‹ Les coulisses artistiquesChapitre 16 sur 27 · CAROLUS DURAN · texte numérisé non relu

CAROLUS DURAN

Un exubérant.

Sa devise^ en toute chose, parait être :

— S'il n'y a pas trop, il n'y a pas assez.

Un caprice bizarre de la nature a fait naitrer

dans le Nord celui qui semble avoir de Feau de la Garonne dans les veines.

Et de la Garonne espagnole, s'il vous plaît 1 . Carolus Duran rentre dans la catégorie d'artistes dont Gustave Planche disait :

— Leur corps est trop étroit pour les contenir.

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Sans cesse, en effet, il faut quMl se répande au dehors, emporté par les ardeurs inconscientes d*un tempérament tout spédaU

Sa vitalité déborde, malgré lui, dans tout ce qu'il fait, dans tout ce qu'il dit, dans tout ce quMl pense.

Si, pour le juger, vous vous placiez au point de vue de la modestie courante et banale, il arriverait bien souvent que Carolus Duran vous semblerait affligé d'une hypertrophie d'orgueil.

Mais c'est si naïvement sincère, si franche* ment convaincu qu'on n'a pas même envie de lui en vouloir.

Il était né pour le piédestal. Ce n'est pas sa faute.

D'ailleurs, dans le monde artistique le Moi tient tant de place qu'on peut bien pardonner à un vrai talent des écarts d'amour-propre qu'on retrouve à chaque pas chez la vulgarité impuissante.

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Interrogez ses amis. Ils seront unanimes pour vous dire qu'il y a sous ces dehors excessifs un ctôur dévoué et bon.

Le public, d'ailleurs, nV(-il psts tout fait pour le griser en lui versant le succès à pleine <îoupe?

Il y a si rarement de la violette dans les couronnes des triomphateurs I

La haute et en somme très-légitime idée que Garolus Duran a de lui-même le rend, avantage précieux, inaccessible à la jalousie. Il ne peut envier les autres, puisqu'il croit les dominer.

Au jury, c'est le plus accommodant des membres.

Aucune toile ne lui fait ombrage. Il plane au-dessus.

Nous avons dit que chez l'artiste la vie déborde de toutes les façons.

Ce n'est pas un homme, c'est un torrent d sève.

Voyez plutôt cette chevelure luxunante et oette abondsoite l)arbe qoire, qui Toat i^it, surnommer le Mounet'Sully du pinceau.

P^ we oiÎQute Û ne peut rester s^ns se dépenser SQUS une forme quelconque.

Au travail, c'est un bûcheur terrible. Regardez comme il vous tripote sa palette |;igantesque, une palette faite exprès po^r lui et deux fols plus grande que les palettes vulgaires.

3'il f9.it halte uu instant, vous croyez peut-être que ce sera pour se reposer ?

Brrçur.

Toujours en ébullitîon, vous dis-je. .

D'un bond il s'est élancé jusqu'à Uoiur^âlle,

et a décroché une guitare.

Et voilà, qu'il çhwte à pleine voii^, eu grattant furieusement l'instrument cher aui^ trou^

badQurs*

Le chant l'ennuie?... 11 se met h dansjsr un

fandango fantaisiste ou un boléro de son cru.

Assez de danse?,. • C'est le tour des armes.

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Par exemple, rescrime est la passion do* minante de Garolus Duran. Dans La rue nsiêmey s'il s'arrête pour causer avec vous^ il simule dans Tair avec sa canne des tierces, des quartes, des froissés. Parfois même, et en voulant se fendre sur la muraille, il lui arrivera de lancer son jonc au travers du corps d'un bon bourgeois effaré et craintif.

Il est parvenu, du reste, à être une des pr^ mières lames de Paris, et tout dernièrement encore, au cercle des Mirlitons, il a été^ dans un assaut, le plus brillant représentant de L'^ cole de Yigeant, son maître, par lui portraituré.

Au même cercle, dont il est l'un dos plus acti£s metteurs en train, il a^ aussi joué la comédie.

Mais, cette fois, le succès a été moins in»

contesté. Il ne manie pas le dialogue aussi bien que le fleuret.

Son atelier est une des gloires du passage

Mr-**^r«»r«^

Stanislas, dont probablement vous ne soupçonniez même pas l'existence.

Apprenez donc que ledit passage avoisine la rue Yavin et se jette dans la rue Bréa. Apprenez encore qu'il est illustré également par la présence de M. Alfred Naquet.

Mais Garolus Duran lui dispute énergiquement la popularité dans le quartier. Je crois même que c'est lui qui remporte.

Très-raffiné dans sa mise, vous le trouverez toujours élégamment vêtu d'une jaquette de velours aux couleurs chatoyantes.

Autour de lui tout atteste la même recherche somptueuse. Ce ne sont que capitons et brocards.

Mais son luxe le plus charmant ce sont à coup sûr deux enfants exquis qu'il aime, et tlont son pinceau a mainte fois déjà reproduit les traits.

De vrais bijoux, par ma foi !

C'est surtout en Belgique et en Hollande que

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Carolus Duran a étudié* On s^en aperçoit.

Pour le quart d'heure il est occupé d'un travail qui sortira de soii habituelle coiùpéteiice.

Il s'agit d'un plafond pour le palais du Luxembourg. Entre tenops il cultive pourtant le portrait.

Celui de M. de Girardin, qui figure au Salon de cette année, sera une des toiles les plus remarquées du maître.

La tête bizarre du publiciste, assis derrière une table, se détache en blanc sur un fond noir, avec des violences de ton qui font songer de loin au masque pâle de Pierrot.

L'œuvre est saisissante de relief et de puis • sance.

Carolus expose aussi une « Parisienne descendant un escalier. »

A la bonne heure 1 II a renoncé au genre qui lui avait si mal réussi dans son tableau de Yaft dernier, et dont un appréciateur avait dit:

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*» Cela voudrait être da nu, et ce n*est que du déshabillé.

Signe très-parlieuUer : Carolus aime ManeU {presque au point de l'adoûrer.

Comme repoussoir sans doute.

Cette admiration ne nous en parait pas moins imprudente.

Car les défauts de Manet ont parfois bien Tair de vouloir être la parodie des qualités de son admirateur.

Autre signe particulier ; Carolus Duran est m conseiller fr^^nc et loyal pour ses confrères.

Vous ne voyez peut-être pas grand mérite à •cela. C'est qu'alors vou3 connaissez peu les us et coutumes artistiques.

Us et coutumes qui infligent en général un fameux démenti à rtiémistiche de Boileau :

Aimez qu'on vous conseille.

La plupart du temps oes conseils-là sont doublés de perfidie.

Jamaisrien de tel avec Garolus.

S'il dit : Faites donc ainsi j c'est qu'il croit

sioic^cment que la modification serait heu-

Ce qui n'est pas une raison, toutefois, pour qu'il voie toujours juste.

^ Sa pointure me paraît avoir des partis pris trop tranchés pour qu'il puisse être un professeur hors ligne.

Il a cependant à présent un atelier d'élèves bien hanté.

Pourquoi pas après tout ?

On a certainement quelque chose à gagner au contact de cette nature, si copieusement douée.

Aux disciples à s'ébrançher ensuite euxmêmes.

En résumé, celui-ci est quelqu'un et marquera sa trace dans l'art contemporain.

Il la veut peut-être marquer un peu plus quMl ne faudrait. Mais, bastel...

Quand c^est un dindon qui fait la roue, on a en\ie de siffler.

Quand c'est le paon, le spectacle intéresse toujours ; car, en somme, si le paon ne savait pas ce que valent ses couleurs, nous y perdrions.

Donc Garolus Duran a bien le droit de sa-^ voir ce que valent les siennes.

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