‹ Les coulisses du passéChapitre 3 sur 70 · II · texte numérisé non relu

II

Par un hasard assez cm*ieux, on a repris à peu pvès à

la fois au Théàtre-Franrais rE'tourcli, ci àTOdéou Georges Daudin. La première pièce pourrait s'appeler en sous4itre le Célibat de Molière; la seconde, c'est du Molière... coi^ugal.

Au moment de la première apparition de V Etourdi y à Lyon, Molière était encore à Tétat de génie nomade et d'immortalité f cabotine » ; sa libre existence sur laquelle ne pesaient pas encore les coquetteries adultères, les noirceurs enguirlandées d'Armande Béjart, se reflète dans cette comédie folle, courant à Taventure comme l'auteur, inépuisable en saillies et en invraisemblances, féconde en vives gauloiseries et en incorrec lions, au demeurant irrésistible et charmante comme le rire insoauiant de la

GORiniLiiB» MoukoMj luum. 9

jeoDMt. Georges Dandin^ bien que ce ne fftt pas là, à

coup sûr, précisément la situation personnelle de Molière, époux, lui, d'une comédienne et non d'une « demoieeUe, > — c'est le dernier cri de l'amortuni» et du désespoir d'an époux melheureux.

Dans cette farce faite pour les fêles de Versailles, et si lugubre pourtant, ou sent que la gaieté griuce des dents, que la bonne homear ne rit que oonvnlsiYeinent. 8i c'est George Dendin tout seul qui lutte contre les préTentions orgueilleuses et le parti-pris aveugle des Sotenville, on entend Molière lui-même s'écrier, au dénoùment, plus navrant que celui de la plus noire tragédie : i Ah 1 quand on a épousé une méchante fenune, le meilleur parti qu'on paisse prendre, c'est de s'aller jeter dans l'eau la tète la première. * Armande Béjart se retrouve dans presque toutes les pièces de la seconde manière de Molière, soais jamais de façon aussi frappante que là.

La situation de VBtenrâi est toujours la même d'un bout à l'autre; la maladresse de Lélie tourne à l'ànerie , il en est réduit à se faire donner par son valet des leçons de géographie et à être prévenu de ne pas mettre Turin en Barbarie. I^e retour étemel des mêmes moyens, des stratagèmes de Mascarille, déjoués invariablement par sou maître* finit par refroidir. Ou sent trop que le valet se donne à luinnême le mot de ne jamais prévenir Lélie de ses jouj^^eries, afin de permettre à oe dernier de produire ces effets comiques en les faisant échouer involontairement ; mais il y a une telle grâce juvénile de forme, un si prodigieux emportement de facétie, un tel mora aux dents de joyeuse humeur, que l'on est entratné, fasmné, ébloui. C'est de la plaisanterie échappée.

Pour ma part, je l'avoue, je regrette qu'on n'ait pas laissé atter jusqu'aux dernières limites cette bodfifonnerie

iO

coni mmm w pamA»

▼im*ge ée fmi souci domestique, et qu'on ail sti|9fMiné la € cassuieUo » que verse Trufaldiii sur les niîisques ravisseurs de Léiie. ûa a regreiléi et justoment, que MoUère, qui a beauoovp pris à la pièee ItaUenne i Yfttêeveriilô de Nicolo Barbieri, ne lui ait pas emprunté son dénomment, eù se trouve en contre-partie la continuation intelligente du mèÊù% nojea eomiqae. Le Lélie italiODi désolé^ et eraignani de ftiirede nouvelles fautes, s*eiiliiit an mewisnt où son valet a triomphé pour lui; et ee dernier est obligé d'aller l'arraober au désespoir^ qui est encore une maladresse» peur le rapporter à son bonheur.

Moli^ exoellaU dans les eontrastes du rôle, snrtonl le 8uisse, ce qu'avoue nieuie son ennemi.

L'auteur de la satire dialogaée, Elomire hypoaoadr^^ Lieboolanger de Okatossey, Msait perler ainsi TlMeuM qu^l attaquait :

Je jouay l'tlourdi, qui fut une merveille, (^ar à peine on ni'eui veu la hallebarde au poiog A peine on eut ouy liimi plaisant baragouin, Veu niun habit, nia loque et ma barbe et ma frafee, QM tous les spectateurs furent transportés d'aise, et qu'on vit sur leurs fronli f*efliioer ces frgidears Qui nous avaient causé tant et tant de malheurs. Sa yarttrre se théine ei ém au loges,

La vei» de osai éclm fait cent Cois bms éloges, Et cette mesme voix demande incessamment Pendant trois mois entiers ce divertissemont. Uses le donnons autant et sans qu'on s'en rebulOi Kt saas ipie cette pîàce.a^procbe de sa chute.

Il s'agissait de donner à Louis XIV celte fameuse fèto de Vaux. B'ouquet, ie suriuleudaut, avait pour piâmiei* commis PélissoQ« Leaôtre pour deesinatenr de aes jerdins, Lebrun pour décorateur de ses palais, ToreUi pour déeersteur 4ii tliéàirei Bea^haïup pôur maitre bal-

ialB. bonnes forittaes qu'il obtenail ei payail cJms Im piiiB grandes damas ne loi safRaaîeal phia. Il araii

échoué feppiulant pi es d'iiii cœur rju oii n'achetait pas, d'ua esprit qu'on ae pouvait avilir. M*"'' de Bévigné lui mwmi rafoaé non aaM>nr, maia davaU un jonr le anivfo da aa faudra piéié, alora que la niiniaCra tombé étoit oublié de toutes ses maîtresses vénales. Plus mal avisé eneoro an éabaca, uon content de sous-ionar pour ainai dira à Lanto XIV toutoa lea glolM da non tè^ia» non aantont d*aToir o«é m moment fé^ar ma aorte de souveraineté indépeadaute, — du uioius un refuge armé à liellc-isie»

— PèQquel nvall envié à Louia XIV aa piua ohannanta aanquéte amonreaae, la aaula à Uquatta la poatéiilé aPbi-

téresse. Il avait porté une main brutale et jalouse dans le mystère des amoui g de Louise de la S alliera et du jeuoe monarque, il avait om a'ounir, à prix d'or» dawdéma groasière el înaxplioabla mépriee, — la porta du réduit où aimait et souffrait la future s<i'ur de la Miséricorde, et n'avait fait que refermer d'avance à jamais sur lui les graïas ds PigMral» oé H devait sa retrouver êmo aatCe autre vîetime d*emours ambitieuses, le Jouet vunUaux

d'une piincesse, l'uv-^uiliiem, duc do i.auzun. L'homme qai voulait éUiouir ce roi qu'il cherchait à tromper à tous les titras» aa pouvait plus, pour le diveritesemeot de sa fête, se eonteuter de La Fontaine, poSto ordinaire» génie auK appouiteincnLs, ([ui (dlail hieulùt honorer la iiltérature en restant, aeul avec Pélisaon, fidèle au maître tombé» dont aa détourneraient toutes lea aartiUléa titrées. Fouquet s'était adressé ù Molière, qwx venait de donner rEcole des AJuiis, et dont le nom nouveau était dans toutes les bouches, — Molière, mieux qu'un génie alors,

— une vogue.

|f éiière n'eut gardé de refuser > cependant ii comprit

Page 1