BILLETS — - ASCENSEURS — ESCALIERS
Mais ne nous attardons pas. Aussi bien, vous êtes pressés sans doute de vous familiariser avec la géante. Plus de phrases, arrivons au pied de la Tour. Regardez : c’est de plus en plus exorbitant. On croit rêver. Youlez-vous que nous en fassions le tour? C’est un voyage à la vérité, mais qui décuplera notre admiration. Et puis, sans plus hésiter, prenons notre billet et montons ; c’est ce qui nous paraît le plus urgent. Il faut toucher cette chose démesurée, se glisser dans ses coulisses, tout voir de près et de haut. Il semble que vous n’y arriverez jamais. Hâtons-nous donc. C’est une expédition qui marque dans une vie.
Prenons notre billet. Youlez-vous seulement escalader le premier étage, c’est deux francs. Pour la seconde plate-forme, il faut payer un franc de plus, et enfin si vous vous faites une joie d’aller jusqu’au faîte, c’est-à-dire à 273 mètres au-dessus du sol, il faudra mettre encore deux francs ; soit cinq francs en tout.
Les prix seront les mêmes pour le jour et pour la nuit.
L’administration de la Tour a ouvert seize guichets pour la vente des tickets d’ascension : dix au pied même du monument, quatre sur la première plate-forme, deux à la seconde. Les billets qu’on y délivre sont de trois couleurs : rouges pour le premier, blancs pour le deuxième étage, bleus pour le sommet.
On peut monter par des ascenseurs ou par des escaliers, au choix. Les ascenseurs présentent, hâtons-nous de le dire, la sécurité la plus absolue pour les visiteurs. Il est beaucoup moins hasardeux de se faire transporter en haut de la Tour Eiffel que de tenter l’excursion du Righi par le chemin de fer à crémaillère ou de descendre dans les mines, par une benne.
Il y a sept ascenseurs en tout : du sol au premier étage, deux du système français Roux, Combaluzier et Lepape, et deux du système américain Otis ; du premier au deuxième étage (de 57 à 115 mètres), deux du système Otis. Enfin, du second étage à la dernière plate-forme, un ascenseur unique du système français Edoux, bien connu par l’emploi qui en est fait dans la tour du Trocadéro.
Quant aux escaliers, du sol au premier on en compte quatre, deux pour la montée et deux pour la descente ; quatre également du premier au second, les deux premiers pour opérer l’ascension, les deux autres pour retourner sur le plancher des vaches. Enfin, de la deuxième plate-forme à la dernière, deux escaliers également. Pour arriver tout en haut, il faut monter dix-sept cents marches. C’est comme si vous alliez rendre visite à un ami
qui demeurerait au quatre-vingt-neuvième étage d’une maison.
Que l’on monte à pied ou en ascenseur, les prix sont identiques, les tickets pareils. Si Lien que ceux-ci une fois pris, l’on peut varier ses plaisirs en faisant une partie du trajet d’une façon et l’autre d’une autre.
En conséquence, si vous voulez me croire, nous prendrons d’abord l’ascenseur Roux, Combaluzier et Lepape, nous réservant d’essayer l’ascenseur Otis pour nous rendre au second étage. En descendant, nous userons de l’escalier. Ce sera sans doute moins fatigant et cela nous procurera le plaisir de toucher du doigt les dentelles de fer que nous côtoierons pour regagner le sol...
Nous nous insérons donc dans la cage de l’ascenseur; un glissement se produit pendant quelques minutes, la porte s’ouvre : nous voici au premier.
C’est le moment de rectifier une erreur qui a été propagée par tous les journaux et répétée universellement. La première plate-forme n’est pas à soixantesept ou soixante-huit mètres du sol. Elle en est exactement à cinquante-sept mètres. Cela se voit de reste, et il n’est pas nécessaire d’avoir l'œil bien exercé pour s’en apercevoir. Mais cinqunte-sept mètres, c’est déjà une jolie hauteur, comme vous le verrez.