LES PORTES MERVEILLEUSES
Mais ne remontons pas trop vite et surtout ne nous laissons pas hypnotiser par les blancheurs du Maroc et de l’Égypte qui nous sourient de loin. Nous répondrons tout à l’heure à leurs avances. En attendant, admirons les charmantes ornementations des portes par lesquelles on entre dans les salles
où nous attendent les Expositions des pays dont la curiosité européenne est si friande.
Tout à côté de vous, à gauche, dans un petit coin, c’est l’honorable et quatorze fois centenaire République de Saint-Marin, assurément la plus ancienne République du monde et sans le concours de laquelle la fête de 1889 n’eùt pas été complète. Au-dessus, la Grèce avec ses reproductions de chefs-d’œuvre antiques ; la Serbie et son art un peu fruste mais plein d’une saveur sauvage. Le Japon (prenez garde, ami lecteur, que nous parlons seulement des portes qui donnent à ce petit morceau si charmant de l’Exposition une physionomie sans pareille), le Japon, lui, s’est distingué. Péché d’habitude...
Une petite inscription vous apprend que sa porte, dont on raffole, est en bois de Keyaki et qu’elle a été sculptée par MM. Goto et Shikawa dans les ateliers de Ko-sho-Kaï-sha. MM. Goto et Shikawa ont taillé sous l’auvent de la porte des pivoines ; suite linteau et dans les coins supérieurs, des phénix; sur les montants, des grues et des feuilles de mauve ; et leur exécution est aussi souple, aussi grasse que s’ils avaient eu à modeler de la cire au lieu de bois. Ce sont des malins, du reste, et qui ne se donnent pas plus de peine qu’il ne convient; ces reliefs sont traités à part et cloués après coup. C’est l’usage des sculpteurs japonais, dit M. Bourde, et les merveilles de Nikko n’ont pas été traitées autrement.
Plus haut, nous trouverons les portes du Siam, de l’Egypte et de la Perse, très intéressantes, elles aussi ; mais voici un pavillon, qui nous oblige à modérer notre ardeur, celui du Maroc.