‹ Les coulisses du passéChapitre 4 sur 70 · IM C0IILI6SB8 BU P188K · texte numérisé non relu

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qu'ayant quinze jouTB ù })cine pour composer, faire apl)ren(lrc et jouer la pièce, il ne pouvait songer à une œuvre méditée avec soin, à combiner un de ces plans si savants dans leur simplicité, qui devaient contribuer ^ donner à Tartufe, au Misanthrope, aux Femmes savantes une si indestructible valeur. Avec son coup d'œil si juste, il vit qu'il n'y avait de place dans cet inexorable délai que pour la spirituelle et ingéaieuse improvisatiott de quelques scènes d'originaux fatigants et ridicules,' scènes sans ordre précis, sans autres liens entre elles que ies soufCrauces d'un patient destiné à les subir. N'ayant même pas à compter aur la mémoire de ses aeteurs; il joua suoeessivement tous ou presque tous les rôles des Fùalieux^ (ju'il avait appi is rien qu'en les composant. C'est ce que nous a révélé M. E. Soulié dans son intéressant ouvrage sur Molière (tous les costumes ont été retrouvés dans la garde-robe du grand comique), et c'est ce que confirme l'édition des œuvres donnée par M. Moiaud, ou tous ies rôles de la pièce sont indiqués, sauf ceux des Fâcheux, Quant à un intérêt, une action, une idée philosophique développée et suivie, il n'y fallait point penser. Il n'y a là en l'ait do roman qu'un amour banal, couronné par un expédient enfantin dont la naïveté ferait sourire aujourd'hui de pitié le dernier des eareassi'ers dramatiques. Le vrai dénoûment n'est pas le tuteur d'Orpliise, passant de la haine à la reconnaissauce envers Eraste, qui Ta sauvé d'invraisemblables assassins, c'est Molière ayant fini sa tâche, et livrant le théâtre aux maehines de Torelli et aux danses de Beauchamp.

La Comédie-Française nous a fait assister à une révé* lation int^essante en reprenant Doa Garde de Navêrre :

GORICULLB, MOLIKRB, lUCaifB.

IS

seulement elle nous l'a donnée incomplète, et elle a mal choisi en mutilant. Elle est loin d'avoii* pris In plus Lelle scène de la trAginsomédie de Molière — si tant est qn'on puisse trouver nne belle scène — en égard à la valent de l'homme — dans cette fantaisie courlisanesque. Louis XIV veaait d'épouser Marie-Thérèse. Molière se préoccupa alors d*ane pièce dans le genre espagnol et de poésie empanachée. On a fait beaucoup de bruit de la protection •accurdée par Louis XIV à Molière. On a voulu pi-esquc y voir une des raisons du développement de Tesprit de ce grand homme. Il n*est pas difficile de prouver cependant que ee fût là un des malheurs du génie de Molière, et que nous y avons perdu bien des chefs-d'œuvre. Il n'y a toutefois pas à diriger d'accusation contre Louis XI Y. Il s'est conduit ayec Molière en homme d'esprit. Il prend le parti de Molière contre les précieuses, contre les marquis» contre les dévots même. Tartufe permis précède heureu- Bciuent, sans le faire prévoir, l'édit de Nantes révoqué. Quand un yalet de chambre inepte ne veut pas souper aveo le valet de chambre comédien, le roi invite à sa table et sert lui-môme de ses mains royales l'histrion sublime. Il exile d'un froncement de sourcil le duc de La Feuillade qui a meuriri brutalement la, face de MpUère, pour qui une révolution n'a pas fait encore, vis-à-vis de l'insulteur titré, Tépée égalitatre. De tout ce règne de Louis XIV, qui a profité de la rencontre miraculeuse do tant de bril- Wnts hasards, qui a tant détruit et si peu fondé, resteront à coup sûr deux faits qui font, non exclusivement, mails surtout Louis le Grand : cet admirable instinct de sympathie ({ui reconnaît dans Molière le vrai droit divin, celui du génie, sous la livrée du valet de chambre et à travers le plâtre du bouffon, qui orée, ches le monarque de l'apparat, la démoeratie de l'intelligenoe ; puis cette

merveilleuse înluitioii qui fait dire m mourant par la

vain( |ueur (léilié à sou arrière petit-fils, son successeur: « Ne m'imitez pas dans lô goùi que J'ai eu pour la guerre. » En faea d*une tombe^momineiil» au pied de oe Ul qui étqit encore un daie, l'homme entrevoyait oonfneéaMnty dans la nuit où il allait descendre seul et au, tous cômk qu'avait massacrés atérilement sa gloire.

Maie, juatioe rtmdue 4 Lonie XiY> eomme l'éenrie de Sbakeepeare eût mieux valu pour le mâle tempérament de Molière que le théâtre-antichambre ! Quels marbres (|e plus il nous eût donnés, s'il ne lui avait fallu dei'âr io eapton-plerre pour fétee de Versailles i Queito vitales . créations il nous aftt roontréee pendant le temps que lui ont coûté ces figurines à oripeaux de Don Garde, de la princesse d'JsiJide et des Amants magnifiques ! Quelle pitié même dans ses ohefis-d'œuTre, de Toir Molière se piN^oeeup^ d'introduire des danseurs, de motiver l'intetmède I Térence devient maître des cérémonies et Rabelais maître de ballet, — et, chose étrange, on croirait sentir dans Molière^ à travers sa reoennainsanoe si démonsArative, si légitime pour Louis XIV, et «on amitié d'homme à homme, une rage sourde du rôle qu'il joue, une réaction contre ce réginui qui lui imposo d'être i)roté^é et le eondamne à la faveur même. Quand tes eommandes de eour ne Tempèchont pas de produire une eomédie de premier ordre, il attaque, sinon le roi, ee qui eût été à la fois ingratitude et folie, au moins ce système du privilège^ oeite caste nobiliaire qu'il nous représsnte dans QeorgeM D»adin et le Mêriagê iàrcé, iatrodoisant l'adultère effronté et exploiteur ohei le manant, — myetitiée dans l'oiirceunyijuo, surannée dans io Coinlesse d'Escarbagnsa^ aigre-ûno ot entremeUauae dans le Bour- §miÊ QfatiJhêmmÊ. Aussi, n'est ee pas sans «sîsm ^en

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cùammuMf MOuiRi» lUfiiinB. i5

■ Il II—— mtn ^ Il I ^ I -^pT^ipijjji,

I voulu voir dans Sosie se plaignaut du seoourfi des frandft la cri de douleur de Molière :

Sosie, à quelle Servitude

TM Joura sent-ilf atmjêttlil

Hotrt «orl Mt beaocoiip plni rade,

Chez les grandt que chez les petits.

Us veulent que pour eux tout ^oit, dans la ntlwe}

Obligé de s'immoler 1 leur et nuit, grêle, vont, chaleur, rroidllTO,

Dès qu'ils parlent, il faut voler ;

Vingt ans d'assidus services

N'en obtiennent rien puur dqus.

Le moindre petit caprice

' Noos attire leur eoarroux.

Oependntt aotre âme insensée^ 9*aeli»nie au vain bonnear de demenfer près d'eux» Et 9*Y veut conteiiter de la fliusse pensée Qu'ont tous les autres ?ens que nous sommes heureut :

V#r# la retraite en vaU la raiwa nnuv nppeiiey ^ vain notre dépit quelquefois y consent;

Leur vue a sur notre zèle

Vn ascendant trop puissant, Et la. moindre faveur d'un coup d'œil caressant

Nous rengage de plus belle 1

Ganaie em eant dan» ces vers, à travers la iravosiissaneat îffii(H>8é à la penaée, les aervitadea de Molière, écrivant par ordre deux actes de Mé/icerle, puis l'abandonnant pour ne paa faire attendre, débutant dans la Prino^e ^Elid9 en ▼«rs, obligé da ia finir aa proae (il sût préfirô aa paa lea aonimenoei^. Gomme on devine douloaranae* ment la domesticité intellectuelle du grand honiiiic, astreint à r invention à heure fixe, à Tinspii^atioa dans un délai lÛBilé a4 au '"' lia sur maanra I

Don Oaroie da Nàvarre donne lieu à d'autraa observations. Nous y retrouvons un type auquel sous diverses lonnas la pluma de Molière semble vouée : le jaloux. Nous raaouamona raMOSsnSf l'époux inqoiai a| aniar mmÊB BaiaH, %emm% im» la Mis$BikrQpe, Arqolpha de

UBS G0ULn»B8 DU PA0BÉ.

V Ecole des FemmeSy Amphitryon , le Pierrot du Festin de Pierre^ et même dans Georges Dandin et les J^gaaa^ relie* Une autre faiblesse de Molière a pu guider sa plume dans cette excursion 'sur le domaine mitoyen entre Melpomène et M"« de Scudéry : le goût qu'il a eu pour la tragédie comme acteur, peut-être uu peu comme auteur. Il ^ en résulte que si Molière fût venu plus tard, s'il avait pu s'inspirer de Shakespeare, alors Inconnu, comme il s'est nourri de ranti([uité, il eût mis le dernier sceau à son génie en sachant mêler dans le drame le tragique au comique« et faire vibrer sous sa puissante main, dans la même œuvre, toutes les notes du clavier humain. Quelques scènes d'Arnolphc et du il//&vy////iro/;t^ nous l'attestent.

Don Garde de Navarre fut une chute complète. Elle n'eut que sept représentations, et rapporta, toutefois, à l'auteur, 968 livres, ce qui, — surtout vu ie prix où était alors l'argent, — devient un chiffre fort raisonnable , certains succès, aujourd'hui, ne rapportant guère plus. Cette ohute, — si avérée que Molière ne ût même pas d'abord imprimer la pièce, et, la sacrifiant complètement, en a repris des fray:ments pour d'autres travaux, entre auti os lo MisanlhropCj — cette chute, dis-je, prouve à la fois la dèfaillanoe de Tœuvre et la force de i'auteur. Doo Garcie vaut mieux que telles tragédie» qui eurent alors un grand succès : le Gerniunicus de Boursault, le Régulus de Pradon, etc. Mais on exigeait moins de ces derniers ; on demandait davantage à Molière, à l'auteur de VEtaatdi^ du Dépit amoureux et des Précieuses ridicules. Il faut reconnaît re à la fois, dans les froideurs du public à Don Garcie de Navarre, les déceptions de sympathies trahies ; dans les sifflets, les serpents de Tenvie satisfaite. Don Gareie, à part quelques oomplications parasites, est l'histoire d'un prince qui ne peut se corriger de tourmenter la femme

GOmmiLLB, MOUàlUt, RAGINK. 17

qa*il aime de soapçqnB injustes et plus oa moins fondés

sar les apparences. Une moitié de lettre suspecte met son

ima^matioQ en campague et devient 1 occitsioii seéne de jalonsie très-Tiolente. L'autre moitié de la lettre» rajoslée, désabuse don Garoie. CTest la scène capitale du

deuxième acte qu'a repris, à peu près intact, la Comédie- Française. Il y a au quatrième acte une scène l^caucoup plus forte» et ({u'aurait dù plutôt choisir le comité» s'il n'eût pas mieux fait d'en finir cette fois avec ses habitudes de mutilation et de nous donner tout au moins — puisqu'il se livre à des études que, d'ailleurs, je ne blâme pas» — des études complètes. Il y a un grand intérêt à se rendre compte des faux pas d'un marcheur tel que Molière; nmis encore faut-il alors lui laisser plus d un pied. Dans ce. quatrième acte» don Garcie a vu la princesse donc Eivire dans les bras d'un jeune homme» qui n'est autre qu'une femme déguisée, ce que, bien entendu, il ignore. Il se croit donc certain d'èti e trahi. Mais doua Ëlvire ne veut pas lui donner d'explioation, et, très-net> tement, dans un beau sentiment» elle le met en demeure de croire à sa parole, en dépit de ses yeux, ou do renoncer à elle. Voici en quels termes. Ou voit qu'ils ne manquent ni de fermeté» ni de noblesse :

Encore un pmi «rattention, Et TQSS allez 88?Qiir m% rétolntion.

n fant que de noua deux le destin s'aecompliiie ; Tooa êtes mafaMenant sur un grand précipiee^ Et ce qae votre cœur pourra délibérer Ta TOUS y faire choir ou bien vous en tirer. 8i, malgré cet objet qui vous a pu surprendre, Prince, vous me rendez ce qno vous devez rendre» El ne demandez pas d'autre preuve que moi Pour condamner l'erreur du trouble où je vous voi ; ^ Si de vos sentiments la propre déférence

Veut aur ma seule foi croire mon innoceoce,

Et de tous vos soupçons démentir le crédit.

Pour eroire sTeuglément ce que mon cosur tous dit»

OfM* ffoumisiioB, tetta mai^ #MtiM, Du pMié dans ce cflmr effao» toDt l0 erime ;

Je rétracte à l'instant ce qu'an juste courroux

M'a fait, dans la chaleur, (iroiioiicer contre VOQS ;

Mais si jn puis un jour choisir ma destinée.

Sans rlioqiior les devoirs du rang où je suis née,

Mon honneur satisfait par ce respect soudain,

Promet à votre amo\ir et mes vœux et ma main.

Mais prêtez bioa roreille à ce que je vais dire :

Si cette olDre sur vous obtient si peu d'empire,

Que vous me remuiez de me foire entre noue

On tacrlle* ««tfer de vos soupçons jaleu ;

8*U ne vous sulBt pas de toute rassurance

Que vous peuvent donner mon cœur et ma naissance.

Et qne de votre eaprA les embraees poissants

Forcent mon innocefce à convaincre vos senei

Et porter à vos yeux Véclatant témoignage

D'une vertu sincère à qui l'on fait outraj^o,

Je suis prête à lo faire, et vous serez content:

Mais il vous faut de moi détacher à l'instant,

A mes V(Bux pour jamais renoncer de vous-môujB ;

Et j'atlesle du ciel la puissance suprême,

Que. quoi que le destin pai«e erdeaatr de nouS|

Je ekoisirai plut6t d*étre h |a mort qu*à vous ;

Toilà dans ces deux choix de quoi vous satisfaire ;

Avises maintenant qui peii vous j^alfie.

Pans un autre aote* la priuoesse preud avec nou moiua 4e di^ité contre don Grarcîe la défense d'un autre i)rince soupçonné d'ôtre son amant. Voici d'abord ce que répond don Alphonse au reproche que lui fait don Garcie d'être venu secrètement à Âstorgae.

ie ne sais si qneiqii\ni Uêmera mt eendnlte

Du secret que J'ai Mt d'une telle visite ;

Mais je sais qu'aux projets qui veulent la clarté,

Prince, je n'ai jamais cherché l'obscurité ; Ft quand j'aurai sur vous à faire une entrepris*, Vous n'aurez pas sujet de Idàmer la surprisa: Il ne tiendra qu'à vous de vuu'^ en garantir, Kt l'on prendra le soin do vous en avertir. Cependant, demeurons au\ loriiie< ordinaires.

Remettons nos débats après d'autres affaires ;

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GORfVCXLLE, MOLISR«, HàÊÊÊm.

Et d'un sang un peu chaud réprimant Im ItmOhm Ifoaliiiftiis pM iOM 4«ux 4èvêiit qui nous partout.

il me semble qu'il y a dans ces vers, surtout le septième et le huitième, eomma an souille comélîan. Voici ce cpie dit doue Blvire :

mwkjê vevx rsimer, enplÉhenHktOMf

Avez-vouf sur mon ecBur fiielfii*empire à pr4teadre, Et, pour régler mes vœux, ai>Je votre ordre à prefidret Sachez que trep 4'orgueil a pu vom iéoevi^r,

s* votre cœur sur moi s'est cru quelque pouvoir,

Et que mes sentiments sont d'une âme trop grande

Pour vouloir les cacher lorsqu'on me les demande*

4e ne vous dirai i)uiiit si le comte est .limé,

Mais apprenez do moi qu'il est fort estimé;

Uue ses hântiet fWIM, pour qui je n'ietéreese»

lilritMt mtottK qM veus 1m vonul if^ne priiioMf9 ;

Qw iê gafde «ux ardeurs, bdx soins qu*U me &it voir*

Tout le ressentiment (ffk*vm âme poisse avotr ;

Bt que, si du destin U faHûe pnlsesmo

tfûta la liberté d'être sa récompense,

Au moin> est-il en moi do promettre à ses vœux

Qu'on ne nio v- rra point le butin do v(is feux.

Et, sans vous amuser d'une aitcnte frivole,

C'est à quoi je m'oogage, et jo tiendrai parole.

Voilà mon cœur ouvert, puisque vous le voulez,

ftt mm vrels teattaents à wqb yeux éliMi»

Il m'a semblé que ces passages, empruntés à un ou*

vrage qui se Irotive à coup sùr dans toutes les Ijihliothè- (f^Sj seraieat pour le public ccpendaut aussi uouveaux. qne s'ils étaient exhumés du i)ouquio le plus ignoré et I9 plus poudreux. La pièce en elle-même ne VAut ni d'être racontée, ni d'être jdus long'ucmeut ap[)rt'îciée. Elle u'a d'iulérêt que comme nuance un peu pàlo daus les tons plus chauds d*une palette énergique, que comme incident dans la vie dn grtnd pocte comique.

M. Ludovic Geller a donné à la librairie Hachette un

Liî^S COUUSSES DU PASSÉ.

spécimen curieux et complet d'une comédie-ballet jouée etdilnsée sous Louis XIV, paroles et musique. Il« choisi le Mariage fofoé : les deux auteurs sont Molière et LuUy. La pièce eût dû s'appeler plutôt le Divertissement forcé. Elle avait été exigée par le roi, qui n'avait laissé à Timmortel éerivain qu'un bref délai pour livrer la commande» et Ton sait que Louis XIY n'aimait pas à attendre, sur» tout lorsqu'il s'ap^issait de briller. Or, le grand monarque figurait dans une entrée, et nous le trouvons dans la distribution des rôles avec Molière et LuUy, entre le comédien Thorillière et M. le DuoI

Deux rôles d'Égyptiens avaient l'honneur d'ôtre dansés par le roi en personne et par son favori — ce beau et charmant marquis, depuis due de Villeroi, qui préludait

par la faveur d'être le partenaire de Louis XIV à celle plus grande encore d'ôtre dans le quadrille royal le cavi^ lier d'une jeune dauphine, cette même Christine-Victoire de Bavière, à qui il eut l'insolente prétention de plaire — prétention jusliliée dans une certaine mesure, s'il faut en croire M™* de Sévigné. Quoi qu'il en soit, il fut plus près encore de perdre la France, quand ce héros-baladin (dont la première preuve de courage avait été donnée à cinquante ans), reçut de Louis XIV, aveuglément obstiné, pour des campagnes successives qui furent invariablement des désastres, le commandement d'armées, jusqu'alors toujours victorieuseSi» Il fallait un calculateur — ce fut un danseur qui l'obtint.

Un corps de ballet royal, oela vaut le parterre de rois donné par Napoléon 1*' â Talma. On «omprend que le

feuilleton d'alors ne pouvait manquer d'ùfre... officieux. En voici un spécimen emprunté à la Muse historique, de l^oret. On excusera la platitude de cette olaqot) versifiée.

CMMllUULUIy MOUArB, IUGUIS. fi

Ln jaloux, charmé d'un objel Ravissant et de bell»- taille, Veut 1 epuu&cr, vaille que vaille.

Or, du moiaf , il pronet oeU Ans ptrwto dt ett ol^tMè.

Mais comiAimiit ans buIumm Est 9lw coqptMt 4M MjfHH, Redoutant eoBine un grand ■éolMil Le fatal panache do chef.

S'étant dégagé vers le pèro.

Il arrive enfin que le frère, Qui paraît doux comme un mouton.

Le contriiiDt a coups de bâton.

Je ne dis rieu des huit entrées Qui méritent d'être admirées, 0& prineat «t grands d« la aonr, ■I aoUe roi digne d'aiMur»

ctNablanl noa eœort dTaUégfaaaa, Pont éclater leur noble adresse. Je I lisse les concerts galants Et les habits beaux et brillante ; J'omets les deux Eg^yptiennes, Ou, si l'on veut, bohémiennes Qui jouèrent audit balîct, Admirablement leur rôlet, Et parurent assez cliarinanles Avec leurs atours et leurs mantes.

De la Du Parc, rien Je ne die Qni rendait lea gens ébandia Par ses appas, par sa prestance, Bt par ses beaux pas et sa danse ; Enfla» Je ne décide rien l>e ce ballet qui me plut bien.

Cette pièce assez singulière Elt un imprompui de Molière.

Les préoceopatioM d'infortunes conjugales qui Mm*

blent pesfM^ sur tout le répertoire de Molière, ombrent l^gùrcincnt eiKore cette fgiie inspirée de Rabelais.

VÉcoie deë Fmamea, cette comédie sans action, n*est pfls sans quelques langueurs à la scène, et le dénoûment

des plus faiiiles; mais quelle verve et quelle vigueur de pinceau !

LES C0UI.IS9B» DV FAMi.

Sainte- BeuTe a fait reiiiarc^uer avec beaucoup d'à-propos et de justesse que eette cMnédie est la seule œuvre de valeur où les deux mtiwtmn cftil s'iiiniSfnt, qui se

cherchent, qui finissent par s'épouser, n'échangent point pendant la pièce une parole devant le speotateur et n'ont point un seul bout ée scène ensemble, excepté à la fin, pour le dénomment.

Molière, (}ui venait d'éiiousor lu coqueile qui berna sa gloire et déshonora le front du génie, semble déjà se deviner dans la fureur dédaignée d'Arnolphe et oherchôr à s*étourdir flévreusemeiit svee la phllosopble eyiiliiue de Chrysalde. Le premier de ces deux personnages est un pressentiment; — le secoiàd« Tivrasse faaUee d'un esprit déjà inquiet.

La Critique de l'École des Femmes est un épisode res-.

titué de riiistuire littéraire du dix-septieine siècle. C'est liltéralemeut le rideau levé sui' la société du passé. De là le charme de cette jolie ccNDQédie, eharaiia extrême et qui combat l'impression de langueur que hrlose nécessairement celte longue polémifjue théâtrale, exclusive de toute espèce d'action. Go n'est pas que l'admirable bon sens de Molière ne puisse avoir d'application actuelle. Est-ce que Ton ne pourrait pas restituer à la jeunesse dorée de nos jours, — rapportant si triomphalement dans les salons les lazzi des scènes les plus libres, les brutalités des bouges dramatiques,— ce qu'Élise dit dumarfuis d'alors :

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