PRADON
On sait peu de choses sur Pradon. Malheureux les poêles modernes qtii n'ont pas d'histoire ! Sans wèb iReffe^ le eMé anéedotiqne de la vis de ^don sersit ievi à Ml
façonna. On prétend qu'il s'excusa vis-à-vis du prince de Conti d'avoir placé en Europe une ville située en Asie» en disant : qu'il n'avait pas étudié la « chronologie. > Sans ime révoltante càhale, qui le ftt tm moment le riv«I sesndalenx de Tatïtenr de Phèdre, son existence littéraire n'aurait pas échappé à cette péaombre bénigne qui protège dooeement GampisfroB et Lagrtnge-Chance). Pradofl» tpA fblim moment un astre peur ses contemporains, n'est parvenu jusqu'à nous qu'à titre d*éclipse passagère de Racine.
i'aToue que je me suis senti une vive curiosité de me rendre compte, si fluire sepovmit» du prestige exercé sur
la foule, môme passagèrement, au dix-septième siècle, par fauteur de Phèdre et Hippolyto, J'ai tenu à lire entier le P)radon tragique, et étant parvenu, non sans peine, è iKml de ma tâehe, vouhi, an risque de semer Penuolsifreel arffele, avec la ponssière noirâfre que gardent encore mes mains, rendre compte de mes recherches. Tout d'abord, je déclare quie mon deaeeiu mimk poini dAreittsUv» Pradon an rang des dieux littéraires :
Volcaio impunément ne tomba point dbf deux.
n j aurait qu^qae force d'âme à dire que c'est Racine qui est sarfait et Pradon méconmi. Je n'y prétendhii
LIS GOUUSm DU PA8a&«
point. Sealement Pradon est non méconnu, — mais mal
connu. Il y a un cliché tellement imposé depuis deux cents ans, qu'un esprit, à coup sûr très vivant et très-original, l'a patronné on accepté dans la conférence qui a précédé une curieuse rqirésentation de la Gatté* C'est que Pradon conduisait bien ses pièces. N'a-t-on pas dit, au dix-septième siècle, qu'il fallait que cet écrivain composât un plan et que Raaine l'exécutât, et ce dernier lui-môme ne s'esUil pas attribué d'autre supériorité que celle du style? Il est impossible* au contraire, de manquer au plus baut degré que Pradon du sentiment de la scène et du tempérament dramatique* Quand il n'entasse pas les absurdités dans l'action et les controHiens dans les déyeloppements des caractères, sa sagesse n'est le plus souvent que l'impuissance et sa clarté que le vide; mais ce qu'on ne sait pas et ce que je crois pouvoir prouver — si je puis appeler avec quelque succès le lecteur à Técole de ma patience — c'est que Pradon, qui n'a jamais été un émule sérieux de Racine, semble, dans certains vers, un bâtard de Corneille.
On comprend le motif qui portait le rival de Tauteur d'Iphigâme à exalter sans cesse l'auteur du Cid. Après
avoir accusé Racine d'avoir travesti tous les héros de l'antiquité, Achille, Pyrrhus, Titus, etc., en Céladons (le reprocbe, juste en lui-même» est grotesque dans la bouebs de Pradon, qui les embarque tous, y compris Régulus» Sdpion et Tamerlan, sur le fleuve du Tendre), il conclut ainsi:
Mais pour ooanalln à fond ces eheft-d'cMim diwi
Qu'on mêle en un creuset Racine et tous ses veri. Pour qui ses patrtisans ont tant crié merveilld. On n'en tirera pas une once de Corneille.
Dans répître dédicatoire en vers qui précède Régulas^ Toici Tapostropbe qu'il adresse à son maître :
LIB RITAUX DBS QIRÂKDB UOWiMM
Esprit du grand Corneille, anime nostre Teine. Toy qui fus toujours seul le maistre de la scène. Dont le sçavoir proftaod et les noldei écrite Toneheat toujonri lee emm, eBlèrent lee eiprile. Tool oee traite immortele ea te feiieat revim Nous inspirent Tenvie et Terdeur de te enivre ; La mort impitoyable éteignant son flambeau, Tient Melpomène en plenrs eax piede de (on togibeen.
Eh bien, Pradon» je le répète, n'était pas toujours abso- Imnenl indigne de se placer sous ce glorieux patronage.
Le recueil commence par Pyrame et Thishé, — La simplicité de la fable antique ne lui suffisant pas, l'auteur a lait vivre les deux amants à Babylone dans le palais d*ime certaine reine Amestris et d'un certain Béins, son fils ; seulement comme le mur, — figuré par un simple comparse dans Shakespeare, — et à travers lequel les amants mythologiques se voyaient, parait à Pradon un peu pauvre (surtout après rHatissmaon/sa^/on de la capitale de l'Assyrie par Sémiramis, à laquelle succède Amestris :
Bebylone se voit la merveille du monde«
voici comment Thisbé, aussi industrieuse que vertueuse, supplée à cette insuffisance locative de Melpomène et la met dans ses meubles :
Noe pelais se tcmelunt (il t*ea souvient, Ismène), Un cêHfut seem, pour Setter netre pebie, Mêlgré le réeiilance et répeissenr dn mnr. Semble se fèodre exprès par on endroit obecor.
Hélas ! en nous parlant dans ce lieu solitaire. Cent fois nous avons craint la surprise d'un père.
Nous prenions à partie et les murs et les dienz.
Quatre actes se passent pendant lesquels, à part l'épisode ingénieux du cabiaeif on ne se douterait nullement
78 LES GOTOilSSSS DU PÀSSé.
qu*il s'agit du fétèbre eotiple. Bfillit t^pft€m fteniMe subitement se rappeler son snjct, et ai)rcs avoir fait concerter entre les amants une fuite aussi entravée que leur amour, rime un récit interminable de l'épisode du lion qui rôdait autour du tombeau de Ninus et du suicide successif de Pyrame et de Tliisl>é, ei ▼oilà ce qu'on appelait Lieu conduire une pièce!
Cette tragédie, à coup sèf, ne promettait rien, malgré ces deut Ters d'Arsaee, asses bien frappés :
Ua trôoe est odieus acb«lô par un crime*
ÂRSACE.
Lo crime est beau qui met à nos mains lo tonnerre Et qui range à nos pieds le reste de la terre.
Il ne manque à TanwrJan que la marche de& TaHares aveo aooompagaemtia d'0£fenbaoh pour ôtre r^réaenté aux Bouffes-Parisiens. Ce Tamerlan, qui dans Thistoire
érigeait des obélisques avec quatre-^ingt-dix mille tètes coupées, soupire plaloiii(iuement pour une priucesse Astérie» dont le frère Ortobule (sic) a fourni son contingent à la pyramide en question. Voilà comment Tamerian, qui se plaint à Astérie « qu'elle ait trop écouté l'ombre de son frère, » parle dans les vers de Fradou (lequel accuse Racine de travestir )m héros!) :
Je n'avais respiré que le f^anf! et la guerre, Le nom de Tamerian faisul trembler la terre. Cependant aujourd'hui, d(''s,'irm<^, pans courroux. Vous voyez Tamerian soumis auprès de vous.
A la fin, cependant, pour des nrisons êe eôarenance,
Tamerian renonce à la sn^ur d'Ortobulc et épouse une certaine Âraxide, que Pradon, s*iL est aussi fort qu'on le dit»