EXPOSITION DÉCENNALE
Peinture.
Les splendeurs que nous venons d’admirer dans l’Exposition rétrospective, quoique bien extraordinaires, ne nous paraissent pas, cependant, tellement supérieures qii’on ne puisse trouver encore en soi de quoi s’extasier dans les salles de la décennale, qui attestent une fois de plus la supériorité de nos artistes.il ne nous est malheureusement pas permis de nous attarder en considérations plus ou moins opportunes et en comparaisons avec les peintres des autres pays qui ont aussi leur génie propre. Contentons-nous de citer aussi rapidement que possible les noms des triomphateurs.
Salle I. — Le panneau du fond de cette première salle est presque tout entier occupé par les œuvres de M. Besnard, au milieu desquelles, à côté de portraits remarquables, on retrouve la fameuse Femme jaune , qui excite l’étonnement et quelquefois les
railleries de la foule. M. Brouillet a là son Paysan blessé qui est une toile considérable. On y voit aussi le meilleur tableau de M. Agache, un très beau portrait d’enfant par Albert Aublet, des scènes de courses par John Lewis Braun et une superbe toile de Félix Barrias.
Salle II. — C’est la salle des Bonnat,etpar conséquent des portraits sans pareils. Voici celui du cardinal Lavigerie, qui occupe la place d’honneur, avec ceux de Victor Hugo, de Pasteur, de Puvis de Chavannes, d’Alexandre Dumas, de Jules Ferry, etc.
Salle III. — Ici ce sont les Bouguereau qui étalent toute leur grâce, et témoignent, malgré qu’on en ait, d’un incommensurable talent.
Elle est privilégiée cette salle, car elle contient aussi l’exposition de Carolus Duran, des Cazin très étonnants, et un Claude que vous trouverez absolument délicieux de ton.
Salle IV. — M. Benjamin Constant est ici avec un plafond qui témoigne de grandes qualités. Ce qui n’empêche pas le public de faire fête aux toiles de MM. Barrias, Lesuer, Boutigny. Il montre même quelque chose de plus que de l’admiration devant les Gaston Guignard et les Barillat.
Salle V. — Quoique M. Benjamin Constant soit ici à la place d’honneur avec la Justice du Chêrif, et quelques autres tableaux remarquables, parmi lesquels nous citerons principalement la Soif dont nous sommes fanatiques, nous croyons que la première place est due à M. Edouard Détaillé pour ses deux grandes toiles dont la composition et le sentiment sont la perfection même. Il faut voir encore dans
cette cinquième salle les Loups de Mer de madame Demont Breton.
Salle VI. — Voici les Gervex, les Duez, les Damoye. M. Gervex a réuni à l’Exposition décennale les plus célèbres tableaux qu’il ait signés : Rolla, le Jury de Peinture, le Docteur Péan faisant sa leçon, e te. M. Duez, que nous retrouverons salle XVII avec son incomparable bord de mer qui semble fait pour apaiser les nervosiaques de ce temps, M. Duez est fort bien représenté par des toiles de premier ordre. Louer les paysages de Damoye serait superflu. Ils sont de toute beauté.
Salle VII. — Les œuvres de M, Humbert, très saillantes, un tableau de M. Dubufe fils, quelques ouvrages de M. Lavieille, et une toile superbe de M. Hanoteau, tel est le bilan de cette salle.
Salle VIII. — Nous sommes invinciblement attirés, en pénétrant dans cette salle, par les huit tableaux d’Henner, tous sans rivaux. Une Andromède d’un dessin et d’un ton de chair qui montre, après quelques années, la supériorité de ce maître peintre. Puisc’est une Madeleine exquise et un Christ qui vous fait réfléchir. Avec cela des portraits merveilleux, et Fabiola, cette Joconde du nouveau Léonard de Vinci.
Salle IX. — Ici nous devons admirer sans réserve les Jules Lefebvre et principalement sa Diane, un portrait de Jules Claretie par Gabriel Ferrier, de délicieuses Roses trémières par Georges Jeannin, et les chouanneries de M. Le Blant, entre autres son Charrette et son Bataillon carré.
Sur le panneau correspondant, nous trouvons les œuvres d’un artiste bien remarquable aussi, quoique
à un moindre degré : Jean-Paul Laurens. Citons encore le Don Juan de Rixens et passons à la
Salle X. — Albert Maignan tient ici le premier rang avec M. Aimé Morot — le bon Samaritain — dont le talent, je l’avoue, m’est plus sympathique et me conquiert davantage. Ce serait un crime que de ne pas citer également et sur le même pied la Moisson de M. Lhermitte, ce simple chef-d’œuvre d’un artiste qui trace un sillon lumineux dans notre ciel artistique. Il faut voir aussi le Victor Iiugo sur son lit de mort par M. Laugée. Le Roi cl'Ys par Luminais, et les Enervés de Jumiéges par le même, un portrait d’enfant tout à fait exquis par M. Morot.
Salle XI. — Ici j’avoue que je ne suis plus bien sûr de moi. Il me semble que dans mes notes, j’ai mal suivi la distribution des salles, et je demande bien pardon au lecteur si je commets quelque erreur, d’ailleurs bien facile à réparer. Il nous tiendra compte de la difficulté que nous avons eue à dresser ce compte rendu sans le secours du moindre catalogue ni d’aucune indication bienveillante, au contraire.
Que le César de Rochegrosse soit dans la salle XI ou dans la salle XII, il n’en est pas moins une œuvre de maître à laquelle cependant je préfère la Jacquerie, dont il ne m’a pas été possible de trouver trace. Ab! le Tocsin de Maignan est aussi une conception superbe et magistrale. Voici le Lancement d'un Bateau de sauvetage par Morlon, note vigoureuse et très personnelle, et un autre bateau de sauvetage par Renouf, très fort aussi.
Salle XII. — Les Roll, tous les Roll au grand
complet. Un talent énorme. Quelques erreurs. Je n’aime toujours pas beaucoup son Chantier de Suresnes, mais je suis fou de son Taureau en conversation avec une demoiselle dévêtue. Cette salle est également honorée par des tableaux très puissants de M. Saint-Pierre et par une série de portraits signés E. Robert Fleury. Je crois que le saint François d' Assises de M. Werts, une toile de grand mérite, est aussi dans cette salle.
Salles XIII et XIV. — Des portraits officiels, par M. Yvon, peintre très serré et très vigoureux. Ruth et Booz de M. Girardot, qui provoque un peu moins d’enthousiasme qu’autrefois, et cinq ou six Renouf de derrière les fagots qui placent définitivement leur auteur au premier plan.
Salle XV. — C’est là, je crois, qu’est le fameux Duez dont je parlais tout à l’heure. 11 éclaire singulièrement cette salle où nous devrions nous arrêter longtemps, mais que nous sommes forcés de traverser promptement non sans vous recommander cependant la grande toile de M. Cormon,une Famille de Satyres, par M. Comerre, une Pauvresse, par M. Sain, un joli Claude, nature morte, des Veyrassat fort bons, et deux grands tableaux de M. Wencker, dont l’un représente une cérémonie officielle tout à fait moderne.
Salle XVI. — Il y a dans cette salle deux ou trois toiles qui firent un terrible bruit quand elles parurent au Salon. Tel le Saint-Denis de M. Delance, qu'on a placé un peu haut, et ce ne doit pas être par bienveillance ; tel encore 1 ’Andromaque, de M. Rochegrosse, toile de grande allure ; les Titans foudroyés ,
par M. Delacroix, gui aurait une réputation considérable s’il s’appelait autrement; une scène maritime d’un effet très intense, par M. Tattegrain, Un Deuil, par de Schryver. Je recommande encore le Départ de Tobie, par Bramtot, le Réveil, par Glaize, où il y a un raccourci cherché et très trouvé.
Salle XVII. — Tout disparaît presque complètement dans cette dix -septième et dernière salle devant le Reischoffen de M. Morot, une page dont la renommée grandira sans cesse avec le temps, page vraiment sublime de sincérité et de vigueur patriotique et la grande toile de M. Tattegrain : les Casselois dans les marais de Saint-Omer se rendent à merci à Philippe le Don. Ce tableau-ci est également une œuvre maîtresse d’un homme tout jeune encore et qui par conséquent nous en donnera bien d’autres.
Premier étage.
Pour voir le reste de l’Exposition décennale il faut monter l’escalier de gauche où se trouvent sept salles que remplissent des tableaux, des dessins, des aquarelles. Dans la salle 1, je vous signalerai un portrait de M. Barthélemy Saint-IIilairepar mademoiselle Beaury-Saurel qui, comme vous savez, est tout à fait une grande artiste et deux Clairin, le portrait de Mounet-Sully et une Danseuse.
Salle II. — Vous trouverez les intéressants tableaux de M. Jean Béraud : Une Réunion publique, la Salle des Pas-Perdus, etc. La salle 3 contient neuf superbes portraits de M. Delaunay, les Grandes
Manœuvres de Berne-Bellecour qu’il faut admirer, le Moulage de Danton et des paysages de J. Dupré. C’est une salle privilégiée.
Très privilégiée aussi la salle 4 avec ses paysages d’Harpignies, les tableaux exquis d’Heilbuth et les miraculeuses toiles de Jules Breton, que nous retrouvons encore salle 5, avec les Dagnau-Bouveret, les Communiantes , le Matin, etc. Après avoir vu ces derniers tableaux, il faudra vous transporter au Salon et voirie chef-d'œuvre qu’expose cette année M. Dagnau-Bouveret.
Salle VI. — Meissonier y expose (1807) une aquarelle. M. Cazin quatre paysages, M. Doucet une étude de femmes nues et, salle 7, nous retrouvons M. Lhermitte avec un fusain très beau, M. Renouard avec de très beaux dessins à la mine de plomb et le Golgotha, crayon de M. Bida.
Si nous passons maintenant de l’autre côté en descendant d’abord et en montant ensuite l’escalier de droite, nous trouvons 7 autres salles dont deux, G et 7, consacrées à la gravure contemporaine. Salle 1, voyez les marines et les paysages du Midi, de Moutenard; salle 2, les Bœufs de M. Yuillefroy et la Nature morte de M. Vallou. Salle 3, un excellent Jeanniot, En Ligne, que je vous recommande particulièrement, un incomparable portrait de Clairin par M. Mathey, des paysages de M. Pelouze et des animaux de M. Vaysan. Salle 4, encore des Meissonier, inutile de vous dire que ce sont des merveilles, et salle 5 des tableaux d’Adrien Moreau, très singuliers, de Moreau de Tours et des paysages et marines de Guillemet.
Sculpture.
Ce qui vous frappe le plus en entrant dans la vaste galerie où sont disposées les œuvres des sculpteurs français, belges et italiens, c’est la grande composition de M. Mercié : Quand même. Ce mot dit ce qu’il veut dire. L’œuvre par elle-même est vivante, généreuse, magnifique. C’est un triomphe de plus pour l’auteur de Gloria victis.
A gauche, en entrant par la porte Rapp, est le puissant Mirabeau deM. Dalou, un véritable tableau avec sa tonalité propre, son dessin merveilleux et en plus le relief qui vous enchante tout à fait. A côté, c’est la Paix, un haut relief aussi, dont j’ignore l’auteur, mais qui est à coup sûr une composition remarquable d’un mouvement extraordinaire et d’un modelé parfait. Continuez et vous trouverez un bel Œdipe à Colone de E. Hugues. Les grands groupes de Caïn ; le Lion et le Caïman, le Rhinocéros et les Tigres. M. Fremiet a envoyé son Gorille emportant une femme. Dans un coin on arrange encore un groupe de chevaux et de cavaliers se disputant une nymphe du plus grand effet. Il paraît en effet que beaucoup d'envois sont arrivés bien malades. M. A Croisy, le statuaire éminent, a même failli perdre totalement un groupe en plâtre intitulé l'Armée de la Loire dont l’original figure sur le monument élevé au Mans au général Chanzy. Ce groupe revenant de la fonte était en de multiples morceaux et devait nécessiter un assez important travail de montage. Etant donnée son importance — il comporte quatorze figures — on avait réservé h
ce groupe une assez bonne place, à l’entrée principale du palais des Beaux-Arts, dans le vestibule qui précède le dôme ; mais le long travail auquel le montage de cette œuvre devait donner lieu en avait fait jusqu’ici, dans le coup de feu qui a pré. cédé l’ouverture, retarder l’exposition.
Dans la matinée du jour qui a précédé l'inauguration de l’Exposition, vers sept heures, les balayeurs de M. Alphand, occupés au grand nettoyage, ont pris les fragments en plâtre du modèle de M. Croisy pour des débris de statues et, sans aucun ménagement, les ont transportés sur la terrasse du jardin central, où ils allaient être jetés dans un des tombereaux de la Ville, quand M. Judicelli, inspecteur des beaux-arts, arrivant au Champ-de-Mars et s’apercevant du fait, en a aussitôt arrêté la destruction.
Un rapport a immédiatement été adressé à M. Proust, commissaire général des beaux-arts, sur cette malencontreuse méprise. Le groupe de M. Croisy n’en figure pas moins à l’Exposition.
Je voudrais vous mener, lecteur, devant tous les marbres qui méritent une attention spéciale et qui sont signés : Falguière, Chapu, Saint-Marceau, Dalou, Rodin, Boucher, Coûtant, Barrias et de bien d’autres noms aussi célèbres comme Delaplanche, Guillaume, etc. Mais ce livre n’est pas et ne peut pas être un compte rendu artistique. Votre bon goût saura vous conduire devant les meilleurs morceaux, j’en suis parfaitement assuré et vous n’aurez pas besoin de moi pour choisir, avec le tact le plus exquis, les chefs-d’œuvre qui devront vous plaire.
Les artistes étrangers.
Autriche-Hongrie. — La première grande salle, en sortant du grand hall situé sous la coupole des Beaux-Arts, est occupée par l’Autriche-Hongrie dont l’Exposition artistique occupe encore une autre salle. Dès qu’on est entré on est frappé par deux grands tableaux, l’un de M. de Munkacsy, Jésus devant Pilate, dont la renommée est universelle et qui me semble avoir gagné depuis que je ne l’avais vu, l’autre de Brosik, représentant une scène historique qui servit de prologue à la guerre de Trente ans et dans lequel l’auteur a montré un talent de premier ordre. Remarquez en outre un très beau portrait de Lehmann et Une Querelle par W. Szymanowski, tableau d’un naturel parfait et d’une facture admirable. Il existe encore ici, comme ailleurs, d’autres toiles dont je suis forcé de ne pas parlér. Encore une fois je vous laisse le plaisir de les découvrir.
Russie. — Nous retrouvons ici quelques artistes russes qui nous sont familiers et qui ont organisé leur Exposition à leurs risques et périls. Tous ces messieurs, dont les noms ne sont pas toujours faciles à lire sur leur tableau, ont montré beaucoup de talent. Je citerai entre autres une Ève de Paul Szindler qui m’a frappé, des Fleurs de Rohman et une belle scène des portraits de Harlamoff d’un sentiment singulier, signée Makolukin. Mais ce qui m’a le plus frappé, peut-être parce que j’ai Iule singulier ouvrage de l’auteur, ce sont les tableaux de mademoiselle Bashkirtcheff, un portrait de femme, tout à fait extraordinaire. Jean et Jacques la vérité
même et l’Académie Julian où l’on voit évidemment l’artiste elle-même au premier plan. Tout cela fait plus que jamais regretter la mort de cette femme si étrangement douée.
Allemagne. — Les peintres allemands ne devaient pas concourir à l’Exposition universelle afin d’être agréables à M. de Bismark. Mais dam ! les choses se sont arrangées de telle sorte que quelques-uns d’entre eux ont demandé à envoyer quelques tableaux. Ils s’apercevaient décidément que l'Exposition de Paris allait réussir et que ce serait un honneur d’y figurer. On les a accueillis avec cette politesse et cette bienveillance qui sont toujours des qualités françaises, et on leur a donné une salle où d’ailleurs ils ont exposé un assez grand nombre d'excellents tableaux, parmi lesquels je citerai d’abord La Cène de M. de Uhde, une œuvre qui n’est pas bien loin d’être un chef-d’œuvre, grâce à une intensité de sentiment qui vous enveloppe au seul aspect de cette toile. .. pensée.
J’aime beaucoup aussi le tableau de M. Walther Firle, de Munich (M. de Uhde aussi est Bavarois) : une mère désespérée est auprès de sa fille au moment même où arrivent les amis et les voisins pour l’enterrement. Il y a là une diversité d’observation extrêmement intéressante et un bon réalisme qu’on ne saurait assez louer.
Signalons une via Appia par M. K. Heffner. C’est très singulier de ton, mais emprunt d’une véritable et poétique mélancolie ; un bon portrait de M. Albert Keller,deux belles gouaches de INI. Menzel, de très curieux portraits çà et là et deux toiles
vraiment remarquables deM. Bochmann, dont une a eu à Munich la grande médaille d’or.
Italie. — La salle réservée aux peintres italiens contient quelques tableaux ingénieux, mais où l’on trouve difficilement une note personnelle. Du reste, à l’heure où nous écrivons, cette section du palais des arts n’est pas encore prête.
Angleterre. — Des merveilles! Nous l’avons déjà dit, cet ouvrage n’est pas un catalogue et nous sommes forcés de ne pas nous étendre. L’exposition anglaise est pleine d’œuvres remarquables; surtout de portraits d’une valeur extraordinaire. Nous n’en citerons aucun, il faudrait s’étendre sur chacun d’eux. Mais soyez bien persuadés que l’Angleterre a des artistes très éminents.
Espagne. — Très belle, très belle Exposition aussi. Des portraits signés Madrazo, superbes et en très grand nombre, un Jimenez extrêmement fort représentant la visite d’un médecin dans une salle d'hôpital; un seul reproche : les physionomies des assistants sont trop indifférentes ; un Enterrement par F. Maso, très dramatique. Deux excellentes toiles de Ricardo de Madrazo: un Boabdil remettant à Ferdinand et à Isabelle les clefs de Grenade, par Pradilla.
Voici encore un Christ bien étudié de M. Aranda qui a voulu envelopper son Dieu de mystère. Deux ou trois Rico d'un faire original, un beau tableau de M. Sala, Y Expulsion des Juifs.
L’Exposition des artistes espagnols occupe deux grandes salles et les occupe très dignement. Il pleuvra des récompenses sur cette section.
États-Unis. — La section américaine des États- Unis contient une série de tableaux très beaux et qui témoignent, chez la grande nation, d’une aptitude singulière. Les artistes américains sont d’ailleurs pour la plupart des connaissances et nos lecteurs retrouveront presque des amis quand nous citerons M. Bridgmann avec sa Terrasse à Alger e tson Marché aux Chevaux du Caire ; M. Alexandre Harisson avec la Vague. En Arcadie, un chef-d’œuvre, et Les Châteaux en Espagne. M. F. D. Millet avec Une Servante et Un Duo difficile. Il faut admirer aussi Le Souper, de M. Julien Stewart, Une Épave de M. Reinhart, des portraits de M. Sargent qui est célèbre depuis déjà longtemps quoique jeune encore; Un Deuil, par M. Knight; les Derniers Sacrements, par M. Mosler; les Laveuses, de M. Kavanocb; la Charité, de M. Walter Gay, etc., etc.
Grèce. — M. Sclivanioski expose un bon portrait de femme et M. Ralli des moines du mont Athos.
Suisse. — Il y a beaucoup à glaner pour l’amateur dans la section suisse; nous citerons particulièrement mademoiselle Breslau, qui mérite une mention spéciale pour son portrait du sculpteur Oarriés et ses portraits de femmes. J’aime aussi beaucoup la Déroute de M. G. Girardet, les paysages de M. Odier, le Sculpteur sur Bois de M. Ravel, les Deux Soucis de Ch. Giron, la Vaccination de la Rage par Laurent Gzell, etc.
Belgique. — Il faut courir aux tableaux de M. Stevens dans cette section, et voir principalement Lady Macbeth et la Bête à bon Dieu. Je vous recommande aussi et très chaudement la Revue des Écoles par
COULISSER DE L EXPOSITION
Jean Verhas, un beau paysage de M. Verstraete, d’excellents animaux de M. Vervée, et remarquez que le nom de la plupart des bons peintres belges commence par un V. Pourquoi ?
Il faut aussi décerner des éloges, sans les compter, à M. Walhberg qui, depuis longtemps, jouit en France d’une renommée de premier rang. Il a une Vue de Stockolm en Hiver qui mérite une admiration aussi universelle que notre Exposition. Ici un portrait de M. Antonin Proust, par M. Zorn, et celui de M. Coquelin Cadet parle même. M. Zorn veut nous faire croire qu’il est Suédois. Tout le monde le croira Parisien. Citons encore : MM. Allan Osterlind, Hugo Salmon, Kreuger, Larsan, Josephson, etc. Et parmi les aquarelles, remarquer et admirer celle du prince Eugène de Suède qui, comme on sait, étudie la peinture à Paris depuis dix-huit mois ou deux ans.
Norwège. — Ici encore quelques noms connus et aimés du public français, tels que ceux de MM. Norman dont les paysages norwégiens ont étonné les habitués du Salon, voilà cinq ou six ans, M. Christian Krolig M. Eilif Petersen, M. Erik Werenskiold, etc., etc.
Danemark. — Depuis l’Exposition des Beaux-Arts organisée à Copenhague par M. Jocolisen, il s’est formé un grand mouvement de sympathie entre les artistes français et les peintres danois. Ceux-ci ont donc tenu à honneur de venir en grand nombre à l’Exposition de 1889 et ont offert à notre admiration des toiles remarquables parmi lesquelles nous signalerons principalement : la Mort delà Reine Sophie.
Amélie, par M. Ch. Zarthman, et des portraits étonnants de mademoiselle Wegmann à citer et à voir: Otto Bâche : La Fin de la Chasse, Etude de Chevaux ; Carie Block: La Lettre ; Johansen : Chez Moi, le Savonnage des Enfants ; Phi-Niss : Paysages et Marines ; J. Paulzen : Le Modèle, Paysages crépusculaires; Vigo Petersen : Paysages ; Trexen : Rentrée des Pêcheurs ; Jerndorff : Portraits très remarquables ; Zacho : Paysages.
Les expositions des autres nations étrangères sont situées au premier étage, où vous voudrez bien prendre la peine de monter avec nous.
Tout d’abord nous trouvons la salle où sont réunis les tableaux des artistes étrangers appartenant à des pays où l’art n’est pas assez touffu pour prétendre chacun à une salle spéciale. Nous y trouvons d’excellents tableaux de M. Schenck, les Dindons, — les Oies, — les Moutons ; le fameux portrait de mademoiselle Bilenska par l’auteur — un chef-d’œuvre ; des natures mortes de Zacharian et deux bonnes toiles de M. Artur Michelena, le Candidat et l’Enfant malade.
Immédiatement après nous entrons dans la salle des peintres serbes, où nous voyons les premiers efforts d’un peuple qui s’essaie. A signaler : les Emigrants de Bosnie, par Ouroch Préditch, et les Pâques, de M. Georges Kristitch.
Voici maintenant la salle roumaine, presque uniquement composée des quarante toiles de MM. Grigorisco et Mirea, deux artistes d’une valeur indiscutable.
Hollande. — Cela devient sérieux : nous retrouvons ici un peintre aimé des Parisiens, M. Mesdag,
avec ses marines d’un ton si fin et d’une vérité si franche ; M. Artz avec la Femme du Pêcheur-, le grand peintre Israël avec les Travailleurs de la Mer et Paysans à table. Puis ce sont MM. Willy Martens qui expose deux portraits, le Déjeuner et Rêveuse, madame Thérèse Schwartz qui donne trois portraits y compris le sien,M. Breitner, Rencontre , Jacob Main, Henry Luyten, Paul Gabriel, Jean Veth, etc., etc.
Suède. — Exposition très curieuse et digne d’attirer l’attention des plus difficiles amateurs. Il faut voir d’abord deux tableaux de M. Berg : Portrait de ma Femme et A la Tombée du Soir. Ce dernier est d’un sentiment exquis. J’en dirai autant du Soir et du Soleil brumeux de M. Ekstrôm. Voyez aussi la Fin d'un Héros (souvenirs de 1870-71), par M. Forsberg. Voici encore une connaissance, M. Hagbard, un des meilleurs peintres de notre temps, avec le Lavoir et le Cimetière de Fourville , deux merveilles.