COCHINCHINE
Ce qu’on admire tout d’abord en arrivant devant le pavillon de la Cochinchine, c’est son toit monumental, et à lui seul aussi volumineux que presque tout le reste du bâtiment. On sait en effet que les Chinois donnent au toit la plus grande importance dans leurs constructions. La toiture donc de ce pavillon est composée d’une série de sept toits, séparés entre eux par des frontons gracieusement
sculptés, et rehaussés de décorations diverses qui en doublent le volume.
Ce gigantesque travail repose sur des colonnettes ayant pour assises un soubassement de pierre. Entre ses colonnes, sur les panneaux, sont peints une série de sujets, des guerriers à cheval et à pied, des bouquets de fleurs sur lesquels volent des papillons et des oiseaux aux couleurs fantastiques.
La pagode, œuvre en tous points digne d’éloges de M. Foulhoux, est aussi exacte que possible ; les faïences ont en effet été cuites pour cela à Saïgon même. Les décorations, exécutées à Paris, n’en sont pas moins sorties sous nos yeux du pinceau des vingt artistes annamites envoyés de là-bas à cet effet.
Avant l'ouverture de l’Exposition, on les voyait peindre leurs panneaux avec ce soin minutieux et ce sérieux imperturbable dont tous les peuples de leur race sont doués. Du reste, leurs tableaux sont charmants et frais, ils n’ont qu’un défaut, c’est de par trop se ressembler les uns aux autres.
Un détail généralement ignoré en France, c’est que la pagode sert en Indo-Chine de maison commune. On ne sera donc pas surpris que la cour intérieure avec son bassin à rocaille et ses dragons de faïence ait la même destination que chez nous les salles de Conseils municipaux.
La galerie de gauche sert de salle de banquet pour les jours de grande fête. Celle de droite est destinée à serrer les objets du culte, comme nos sacristies. On ne saurait trop admirer la sûreté de main des sculpteurs saïgonais qui, partout où ils
ont pu exercer leur talent, sur le joli portique d’entrée, comme sur les portes du sanctuaire, ont fouillé les boiseries avec un art d’apparence très séduisante.
Nous nous fions trop, lecteur, à votre flair d’artiste et à votre goût personnel pour vous signaler les uns après les autres les nombreux et admirables objets que renferme cette pagode. Ils sont très intéressants mais empruntent surtout leur valeur à leur exotisme.
Il est pourtant nécessaire de remarquer la crête de l’édifice, un ouvrage de faïence tout à fait extraordinaire qui ne mesure pas moins de 20 mètres de long sur trois de haut.