au degré où il existe dans la nature.

En effet, d’une part, la matière colorante qui représente, sur l’image définitive, la couleur simple, isolée, du modèle, sera, dans ce cas comme dans te précédent, conservée en entier (2e 1. des c. simples); mais, d’autre part, les deux autres couleurs étant conservées sur leurs épreuves respectives en quantité d’autant plus forte que la couleur simple dont il s’agit est émise en plus faible quantité par le modèle (3e 1. des c. simples), l’éclat de cette dernière sur le fond blanc subira,

par l’effet de la superposition ou de l’incorporation de ces deux couleurs, une réduction d’autant plus grande qu’elles subsisteront en plus grande quantité, aux points correspondants, sur ce même fond blanc, et par suite cet éclat sera ramené au degré où il existe dans la nature.

'4° Chaque couleur binaire , isolée, se reproduira sur les points correspondants de l’image définitive.

En effet, les deux couleurs composantes d’une couleur binaire étant respectivement représentées, aux endroits voulus, sur les deux épreuves des deux mêmes couleurs (1re 1. des c. binaires), ces deux épreuves, en se confondant sur le fond blanc, reproduiront la couleur binaire dont il s’agit, et la reproduiront sur les points de l’image qui lui correspondent.

5° Si une couleur binaire, isolée, atteint dans la nature le maximum de quantité dont elle est susceptible , elle se reproduira seule sur les points correspondants de l’image définitive , et elle y apparaîtra dans toute son intensité et dans tout son éclat.

En effet, si la couleur binaire, isolée, atteint dans la nature son maximum, l’épreuve qui ne correspond à aucun des deux éléments de cette couleur binaire a perdu presque totalement sa coloration (5e 1. des c. binaires); la couleur binaire apparaîtra donc pour ainsi dire seule sur le fond blanc (voir ci après le commentaire du n° 11).

En second lieu, comme la quantité de matière colorante qui la représente sur l’ensemble des deux épreuves correspondantes se trouve sensiblement égale à la quantité de matière colorante qui existait sur l’une des épreuves avant l’action de la lumière (2e et 3e l. desc. binaires), il en résulte que la couleur binaire dont il s’agit se traduira à peu de choses près sur l’image définitive par l’unité de matière colorante, de même qu’une couleur simple, isolée, émise aussi à son maximum, et dès lors elle aura sur cette image la même intensité qu’une telle couleur simple, c’est-à-dire la plus grande intensité.

6° Si une couleur binaire , isolée , n'atteint pas dans la nature le maximum de quantité dont elle est susceptible , elle sera représentée , sur l’image définitive , par une forte quantité de matière colorante , qui pourra se rapprocher indéfiniment de la somme des quantités de matière colorante des deux épreuves avant l'insolation , et dont le minimum sera sensiblement égal à la quantité de matière colorante de l’une ou de l’autre des épreuves avant cette même insolation : toute la matière colorante formant excédant sur cette dernière quantité aura pour effet d’éteindre partiellement la couleur binaire sur l'image definitive , et de l'éteindre d'autant plus que cet excédant se rapprochera davantage du maximum ci-dessus déterminé; en outre , la troisième couleur, par sa superposition ou son incorporation, achèvera d'affaiblir l’éclat de la couleur binaire , et de le ramener au degré qui lui appartient dans la nature.

Le minimum et le maximum assignés par cet énoncé aux quantités de matière colorante qui représentent, sur l’image définitive, la couleurbinaire, isolée, nonémiseàson maximum, .découlent des 2e et 3e lois des couleurs binaires. Pour ce qui est de la troisième couleur, il faut se souvenir qu'elle a été, de son côté, conservée sur son épreuve en quantité d’autant plus forte que la couleur binaire était émise en quantité plus faible (5e 1. des c. binaires).

7° Chaque couleur binaire du modèlese reproduira selon les proportions relatives des deux couleurs simples composantes (4e 1. des couleurs binaires).

8° Les blancs du modèle seront reproduits, aux endroits voulus , par le fonds blanc de l’image définitive .

En effet, toute coloration, sur chacune des trois épreuves, ayant disparu de tous les points qui correspondent aux blancs du modèle (1re l. des c. ternaires), le fond blanc, en tous ces mêmes points, sera entièrement à découvert.

9° Les noirs du modèle se reproduiront , sur les points correspondants de l’image définitive, par la superposition ou l’incorporation des trois matières colorantes, entièrement conservées toutes les trois, et s’éteignant réciproquement sur le fond blanc ; les gris du modèle se reproduiront par la superposition ou l’incorporation des trois matières colorantes, partiellement conservées et s’éteignant en quantité médiocre sur le fond blanc (même loi).

10° Toute couleur ternaire formée , dans la nature , de trois composantes émises en quantités inégales , et dont pas une ou pas plus d’une n’est émise à son maximum de quantité, se reproduira , sur les points correspondants de l’image définitive , par une couleur formée des trois mêmes composantes, toutes les trois conservées dans des quantités relatives proportionnelles à celles où elles sont émises par l’original (21e 1. des c. ternaires), et elle apparaîtra conséquemment avec les intensités relatives des trois éléments qui la constituent dans la nature.

11° Si, parmi les trois composantes d’une couleur ternaire, il s'en trouve deux émises Vune et l’autre à leur maximum de quantité, la couleur binaire quelles constituent à elles deux, sera seule représentée, sur l’image définitive, par la teinte binaire correspondante, . bien plus réduite de quantité que la teinte binaire qui représenterait une couleur binaire, isolée, émise à son maximum : grâce à cette réduction, et grâce à la disparition totale de la matière colorante qui correspond à la troisième composante, cette couleur binaire, placée sur le fond blanc, sera forcément ramenée à l’état de couleur très-claire qui lui appartient dans la nature (3e 1. des c ternaires).

Il est à remarquer que, pour être extrêmement faible, la quantité de matière colorante conservée ne laisse pas de paraître (comme couleur très-claire) sur le fond blanc, à la différence des quantités très-faibles de matières colorantes qu’une couleur simple ou binaire, émise à son maximum (voir les nos 2 et 5 ci-dessus) peut laisser subsister sur les deux épreuves ou sur l’épreuve dont la couleur ne lui correspond pas : en effet, ces dernières quantités, à raison de leur faiblesse, ne sauraient apporter par leur superposition une altération à la couleur, en totalité conservée, qui représente cette couleur simple, ou à la teinte binaire, également trèsabondante, qui représente la couleur binaire du modèle : cette superposition, et l’extinction imperceptible qui en résulte, ne peuvent avoir d’autre résultat, si tant est qu’il y ait un résultat appréciable, que de foncer tant soit peu la couleur dont il s’agit. Au résumé, les choses se passent convenablement en toute circonstance, et les résultats, meilleurs encore que la théorie, sont là pour le démontrer.

12° Toute couleur ternaire, considérée indépendamment des proportions relatives de ses trois éléments , se reproduira

sur V image définitive avec un éclat proportionnel à son éclat dans la nature.

Pour se rendre compte de cette douzième règle, il importe de remarquer que, dans la nature, une couleur ternaire a d’autant plus d’éclat que la somme de ses trois éléments forme une plus forte quantité; si bien que, dans le cas où les trois éléments sont tous les trois émisa leur maximum, ils constituent le blanc, la plus éclatante des couleurs ternaires. Après le blanc viennent immédiatement, d’une part, les gris clairs et, d’autre part, les diverses couleurs claires qui doivent leur nom à un ou deux de leurs éléments émis au maximum ou dans une proportion approchante : tels sont le rose, ou rouge clair, le vert clair, etc.

Cela posé, l’énoncé de notre douzième règle s’explique :

Plus, en effet, une couleur ternaire, dans la nature, gagnera en éclat par l’augmentation de la quantité des trois éléments qui la constituent, plus, sur le fond blanc de l’image définitive, elle gagnera en éclat par la diminution proportionnelle des quantités de matière colorante conservées (4e 1. des c. ternaires) : de même et par-contre, plus la couleur ternaire, dans la nature, deviendra sombre par la diminution de la quantité de ses trois éléments constitutifs, plus, sur le fond blanc de l’image définitive, elle deviendra sombre par l’accumulation, toujours proportionnelle, des fortes quantités de matière colorante conservées (même loi), lesquelles s’éteindront réciproquement et partiellement, ou même en totalité, sur ce fond blanc.

Les douze propositions qui précèdent étant toutes démontrées, il demeure démontré par cela même que l’image définitive reproduira toutes les couleurs, simples, binaires ou ternaires, et aussi toute la gradation des clairs et des ombres du sujet original.

Le même phénomène de reproduction s’accomplira, si, au lieu de regarder cette triple image par réflexion sur un fond blanc, on la regarde par transparence à travers la lumière du jour. Il pourra donc se réaliser sous forme de diaphanies.

Clichés positifs et clichés négatifs, — Multiplication par

la presse : gravures héliographiques, chromolithographies, etc.

Nous avons supposé jusqu’à présent nos trois épreuves monochromes formées au foyer même de la chambre noire, avec l’interposition de verres colorés. Mais il est facile de concevoir qu’on pourra également les obtenir à la lumière blanche, par l’intermédiaire de trois clichés positifs, dont chacun aura été lui-même obtenu avec l’interposition du verre coloré de l’épreuve à laquelle il correspond, La matière noire qui remplacera, sur chacun des clichés positifs, la matière colorante spéciale dont nous nous sommes occupé jusqu’à présent, sera distribuée, sur chacun d’eux, selon les proportions où, d’après les lois plus haut étudiées, la matière colorante spéciale serait distribuée elle-même sur chacune des épreuves correspondantes. Par suite, si chacun de ces clichés positifs est employé pour la pellicule de la coloration voulue, sensibilisée dans les conditions précédemment définies, cette pellicule subira le même travail qu’elle aurait subi dans la chambre noire. On obtiendra donc, au moyen de trois clichés positifs, n’offrant chacun que du noir, du gris et du blanc, trois épreuves monochromes, qui pourront toutes les trois se multiplier indéfiniment, et, par leur triple superposition, reproduire ce sujet un nombre illimité de fois.

Bien plus, au lieu de reproduire le modèle 1° par trois clichés positifs, 2° par trois pellicules monochromes préparées de manière à fournir, sous ces trois clichés positifs (comme du reste dans la chambre noire elle-même) trois épreuves positives, il est une autre combinaison qui donnera évidemment le même résultat, et qui consiste : 1° en trois clichés négatifs, 2° en trois pellicules préparées de manière à fournir, sous ces trois clichés négatifs, trois épreuves positives monochromes. Cette seconde combinaison, cette méthode négative, à laquelle nous donnons la préférence sur la méthode positive à raison d’une plus grande sûreté dans les résultats (rien ne vaut, du moins jusqu’à présent, les clichés négatifs aux sels d’argent) va être exposée dans tous ses détails pratiques : ce sera la matière du chapitre suivant.

Ne perdons jamais de vue que, sur chacun des trois négatifs, la matière noire sera distribuée à l'inverse de la matière colorante dont nous avons étudié la distribution.

Telle est, soit sous la forme négative, soit sous la forme positive, notre Procédé indirect ou d’interversion, ainsi nommé parce que chacune des épreuves monochromes y est obtenue, non point par l’action de la couleur qu’elle reproduit, mais par l’action des deux autres couleurs.

En associant à ce procédé les procédés connus de lithophotographie, de chromolithographie et de gravure héliographique, on obtiendra, soit directement, soit par l’intermédiaire de clichés positifs et négatifs, et toujours à l’aide de verres colorés, trois empreintes ou matrices, planches gravées, etc., engendrées par les rayons des diverses couleurs simples, et susceptibles de fournir par un triple tirage sur papier, étoffe, etc., un nombre illimité de tableaux héliochromiques constitués par trois encres de couleur.

On obtiendra encore, par le même système, des héliochromies émaillées et vitrifiées.

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