LA GRANDE GALERIE DE TRENTE MÈTRES
En sortant du pavillon que nous venons de décrire, dans la direction du Palais des Machines, nous nous trouvons dans la grande galerie des groupes divers.
Longue de cent vingt mètres, large de trente, cette galerie présente un coup d’œil indescriptible.
Essayons néanmoins de donner une esquisse de ce tableau féerique.
A droite et à gauche débouchent quatorze galeries latérales, dont les portes monumentales, charpentées en fer, sont, avec un art merveilleux, garnies des spécimens des produits exposés dans ces artères
transversales. Toutes les merveilles de l’industrie y sont harmonieusement groupées, et forment les décors de ces arcs de triomphe du travail de l’homme. On se croirait dans un des palais imaginaires des Mille et une Nuits.
Porte de la Joaillerie.
La première grande porte à gauche est toute rehaussée d’or, naturellement, puisqu’elle ouvre sur la galerie de la joaillerie et de la bijouterie. Il y a là, s’il vous plaît, pour quarante millions de bijoux. Mais le clou de cette exposition est un énorme diamant pesant un nombre incalculable de carats, et qui vaut six, certaines gens disent douze millions de francs.
Aussi ne serez-vous pas étonnés si l’on a pris quelques précautions contre MM. les voleurs et pick-pockets. Une garde d’honneur a été créée pour veiller sur ce solitaire (je parle du diamant) et sur les autres merveilles qui l’entourent. Elle est composée de cinq gaillards très solides, très déterminés, et auxquels il ne fera pas bon de se frotter.
Porte de l'Orfèvrerie.
La porte correspondante, à droite, est également dorée, mais plus discrètement. MM. les orfèvres ne paraissent pas avoir tenu à attirer chez eux par les bagatelles de la porte. Ils savent que leurs chefsd’œuvre n’ont pas besoin d’enseigne criarde. C’est dire que cette entrée n’a rien de bien surprenant.
Dans la galerie (cl. 24), les compartiments sont uniformément couronnés (le dais en peluche verte effacée, d’un effet très convenable, mais que gâtent, ayons le courage de le dire, ces faux panaches de corbillard dont on a cru devoir les couronner.
Cela n’empêche pas, d’ailleurs, cette classe d’étaler aux yeux des rutilances incroyables, et de constituer l’une des curiosités les plus captivantes de l'Exposition.
Porte des Vêtements.
Nous ne nous y arrêterons pas longtemps. Elle est sans caractère, et la décoration dont on a cru devoir l’orner ne fera rêver, je pense, que les marchands d’habits confectionnés. C’est la seconde à gauche.
Porte de la Céramique.
Nous nous retournons et nous trouvons la seconde porte à droite, qui est plus belle. Elle ouvre sur les classes 20 et 19. Ce sont les classes de la céramique. Elle est naturellement en terre cuite rehaussée de très beaux motifs en faïence. Sur les côtés du fronton éclatent deux admirables allégories sur mosaïque d’or, d’un grand effet.
Porte des Meubles sculptés.
C’est la suivante, toujours à droite. Dü haut en bas elle est ou paraît être, pour mieux dire, en bois sculpté. Le fronton est d’une simplicité élégante,
avec ses ornements de bon goût. A droite et à gauche s’élèvent deux statues d’un grand caractère. Là encore, on remarque deux panneaux où s’étalent des sujets on ne peut plus mythologiques. Ce qui n’empêche pas l’ensemble d’avoir une allure extrêmement moderne.
Porte des Soieries.
Troisième à gauche. Elle sert d’entrée aux mer. veilles que fabrique avec une incontestable supériorité la seconde ville de France. Tout en haut est gravé ce mot : Lyon, surmonté des armes de cette cité. L’ensemble est sévère, mais un peu froid. On ne sera pas étonné. La porte dont nous parlons avant celle-ci l’éclipsera totalement au point de vue ornemental.
Porte des Tissus.
Quatrième à gauche, à côté de la porte des soieries, assez agréable à l’œil. L’entablement est supporté par des colonnes torses en onyx qui sont fort gracieuses dans leurs modestes proportions. L’arrangement d’ailleurs en est ingénieux et distingué. Au-dessous du fronton se dresse une statuette, d’une bonne facture, représentant une fileuse et de chaque côté on peut voir de jolies peintures, très bien accompagnées par des ornements élégamment assortis.
Porte de l’PIorlogerie.
Faisons encore volte-face. Voici l’entrée de l’Horlogerie, quatrième à droite. Elle est surmontée d'un sablier au-dessous duquel est un cadran. Dans les pylônes de droite et de gauche, deux autres cadrans voisins de deux cloches qui donnent un cachet tout particulier au dessin général et enfin des lames de fer superposées jouent merveilleusement les garnitures d’un clocher. Tout en haut se développe un disque sur lequel sont marquées les heures. Cette porte est une des plus réussies.
Porte delà Tapisserie.
Cinquième à droite, à côté de la précédente. Rien de saillant; comme pour l’orfèvrerie, on a négligé d’arrêter les visiteurs, ce qu’il ont à voir dans la galerie se recommande assez de lui-même.
Porte des Armes.
Esquissant un autre demi-tour, nous voici en présence de la cinquième à gauche. Tout en haut, un chevalier bardé de fer. Au-dessous, une peinture représentant un guerrier du moyen âge lancé à fond de train sur un cheval caparaçonné. La couleur est aimable. Sur les frises, d’autres peintures ayant l’apparence de panoplies. Et en bas sur des piédestaux, de chaque côté de la porte, deux statues représentant aussi des chevaliers.
Porte de la Chasse et de la Pêche.
C’est la voisine, sixième à gauche. Ah ! celle-ci est ornée de façon à attirer les regards. Elle est faite de troncs d’arhres au sommet desquels se dressent des vautours, des aigles, des cerfs et des gazelles. A droite, sur un fond de pelleteries on voit un lion auquel on peut reprocher peut-être une toilette un peu fatiguée et à gauche un ours blanc dont l’attitude est on ne peut plus naturelle. Entre les colonnes pendent des filets. Pour pignon, une proue et au-dessous, entre les entablements, une peinture représentant un crocodile dans une mosaïque d’or.
Porte du Bronze d'art.
Sixième à droite. Elle est en plâtre., imitant le bronze. Pas intéressante, mais elle donne accès dans une galerie où sont entassées des merveilles.
Les deux dernières.
Ah ! celles-ci sont vraiment merveilleuses. Elles s’ouvrent l'une et l’autre sur les expositions des usines métallurgiques. Les architectes qui les ont dessinées devaient bien faire cetjhonneur au fer qui est devenu l’agent incomparable de toute construction, de toute locomotion, de toute fabrication. L’une d’elles est presque uniquement composée de canons, d’obus présentés sous toutes leur faces, de chaînes énormes, de roues d’engrenages, d’ancres,
d’hélices pour le gros œuvre. Les détails du dessin sont figurés avec tous les produits de la taillanderie, des faux, des pelles, des pioches, des sabres et mille autres objets en acier ou en fer. C’est grandiose et sévère; cela vous attire et vous fait penser...
L’autre est peut-être plus élégante. Elle est soutenue par des colonnes faites de lamelles de fer, avec des chapiteaux d’une grâce imprévue. Audessous et des deux côtés du fronton, s’avancent des volutes de fer forgé dont l’aspect est vraiment grand. Et puis ce sont mille arrangements exquis, d’un goût sans pareil, qui donnent à cette sombre masse de métal noir l’apparence d’une dentelle énorme...
Aumiheu de la Galerie de trente mètres.
Dans l’ordonnance primitive cette galerie devait être débarrassée de tout impedimentum et laissée libre pour la circulation de la foule. Mais la place manquait partout et l’on a décidé de placer là des objets de haut vol qui ne pouvaient trouver ailleurs leur emploi sans être exposés à se voir dans un cadre mesquin. Et aussitôt la galerie a été encombrée.
Les objets exposés dans cette galerie n’offrent pas moins d’intérêt que son côté décoratif. A l’entrée, en quittantle dôme central, s’élève un portique orné de superbes mosaïques. Derrière est exposé un autel tout en bronze doré ; plus loin, on voit, construit à titre définitif, le monument de La Fontaine, qui doit être érigé au Ranelagh, à Passy, et dont la
maquette est restée exposée pendant plusieurs mois, l’année dernière, dans la cour des Tuileries.
Puis c’est une grande chasse en or, énorme travail d’orfèvrerie, de belles verreries, les plus belles soieries de Lyon.
Au milieu de la nef s’élève la statue équestre d’Etienne Marcel. C’est le premier modèle, celui qui fut refusé. Cette statue est en bronze ; elle pèse six mille kilogrammes.
Voici un orgue, et la fontaine monumentale de Bartholdi représentant une déesse traînée par des chevaux marins, sur lesquels s’épend une nappe d’eau. Vient ensuite le trophée des métaux, véritable monument formé entièrement de métaux divers: cuivre, plomb, fer, fonte, etc.
Nous voici dans le vestibule qui précède immédiatement l’entrée du palais des machines.
Une verrière couvre toute la partie centrale de la coupole.
Dans l’ensemble de sa décoration sont rappelées, par des sujets allégoriques, les principales forces productives de la France.
A ses quatre angles, on apeint en chiffres énormes les quatres dates suivantes : 1855 — 1867 — 1878 et 1889, — dates des quatre grandes Expositions universelles qui ont eu lieu à Paris.
De ce vestibule partent, à droite et à gauche, les deux escaliers qui conduisent au premier étage, et dont la rampe, en fer ouvragé et en bronze, est une œuvre d’art vraiment remarquable.