‹ Les coulisses du passéChapitre 28 sur 70 · U» G0UUS8SS DU PASSÉ · texte numérisé non relu

U» G0UUS8SS DU PASSÉ

spiritaels auteurs da livret du Chien du ^ardiaier, à rOpéra«^omique.

THÉODOM.

Et que dois-]e penser, si vous vous enflammez quand je me refroidis, si, quand je prends fen, vcms devenez froide comme la glace ? Que ne me IsisBfes-Toiis à MftrceDet et c*esl le cas de rappeler ici le oonte que Von UM du Chien du J^rêinier, — Enflemnée de JiÂinisIe, fw» ne toiilez pas que j'i^pouso Marcelle, et si jo l'abandomie, voua recommencesà me faire perdre le jugement, et à m'éveiller comme d'un songe. — Mangez ou laissez manger.

A la fin, Diane épouse son seorôtaire, mais seulement lorsqu'on a découvert qu'il était gentilhomme, c'est là

un trait de mœurs curieux. Dans les Fatiftses Confidences^ dont le sujet ressemble assez à celui du Chien du Jardinier ^ Araminte épouse Dorante qui n'est également que secarétairey mais nous sommes en France, et cinquante ans environ avant 4789. Ce dénoûment de Lope de Véga amène un reviromont dos plus comiques. Un grand seigneur, amoureux de Diaue, avait payé le domestique de Théodore pour le tuer — mais celui-ci déclare qu'il n'a pu le faire, ayant été payé pour tuer un simple* seorrtaire et nou pas un comte, ce qui change complètement le tarif.

Autre trait de mœurs dans le théâtre de Lope de Véga, — beaucoup d'épigrammes contre le Portugal. On ne

paraît pas y ])révoir l'union ibérique, et le pays voisin est traité comme l'Irlande de l'Espagne.

Demoiselle aervante a un très-beau point de départ qui rappelle le Cid. Un vieillard a été souffleté, mais il n'a, lui, qu'une fille. — Ce Rodrigue en jupon va trouver Vînsulfcnr, l'éhlunit par sa beauté et lui met un poignard dans le cœur. Le langage du vieillard a de frappantes analogies avec celui de don Diégue.

in

' IB suis l'esolsTS 4e rinbmie. Js nis Is o^ttf de rootnge, l'écho de mon sftront retentit dans mon âme. — Coulez, mes larmes, coulez, mais vous ne ponrroz réussir à effacer les traces de mon affront. La main a beau s'eluigner, elle laisse des caract^rea tels qu'ils se gravent profondément dans les âmes.

€ Je TaTone, j'ai trop cédé à l'emportement, » dit don Diègo (le dou Gormas du drame espa^uolj.

Quand Je Ini Ils afflront.

l^eos le seng im pea ebaoïl et le bres nn pea prompt» '

dit-on dans Corneille.

Le reste de la pièce se déroule dans de romanesques

péripéties, qui sont basées sur le déguisement qu'a pris (loua Maria (la lillc vengeresse) pour se soustraire à la justice et sur les aventures que ce déguisement amène.

Beaucoup de manière et de préciosité chea Lope de Véga, peut être reporté au passif du poète Gongora, afors fort à la nioile, et le Marivaux de la Péuinsule. C'est ce qu'oïl remarque surtout dans Aimer sans savoir qai^ i'avant-dernièi*e pièce du second volume. La Fausse Ingénue, qui dèt cette livraison nouvelle , ne ressemble point, comme on pourrait le croire, à la Fausse Agnès, de Destouches. La pièce est politi([ue, — c'est uue princesse qui se déguise sous les dehors de l'ignorance et de la sottise pour mieux connattre une autre prétendante.

Je ne puis mieux terminer que par l'appréciation, un peu optimiste peut-être, deSchlegel (surtout si on se rappelle sa sévérité à l'égard do nos maîtres), mais très-liue et très-juste à Tégard des pièces de Lope de Véga :

€ Toutes contiennent des situations intéressantes et des plaisanteries incomparables, et il y en a peut-être fort peu qui, si elles étaient retravaillées et revêtues d'un coloris plus moderne, ne produisissent un grand effet au théâtre. Leurs défauts sont aussi à peu près les mêmes;

118 KM COPUDMW BO PMnÉ.

on y refronye toujours cette imagination infeippérante

qui acc|jmule sans mesure les inventions extraordinaires, el de la négligence dans l'exécution. Elles ressemblent aux groupes . dont un dessinateur liabiie jette à la hâte le« «squisses sur le papier, et oà beaucoufi d*éto«râerîe et de précipitation n empêche pas que chaque trait n'ait du sentiment et de la yio. }1 i\q (panquo aux ouvrages de Lope, on(c9 4a la pcctfandepr» qoifi patt^ Annna imi les aperçus, qui est le mystère de l'art. »

Dorante — ce fils de Corneille — a pour aïeul direct

Alarcon, Tauteur de la Vérité suspecte, Alarcon était de piètre apparence, court de taille, laid de visage et bossu de la poitrine et du dos. Tel qu'il était, c*est de sa présence dans un tournoi grotesque, que parle la première mention biographique sur ce Mexicain, apportant dans la métropole \m genre dramatifiuo originaire du pays des Incas. Avant le tournoi, il y avait un concours de poésie comicpie. Cette mascarade du poëte, au moins inopportune, attira à Alarcon une foule d'épi* grammes des plus illustres génies de TEspagne. On j)eut dire <{u il fui littéi-alement bafoué par ses pairs.

« Ce jour — dit Cervantès — donna ample matière à rire, et," pour en augmenter l'œuvre par l'exhibition de sujets ridicules, Alarcon présenta sa personne et quatre dizains écrits pour cousoier une personne qui su^t des mains, i

Les infirmes chantent volontiers les infirmités. Alarconparut dans le tournoi, sous le nom de prince de Chun^, avec une armure de papier doré et sur un cheval de carton. Il se comporta si bien, qu'il eut pour récompense deux

ii9

paires de gants. Il s'empressa de les offrir à une dame voilée qui assistait au tournoi. Espérons que .c'était la dame aux beautés poreuses. Avaat d'offrir le siqperfla, la ^lanterie doit assurer le nécessaire.

Voici quelquesHines de ces épigrnmmes, mises en Tors par Alphonse Uoyer, dans l'avant-proj^os de sa traduction des œuvres choisies d'Alarcon :

Bon Concombre d'Alat cou,

Poète astre àmm i oupièreif

pont lAs vors avee raison

Craignent les sifflets sévères,

A fait la relation

Des f(^tcs que le roi donne;

J'attends Tinterdiction

Do ses vers (Dieu hii pardoaDo}|

Aussi mal dits, en effet,

Q,\ie Ifi i^ë(e e^t mal fait.

Passons à une autre :

C/c^t un tailleur, non un ^),iëte.

Qu'on a choisi pour cetto fôto.

Car, pour coudre tous ses lauriers, I) fequis dË& quvrjors.

Devant et derrière, sa taille S'arme d*va liooelier â'tfoaiUt.

I.a tortue a bien tous tes tjraits/ Tu le fus et Tes à jamais.

Cette dernière épigramme est 4e Gongora, lo j) k précieux et (^uintesseiiciQ. Elle 4^ en effet^ un ^ei^ jjIus 4^{t ticisme.

Une séguedille mise dan^ la bouche de Lope de Yéga est bien autrement brutale ; je n'eq cite j|ue 1q fragment

. Je convenable :

Un ami me rencontre

Kl (lit, ni'ap?rcc\'ant,

Je ne sais s'il nio montre

i.e dos ou io dovant.

U» C0UU88S8 DU PASSft.

C'est Lopede Véga qui est censé parler ioi, mais, quand

il pnrlo lui-ino ne, c'osl dans son Lflur in r d'Apollon^ où il passe une revue des littérateurs de &ou temps. Voici ce que, réellement, il dit d'Aiarcon : f La Renommée qui» comme le soleil, trouve et montre tout ce qu'elle regarde, li oiivc à Mexico don Juan de Âlarcon qui, avec son doux génie, aspire au rameau divin. »

Ce trait délicat soulage d'avoir lu ce qui précède. C'est à la fois de la justice et de la pitié pour le poète que sa difformité rendit aussi célèbre que son talent. « Est dé- . cédé, dit un journal du temps (19 août iG39, trois ans. après le Cid et trois ans avant la représentation du Men^ teur francisé), Juan de Alarcon, poôte fameux par ses comédies, pour sa bosse et rapporteur au conseil des Indes. 0 Alarcon fut fort peu populaire de son temps; il no travaiUaitpaspourle vulgaire; mais l'écrivain <|ue je viens de citer et qui connaît bien l'Espagne, M. de La Tour, dit qu'il se lit plus aujourd'hui que Galderon et Lope de Véga, et le môme écrivain, après nous avoir donné sur l'Espagne les études intéressantes dont j'ai déjà parlé, a traduit un premier volume du théâtre de Caldero'n.

Le génie dramatique qui est né avec le dix-soptiàme siècle (1601) pour l'embrasser pi osque entier dans sa longue carrière (Galderon est mort en 1687), précédant sur cette terre Corneille et devant y survivre à Molière, s'est sur» tout caractérisé par le sentiment de l'enthousiasme. On dit que la foi trans{)orte des montagnes. La foi à Dieu, à l'honneur • (l'honneur », dit-il, « une autre Ame d'une autre vie) », à la vertu, est — qu'on me passe l'expression — le machiniste moral de Calderon. Son œil d'aigle qui plane dans les airs fixe à la fois le soleil et embrasse le monde. Pour nous peindre un cheval — un simple cheval — il évoque quatre éléments. Voici la phrase ; elle est in-

Oigitized by

Tttéàrtm AimQus bt Anuir&Kii. Ifi

comparable d'exaj?ération sublime: • La terre a donné le corps, le feu l'arJeur, la mer l'écume et le vent tout le reste. >

Ailleurs il notis parle d'un projectile qui s'est élevé jusqu'aux a bahistres d'or » qui proté.Gfont le soleil. C'est un vrai roi-soleil — que rêve Calderoa, — mais le géant de feu qa'il nous fait pressentir n'est pas ce roi-soleil dont on connaissait les faiblesses au delà des Pyrénées.

Voici comment Schlegel caractérise la manière de Calderon :

« Quel que soit le sujet do sa poésie, elle est un hymne de réjouissance sur la beauté de la création, et il célèbre avec une joie toujours nouvelle les merveilles de la na* ture et celles de l'art, comme si elles lui apparaissaient

tout à coup dans leur jeunesse primitive et dans leur éclatante splendeur.

c Quand il rapproche les extrêmes, qu'il oppose les astres aux fleurs, ce qu'il y a de plus petit à ce qu'il y a de

plus grand, ses métaphores sont toujours puisées dans la relation mutuelle qu'une commune origine établit entre tous les êtres ; et cette harmonie ravissante, cette eonoorde dans l'univers, ne paraît elle-môme qu'un reflet de l'amour éternel qui embrasse la création tout entière. »

Dans des traits moins exclusivement poétiques, Calderon a la spontanéité grandiose de Corneille. Je rouvre VAIeêde de Zalamea^ dont le dénomment restera toujours

comme uu dos plus admirables tahloaux du théâtre à tous les âges et dans tous les pays : la famille se faisant justice, le père se transfigurant en magistrat pour venger le fiiible outragé dans sa fille déshonorée, et quand il a frappé le coupable, faisant incliner jusqu'à la royauté devant cette juridiction du foyer. Cependant, le roi, — tou*

Page 1